Extrait
de la Lettre
n°13
Programme
International
Géosphère Biosphère-Programme Mondial de Recherches
sur le Climat
(PIGB-PMRC)
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La variabilité climatique
Où en sommes-nous ?
Pour être à même d'estimer si la température
du globe augmente et si les activités humaines ont déjà
un impact sur le climat, il est indispensable de bien connaître
les fluctuations naturelles du climat et leurs causes. Depuis 1994, date
de parution de son dernier rapport, la position de lIPCC sur le
changement climatique a sensiblement évolué. Ce groupe dexperts
estime en effet quil existe désormais un faisceau suffisant
de preuves pour affirmer que lessentiel du réchauffement
climatique des 50 dernières années est lié aux activités
humaines. La variabilité climatique observée à lheure
actuelle intègre donc une composante anthropique qui se surimpose
à la variabilité naturelle du climat. Pour appréhender
correctement lévolution future du climat et ses causes, il
est essentiel, pour bien séparer ce qui est dû à laction
de lhomme de ce qui relève de la variabilité naturelle
et donc daméliorer nos connaissances sur les climats du passé.
Il faut donc à la fois accumuler le maximum dinformations
sur le passé et observer le climat actuel pour analyser lensemble
des données recueillies, quelles soient météorologiques,
océanographiques, continentales ou paléoclimatiques.
La recherche en France
Les études portant sur les grands cycles climatiques et sur les
changements rapides du climat, la modélisation des climats du passé
font partie des domaines de recherche bien couverts par la communauté
scientifique française. Les contributions les plus marquantes concernent
aussi bien lacquisition que linterprétation dun
ensemble très complet de données portant sur les quatre
derniers cycles climatiques. La communauté française, notamment
dans le cadre du projet international PMIP dintercomparaison de
modèles, a acquis de solides compétences en modélisation.
Par ailleurs, grâce à leurs travaux sur les glaces du Groenland
et les sédiments marins, les équipes françaises ont
contribué à mettre en évidence lexistence de
variations climatiques rapides liées à des décharges
massives et soudaines deau douce dans locéan Atlantique
Nord. Paléo-océanographes, glaciologues et continentalistes
français sont très présents sur ce thème.
Tous ces travaux ont une excellente visibilité internationale.
Il nen va pas de même des recherches sur la reconstruction
du climat du dernier millénaire. Dans ce domaine, encore émergent
en France, les activités portent sur la dendrochronologie, la glaciologie
en régions polaires et tropicales, létude des coraux
et la reconstruction des forçages climatiques.
Le fait que lutilisation des archives historiques ne soit pas développée
dans notre pays et le manque de simulations longues, avec différents
jeux de forçage climatiques, font que la communauté nationale
est quasiment absente des travaux sur la détection et lattribution
du changement climatique. La participation déquipes françaises
aux études de variabilité climatique sur certains sites
ateliers (Euro-Atlantique, régions tropicales, régions australes)
apparaît donc comme un atout dans ces domaines. Par ailleurs, le
développement de modèles globaux à grille variable
permet denvisager des progrès dans la modélisation
à léchelle régionale, ce qui devrait être
bénéfique aux recherches visant à détecter
le changement climatique.
En ce qui concerne lutilisation des données instrumentales,
les équipes françaises sintéressent aux questions
de lhomogénéisation des séries temporelles,
mais cet effort nest pas intégré au niveau européen.
Le bilan des activités de recherche françaises dans le domaine
de la variabilité climatique apparaît donc comme contrasté.
Afin de le renforcer, le colloque de prospective paléoclimatologie,
paléoenvironnements de lINSU de Garchy (décembre
1998) préconisait pour les thèmes du long terme et des changements
rapides :
- létude
des mécanismes des changements glaciaires/interglaciaire. Elle
devrait progresser grâce à la poursuite des forages de
Vostok, EPICA et North-GRIP, en association avec les recherches océanographiques
du programme IMAGES. Il est nécessaire de développer en
parallèle une hiérarchie de modèles (modèles
couplés océan-atmosphère-biosphère, modèles
de complexité intermédiaire couplés à des
modèles de calotte polaire, en particulier) permettant de tester
les différentes hypothèses et de mieux comprendre les
mécanismes mis en jeu ;
- lobtention
dans différents milieux (sédiments marins et lacustres,
glaces polaires, loess et dépôts polliniques continentaux)
de séries nouvelles données permettant daccéder
à létude la variabilité décennale
à centennale.
Des actions nouvelles pour renforcer le potentiel de recherche et combler
nos retards
Comme actions nouvelles à développer, il est proposé
de mettre laccent sur la reconstruction de la variabilité
climatique sur :
- le dernier millénaire
en France et en Europe, en suivant une approche multidisciplinaire,
- léchelle
régionale, pour laquelle on étudiera aussi la détection/attribution
du changement climatique.
Ces actions nouvelles porteront tant sur lobtention de données
que sur le développement de méthodologies et de recherches
daccompagnement.
Le recueil de données
En ce qui concerne lobtention de données, il est préconisé
de :
- maintenir un effort
continu dobservation. Cet effort doit saccompagner de la
définition dune politique claire daccès aux
données, qui, pour la recherche et lenseignement, doit
être a priori libre et au seul coût de mise à disposition,
ainsi que dune rationalisation des systèmes dobservation
assurant la meilleure couverture espace/temps et la complémentarité
espace/sol. Les sites côtiers pourraient constituer des sites
privilégiés compte tenu de leur sensibilité aux
conséquences des changements climatiques,
- reconstruire de
longues séries de données continentales sur le dernier
millénaire à partir de différentes sources (données
historiques, indicateurs climatiques) pour contribuer à la constitution
de bases de données à léchelle européenne,
- contribuer à
leffort international de caractérisation des forçages,
notamment ceux qui interviennent à grande échelle (activités
solaire et volcanique). Mais les forçages agissant à léchelle
régionale (usage des sols, émissions de poussières
par exemple) devront être étudiés plus spécialement.
Des zones ateliers pour les systèmes anthropisés pourraient
servir de lieux de référence privilégiés.
Les
développements méthodologiques et les recherches daccompagnement
Lune des principales sources dincertitude des projections
du réchauffement climatique futur, concerne la sensibilité
du climat simulé par les modèles. Aussi des développements
méthodologiques sont nécessaires : ré-analyser les
données dorigine océanique et satellitaire archivées,
réaliser des simulations longues avec des modèles couplés
globaux et régionaux, développer des méthodologies
adaptées, en termes déchelle de temps et despace,
aux études de détection, dattribution et de statistique
concernant les évènements extrêmes, enfin utiliser
des données pour déterminer la sensibilité du climat.
Enfin, le système climatique étant non-linéaire les
recherches daccompagnement devront porter sur le traitement ces
non-linéarités et les mécanismes de prévisibilité.
Une autre façon détudier son comportement serait de
faire appel aux méthodologies utilisées pour l'étude
des systèmes dynamiques (théorie du chaos, topologie des
modes "attracteurs", par ex.), en liaison avec l'étude
des transitions rapides.
La structuration de la communauté
Une bonne structuration de la communauté est nécessaire
pour mener à bien toutes les actions qui viennent d'être
passées en revue. C'est ainsi qu'il faut renforcer les liens avec
:
- les historiens.
Cette communauté conduit actuellement, mais dans un autre cadre,
des études susceptibles de contribuer significativement à
l'effort de construction de longues séries sur le dernier millénaire,
- les statisticiens.
