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Le
Climat et l’énergie solaire
Le climat est l’état moyen des paramètres météorologiques
dans une région donnée. Il résulte avant tout de
la répartition et de la transformation de l’énergie
reçue du soleil (342 W m-2 en moyenne globale annuelle au sommet
de l’atmosphère). L’équilibre énergétique
qui s’établit (voir encart ci-dessous) conduit à une
température moyenne actuelle de la surface terrestre de 15°C
en moyenne sur la planète. Tout facteur affectant cet équilibre
énergétique est donc susceptible d’entraîner
un changement climatique. Or de petites variations de température
s’accompagnent de variations considérables du climat, et
par suite des conditions de vie : par exemple la température
moyenne à la surface de la Terre a varié de moins de cinq
degrés entre le dernier maximum glaciaire et le présent;
plus près de nous, entre le milieu du XVIIe siècle
(petit âge glaciaire) et le milieu du XIXe, la différence
de température moyenne de l’hémisphère nord
est estimée à environ 0,5°C, en phase avec une variation
de l’ordre du W m-2 (soit 0,3%) de l’énergie solaire
moyenne incidente.
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Bilan d’énergie à la
surface de la Terre |
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La composition
de l’atmosphère
Elle joue un rôle critique dans la machine climatique puisque la
vapeur d’eau et certains gaz en traces (CO2, CH4, etc) jouent un
rôle important en laissant passer le rayonnement solaire et en absorbant
(terme H) une partie du rayonnement infrarouge tellurique (terme K). Cet
effet de serre contribue à un réchauffement moyen de 33°C
et maintient la température moyenne de la Terre à 15°C,
la rendant ainsi propice à la vie telle que nous la connaissons.
L’accroissement de la population humaine et l’industrialisation
provoquent une perturbation considérable des teneurs en composés
minoritaires de l’atmosphère, en particulier en gaz à
effet de serre. Les durées de vie de ces gaz dans l’atmosphère
sont suffisantes pour homogénéiser leurs concentrations.
Les modèles climatiques s’accordent sur un sur un accroissement
de l’effet de serre d’environ 2,5 W m-2 depuis le milieu du
XVIIIe siècle (principalement pendant les dernières décennies),
relativement peu variable géographiquement. |

1 : Distribution globale moyenne des aérosols
en mars 1997
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Les aérosols
Constitués de particules très fines en suspension
dans l’atmosphère, les aérosols font partie des acteurs
du bilan radiatif terrestre.
Les aérosols dits primaires sont émis directement sous forme
de particules. Leur taille est généralement supérieure
au micron lorsqu’ils sont produits mécaniquement et inférieure
au micron lorsqu’ils sont issus de processus de combustion. Les
aérosols secondaires, de taille généralement sub-micronique,
sont issus de la transformation en particules de substances émises
dans l’atmosphère sous forme gazeuse, soit par transformation
directe gaz-solide, soit par l’intermédiaire des gouttes
d’eau nuageuses. En moyenne globale, plusieurs millions de tonnes
d’aérosols sont émis chaque jour par une multiplicité
de sources, à la fois naturelles (volcaniques, biologiques, désertiques,
embruns marins) et humaines (combustions, poussières industrielles,
émissions agricoles), ce qui induit une très grande diversité
de leurs propriétés. Les simulations tridimensionnelles
du transport des aérosols à grande échelle souffrent
d'une quantification et d'une cartographie insuffisantes de ces émissions.
Dans la basse troposphère où ils sont en général
beaucoup plus abondants, les aérosols ont un temps de séjour
de quelques jours, essentiellement contrôlé par les précipitations.
Il en résulte que, au contraire des gaz à effet de serre,
leur concentration peut varier de plus d’un ordre de grandeur à
des échelles régionales (figure 1) ou journalières.
