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Le réchauffement
climatique qui a marqué le XXe siècle a entraîné
une élévation du niveau moyen des océans. Mais de
quelle amplitude ?
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Modèles
et observation : des estimations contradictoires
Dans son troisième rapport, paru début 2001, le Groupe Intergouvernemental
pour l’Evolution du Climat (IPCC, en anglais) évalue la hausse
du niveau des mers due au réchauffement des océans à
0,5 mm par an au cours des dernières décennies (soit 5 cm
sur le XXe siècle). Cette estimation s’appuie sur des modèles
climatiques couplant océans et atmosphère. La fonte des
glaciers de montagnes contribue pour 0,2 mm par an alors que les effets
de l’Antarctique et du Groenland se compensent et contribuent de
façon négligeable au niveau de la mer. L’IPCC estime
l’ensemble des contributions climatiques à 0,7 mm par an
pour le siècle passé.
Les marégraphes, plus ou moins bien répartis près
des côtes, fournissent, quant à eux, une valeur deux fois
plus élevée : 1,5 millimètre par an. Qu’en
est-il en réalité ? Une étude récente (Cabanes
et al., 2001) portant sur les variations de température de l’océan
depuis quarante ans (1955-1996) permet peut-être de réconcilier
estimations des effets climatiques et observations.
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1 : Variations régionales des
dérives du niveau de la mer mesurées par Topex-Poseidon
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L’élévation du niveau
marin de 1993 à 1998
Dans leur article, C. Cabanes, A. Cazenave et C. Le Provost, du LEGOS
(Laboratoire d’études en géophysique et océanographie
spatiales de Toulouse), ont analysé les données acquises
par le satellite altimétrique franco-américain Topex-Poséidon.
Entre 1993 et 2001, celui-ci a détecté une élévation
du niveau moyen des océans de 2,5± 0,2 mm/an. A quoi correspond
en fait cette valeur ?
Principalement deux facteurs influent sur le niveau moyen des océans :
-
la dilatation thermique des eaux (une eau chaude est plus volumineuse
qu’une eau froide),
-
la fonte des glaces ou encore les apports d’eau des réservoirs
continentaux.
Les auteurs ont estimé la contribution de l'expansion thermique
en comparant les données altimétriques aux mesures directes
de la température des cinq cents premiers mètres d’eau
compilées récemment par la National Oceanic and Atmospheric
Administration (NOAA).
Pour la période de recouvrement (1993-1998) des deux séries
d’observations (Topex-Poséidon d’une part et température
in situ d’autre part) l’élévation mesurée
par Topex-Poséidon et celle déduite de la température
des eaux superficielles pour cette brève période sont parfaitement
corrélées tant en moyenne globale (3,2 ± 0,2 mm/an
et 3,1 ± 0,4 mm/an respectivement pour Topex-Poseidon et pour la
dilatation thermique) qu’en tendance régionale comme le montre
la figure 1.
Ceci indique que l’élévation observée est essentiellement
liée à la dilatation thermique de l’océan.
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2 : Carte des variations régionales
du niveau de la mer dues à la dilatation thermique des océans
sur la période 1955-1995
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L’élévation du niveau
marin de 1955 à 1996
Dans une deuxième étape, C. Cabanes et ses collègues
ont considéré cette fois-ci les températures moyennes
des trois mille premiers mètres des océans, telles qu’elles
ont été compilées en fonction des données
disponibles par Sydney Levitus, de la NOAA, pour les quarante dernières
années. Les auteurs ont calculé l’évolution
du niveau marin due au réchauffement des océans. L’élévation
calculée, 0,50 ± 0,05 mm/an entre 1955 et 1996, est comparable
à celle prédite par la plupart des modèles climatiques.
Les auteurs ont également montré qu’en considérant,
au cours de cette même période, la contribution thermique
au niveau de la mer uniquement aux sites des marégraphes utilisés
pour estimer l’élévation du niveau de la mer du XXe
siècle (dont la position est présentée sur la figure
2), l’élévation est beaucoup plus forte,
soit 1,4 ± 0,10 mm/an. Ceci suggère que les marégraphes
surestiment l’élévation du niveau marin.
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Pourquoi la surestimation des marégraphes ?
Cette possibilité, fortement suggérée par
la confrontation des données précédentes, peut s’expliquer
ainsi. Les marégraphes sont localisés près des côtes,
et, de plus, ceux utilisables pour estimer l’élévation
du niveau de la mer au cours du XXe siècle sont confinés
dans l’hémisphère nord, à proximité
des côtes européennes et nord-américaines. Or il se
trouve qu’en ces sites, le réchauffement des masses océaniques
a été plus marqué qu’ailleurs (voir figure
2). Les marégraphes indiqueraient donc une montée
du niveau marin bien réelle mais plus forte que celle de l’ensemble
des océans.
Une conclusion possible de cette étude est que la répartition
limitée des marégraphes disposant de longs enregistrements
de mesures ne permet pas d’échantillonner correctement la
variabilité géographique du niveau de la mer d’origine
thermique.
En conséquence, le niveau moyen des océans s’est vraisemblablement
élevé de 0,5 à 0,7 mm/an en moyenne au cours des
dernières décennies, cette élévation ayant
pour cause principale la dilatation thermique des océans. Cette
élévation est moins forte que ne le laissent supposer les
observations marégraphiques, qui, elles, indiquent une montée
du niveau de la mer dans des régions à fort réchauffement
climatique.
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