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Comprendre l’origine
des polluants atmosphériques à l’échelle locale
et savoir modéliser leur formation et leur devenir représente
une étape nécessaire pour tester l’impact de réduction
des émissions sur la qualité de l’air. Le projet GRENOPHOT
s’attache à étudier l’évolution de l’ozone
dans la région grenobloise en période estivale.
Le projet GRENOPHOT (GRENOble PHOTochemistry) a été lancé
en juin 1998 par l’ASsociation pour le COntrôle et la Préservation
de l’Air dans la Région Grenobloise (ASCOPARG) en partenariat
avec le Laboratoire de Pollution de l’Air et des Sols (LPAS) de
l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL),
soutenu par l’ADEME. Ce projet a eu pour objectifs d’établir
une base de données météorologiques et chimiques
(étés 1998 et 1999) visant à améliorer la
compréhension des processus physico-chimiques de formation de la
pollution photochimique en zone montagneuse, de simuler une période
critique de pollution en ozone sur Grenoble et de la valider à
l’aide des mesures tridimensionnelles pour pouvoir par la suite
tester l’impact de réduction des émissions sur la
qualité de l’air.
La pollution atmosphérique estivale
en région grenobloise
Durant la période estivale, l’agglomération
grenobloise est soumise à des épisodes fréquents
de pollution photochimique où les concentrations d’O3
dépassent la valeur horaire limite seuil de 90 ppb (norme européenne).
La ville de Grenoble se situe au carrefour de trois vallées en
forme de Y entourées de montagnes s’élevant à
plus de 3000 mètres d’altitude. Ses spécificités
dans la problématique de la qualité de l’air sont
liées à :
-
la topographie complexe du site avec des vallées étroites
retenant les masses d’air,
-
la circulation spécifique des masses d’air dans le
Y grenoblois.
La production d’O3, polluant secondaire, est une fonction
non-linéaire dépendant des quantités de dioxydes
d’azote (NO2) et de Composés Organiques Volatils
(COV) qui sont des polluants primaires. La non-linéarité
du processus de formation d’O3 en fonction de ses précurseurs
implique qu’il n’existe pas de relation simple entre les émissions
(causes) et l’O3 (effets). Pour comprendre sa formation
dans la basse troposphère (couche limite planétaire), l’emploi
d’un modèle à résolution locale est nécessaire.
Ce projet se situe dans le cadre de l’effort d’amélioration
des performances des modèles photochimiques à l’aide
de mesures représentatives tridimensionnelles. Il représente
une première sur la région grenobloise, d’une part
par l’apport de mesures tridimensionnelles dans les trois vallées
et d’autre part par leur utilisation pour valider le travail de
modélisation et mieux comprendre l’évolution des processus
photochimiques en terrain complexe.
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1 : Isoplètes des concentrations
d’ozone (ppb) en fonction des concentrations de NOx et de COV
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Sensibilité
de la production d’O3 en fonction des NOx et des COV
Dans une atmosphère propre, l’oxydation du CO et d’hydrocarbures
amène à une production d’O3 à condition
d’avoir une concentration de NOx suffisante. Par contre, dans une
atmosphère polluée, la production d’O3
n’est pas exclusivement liée à la présence
de NOx et dépend du rapport des concentrations de NOx et de COV
et de la composition des COV. La figure 1 illustre ce comportement non-linéaire.
Si on se trouve au point A, une baisse des NOx conduit à une baisse
de l’O3 alors qu’une baisse des COV ne change presque
rien. On se trouve dans une situation contrôlée par les NOx.
Par contre, si on se trouve au point B, une baisse des NOx entraîne
une augmentation de l’O3 alors qu’une baisse des
COV va la réduire. On est dans une situation contrôlée
par les COV. Une réduction de l’un ou l’autre des précurseurs
ne conduit donc pas forcément à une réduction de
la concentration d’O3.
