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Les
objectifs de POMME
L'objectif principal de POMME (Programme Océan Multidisciplinaire
Méso Echelle) est de comprendre le rôle de la méso-échelle
(environ 50 – 200 km) dans les processus mis en jeu lors de la subduction
des eaux modales et de la floraison printanière. A cet objectif
s’ajoute l’étude des processus régulant les
caractéristiques physiques et biogéochimiques des masses
d'eau modales et le devenir de la matière biogène subductée
et exportée sur l'échelle annuelle.
Ce projet pluridisciplinaire s'appuie sur les programmes nationaux PATOM
et PROOF et sur plus d’une centaine de chercheurs et d’ingénieurs
des communautés d’océanographes physiciens, biologistes
et chimistes ainsi que de quelques météorologues. L'intégration
forte entre les mesures dynamiques et bio-géochimiques constitue
un des points fort et original du projet, ainsi que le soutien multi-organisme
du projet (CNRS/INSU, SHOM, IFREMER, Météo France).
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La subduction
La subduction est l’un des mécanismes responsables
de la transmission de signaux de surface vers la thermocline, régulant
ainsi le stockage de chaleur et de carbone par l’océan. Cette
subduction s’effectue par l’intermédiaire de la formation
d’eaux hivernales homogènes (appelées eaux modales),
alors en contact avec l’atmosphère, eaux qui sont par la
suite isolées de l’atmosphère lors de l’augmentation
de la stratification de surface due au réchauffement printanier
et estival. Ces eaux sont alors transportées en sub-surface (thermocline
supérieure, vers 400 m), se trouvant ainsi déconnectées
de l’atmosphère pour plusieurs années. |

1 : Couverture type d’une campagne
POMME
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La zone d’étude et les moyens
en œuvre
La zone d'étude (figure 1) se trouve dans
l'Atlantique nord-est à mi-chemin entre Açores et péninsule
ibérique (38°N - 45°N). Le cœur de la phase expérimentale
s’est déroulé d’août 2000 à octobre
2001, avec quatre campagnes océanographiques auxquelles participaient
chaque fois deux navires (Ifremer, SHOM) et un ensemble très complet
d’équipement mis à l’eau soit sur des mouillages
en point fixe (une bouée météorologique, 5 mouillages
courantométriques dont 3 avec ADCP, 4 mouillages de pièges
à particules avec courantomètres), soit de bouées
de surface et flotteurs de sub-surface dérivants (environ 110 :
CARIOCA, Surdrifts, Marvors, Provors, VCMs).
Les quatre campagnes sont les suivantes :
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POMME 0 : Octobre – Novembre 2000 (Thalassa) – Mise
en place, première couverture régionale,
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POMME 1 : Février – Mars 2001 (Atalante, d’Entrecasteaux)
– Préconditionnement hivernal
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POMME 2 : Mars – Mai 2001 (Atalante, d’Entrecasteaux)
–Subduction, floraison printanière,
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POMME 3 : Septembre – Octobre 2001 (Thalassa, BSHM) –
Conditions oligotrophes – accumulation de matière organique
dissoute.
Les campagnes ont permis d’avoir un aperçu de la situation
physique-biologique à plusieurs périodes clé du cycle
saisonnier et de réaliser des expériences qui permettent
de mieux rendre compte du fonctionnement des écosystèmes
(phytoplancton - zooplancton - bactéries - matière détritique)
en particulier en terme de bilan de carbone.