De même que les techniques d'analyse de données ont été
développées à partir des travaux des géostatisticiens,
et celles d'assimilation de données en liaison étroite
avec les mathématiciens du contrôle optimal, la communauté
de recherche en statistiques peut être d'un apport déterminant
pour développer certaines des actions ici identifiées
(homogénéisation de données, détection et
attribution).
Il faut enfin coordonner les efforts de modélisation aux échelles
globales et régionales. La réalisation des simulations numériques
sous différentes conditions de forçage, en utilisant des
modèles couplés globaux ou des modèles régionaux,
constitue un effort très important qui devrait être partagé
entre les groupes de recherche qui ont déjà investi un potentiel
matériel et humain très significatif en modélisation
climatique lourde. Il faut, enfin, consolider la modélisation de
l'océan.
Tous les efforts entrepris à l'échelle nationale devraient
viser la dimension européenne, pour la constitution à terme
d'une communauté pérenne de spécialistes des méthodes
utilisables pour la prévision des impacts du changement climatique.
Le
cycle du carbone
Rappel succint de létat des connaissances
Compte tenu du rôle majeur joué par les deux gaz à
effet de serre CO2 et CH4 dans le réchauffement de la
planète, le cycle du carbone est central dans la problématique
du changement global.
Il est désormais tenu pour acquis que :
- environ la moitié
des rejets de CO2 fossile est absorbée à peu près
à parts égales par les surfaces continentales et les océans,
le restant saccumulant dans latmosphère ;
- le taux daccumulation
du CO2 atmosphérique varie de 100% dune année sur
lautre, alors que les taux démissions varient peu,
ce qui reflète une forte dynamique inter-annuelle des flux bio-sphériques
et océaniques ;
- il existe un puits
biosphérique de carbone important aux moyennes latitudes de lhémisphère
nord, dont une grande partie est localisée sur les continents.
Si les bilans globaux sont désormais relativement bien contraints,
de très fortes incertitudes subsistent par contre au niveau des
bilans régionaux, aux échelles despace comprises entre
102 et 105 km. De même, de fortes incertitudes demeurent sur les
points suivants :
- la répartition
entre Eurasie et Amérique du Nord quant au puits de carbone continental
de lhémisphère nord,
- le bilan de carbone
des régions tropicales, en particulier les flux liés à
la déforestation,
- les flux dans locéan
austral,
- la variabilité
inter-annuelle des flux à léchelon régional,
- les processus responsables
des stockages et déstockages de carbone,
- lévolution
des sources et des puits dans un futur proche,
- le potentiel et
les temps de résidence associés à la séquestration
du CO2, soit dans les couches géologiques, soit dans les écosystèmes.
Les enjeux de la recherche actuelle
La régionalisation des flux de CO2
La régionalisation des sources et des puits de CO2 répond
à un double objectif de connaissance fondamentale du cycle du carbone
et daugmentation de la crédibilité des politiques
de réduction des émissions. Ces deux objectifs se déclinent
de la manière suivante :
- identifier les
écosystèmes (biomasse vivante et sols) et les régions
océaniques qui stockent ou émettent du CO2, afin de comprendre
les processus et le rôle du cycle du carbone dans le système
climatique,
- Valider, de manière
transparente et indépendante, des cadastres démissions
et de puits des flux de carbone à grande échelle, dans
le cadre de politiques visant au contrôle et à la maîtrise
des émissions (Protocole de Kyoto).
Estimation des flux atmosphériques régionaux
de CO2
Pour améliorer le diagnostic des flux régionaux et de leur
variabilité, il faut disposer de séries de mesures atmosphériques
sur de longues périodes. Une stratégie crédible est
de densifier le réseau des stations de mesure, au sein dun
effort international (en cours), en particulier au-dessus des continents.
La mise en place de mesures aéroportées en basse et moyenne
atmosphère simpose pour saffranchir de la forte variabilité
des échanges au niveau des surfaces couvertes de végétation.
La mise en place dobservations systématiques sur des avions
de lignes est lune des stratégies les plus efficaces.
Dans un effort dobservation systématique à long terme,
se posent de manière cruciale les problèmes détalonnage
des mesures, et dinter-comparabilité des différents
réseaux de mesures.
A présent, lon dispose dune centaine de stations de
mesure du CO2 sur le globe, principalement américaines et australiennes.
Dautres grands pays industrialisés, à linstar
de lAllemagne et du Japon, rattrapent leur retard et se lancent
dans dambitieux programmes de mesure pour couvrir les zones continentales
(Europe, Amérique du Sud, Sibérie). Il importe que le dispositif
de recherche national soutienne aussi le développement dObservatoires
de Recherche en Environnement dans le domaine du suivi de la composition
atmosphérique en gaz à effet de serre. Une stratégie
européenne sur ce thème est en train de se mettre en place,
qui dune certaine façon pourrait aider à harmoniser
les efforts de chaque pays sans pour autant sy substituer.
Enfin, il y a une complémentarité entre les mesures atmosphériques
et la caractérisation directe des flux à la surface. Lapproche
atmosphérique permet de vérifier de manière indépendante
les prédictions où les analyses des flux de surface obtenues
à laide dun jeu forcément limité et lacunaire
de mesures in situ. Les études de processus et le suivi des flux
sur le long terme permettront délaborer des modèles
prédictifs des échanges de CO2 avec latmosphère.
Régionalisation des flux océaniques
de CO2 par des mesures in situ couplées à des modèles
On peut mesurer les échanges de CO2 à linterface océan-atmosphère
lors de campagnes océanographiques. Lensemble des mesures
disponibles permet de cartographier grossièrement les principales
régions de locéan qui sont des puits ou des sources
de carbone. En revanche, la densité déchantillonnage
et lincertitude sur les cinétiques déchange
à linterface (±30%) ne permettent pas une régionalisation
assez précise des échanges océan-atmosphère.
Une stratégie crédible à envisager est daugmenter,
de manière concertée au niveau international, la densité
de mesures des flux air-mer pour quantifier la variabilité et la
stabilité des échanges de CO2 aux échelles saisonnières
et inter-annuelles.
Locéan Austral est une région particulièrement
importante pour le cycle du CO2, et cest aussi lune de celles
qui est le plus faiblement échantillonnée, en particulier
dans la période hivernale. Les difficultés daccès
de cette région justifient le développement de nouvelles
technologies automatisées de mesure des flux (bouées, capteurs
automatiques) et la mise au point ou le renforcement de coopérations
internationales.
En parallèle à lacquisition de mesures, il importe
daméliorer la modélisation du cycle du carbone océanique.
Les modèles qui ont vu le jour depuis 20 ans intègrent,
à des niveaux de complexité divers, les processus biologiques,
physiques et chimiques. Létude du couplage entre physique
et biologie dans la zone méso-pélagique est particulièrement
importante, car cette zone contrôle lapport des nutriments
dans la couche de surface et lexport du carbone vers locéan
profond.
Pour disposer de modèles robustes de comportement du carbone dans
les océans, il est indispensable davoir une modélisation
fiable de la dynamique océanique. Pour cela, lanalyse de
traceurs inertes, quil sagisse de rapports isotopiques ou
de molécules anthropiques, est un outil de choix. Létablissement
des cinétiques de formation et de précipitation des carbonates
en milieu océanique, avec notamment la prise en compte des effets
catalytiques, devra encore mobiliser des efforts de recherche.