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Les interactions aérosols-nuages-rayonnement : effet parasol
Les interactions aérosols-rayonnement sont multiples et
de nombreux couplages existent entre les aérosols et le cycle de
l'eau. En moyenne, les aérosols ont en un effet parasol s’opposant
à l’effet de serre. Un conflit nucléaire étendu
pourrait envoyer dans la stratosphère des quantités d’aérosols
considérables masquant le rayonnement solaire, et provoquant ainsi
un hiver persistant, dit hiver nucléaire. Les panaches d’aérosols
injectés dans la stratosphère par les grandes explosions
volcaniques provoquent effectivement des petites diminutions de température
au sol (typiquement demi-degré), mesurables sur une durée
de l’ordre de l’année, temps de séjour des aérosols
dans la stratosphère. Mais ils provoquent en même temps un
réchauffement de plusieurs degrés de la stratosphère
par absorption du rayonnement.
Effets radiatifs directs et semi-direct
Les aérosols ont un effet radiatif direct parce qu’ils
rediffusent dans toutes les directions, et éventuellement absorbent,
le rayonnement qu’ils interceptent. La diffusion est l’effet
majeur aux longueurs d’onde solaires, en particulier dans le cas
aérosols de pollution car leur taille est petite devant celles-ci; elle est généralement négligeable dans l’infrarouge
tellurique. L’effet lié à la diffusion du rayonnement
solaire se traduit dans le visible par un effet de brume sèche
et une diminution de la visibilité. La rétrodiffusion du
rayonnement solaire vers l’espace par les aérosols induit
en moyenne globale une diminution nette de l’énergie incidente
au sommet de l’atmosphère (augmentation du terme B), et donc
en général un forçage radiatif négatif. Elle
est aisément observable avec les satellites imageurs dans le spectre
solaire au-dessus des surfaces sombres telles que les océans. Mais,
pour une même quantité d’aérosols, ce forçage
est variable et peut même changer de signe en fonction de l’albédo
de la surface et des capacités d’absorption de l’aérosol.
La présence au-dessus de l'océan d’un aérosol
absorbant le rayonnement solaire (suie ou poussières désertiques),
renforce le forçage direct négatif à la surface et
la diminution de l’évaporation (diminution des termes H et
E). Mais l'absorption par l’aérosol provoque aussi un réchauffement
des couches atmosphériques qui le transportent (augmentation du
terme G). Celui-ci peut être suffisamment important (> 1 K j-1)
pour provoquer l’évaporation des nuages éventuellement
présents : cet effet semi-direct exerce donc un forçage
positif par diminution de l’albédo planétaire. De
plus, les gradients thermiques associés à la distribution
verticale des aérosols absorbants sont susceptibles de modifier
la stabilité verticale de l’atmosphère.
L’effet radiatif indirect via les nuages
Les aérosols ont également des effets radiatifs indirects
du fait de leur rôle de noyau de condensation.
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Davantage de gouttelettes, plus petites
Pour un contenu en eau liquide donné, l’augmentation
du nombre de noyaux de condensation provoque une augmentation du nombre
de gouttes et une diminution de leur taille moyenne. Le premier effet
indirect qui en résulte est une augmentation de la couverture
nuageuse et donc de l’albédo lié aux nuages.
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Plus longue durée de vie du nuage
Le deuxième effet indirect est dû au fait que cette diminution
de taille des gouttes d’eau retarde leur précipitation
et augmente la durée de vie des nuages.
Ces deux effets indirects augmentent la réflexion vers l’espace
du rayonnement solaire (augmentation du terme b) et ont un impact radiatif
négatif. |
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Les valeurs du forçage radiatif des
aérosols
Le forçage radiatif des aérosols est défini
comme la modification du bilan radiatif terrestre qui résulte de
la présence d’aérosols introduits par les activités
humaines actuelles, comparé à la situation qui existait
en 1750. Il est estimé entre 0 et -1,5 W m-2 pour la composante
directe et entre 0 et -2 W m-2 pour la composante faisant intervenir les
nuages (moyenne globale annuelle).