GRENOPHOT stratégie
La stratégie du projet GRENOPHOT a consisté à
coupler les mesures et les résultats de la modélisation
à différentes étapes du projet. Celui-ci s’est
déroulé sur 3 ans avec une phase de mesures et une phase
de modélisation. Ces 2 phases se sont entrecoupées entre
la campagne de mesures de l’été 1998 et l’été
1999 dans le but d’optimiser le choix des sites de mesures grâce
à une meilleure compréhension de la circulation des masses
d’air locales.
En 1999, un effort considérable a été fait pour la
préparation et la réalisation de la campagne estivale de
mesures intensives. Elle a vu se déployer, de début juillet
à mi-août, un réseau de mesures (au sol et en altitude)
renforcé tout autour de l’agglomération. Ainsi ont
été rajoutés aux mesures habituelles du réseau
ASCOPARG :
-
deux DOAS (Differential Optical Absorption Spectroscopy), l’un
de l’EPFL et l’autre de l’INERIS (Institut National
de l'Environnement Industriel et des Risques),
-
deux LIDAR (LIght Intensity Detection And Ranging), l’un de
l’EPFL et celui de la COPARLY (Comité de Coordination
pour le Contrôle de la Pollution atmosphérique en région
Lyonnaise),
-
un profileur de vent de la société DEGREANE Météorologie,
-
des mesures aéroportées réalisées par
METAIR (air pollution METeorology AIRborne measurements).
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2 : Profil d'ozone
mesuré à Vif par LIDAR DIAL
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Au cours des deux Périodes d’Observations Intensives
(POI) enregistrées durant cet été, l’ensemble
de ces moyens de mesures a permis d’enregistrer l’information
nécessaire à la description des paramètres météorologiques
et chimiques (figure 2). Le 27 juillet, à 17 heures, Heure Locale
(HL), un fort panache d’O3 atteignant des concentrations
de 95 ppb (maximum mesuré au cours de GRENOPHOT) s’est développé
à 20 km au sud de Grenoble. Cette POI, comprise entre le 25 et
le 27 juillet, a été prise comme le cas de base (CDB) de
la partie de simulation.
L’ensemble des mesures réalisées au cours de GRENOPHOT
est disponible sur CD-Rom, auprès du LPAS à l’EPFL
et de l’ASCOPARG. De plus une page dédiée à
ce projet est disponible à cette adresse.
Modélisation et validation du CDB
Les modèles mis en oeuvre sur Grenoble ont été
les modèles déterministes méso-échelle TVM
(Topographix Vorticity Mesoscale model) et METPHOMOD (METeorological PHOtochemistry
MODel). Au cours du projet, le modèle METPHOMOD s’est avéré
être le plus adapté pour la situation géographique
de Grenoble et a été utilisé avec le module chimique
en phase gazeuse RACM (Regional Atmospheric Chemistry Mechanism). Sa principale
différence par rapport au modèle TVM est son maillage qui
est de type cartésien.
Cadastre d’émissions
Les émissions annuelles ont été élaborées
par le CITEPA (Centre Interprofessionnel Technique d’Etude de la
Pollution Atmosphérique) en suivant simultanément une approche
«top-down» et «bottom-up» (lettre
PIGB-PMRC n°13, article de J-L Ponche) avec une résolution
de 6x6 km sur la région Rhône-Alpes et avec une résolution
de 1x1 km sur le domaine de simulation de 78x68 km centré sur Grenoble.
Elles ont été agrégées en trois types :
les émissions linéaires, les émissions surfaciques
et les émissions ponctuelles. Ces émissions annuelles ont
alors été désagrégées en émissions
horaires en suivant les résolutions temporelles d’émissions
du code SNAP (Selected Nomenclature for Air Pollution) et selon un type
de jour (différenciation entre dimanche et jour de semaine) et
le mois. La spécification des COVNM (Composés Organiques
Volatils Non Méthane) a été particulièrement
détaillé afin d’alimenter correctement le mécanisme
réactionnel du module chimique RACM.
Simulation de l’épisode de juillet 1999 (CDB)
La technique de «nesting one way» a été
utilisée afin de s’affranchir de conditions de bords pour
la grille fine (résolution 2x2 km) centrée sur Grenoble.