Bilans de carbone continentaux
Entre l'atmosphère (750 milliards de tonnes de C) et la biosphère
continentale [= biomasse vivante (650 milliards de tonnes) + sols (1500
milliards de tonnes)] on enregistre des flux bruts importants de carbone
: 120 milliards de tonnes de C du CO2 atmosphériques passent annuellement
dans la végétation par photosynthèse, 60 milliards
de tonnes de C sont rejetés sous la forme de CO2 par la respiration
des autotrophes, 60 milliards de tonnes sont rejetés par la respiration
des hétérotrophes du sol (= décomposeurs). Un bilan
net d'émission de 1,5 milliards de tonnes est le fruit direct des
déforestations, mais aussi de la minéralisation des matières
organiques des sols (MOS) par exemple après déforestation
ou retournement des prairies suivi de mise en culture.
Les approches globales prenant en compte concentration, transport et contenu
en isotopes du CO2 atmosphérique permettent en outre de caractériser
un puits net de CO2 vers cette biosphère continentale de l'ordre
de 2 milliards de tonnes/an, puits comparable à celui de l'océan.
On sait maintenant que le bilan global sources - puits de CO2 est équilibré
par ce puits vers la biosphère continentale.
Ce quon ignore encore, c'est la localisation précise de ce
puits, il est certes situé dans l'hémisphère Nord
et plus probablement au Nord de cet hémisphère mais on ne
sait pas, par exemple, comment le répartir entre le compartiment
végétation et le compartiment carbone du sol.
Végétation
Si un consensus se fait jour sur l'augmentation de la biomasse végétale
depuis le XIXème siècle, comme le montre la variation de
l'indice de croissance radiale des cernes annuels de la plupart des essences
forestières, les causes de cette augmentation ne sont pas encore
parfaitement connues :
- augmentation de
la température qui accroît la durée de la saison
de croissance (une semaine de plus entre 1981 et 1991 au Nord du 45°
parallèle),
- fertilisation par
l'augmentation du CO2, par les dépôts d'azote atmosphérique
dont les flux sont aussi perturbés par laction de lhomme,
- à côté
de ces influences climatiques, les influences des pratiques agricoles
et sylvicoles sont aussi essentielles.
La forêt française
paraît représenter un puits d'environ10 % de nos émissions
de C fossile.
Cependant l'évaluation de l'augmentation du stock de carbone dans
la végétation, et de ses variations se heurte à d'immenses
difficultés :
- une énorme
hétérogénéité spatiale des types
de végétation,
- une difficulté
non moins importante à évaluer les variations de stocks
par l'intégration des mesures de flux qui présentent une
très grande variabilité intrannuelle et inter-annuelle.
Ces variations, là
encore, sont sous influence climatique ou anthropique. L'interprétation
et la spatialisation de ces flux, la mesure des stocks sont un redoutable
défi à relever qui devra sappuyer sur des sites dobservations
et de mesures au long terme qu'il reste à créer.
Le sol
Le réservoir sol est énorme (2 fois celui de l'atmosphère
ou de la végétation), et une faible accumulation ou un faible
déstockage peut entraîner un flux de CO2 très important.
Ce réservoir a un potentiel important de stockage : un puits de
1 milliards de tonnes/an pendant 100 ans représenterait une augmentation
du stock de C du sol de seulement 7 % ! Cependant, le comportement de
ce stock sur le long terme est encore mal compris. En effet, dans le sol,
les difficultés de mesure des stocks de carbone et de leurs variations
sont très grandes. D'autre part, on ignore trop souvent les réservoirs
des parties profondes du sol et du sous-sol : beaucoup de cartes des stocks
de C dans le sol sont limitées à 30 cm de profondeur : elles
doivent sétendre à des zones plus profondes.
On sait que le sol et ses matières organiques peuvent agir comme
des sources de CO2 ou des puits, et surtout basculer au cours du temps
dune fonction source à une fonction puits ou vice-versa.
S'il existe des situations où, sur des sites d'observation à
long terme (notamment aux U.S.A), on enregistre des augmentations significatives
des stocks de carbone du sol, on ne connaît pas dans le détail
les processus à luvre ; il est donc difficile de généraliser,
de prévoir, de modéliser, ce qui entraîne des débats
dans la communauté scientifique qui rejaillissent sur le déroulement
des conférences internationales.
La complexité des spéciations et processus impliquant le
carbone dans le sol implique encore un effort dapprofondissement
des connaissances.
Rôle du méthane
La concentration du méthane dans latmosphère est moins
importante que celle du CO2 et son temps de résidence plus bref,
mais sa contribution intrinsèque à leffet de serre
est forte et son augmentation relative est extrêmement rapide. Il
faut donc étudier le comportement de ce gaz pour cerner au mieux
lensemble des composants du cycle du carbone.
Il sagit de mieux connaître les différentes sources
naturelles (zones humides, termites, océan et hydrates de méthane)
et anthropiques (culture du riz, animaux domestiques - fermentation entérique
- combustibles fossiles, combustion de biomasse, sites dentreposage
de déchets domestiques et agricoles).
Il faut disposer dune liste doutils pour mieux connaître
le cycle du méthane et ses variations spatio-temporelles :
- les modèles
de chimie atmosphérique qui simulent les réactions chimiques
et les phénomènes de transport dans latmosphère,
- la métrologie
des concentrations de méthane dans latmosphère,
- la mesure sur des
sites terrestres pour quantifier linfluence de facteurs variés
sur les sources démissions.
Les interconnexions
entre le cycle du CO2 et celui du méthane doivent être comprises
jusquà travers des mécanismes encore mal connus comme
laction de consortiums bactériens au-dessus des gisements
dhydrate de méthane.
En particulier, le fonctionnement saisonnier des zones humides de lhémisphère
Nord en termes de production de méthane devrait pouvoir donner
lieu à un programme coordonné au niveau européen.
Par ailleurs, les recherches sur le rôle des molécules organiques
persistantes dans la chimie atmosphérique du méthane devront
être poursuivies.
Depuis quelques années est apparue la possibilité de mesurer
la composition atmosphérique depuis lespace. Ces mesures
ne sont pas aussi précises que des mesures au sol et ne permettent
pas, en général, la restitution des profils verticaux, mais
elles ont lavantage dune couverture globale. Deux instruments
permettent déjà lobservation de CH4 et CO mais pas
celle de CO2. Dans le cas du CO2, la mesure par télédétection
des concentrations atmosphériques représente un enjeu stratégique
énorme et sa faisabilité mérite dêtre
étudiée en détails.
Enfin et compte-tenu de leurs poids spécifiques dans le bilan national,
notamment agricole, les cycles de lazote et les gaz à effet
de serre associés correspond à un axe de recherche à
approfondir.
Stratégie daccommodation des effets
et dabattements
Les stratégies daccommodation consistent à utiliser
les cycles naturels du carbone, principalement le rôle de puits
de la biosphère continentale, pour limiter, ne serait-ce que temporairement,
laugmentation du CO2 dans latmosphère. Certaines pratiques
agricoles (réduction du travail du sol, semis directs ou suppression
des labours) sont déjà en cours dexpérimentation
par des équipes françaises et étrangères.
Les pratiques sylvicoles peuvent également être aménagées,
dès lors que lon aura compris complètement le processus
de stockage du carbone dans la végétation naturelle. Enfin,
il faut être vigilant pour ne pas voir le sol se comporter comme
une source pour peu que laugmentation de température favorise
les activités de décomposition du sol. Là encore,
laménagement de pratiques agricoles peut être mis à
profit. De la même façon, pour le méthane, laménagement
de la riziculture et celui de la fertilisation par épandage de
lisiers peuvent être adaptés dans le sens dune limitation
des émissions de méthane.