Le forçage radiatif des gaz à effet de serre, de signe opposé,
est estimé à 2,4±0,2 W m-2. L’intensité
du forçage radiatif des aérosols peut donc être considérée
comparable, mais les incertitudes liées aux aérosols sont
beaucoup plus importantes. Les effets indirects ou semi-directs via les
nuages sont encore mal estimés, et en matière de forçage
radiatif direct, la contribution des poussières désertiques
dont les sources ont pu augmenter du fait de l’homme est difficile
à quantifier. De plus, tant à l’échelle régionale
qu’à l’échelle saisonnière, des impacts
radiatifs dus aux aérosols de plusieurs dizaines de W m-2 sont fréquemment
rencontrés, dont les impacts sur la dynamique atmosphérique
restent à être décrits et modélisés.
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La nécessité de grandes campagnes
de terrain
Les observations globales et de grandes campagnes de terrain ont
mobilisé la communauté scientifique depuis une douzaine
d’années (voir figure 1). Les satellites donnent
accès à un suivi global du contenu en aérosols dans
les zones non nuageuses, mais l’information est beaucoup plus précise
au-dessus des océans. Ils ne donnent de toute façon pas
accès à toutes les propriétés nécessaires
au calcul des effets radiatifs et les observations spatiales d’aérosols
doivent être qualifiées et complétées par des
réseaux de télédétection depuis le sol. Enfin,
ils ne permettent pas de distinguer les aérosols de pollution des
aérosols naturels lorsque ceux-ci sont présents simultanément,
ce qui est nécessaire pour calculer le forçage dû
aux activités humaines.
Les grandes campagnes de terrain sont l’occasion de nombreuses mesures
in situ, et tout particulièrement aéroportées. La
synergie entre les mesures physico-chimiques, radiatives et dynamiques,
les satellites et les modèles numériques fournit des informations
essentielles sur les aérosols et leurs interactions avec les nuages
et le rayonnement. Cette stratégie est nécessaire pour quantifier
les effets radiatifs des aérosols et leurs impacts, et chacune
de ces campagnes a apporté des informations originales.
La campagne intensive INDOEX (Indian Ocean Experiment; voir
article de P. Chazette dans ce numéro) a révélé
un forçage radiatif total à la surface de l’océan
d’au moins -10 W m-2 en moyenne lors du premier
trimestre 1999 dans tout l’Océan Indien Nord, la Mer d’Arabie
et le Golfe du Bengale, dû à un aérosol de pollution
absorbant et peu sensible à l’humidité. Ceci implique
une diminution saisonnière moyenne de 15% de l’évaporation
océanique. L'évaporation des cumulus dans la couche polluée
s'est aussi révélée importante dans le bilan radiatif,
compensant une grande partie des effets indirects.
Perspectives : besoin de données
La quantification du forçage radiatif direct des aérosols
a beaucoup progressé grâce à ces campagnes et aux
travaux de télédétection et de modélisation,
mais elle reste incertaine. La quantification des forçages indirects
l’est encore davantage.
Dans son dernier rapport, le GIEC (ou IPCC, Intergovernmental Panel for
Climate Change) souligne le besoin de données sur la répartition
verticale des aérosols et de nouvelles campagnes dans les régions
industrielles continentales, la haute troposphère, l’Arctique,
le plein océan et les régions sous influence des poussières
désertiques. L’étude des interactions aérosols-nuages
et la représentation des processus dans les modèles de climat
est probablement le challenge majeur à moyen terme.
Vu l’état actuel des connaissances, nous sommes encore loin
de diagnostiquer avec confiance les impacts des forçages radiatifs
substantiels par les aérosols, et en particulier les perturbations
importantes à l'échelle régionale, de la dynamique
atmosphérique et du cycle de l’eau.
| Contact : François
Dulac
LSCE – UMR (CEA-CNRS)
Bât 709, CE l’Orme des Merisiers
91191 Gif sur Yverte
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