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| Dossier : Climat | |
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Conséquences
de lérosion de la biodiversité sur le maintien des
écosystèmes |
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| Extrait
de la Lettre
n°13 Programme International Géosphère Biosphère-Programme Mondial de Recherches sur le Climat (PIGB-PMRC) |
Les
recherches sur le changement global se sont tout dabord centrées
sur les interactions entre les changements de lenvironnement (principalement
le changement climatique), le fonctionnement des écosystèmes
et les sociétés humaines. Quand la biodiversité fut
ajoutée au tableau, ce fut dans la mesure où elle était
affectée par les autres composantes du changement global. |
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![]() 1 : Production de la biomasse aérienne |
Pourquoi
se soucier de la biodiversité ?
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Comment la biodiversité affecte-t-elle le fonctionnement des écosystèmes à petite échelle ? Pour comprendre les effets de la biodiversité sur les grands processus fonctionnels des écosystèmes, une vague détudes expérimentales nouvelles a permis de manipuler la diversité des espèces à laide décosystèmes modèles synthétiques, tant en milieu terrestre quaquatique. Si la première étude dans laquelle la diversité a été manipulée expérimentalement concernait plusieurs niveaux trophiques à la fois (Naeem et al. 1994), les études ultérieures se sont principalement centrées sur les effets de la diversité taxonomique et de la diversité des groupes fonctionnels de plantes sur la production primaire et la rétention des nutriments dans les écosystèmes de prairie (par exemple, Tilman et al. 1996, 1997 ; Hooper and Vitousek 1997 ; Hector et al. 1999). Dans la mesure où les plantes, en tant que producteurs primaires, représentent la composante de base de la plupart des écosystèmes, elles constituaient le point de départ logique détudes plus détaillées. |
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![]() 2 : Décomposition additive des effets de la biodiversité dans les résultats de l'expérience BIODEPTH |
Production primaire
et rétention des nutriments dépendent de la biodiversité Plusieurs expériences
(mais pas toutes) utilisant des communautés assemblées au
hasard ont montré que la richesse spécifique (cest-à-dire
un plus grand nombre despèces) et la richesse en groupes
fonctionnels des plantes ont un effet positif sur la production primaire
et la rétention des nutriments : plus le nombre despèces
de plantes était élevé, de même que plus le
nombre de groupes fonctionnels était élevé, plus
la production primaire et la rétention de nutriments augmentaient.
La plus grande expérience réalisée à ce jour,
le projet BIODEPTH, a démontré des effets positifs de la
diversité végétale sur la production de biomasse
aérienne sur un ensemble de huit sites en Europe, qui différaient
largement par leurs sols et leurs climats (Hector et al. 1999; Figure
2). Chaque réduction de moitié du nombre despèces
de plantes réduisait la productivité denviron 80 g/m2
en moyenne. Cette réduction, qui peut paraître mineure au
m2, représente près de 48 millions de tonnes
quand on lextrapole à lensemble des prairies européennes.
De même, labsence dun seul groupe fonctionnel réduisait
la productivité denviron 100 g/m2 . |
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| Il
faut cependant mentionner que linterprétation de ces expériences
a fait lobjet dune controverse (e.g., Huston et al. 2000 ; Hector
et al. 2000), du fait que leurs résultats peuvent être générés
par différents mécanismes. La controverse sur les mécanismes On peut regrouper ces mécanismes en deux classes principales (Loreau 1998, 2000). Tout dabord, il y a des processus déterministes locaux, tels que la différenciation des niches écologiques et la facilitation entre espèces, qui accroissent les performances des communautés au-delà de ce qui est attendu daprès les performances des espèces individuelles cultivées séparément. Je regrouperai lensemble de ces mécanismes sous le terme de « complémentarité », car ils se basent sur des interactions dans lesquelles les espèces jouent des rôles complémentaires. Ensuite, il y a des processus stochastiques locaux et régionaux impliqués dans lassemblage des communautés, qui, dans les expériences, prennent la forme dun échantillonnage aléatoire des espèces au sein dun réservoir régional. Léchantillonnage aléatoire des espèces, couplé à une dominance locale des espèces les plus productives, peut également aboutir à une augmentation de la productivité moyenne avec la diversité, parce que les parcelles qui contiennent beaucoup despèces ont une probabilité plus élevée de contenir des espèces très productives. Comme les processus déchantillonnage ne faisaient pas partie explicitement des hypothèses initiales, ils ont été considérés par certains de "traitements cachés" (par exemple, Huston 1997), tandis que dautres les ont considérés comme le mécanisme le plus simple possible liant la diversité et le fonctionnement des écosystèmes (par exemple, Tilman et al. 1997). Résolution de la controverse De nouveaux progrès théoriques permettent denvisager la résolution de cette controverse. Premièrement, il devient clair que la complémentarité et léchantillonnage ne sont pas des mécanismes qui sexcluent mutuellement comme on le pensait précédemment. Des communautés qui contiennent plus