En parallèle à ces pratiques adaptatives, on devra vraisemblablement
avoir recours à la séquestration de flux importants de CO2
à partir démissions très concentrées
émises par la production dénergie et les filières
industrielles. Cette séquestration devra se faire dans des réservoirs
où le temps de résidence du carbone sera extrêmement
long. Ces stratégies sont très attractives, quil sagisse
de linjection de CO2 supercritique dans locéan profond
ou de linjection de CO2 dans les anciens réservoirs dhydrocarbures
ou les aquifères profonds. On peut aussi viser à ladsorption
de CO2 sur des gisements de charbon profonds par réaction déchanges
avec le méthane initialement stocké dans les charbons. La
mise au point de ces procédés nécessitera un ambitieux
programme de recherche technologique.
Recommandation dactions
Les enjeux scientifiques et économiques liés à létude
du cycle du carbone sont très importants. Aux Etats-Unis, 200 M$
sont investis en 5 ans par lensemble des organismes de recherche
dans ce domaine.
Une priorité : les observations
Elles nécessitent :
- une systématisation
des mesures et le développement de capteurs moins coûteux
;
- le recours à
la télédétection, et le développement du
couplage de données dobservation par satellite avec les
modèles biogéochimiques (mise à profit de linitiative
européenne GMES) ,
- une homogénéisation
et une rationalisation des bases de données disponibles pour
les scientifiques au niveau européen ;
- lacquisition
de longues séries, par des observations permanentes,
- la mise à
disposition des données aux différentes communautés
scientifiques.
Une
structuration des équipes pluridisciplinaires autour dune
recherche unifiée sur les cycles bio-géochimiques des gaz
à effet de serre
Les Etats-Unis disposent dun grand programme fédérateur,
pluri-agences et pluri-organismes. Les programmes nationaux français
ou européens ne permettent pas actuellement une telle approche
unifiée.
Les
impacts de leffet de serre et les possibilités dadaptation
La notion dimpact implique un choix implicite déchelles
liées à lorganisation humaine. Un temps de référence
largement adopté est la génération ; léchelle
despace est déjà plus variable : continentale pour lONU,
régionale pour les états, elle sera le bassin versant pour
les gestionnaires de leau et la parcelle pour les exploitants agricoles.
Ainsi des acteurs différents pourront se référer à
des échelles temporelles et spatiales différentes.
On comprend aisément que la typologie des impacts dépend du
choix des impactés et que toute tentative de liste
relève dun choix économique et politique.
Les différents types dimpacts et les différentes
échelles
On distingue habituellement :
- les impacts liés
à leau
- élévation du niveau de la mer
- modifications de la couche neigeuse
- écoulements superficiels, eaux souterraines
- les impacts liés
aux milieux et aux écosystèmes
- montagne, sols
- écosystèmes forestiers, aquatiques
- les impacts liés
aux activités humaines
- production énergétique
- sylviculture, agriculture
- tourisme
- les impacts sur
lhomme et lorganisation des sociétés humaines
- santé
- relations diplomatiques et politique mondiale
Si létude des impacts est très liée aux échelles
spatiales et temporelles caractéristiques de lorganisation
humaine, elle est également dépendante des échelles
liées à létude du climat et de sa variabilité.
Il est maintenant classique didentifier trois échelles :
- léchelle
globale ; Il est ici question du climat, du système atmosphérique,
du système océanique. Dans ce compartiment, les interactions
traitent à grande maille des couplages de type océan atmosphère
et les évolutions sont envisagées sur des périodes
de lordre du siècle. Des communautés scientifiques
ciblées et organisées interviennent à cette échelle,
notamment à travers des programmes internationaux.
- léchelle
régionale ; elle reçoit du compartiment global des forçages
de type température, précipitations, radiation ; elle
convoque un grand nombre de disciplines scientifiques pour létude
des impacts du changement climatique sur les grandes entités
régionales allant des grands bassins versants aux systèmes
littoraux. A cet étage, létude passe par exemple
par lélaboration de fonctions de production ou de transfert
par lesquelles les hydrologues décrivent lutilisation faite
par les sols des quantités deau disponibles. Les problèmes
dadaptation peuvent être illustrés à cette
échelle, par exemple, par létude des modifications
de contours forestiers sous scénario climatique modifié.
- les échelles
détaillées ; on y trouve le maximum dinteractions
entre les systèmes économiques individuels et les effets
physiques. Cest en particulier à cette échelle que
des organismes et agences tels le BRGM, le Cemagref, lINRA et
lAdeme interviennent avec des équipes universitaires en
sciences humaines et sociales sur les questions dimpacts. Cest
aussi dans ce compartiment que la gestion de ces impacts est envisagée
avec les services et agences gestionaires.
Les liens entre échelles sont principalement traités de
façon descendante même si des tentatives de modélisation
de rétroaction (remontée dinformations de léchelon
local vers les autres compartiments) sont à mentionner. Le cas
du carbone, considéré dès la formulation du problème
comme un cycle, est une exception.
Les impacts et leur gestion sont prioritairement traités aux échelles
détaillées bien que la compréhension globale de la
variabilité du système doive se faire au niveau agrégé
de léchelle régionale.
Les programmes
Le descriptif des différents programmes nationaux et internationaux
montre une organisation privilégiant létude du climat
en soi et agissant sur lensemble des trois échelles. Les
communautés scientifiques étant au départ relativement
disjointes, on comprend la difficulté à sorganiser
sur létude des impacts. On note également une relative
fragilité sur les dispositifs de collectes de données, tant
au niveau national quinternational. Le programme GICC (gestion des
impacts du changement climatique) est un des premiers qui ait pour ambition
de relier les trois échelles.
Succédant au projet Gewex-Rhône (Ottlé & al, 2001)
le projet GICC-Rhône a pour objectif de simuler lévolution
en quelques années du bassin du Rhône sous scénario
de doublement de CO2. A laval de cette simulation, il
sintéresse à lévaluation des impacts
touchant différents aspects de lhydrosystème et de
sa gestion. La coopération entre les différents partenaires
(Météo-France, INSU, Cemagref, ENSMP,
) illustre lassociation
des trois échelles précédemment décrites.
Renforcer la communauté sur des thématiques centrales,
ladaptation des systèmes écologiques et socio-économique,
la santé, les pays du Sud
La communauté scientifique dans ces domaines est encore faiblement
structurée. Seule une politique en faveur de programmes pluri-annuels
et pluridisciplinaires permettra de créer un minimum dunité,
dautant plus que certains aspects des problèmes transcendent
les disciplines, comme par exemple, les précautions à prendre
dans linterprétation des données historiques.
Lévaluation des impacts et de lefficacité des
mesures dadaptation passe nécessairement par des analyses
économiques qui restent encore trop peu nombreuses tant au niveau
international que français. Cette faible implication de léconomie
tient en grande partie à la difficulté suivante : les mesures
d'adaptation renvoient le plus souvent à des réponses locales
et/ou à des problèmes clairement identifiés ; or
les recherches sur le climat sont encore loin de toute forme de prédictibilité
des impacts régionaux et locaux.
Ladaptation passe par un accroissement de la robustesse des systèmes
écologiques et socio-économiques aux extrema climatiques
et les mesures préconisées auraient des conséquences
bénéfiques même en labsence deffet de
serre induit par les activités humaines : par exemple par le développement
des plantes et modes de culture résistants à la variabilité
et aux conditions extrêmes.
De même, certaines mesures dadaptation peuvent avoir lintérêt
complémentaire de contribuer à la mitigation des émissions
de gaz à effet de serre.