Pour ce faire, elles se sont décomposées en deux parties
(figure 1) : le premier «leg» a permis une
couverture régionale de la zone POMME, avec des stations CTD-rosette
espacées d’environ 50 km; le deuxième «leg»
était dédié à des radiales spécifiques
à très haute résolution (quelques km) de paramètres
physiques et biologiques par l’intermédiaire d’engins
tractés (SeaSoar-OPCT sur le navire SHOM, Tow Yo sur le navire
Ifremer) et à des études de processus bio géochimiques
lors de stations " longues " d’environ 48 heures. La stratégie
d’échantillonnage des deuxièmes legs s’est fortement
appuyée sur l’utilisation d’un modèle de circulation
SOPRANE, associé à l’assimilation de données
en temps quasi réel (altimétrie et données in situ) : ainsi, les radiales d’engins tractés et les stations longues
ont été positionnées par rapport à des structures
tourbillonnaires et frontales révélées par le modèle
(figure 1). |
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Les principaux résultats
Ces résultats qui sont bien entendu partiels et temporaires
peuvent se résumer aux 8 points suivants :
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Bien que la zone POMME soit supposée «calme»
(i.e. associée à une énergie cinétique
turbulente tourbillonnaire faible), les observations ont montré
que l’activité à moyenne et petite échelles
était très développée et bien organisée.
-
Malgré une année relativement chaude, une couche mélangée
hivernale profonde a bien été formée au nord
de la zone. Les processus de subduction ont en outre été
observés, à petite échelle, i.e. au niveau des
fronts séparant les tourbillons (sur quelques kilomètres).
-
S’il y a bien eu une augmentation sensible de la production
primaire (photosynthèse) entre POMME 1 et POMME 2 (doublement
environ), la floraison n’a cependant pas été très
intense et s’est plutôt distribuée d’une
manière variable, en relation avec les structures dynamiques
à moyenne et petite échelle.
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La campagne POMME 3 était caractérisée, surtout
pendant le leg 2, par une très forte oligotrophie (activité
biologioque très faible) par épuisement de sels nutritifs,
et par une accumulation de matière organique dissoute importante.
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La région est globalement autotrophe (i.e., par suite de
l’activité biologique le CO2 dissous est stocké
en carbone organique), surtout en hiver et au printemps, avec une
tendance neutre en fin d’été – automne.
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La structure de l’écosystème montre une grande
variabilité saisonnière (taille des cellules phytoplanctoniques,
réseau des producteurs supérieurs, etc…).
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La variabilité des stocks et flux bio géochimiques
intra-site (stations longues) est beaucoup moins forte que la variabilité
entre les sites.
• Globalement, la région POMME est un puits net de CO2
atmosphérique, les premières estimations donnant 0,37,
0,45 et –0,09 GtC (flux positif vers l’océan) respectivement
pour POMME 1, 2 et 3 pour une superficie de 2, 03 1011 m2.
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2 : Signature de la petite échelle
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Importance des
tourbillons
Qualitativement, une des conclusions principales de POMME concerne
les échelles de variabilité spatiale des caractéristiques
bio géochimiques des masses d’eau : le signal (concentrations
en chlorophylle, zooplancton, particules, pression partielle de CO2, etc…)
se trouve concentré sur quelques km («petite échelle»),
et est associée aux structures frontales et filamentaires qui résultent,
d’une part, de la dynamique des tourbillons (quelques dizaines de
km) et, d’autre part, de l’interaction entre les tourbillons
(voir figure 2a). Ces petites échelles sont particulièrement
bien mises en évidence par l’imagerie satellitale de la couleur
de la mer (voir figure 2b). Ainsi, contrairement à
certaines idées préconçues, les différences
du fonctionnement de l’écosystème marin entre cyclones
et anticyclones sont nettement moins marquées que les différences
au niveau des limites des tourbillons et des fronts.
L’analyse des données
La phase d’analyse des données a débuté et
se déroulera au cours des deux années qui viennent : elle
sera menée en parallèle à des études de modélisation
numérique qui permettront de mieux situer les données dans
un contexte régional, de mieux évaluer si les objectifs
du projet auront été atteints, de décrire les processus
dynamiques et biogéochimiques dominants et de quantifier l’impact
des différentes échelles sur les flux. Cette expérience
donnera lieu en outre à la création d’un base de données
extrêmement riche, qui sera à terme (vers la fin 2004) entièrement
disponible pour la communauté internationale : le travail de centralisation
et formatation des observations a déjà commencé au
LODYC (Paris) et LOV (Villefranche/Mer).
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