despèces ont une probabilité plus grande de contenir une diversité de traits phénotypiques plus élevée. La "sélection" écologique menant à la dominance despèces à traits particuliers et la complémentarité entre espèces à traits différents sont deux façons par lesquelles la diversité phénotypique influe sur les processus fonctionnels (Loreau 2000). Mais ces deux mécanismes peuvent être conçus comme deux pôles le long dun continuum qui va de la dominance pure à la complémentarité pure. Des scénarios intermédiaires sont concevables, caractérisés par une complémentarité entre des espèces ou groupes fonctionnels particuliers, ou par une dominance de sous-ensembles particuliers despèces complémentaires. Tout biais dans lassemblage des communautés qui mène à des corrélations entre diversité et composition des communautés peut impliquer à la fois la dominance et la complémentarité. |
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![]() 3 : La variabilité des processus |
Deuxièmement, une nouvelle méthodologie existe à présent pour décomposer leffet net de la biodiversité en un effet de sélection et un effet de complémentarité, à laide de comparaisons entre la production dun mélange et sa valeur attendue daprès la production des monocultures des espèces présentes dans le mélange (Loreau et Hector 2001). Lapplication de cette méthodologie aux données de lexpérience BIODEPTH a montré que leffet de sélection était variable, passant de valeurs négatives à des valeurs positives dans différentes localités, mais quil était nul en moyenne (Figure 3). Par conséquent, on peut rejeter lhypothèse quun effet de sélection soit seul responsable des résultats de cette expérience. En revanche, leffet de complémentarité était positif sur lensemble de lexpérience, ce qui soutient lhypothèse selon laquelle la diversité végétale influe sur la production primaire par le biais de processus biologiques tels que la différenciation de niche et la facilitation entre espèces. Des conclusions semblables ont été atteintes à partir de données à long terme dune autre expérience de biodiversité de grande envergure à Cedar Creek, dans le Minnesota (Tilman et al. 2001). |
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| Il
fait donc peu de doute que la diversité des espèces de plantes
influe effectivement sur les processus fonctionnels tels que la production
primaire et la rétention des nutriments dans les écosystèmes
de prairie, même aux petites échelles spatiales et temporelles
des expériences récentes. Ce qui reste à clarifier,
par contre, cest le nombre despèces impliquées
dans ces effets. Et ce qui reste encore largement inexploré, cest
de savoir si des effets semblables existent à dautres niveaux
trophiques et dans dautres écosystèmes, tels que les
écosystèmes forestiers, marins et deau douce (Loreau
et al. 2001). |
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![]() 4 : La variabilité des processus fonctionnels diminue quand augmente la richesse des espèces |
Pour
élargir léchelle de temps : la biodiversité comme
assurance contre les changements de lenvironnement Même dans les cas où une grande diversité despèces nest pas essentielle pour maintenir le fonctionnement des écosystèmes sous des conditions environnementales constantes ou proches de la normale, il se pourrait quelle le soit pour maintenir ce fonctionnement sous des conditions changeantes. Lhypothèse dassurance propose que la biodiversité offre une « assurance », ou un tampon, contre les fluctuations de lenvironnement, parce que les différentes espèces répondent différemment à ces fluctuations, aboutissant ainsi à des compensations fonctionnelles entre espèces et, par là, à une plus grande prévisibilité des propriétés agrégées des écosystèmes ou des communautés (McNaughton 1977 ; Yachi and Loreau 1999). Un certain nombre détudes ont récemment fourni les bases théoriques de cette hypothèse (par exemple, Doak et al. 1998; Yachi and Loreau 1999 ; Lehman and Tilman 2000). Plusieurs études empiriques ont trouvé une diminution de la variabilité des processus fonctionnels lorsque augmente la diversité, malgré une variabilité parfois accrue des populations individuelles, en accord avec lhypothèse dassurance (par exemple, McGrady-Steed et al. 1997 ; Tilman 1999 ; Figure 4). Linterprétation de ces résultats est cependant compliquée par la présence de facteurs supplémentaires corrélés avec la richesse spécifique dans ces expériences, ce qui nexclut pas des interprétations différentes (par exemple, Huston 1997). Des expériences contrôlant à la fois la diversité et les fluctuations de lenvironnement sont à présent nécessaires pour réaliser des tests rigoureux de lhypothèse dassurance. |
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Cet ordre du jour scientifique est celui du projet conjoint Biodiversity, global change and ecosystem functioning des programmes DIVERSITAS et IGBP-GCTE., En tant que programme international de la science de la biodiversité, DIVERSITAS vise en outre à intégrer ces recherches sur les conséquences fonctionnelles et sociétales des changements de biodiversité dans un cadre plus large, qui inclut les causes et les processus menant à ces changements de biodiversité, ainsi que les stratégies possibles de conservation et dutilisation durable de la biodiversité. Contact : Michel Loreau - Loreau @ens.fr Laboratoire dEcologie, UMR 7625, ENS, 46 rue dUlm, - F75230 Paris Cedex |
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