Les études devraient porter non seulement sur le territoire national
métropolitain et doutre mer, mais aussi sur certains pays
avec lesquels nos relations sont traditionnellement étroites. Les
recherches sur les impacts sont évidemment déterminantes
pour les pays les moins avancés, dont les écosystèmes
sont souvent fragiles. Les questions denvironnement/développement
sont vitales pour les pays du Sud dont la vulnérabilité
au changement climatique est souvent élevée. Ceux-ci jouent
maintenant un rôle stratégique dans les négociations
internationales. Il est urgent de renouveler et de renforcer les recherches
les concernant. La France dispose dune tradition de recherche dans
ce domaine. Le renouvellement de ces recherches passe par un partenariat
avec des équipes locales et le développement de forces dexpertise
dans ces pays. Ceci implique de promouvoir des recherches pluridisciplinaires
sur les thèmes population/développement économique
et social/environnement- ressources naturelles, qui réunissent
des démographes, des économistes, des spécialistes
des ressources naturelles et des écosytèmes, et des sciences
de la vie.
LAfrique francophone relève évidemment de cette approche
: on pourrait envisager un effort particulier sur les séche-resses
du Maghreb et capitaliser sur notre bonne connaissance des maladies tropicales
pour étudier la propagation de certaines dentre elles résultant
du changement de lhabitat de leurs vecteurs habituels.
On peut craindre que le réchauffement climatique entraîne
des modifications de lépidémiologie de certaines maladies
: les maladies infectieuses, les maladies liées à des vecteurs,
comme la dengue, ou celles favorisées par les modifications de
lenvironnement (le choléra), voire favorise les maladies
émergentes. Un effort important devrait être engagé
dans le domaine des sciences du vivant, notamment de lépidémiologie,
des sciences sociales, de léconomie de la santé sur
ce thème de limpact des variations climatiques sur la santé.
Les
modèles climatiques et économiques et les modèles
intégrés
Les modèles climatiques constituent des outils privilégiés
pour mieux comprendre les contraintes et les mécanismes à
l'uvre dans les évolutions du système climatique,
notamment dans les périodes de changements rapides, voire très
rapides, du climat passé. Les modèles climatiques sont confrontés
à un enjeu grandissant qui vise à les transformer en outils
experts capables de répondre (au moins partiellement) aux questions
nouvelles que fait surgir le problème du changement climatique.
Pour progresser, il faut désormais prendre en compte de nouveaux
éléments de complexité, qui tiennent à la
fois à la nécessité dune approche de plus en
plus interdisciplinaire, mais aussi au souci de descendre à des
échelles spatiales beaucoup plus locales. Ce travail ne peut se
faire quen sappuyant fortement sur lobservation. Cest
à ce prix que les modèles climatiques actuels pourront constituer
lune des composantes dune nouvelle génération
de modèles intégrés (climat-économie).
Les modèles économiques et les modèles intégrés
climat-économie sont déterminants, quant à eux, pour
lanalyse économique des politiques, pour quantifier les émissions
des gaz à effet de serre et leurs impacts, et pour évaluer
le coût des politiques à mettre en uvre.
La disponibilité du temps de calcul (passée récemment
au second plan dernière la nécessité détoffer
numériquement les équipes de recherche concernées)
va très certainement redevenir un enjeu capital très prochainement.
Les enjeux des modèles climatiques
Prendre en compte trois échelles de temps
En ce qui concerne les modèles climatiques, trois échelles
de temps différentes doivent être prises en compte :
- le court terme
cest-à-dire la variabilité climatique aux échelles
intra-saisonnière, saisonnière et inter-annuelle. La caractérisation
de la prévisibilité du climat à ces échelles
de temps demeure un enjeu majeur de la recherche et correspond à
une demande forte de la part des décideurs politiques et de nombreux
acteurs économiques. C'est le seul domaine dans lequel on puisse
effectivement envisager de déboucher à relativement court
terme sur une prévision pratiquement déterministe de loccurrence
de certains phénomènes (e.g. El Niño) et sur une
prévision déterministe / statistique de limportance
et des conséquences régionales, voire locales, de certains
phénomènes (e.g. El Niño, moussons indiennes et
africaine, cyclogénèse) ;
- le moyen terme,
cest-à-dire la variabilité climatique à léchelle
décennale et l'étude de la prévisibilité
du climat à cette échelle de temps ;
- le long terme,
cest-à-dire le changement climatique à ces échelles
de temps de quelques dizaines d'années voire du siècle
ou plus. Lobjectif nest plus vraiment de conduire une prévision,
mais de développer des systèmes experts capables de prendre
en compte un système cohérent de représentations
explicites et de paramétrisations des processus internes et des
hypothèses " externes " (e.g. niveaux démission
de gaz à effet de serre, types d'occupation des sols, ...). Ces
systèmes experts doivent être capables de répondre,
au moins partiellement, aux questions nouvelles que fait surgir le problème
du changement climatique.
Quelle que soit l'échelle de temps considérée, les
limitations intrinsèques à la prévisibilité
du système climatique, du fait de ses instabilités et de
ses non-linéarités, ne peuvent être ignorées
et l'étude de la prévisibilité dans ce type de système
dynamique demeure en elle-même un thème de recherche.
Les perspectives damélioration de la performance des modèles
climatiques
Les défis et enjeux actuels pour l'amélioration des modèles
climatiques, de leur réalisme et de leurs performances peuvent
être regroupés en quatre thèmes :
- la complexification
des modèles, avec une prise en compte de l'ensemble des compartiments
intervenant dans le système climatique (atmosphère, océan,
cryosphère, sols, végétation et hydrosphère
continentale) et de leurs interactions (couplage entre les sous-systèmes),
avec, aux côtés des approches physiques et chimiques qui
doivent être encore développées, un effort particulier
à faire pour une meilleure prise en compte des effets biologiques
pour les surfaces.
Les questions tournant autour du de la prise en compte des incertitudes
dans les couplages entre les différents sous-systèmes
méritent un effort particulier de recherche méthodologique.
- pour chacun des
sous-systèmes considérés, l'amélioration
de la compréhension, et par conséquent de la représentation
et/ou de la paramétrisation dans les modèles, d'un certain
nombre de processus bio-physico-chimiques. On citera, sans prétendre
être exhaustif : pour l'atmosphère, les interactions nuages
- rayonnement et les interactions nuages - aérosols ; pour l'océan,
le rôle des talus continentaux et des détroits dans les
phénomènes de mélange et d'entraînement,
la convection profonde, le comportement des structures sous-mailles
et les modes de dissipation de l'énergie cinétique turbulente,
les transferts déchelle entre sub-mésoéchelle
et bassin océanique en biogéochimie marine ; pour les
surfaces continentales, la variabilité spatio-temporelle des
échanges entre biosphère et atmosphère, l'impact
des changements d'occupation des sols sur le cycle de l'eau et les cycles
biogéochimiques ; ...
- l'augmentation
de la résolution spatiale des modèles, de manière
à résoudre un certain nombre de processus " sous-mailles
" aujourd'hui encore mal paramétrés au niveau des
modèles de circulation générale (atmosphérique
ou océanique), mais aussi dans la perspective de mieux appréhender
la dimension régionale des problèmes d'impacts soulevés
par la prévision climatique ou les scénarios de changement
climatique.
- les études
des scénarios du changement climatique ou de la variabilité
et de la prévisibilité du climat sur le court/moyen terme,
par l'utilisation des modèles numériques, reposent très
fortement, et sous des formes très diverses (initialisation,
forçages, validation des paramétrisations, vérification
des performances des modèles, ...) sur les données d'observation
(satellitales, aéroportées et in situ). Le développement
des techniques permettant de traiter ces relations données /
modèles, et notamment les techniques d'assimilation et de traitements
statistiques des données et sorties de modèles, demeure
une priorité forte.