Au cours de la POI entre le 24 et le 27 juillet, le temps synoptique sur
la France a été dominé par l’anticyclone des
Açores avec des vents d’altitude de nord faiblissant et tournant
au sud-ouest la journée du 27 juillet. Les prévisions météorologiques
montrent un régime de nord avec des vents de 4 à 5 m/s,
faiblissant dans la troposphère libre le 24 juillet. A partir du
26 juillet, ce régime stable bascule progressivement vers un régime
de vent de sud-ouest devenant fort dans la nuit du 27 au 28 juillet.
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3 : Comparaison des directions (degrés)
et des vitesses de vent (m/s)

4 : Concentration d’O3 et de NO2 simulée
dans la couche de surface du modèle le 27 juillet à 9h00 HL
et à 17h00 HL
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Les résultats météorologiques de
la simulation montrent une interaction complexe entre le vent à
l’échelle synoptique et les systèmes de vents locaux
qui se développent dans les trois vallées du Y grenoblois.
Les vents locaux se forment dans la couche thermique située entre
le sol et 1200 à 2400 m. L’après-midi du 27 juillet,
le modèle montre un vent de sud-ouest dans la troposphère
libre et au sommet des massifs montagneux. Cependant, ce régime
synoptique n’a pas d’influence sur les vents locaux de la
couche thermique dominés par les effets de canalisation des vallées
qui transportent les masses d’air de la ville vers le sud de l’agglomération
et les vents de pente qui stockent les masses d’air sur les pentes
de Belledonne avant de les pousser en fin de journée vers le sud
(figure 3). A St-Barthélémy, le cycle diurne (vents catabatiques-anabatiques)
est bien mis en évidence par les mesures et la simulation. L’ensemble
de ces résultats met en évidence la capacité du modèle
à retrouver le régime thermique et à simuler correctement
les systèmes de vents de vallée, paramètres primordiaux
pour les processus photochimiques.
Distribution horizontale de l’O3
La distribution spatiale des concentrations d’O3
sur la couche de surface du modèle le matin et en fin d’après-midi
est montrée par la figure 4. Le matin, la destruction de l’O3
en surface par titration avec le NO (centre ville, zones proches des routes,
zone industrielle) est mise en évidence. L’après-midi,
le panache d’O3 produit par les polluants précurseurs
(NOx et COV) émis par l’agglomération est transporté
au sud de la ville. C’est là qu’il atteint son maximum
à environ 20 km du centre urbain. Du fait des vents faibles, les
masses d’air coincées entre le massif du Vercors et le massif
de l’Oisan permettent aux polluants primaires de réagir ensemble
pour former le maximum d’O3. Ensuite, ce panache d’O3
est poussé par les vents de vallée au sud de la ville avant
d’être dilué par le transport et la turbulence puis
finalement alimenter la couche réservoir en début de nuit.
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5 : Comparaison des concentrations
d’O3 simulées
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Le maximum d’O3, compris entre 90 et
100 ppb, apparaît entre 14h00 et 15h00 HL le 27 juillet dans la
vallée du Drac où se trouvent les stations de Champ-sur-Drac,
Vif et Saint-Barthélémy. Les stations de Champ-sur-Drac
et de Vif enregistrent 90 ppb d’O3 à 14h00 HL.
A 16h00 HL, le maximum d’O3 de 95 ppb est capturé
par Saint-Barthélémy, soit 2 heures après avoir enregistré
le maximum d’O3 en fond de vallées (figure 5).
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6 : Comparaison de l’évolution
verticale temporelle des concentrations d’O3 simulées
et mesurées par le lidar à Vif entre le sol et 3500 m asl.

7 : Emissions de NOx résultantes du trafic linéaire

8 : Imissions 3D simulées d’O3
et de NO2 sur le Y-grenoblois le 27 juillet à 9h00 et
17h00 HL

9 : Comparaison des profils de concentrations
d’O3 [ppb] réalisés avec le lidar
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Distribution verticale de l’O3
Sur le site de Grenoble, les mouvements de convection et le mélange
des masses d’air vont conditionner le maximum d’O3.
La figure 6 compare l’évolution verticale dans le temps de
l’O3 mesuré par lidar à Vif et la simulation.