La structuration de la communauté
Ces quatre séries de défis et d'enjeux concernant la modèlisation
renvoient à quatre nécessités pour la communauté
de recherche sur le climat et le changement climatique :
- le maintien d'une
capacité de recherche de pointe sur les processus bio-physico-chimiques
à l'uvre dans les différents "sous-systèmes"
du système climatique et à leurs interfaces, seule garantie
d'une amélioration conceptuelle progressive des modèles
et de leurs performances.
- le maintien et/ou
le développement de capacités pérennes d'observation
(satellites, aéroportées et in situ) de paramètres
considérés comme clés pour suivre et espérer
comprendre et prévoir les évolutions de lenvironnement
et du système climatique terrestres.
- le renforcement
du génie logiciel et des capacités de calcul pour notamment
répondre à des architectures doutils de modélisation
qui deviennent de plus en plus complexes par le nombre denveloppes
et de processus pris en compte, des durées de simulation et la
nécessité de considérer des simulations d'ensembles
mais qui, en même temps, doivent pouvoir être utilisés
et évoluer de manière souple et modulaire par une communauté
large et très pluridisciplinaire de scientifiques et dexperts.
Ce défi se situe au niveau des moyens humains et de la nécessité
pour la communauté de la recherche sur le climat dattirer
sur ces questions, des chercheurs en mathématiques appliquées
et en informatique, didentifier clairement des pôles de développement
/ optimisation / mise à disposition des outils de modélisation
climatique au niveau national, et de doter ces pôles d'équipes
d'ingénieurs informaticiens de haut niveau, à la fois stables
et de taille critique.
Le défi se situe aussi au niveau des moyens de calcul et d'archivage,
pour lesquels la France et les pays européens risquent de perdre
rapidement lavance relative quils ont acquise ces dernières
années. Une réflexion stratégique doit être
stimulée au niveau européen et des réponses proposées
dans le cadre du 6ème PCRD.
L'organisation des équipes de recherche, la nécessité
de (mieux) développer les approches couplées entre enveloppes
et de concevoir le climat en termes de système va vraisemblablement
rendre, au moins en partie, obsolète à terme une organisation
des laboratoires concernés uniquement par "sous-ensembles"
(atmosphère, océan, surfaces continentales, ...) du système
climatique.
Les modèles économiques pour lévaluation
des politiques de lutte contre le changement
climatique
Les modèles économiques sont utilisés dans les recherches
sur le changement climatique afin :
- de fournir une
quantification, en prospective, des émissions de gaz à
effet de serre associées aux différentes activités
humaines,
- dévaluer
le coût des politiques visant à contraindre ces émissions,
- de prendre en compte
les impacts du changement climatique sur les activités économiques.
De plus, certains modèles synthétiques sattachent
à analyser le coût de trajectoires temporelles alternatives
démission et des " meta-modèles ", traitant
les résultats des modèles de grande taille, permettent
dévaluer les enjeux économiques de la négociation
internationale.
Les différents types de modèles
On peut identifier différentes familles de modèles économiques
selon, dune part leur modus operandi simulation, optimisation
ou équilibre de marché et dautre part leur
champ dapplication ensemble de léconomie ou
secteur. Les modèles sectoriels (modèles d'optimisation
dynamique ou de simulation pour l'énergie, l'agriculture, ...)
présentent en général une description plus poussée
des technologies, alors que les modèles densemble (modèles
macro-économiques ou de croissance ; modèles d'équilibre
général calculable - MEGC ou MEGAs) fournissent un cadre
de cohérence macro-économique à long terme.
Le couplage entre modèles de croissance, MEGAs et modèles
sectoriels permet :
- de fournir les
"inputs" anthropiques (scénarios d'émissions,
land-use) aux modèles climatiques sans rétroaction des
changements climatiques simulés sur l'économie simulée
;
- d'évaluer
les coûts de la réduction des émissions par rapport
à un scénario de référence, dans différentes
hypothèses sur les attributions de droits et les instruments
économiques de flexibilité ;
- de développer
des modèles intégrés compacts, en les couplant
avec des modèles climatiques très simplifiés.
A terme, il peut s'agir de développer des modèles couplés
économie / climat conçus comme des systèmes experts
pour lanalyse coût-bénéfice des trajectoires
de réduction des gaz à effet de serre à choisir et
à négocier au niveau international, compte-tenu de critères
climatiques, économiques et
politiques.
Les perspectives de recherche
Les besoins d'amélioration des modèles économiques
utilisés dans la recherche sur le changement climatique peuvent
être regroupés en quatre catégories :
- les données
: centrales pour les MEGAs ou les modèles sectoriels. Les modèles
économiques utilisés dans la recherche sur le changement
climatique sont des modèles appliqués et, par là-même,
reposent très fortement sur de vastes ensembles de données.
Un certain nombre de lacunes sont identifiées dans ce domaine.
La mise en cohérence de données nationales acquises et
publiées selon des critères non identiques pose des problèmes
méthodologiques qui ne sont encore que partiellement résolus.
La production-validation / gestion-maintenance / mise à disposition
de bases de données lourdes économiques et technologiques
suppose que les laboratoires concernés du secteur sciences humaines
et sociales soit dotés d'équipes stables et de taille
critique d'ingénieurs de recherche et dinformaticiens de
haut niveau.
- les modèles
internationaux de projection pour l'agriculture et le " land use
", qui apparaissent particulièrement stratégiques
dans les couplages économie / climat, tant pour les approches
" multi-gaz " de réduction des émissions que
pour lévaluation des rétro-actions du changement
climatique sur les activités productives.
- les modèles
/ scénarios mondiaux (mais géographiquement désagrégés)
de croissance démographique et de croissance économique
à long terme qui doivent donner les contraintes "macroscopiques"
pour les modèles économiques utilisés dans la recherche
sur le changement climatique (mais aussi pour les modèles climatiques
eux-mêmes) ;
- létude
des impacts régionaux du changement climatique sur les activités
économiques et une désagrégation spatiale fine
dans les MEGAs et les modèles sectoriels. Un effort spécifique
de désagrégation pourrait même être envisagé
pour un certain nombre de pays-continents à structure duale (Inde,
Chine, ...).
Couplage des modèles
climatiques et économiques et perspective de développement
de systèmes experts intégrés
On constate que les relations scientifiques entre les deux communautés
travaillant sur les modèles climatiques et sur les modèles
économiques se sont développées récemment,
grâce notamment à leur implication conjointe dans des travaux
d'expertise sur le changement climatique (par exemple en appui à
la puissance publique dans le cadre des négociations internationales)
et à un début de politique volontariste de certains organismes
dans ce domaine.
Toutefois, un véritable couplage entre les deux types de modélisation,
dans la perspective du développement de "systèmes experts
intégrés" pour le changement climatique et ses impacts,
est un objectif majeur mais qui demeure encore aujourd'hui de moyen terme,
si l'on veut en particulier se lancer dans une approche coût-bénéfice
régionalisée et généralisée et aller
au delà des modèles compacts actuels qui utilisent des modélisations
climatiques hyper simplifiées et peu réalistes.
Les perspectives nouvelles
On peut par contre identifier des besoins communs aux deux communautés,
des liens à développer entre modèles et au moins
une piste pour une première tentative de couplage entre les deux
types de modèles, autour des évolutions du " land use
".
Concernant les besoins communs, les deux types de modélisation
doivent introduire des contraintes sous forme de scénarios démographiques
et économiques de croissance à long terme présentant
une cohérence interne supérieure à celle des exercices
actuellement disponibles et qui soient aussi suffisamment désagrégés
géographiquement pour que la variabilité spatiale des émissions,
de l'occupation des sols, ... puisse y être appréciée.
Un effort conjoint de réflexion conceptuelle et méthodologique
devrait être entrepris pour identifier les échelles d'espace
et de temps les plus pertinentes pour les échanges d'information
et la mise en cohérence des " inputs " et des "
outputs " des différents types de modèles.
Les évolutions du " land use " (état de surface,
occupation des terres et pratiques culturales), qui sont " co-déterminées
" par les conditions climatiques aux échelles régionales
et le contexte socio-économique mondial et régional, apparaissent
comme le point d'entrée privilégié d'un possible
couplage entre modèles économiques et modèles climatiques.
Société,
économie et technologies
L'adaptation de nos sociétés à un mode de croissance
économique qui permette de prévenir l'aggravation du processus
de réchauffement climatique nécessitera une profonde évolution
des comportements de l'ensemble des agents économiques et des modes
de consommation La transformation du système technique vers des
technologies sobres en émissions de carbone ne pourra s'opérer
que si les conditions non seulement économiques mais aussi sociales
et culturelles sont réunies pour en favoriser l'émergence.
L'ensemble des disciplines des sciences humaines et sociales devrait pouvoir
être mobilisé bien au-delà des quelques équipes
actuellement engagées (essentiellement des économistes)
dans des projets de recherche relevant de la question du "changement
climatique" : la sociologie, les sciences politiques, la gestion,
lhistoire, la géographie, la démographie, le droit,
l'anthropologie et la psychologie, ceci à la fois dans une perspective
damélioration des connaissances et de contribution aux décisions
publiques.
Les principaux programmes
Les différents programme Environnement du CNRS, notamment depuis
1988, ont mobilisé la communauté des sciences humaines et
sociales autour de la compréhension de la dynamique des rapports
de lhomme à son environnement, naturel ou anthropisé.
Certains des thèmes qui ont été abordés dans
ce cadre peuvent concourir aux recherches sur la changement climatique,
notamment à travers des travaux sur les conditions de prise en
compte de lenvironnement par les entreprises.
La coordination des recherches est actuellement réalisé
au sein du programme "gestion et impact du changement climatique"
(GICC), programme co-piloté par le Ministère de l'aménagement
du territoire et de l'environnement et la Mission interministérielle
de l'effet de serre (MIES) en association avec l'ADEME. Ce programme fonctionne
avec des appels à proposition de recherche lancés régulièrement.
Il a permis de mobiliser un certain nombre d'équipes scientifiques
sur des thématiques socio-économiques de la lutte contre
l'effet de serre (mais pas seulement puisque le programme s'adresse également
à l'étude des impacts du réchauffement sur les écosystèmes).
Les équipes de sciences sociales, autres que l'économie,
sont toutefois peu présentes dans les réponses aux appels
à proposition (droit, sciences politiques notamment).
Les activités de recherche socio-économique du Programme
cadre européen, qui concourent à la définition des
politiques face au changement climatique, reposent essentiellement sur
la modélisation énergie-économie et environnement
et sur lévaluation des coûts et bénéfices
des politiques de réduction des émissions de gaz à
effet de serre.
Les analyses économiques et technico-économiques jouent
un rôle pour lélaboration des stratégies de
réponse au changement climatique : scénarios, variantes
dimpacts, coût-efficacité des options, interaction
des économies, conception et évaluation de nouveaux
instruments économiques (taxes CO2, commerce
démissions, synergie entre les instruments
), externalités
et économie du long terme. Les acquis européens dans ces
domaines savèrent tout à fait compétitifs par
rapports à ceux des Américains, bien que pas encore assez
diffusés.
Les principaux thèmes
Les négociations internationales sur le changement climatique et
le rôle des différents acteurs
L'essentiel des travaux de recherche en sciences sociales
dans le domaine du changement climatique s'articule autour des enjeux
à 2010 correspondant à la première période
d'engagement du Protocole de Kyoto. Les difficultés des négociations
à La Haye en novembre 2000 ont montré qu'il était
prioritaire de distinguer ce que l'on peut appeler le court terme (échéance
à dix ans) et les fondements d'une politique à plus long
terme visant à contenir les émissions à un niveau
compatible avec les objectifs ultimes de la Convention Climat.
Le développement de travaux de recherche sur les représentations,
les stratégies et les rôles des organisations non gouvernementales
(denvironnement et de développement), des organismes internationaux,
des groupements professionnels ou de citoyens et des différents
Etats est essentiel pour appréhender les politiques nationales
de lutte contre l'effet de serre et le cadre de la négociation
internationale .
Un nouvel enjeu pour les politiques publiques et pour le droit
La cohérence internationale des politiques nationales
Le processus international de maîtrise des émissions de gaz
à effet de serre ne pourra se concrétiser que si les politiques
et mesures nationales font l'objet de coopérations internationales.
L'identification des politiques qu'il convient de coordonner au niveau
européen fait ainsi l'objet de discussion au sein de la Commission
européenne, mais de nombreuses questions restent ouvertes : à
quel niveau territorial mettre en uvre ces différentes politiques
(national, européen, régional ou local) ? quelle coordination
internationale en matière de politiques et de mesures de réduction
des émissions ? quelles spécificités des institutions
de la Convention Cadre des Nations-Unies sur le changement climatique
par rapport aux autres instances internationales (FMI, OMC
) ? comment
prendre en compte les effets de la globalisation des marchés dans
la définition des mesures ? comment associer les pays en développement
? Ces différentes questions touchant aux politiques publiques concernent
à la fois les sciences politiques (spécialistes des politiques
locales, internationales, de politique comparée
), le droit,
les sciences économiques, les sciences de la gestion.
Les aspects juridiques
Les aspects juridiques de la mise en uvre du protocole de Kyoto
et plus généralement d'un processus mondial de prévention
des émissions sont insuffisamment explorés. Les fondements
juridiques d'une allocation planétaire de droits d'émission
à partir de critères d'équité posent des problèmes
qui justifient une large mobilisation d'équipes de recherches dans
le domaine du droit. Les questions de droit international par rapport
aux enjeux de l'observance des engagements (et aux modes de résolution
des conflits), les questions de droit public dans la mise en uvre
des stratégies nationales de lutte contre l'effet de serre (allocation
de droits à des entités privées voire à des
collectivités territoriales), les questions de droit privé
relatives par exemple au commerce des permis d'émission sont autant
de problématiques à aborder. Par ailleurs, contrairement
aux problèmes de pollution, il n'y a actuellement " pas de
victimes " (donc pas de plaignants, de mécanismes de réparations
etc.) du changement climatique leffet de serre, cette spécificité
mériterait dêtre étudiée.
L'articulation entre les stratégies de
réduction des gaz à effet de serre et les stratégies
de développement
Ce thème constitue une problématique incontournable
dans le dossier de la négociation internationale. Il convient d'étudier
la façon dont les stratégies de lutte contre le changement
climatique peuvent sarticuler avec les stratégies de développement
afin de trouver des espaces de négociation prenant en compte les
besoins des pays en développement. Les équipes impliquées
sur les recherches sur le développement devraient pouvoir être
mobilisées (pas seulement celles travaillant sur le développement
rural) ainsi que les capacités d'expertise dans le domaine de l'ingénierie
du développement, y compris celle des financements internationaux.
Les disciplines concernées sont notamment l'économie du
développement, l'agronomie, lécologie, la démographie,
la sociologie, lanthropologie.