La couche de mélange convective (CMC) monte d’un jour à
l’autre car les températures augmentent entre le 25 et le
27 juillet avec une baisse de l’humidité. Le modèle
calcule une hauteur de mélange de 1300 m le 25 juillet et de 2100
m le 27 juillet. Les mesures lidar montrent une CMC un peu plus haute
s’élevant jusqu’à 2400 m le 27 juillet. Cette
différence peut être due à un effet de la topographie
complexe du site de Grenoble. Le modèle et le lidar mettent ainsi
en évidence une CMC dont le sommet est plus haut que celui mesuré
pour les régions de plaine. La nuit tombée, la CMC est ramenée
à sa valeur nocturne, et il se forme en altitude la couche résiduelle
appelée aussi couche réservoir (figure 6) qui va stocker
une partie de l’O3 produit au cours de la journée
dans la CMC. Entre le 26 et le 27 juillet, le modèle et le lidar
mettent en évidence cette couche réservoir entre 1200 et
2000 m avec un maximum d’O3 de 70 ppb. Dans la couche
stable nocturne, entre le sol et 600 m, l’O3 est rapidement
détruit en réagissant avec la molécule NO. Cette
destruction commence dans la couche de surface à 2h00 HL, le 26
juillet, et s’accentue à partir de 5h00 jusqu’à
8h00 HL avec l’augmentation des émissions de NO2
causées majoritairement par le trafic (figure 7). Entre 8h00 et
11h30 HL, le brassage de la couche réservoir avec la CMC explique
principalement l’augmentation des concentrations d’O3
proches du sol avant l’arrivée du panache produit par l’agglomération
(figure 8). La mesure d’O3 réalisée par
lidar est validée par la mesure avion qui est en accord avec la
simulation (figure 9).
Contribution de l’agglomération grenobloise dans la production
totale d’ozone
Pour la ville de Grenoble, les émissions de NOx et de COV
sont principalement dues au trafic routier (70% des émissions),
les 30% restant résultent en grande partie du secteur industriel.
L’O3, généré par les Inox et les
COV en majorité émis au centre ville, est transporté
horizontalement par les vents thermiques poussant le panache vers le sud.
Pour estimer la production de l’agglomération, un calcul
a été effectué pour le petit domaine en coupant toutes
les émissions d’origines anthropiques pour les 25, 26 et
27 juillet. Les résultats de cette simulation ont permis d’évaluer
la production de l’agglomération à 32 ppb, soit un
tiers du maximum des 95 ppb d’O3 mesuré. Dans
ce cas, les 63 ppb d’O3 restant ont pour origine l’O3
de fond en augmentation constante sur le continent européen depuis
le XXe siècle et l’O3 transporté
à grande échelle.
D’autres calculs avec des scénarios de réductions
types (baisse de 50% des NOx, baisse de 50% des COV) ont montré
que les zones des maxima d’O3 sur Grenoble sont limitées
par les NOx.
Conclusion et perspectives
La modélisation du cas de base a permis de valider le modèle
sur un épisode de 3 jours (25, 26 et 27 juillet 1999) grâce
aux mesures ainsi que de comprendre la dynamique d’un épisode
photochimique estival type sur Grenoble. Les résultats montrent
que la ville génère environ un tiers du maximum d’O3.
C’est sur cette quantité d’O3 produit en
2 à 3 jours au cours des périodes de smog estival qu’il
faut agir car elle amène aux dépassements des seuils réglementaires.
Sachant que le problème du smog estival peut seulement être
résolu par une baisse massive des polluants précurseurs,
les bons résultats de METPHOMOD suggèrent son emploi pour
le calcul de scénarios de réduction des émissions
réalistes et réalisables dans ces prochaines années.
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Contact : Olivier
Couach et Jean Balin
Laboratoire de Pollution de l’Air et des Sols
(LPAS-ENAC)
Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL)
CH - 1015 Lausanne
Marie-Blanche
Personnaz
ASCOPARG
44, avenue Marcelin Berthelot
BP 2734 38037 Grenoble Cedex 2
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