Les stratégies des entreprises et les
politiques dinnovation
Il serait opportun danalyser comment les contraintes démission
peuvent déterminer les localisations des productions industrielles
et le commerce international. L'émergence des outils d'évaluation
des entreprises au regard de leur comportement environnemental et social
peut constituer un moyen d'inciter les entreprises privées et les
gestionnaires financiers à s'engager dans des stratégies
de développement durable .
L'analyse des stratégies financières des entreprises du
point de vue de la lutte contre l'effet de serre et des enjeux de gestion
à long terme, de même que le rôle des permis d'émission
dans la valeur des actifs des entreprises et la fiscalité dont
ils relèvent sont des éléments encore peu explorés
par la recherche.
Ces différentes questions interrogent différents domaines
de recherche : par exemple, léconomie industrielle (stratégies
de firmes, rôle de la réglementation dans la compétitivité,
systèmes productifs...), la gestion (notamment sur les questions
de conception, dapprentissages collectifs et de coordination des
acteurs, dinnovation), les travaux des politiques publiques (conditions
de mise en uvre et évaluation des politiques publiques),
léconomie, la sociologie (innovation, conception des produits,
usages
), les sciences pour lingénieur.
Les pratiques de consommations et les transports
Les déterminants des pratiques de consommations et les conditions
des changements
On observe une augmentation de la consommation de lélectricité
des ménages (double équipement, nouveaux besoins, consommation
de veille..). Des études en économie et en sociologie ont
montré que les choix des consommateurs en matière dappareils
ménagers restent très marqués par les critères
de choix classiques (prix, marques, fonctionnalités
), même
s'ils semblent évoluer progressivement grâce à une
prise en compte plus fréquente du critère "efficacité
énergétique".
Les recherches en sociologie, histoire, anthropologie et économie
pourraient permettre une meilleure connaissance des tendances dévolution
des pratiques de consommation à moyen et à long terme (vont-elles
évoluer vers un modèle à laméricaine
?), de leurs caractéristiques et de leurs déterminants,
des modalités de construction de la demande.
Différents thèmes pourraient être explorés
: le rôle de la culture technique des consommateurs sur le développement
des usages, les modalités de construction des représentations
et des comportements (rôle des prescripteurs dachat et dusage
que sont les vendeurs, les installateurs, les entreprises publiques, les
médias), les justifications que les consommateurs donnent à
leurs choix.
Les pratiques de mobilités
Les transports sont un des facteurs les plus importants de contribution
à leffet de serre. Par ailleurs, la mobilité ne cesse
de saccroître. Le thème transport et effet de serre
a été exploré sous deux dimensions principales qui
méritent dêtre approfondies, celle des transferts modaux
(voyageurs et marchandises) et celle de limpact des formes urbaines.
Le plus grand potentiel d'économie de carbone se situe au niveau
des décisions dachat de véhicules (entreprises et
particuliers) . Peut-on améliorer la rationalité des choix
des ménages lors de lachat de véhicules (compte-tenu
du faible " coût " du CO2 émis par le
rapport au coût global dusage du véhicule) ? Les déterminants
des décisions d'achat dans ce domaine ont été peu
abordés par les sciences sociales et économiques.
Le développement des transports collectifs des personnes offre
une autre voie de réponse. Il passe notamment par leur amélioration,
avec le développement de service à la demande et la conception
dun réseau dinfrastructures de transport combiné
au plan européen.
Plus largement il serait opportun de sinterroger sur le rôle
de facteurs plus globaux sur la demande et loffre en termes de mobilité
- notamment les nouvelles temporalités urbaines (temps de travail,
vie sociale), les évolutions des modes de vie, les formes urbaines
et les modalités daménagement du territoire, lorganisation
et la gestion des grands réseaux -, ainsi que sur les innovations
sociales possibles et les nouvelles formes de services à la mobilité
envisageables. Lexploration de ces thèmes impliquerait des
collaborations entre les chercheurs travaillant sur le thème des
transport, du changement climatique et des spécialistes dans les
domaines de la ville, du travail, des modes de vie.
Technologies et lutte contre les émissions de gaz à effet
de serre
La mise en uvre du protocole de Kyoto nécessite un effort
particulier dans le domaine de linnovation technologique, pour agir
sur les sources démission de gaz à effet de serre
:
- agir sur loffre,
notamment en privilégiant les formes dénergie primaire
à émissions de gaz carbonique nulles (renouvelables ou
nucléaire) ou faibles (gaz naturel) ;
- agir sur la demande
de chacun des secteurs économiques, en maîtrisant les consommations
dénergie, réduisant les émissions en provenance
des activités forestières et agricoles (gaz carbonique,
méthane, protoxyde dazote) et celles des autres gaz à
effet de serre (méthane des déchets, N2O industriel, gaz
fluorés liés à la chaîne du froid et à
diverses activités industrielles).
- fixer le carbone,
en captant et stockant le gaz carbonique émis par les sources
les plus concentrées, en développant les solutions permettant
de fixer le carbone (puits).
Si les émissions de carbone dans le secteur industriel ont baissé,
les efforts doivent néanmoins être poursuivis dans lamélioration
des techniques de production. Le passage à lélectricité,
les nanotechnologies, les biotechnologies offrent de nouvelles perspectives
de substitution aux anciens procédés techniques.
Energie
Sil y a eu des améliorations des rendements, il sagit
maintenant de caler la consommation dénergie au plus près
des besoins réels. Un des développements les plus importants
en matière de recherche découle des nouvelles technologies
de linformation et de la communication.
Celles-ci peuvent permettre à la fois :
- une mesure en temps
réel des consommations et donc une détection immédiate
des anomalies,
- un pilotage des
équipements en temps réel au plus près des besoins,
- une gestion à
distance des équipements grâce à la téléphonie
portable.
Propositions
Mobiliser les sciences humaines et sociales
- Favoriser lémergence
de nouveaux objets de recherche sur le thème du changement climatique
Sur ce thème du changement climatique, les sciences humaines
et sociales ont souvent le sentiment dêtre " convoquées
" par les sciences de la nature ou les sciences de lingénieur
dont les travaux dans ce domaine sont plus anciens, ou par les "
décideurs " pour une recherche trop finalisée. Aussi,
il est important de favoriser la construction de nouveaux objets de
recherche par les différentes disciplines des sciences humaines
et sociales, et aussi dobjets communs dans une perspective pluridisciplinaire,
grâce notamment à lorganisation de séminaires,
linvitation de chercheurs étrangers, la mise en uvre
de contrats de définition
.
- Informer les milieux
de la recherche sur les enjeux de la négociation et des politiques
publiques
Linformation des milieux de la recherche sur les enjeux de la
négociation internationale et sur les objectifs des politiques,
peut contribuer à lémergence dobjets de recherche.
En retour, des procédures dexpertise, dans certains cas
pluridisciplinaires et collectives, doivent être développées,
conçues comme partie intégrante des projets de recherche
et intégrées au déroulement de la carrière
des chercheurs.
- Développer
des procédures de soutien à la recherche
- Favoriser la réflexion
commune sur les outils, les données et les méthodes
- Favoriser les collaborations
européennes
- Favoriser lintégration
des recherches sur le changement climatique avec les autres champs de
recherche
Favoriser lessor du développement
technologique
- Développer
la recherche pluridisciplinaire pour le développement technologique
- Concevoir un dispositif
de soutien à linnovation industrielle résolument
inscrit dans la lutte contre l es émissions de gaz à effet
de serre et pour le développement durable
- Assurer les conditions
du transfert des nouvelles technologies de lutte contre les émissions
de gaz à effet de serre
Textes
rassemblés par :
François Clin
Catherine Courtet
Robert Delmas
Ministère de la Recherche
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