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L’objectif premier
de l'opération PROSOPE (PROductivité des Systèmes
Océaniques PElagiques) est l’étude de l’influence
des différentes ressources nutritives (azote et phosphore en particulier)
sur la fertilité océanique. Cette opération se place
donc dans le contexte, au niveau international, du programme JGOFS (IGBP)
et, au niveau national, du programme PROOF.
Au-delà de cet objectif, l'équipe PROSOPE s'est assignée
trois autres objectifs plus exploratoires, pouvant déboucher sur
de nouveaux axes de recherche en biogéochimie marine :
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Interpréter les données de couleur de l'océan,
notamment en vue d'une meilleure calibration des capteurs couleurs
satellisés.
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Apprécier l'importance des phénomènes à
l'échelle journalière.
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Initier des études visant à établir d'éventuelles
connexions entre biodiversité marine et cycles biogéochimiques.
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1 : Trajet
de la campagne PROSOPE |
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Le choix des
zones d’études
| La campagne PROSOPE
Cette campagne regroupait, sur le N/O Thalassa, des chercheurs
de 7 laboratoires français :
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Laboratoire de microbiologie marine de Marseille (LMM)
-
Laboratoire des Sciences du Climat et de l'environnement (LSCE)
-
Laboratoire d'océanographie de Villefranche (LOV)
-
Laboratoire d'océanographie dynamique et de climatologie
(LODYC)
-
Laboratoire d'océanographie et de biogéochimie
de Marseille (LOB)
-
Station biologique de Roscoff (SBR)
-
Institut Océanographique
ainsi que des chercheurs de groupes étrangers (e.g. NASA,
WHOI).
Elle était soutenue financièrement en particulier
par le CNRS/INSU, l'IFREMER, différents contrats européens
ainsi que la NASA.
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Pour répondre à ces objectifs à la fois spécifiques
et diversifiés, les zones d'étude devaient répondre
à un certain nombre de critères :
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L'étude de situations trophiques variées, permettant
d’étudier les différentes situations de fertilité
océanique et leurs rapports avec la couleur de l'eau.
-
L'étude de systèmes limités par des ressources
nutritives différentes (N et P).
-
Des situations stables devaient enfin être recherchées,
pour étudier la variabilité biogéochimique diurne
en s'affranchissant le plus possible des «perturbations»
liées aux mouvements physiques advectifs.
C'est sur la base de ces critères que furent décidés
la zone et le trajet de la campagne PROSOPE qui eut lieu en septembre
1999. Sur un trajet de 35 jours (sans escales), une variété
de situations océaniques furent étudiées allant des
remontées d'eaux froides (upwelling) le long des côtes marocaines
et source d'une intense productivité biologique et de matière
jusqu'aux déserts biologiques (et dont la physique est a priori
plus stable) de la partie orientale de la Méditerranée (voir
figure 1).
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2 : Exemple
de variations des propriétés biogéochimiques le long
du gradient longitudinal |
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Les résultats
L’évolution de la production primaire est/ouest
de la Méditerranée
On constate (figure 2) que les taux de production primaire, tout
comme ceux de production bactérienne, décroissent régulièrement
le long d’un axe longitudinal allant de la mer d'Alboran (partie
occidentale, station 1, voir figure 1s) jusqu'à la mer Ionienne
(partie orientale, station MIO).
Ces variations sont associées à la diminution régulière
des ressources nutritives, de l'Ouest vers l'Est de la Méditerranée,
conséquence à la fois de la circulation de surface (entrée
d'eaux Atlantiques, riches en nutriments, au détroit de Gibraltar
et transport de ces eaux vers la partie la plus orientale de la Méditerranée)
et de la stratification estivale qui limite l'enrichissement en nutriments
des couches superficielles.
Ces changements longitudinaux ont également été appréciés
de manière qualitative : ainsi, nous avons montré que les
ressources en carbone organique dissout limitent la production bactérienne
dans la partie occidentale de la zone, alors que le phosphore devient
l'élément limitant dans la partie orientale. Dans ces conditions
de limitation en phosphore, une population phytoplanctonique, les Synechococcus,
a été identifiée comme la mieux armée pour
répondre à des injections épisodiques de phosphore
dans le système (par exemple, lors de dépôt de poussières
sahariennes).
Le long de ce gradient trophique, si la quantité de matière
particulaire diminue globalement vers l'est (figure 2), sa composition
évolue également : la proportion de matière végétale
(phytoplancton) diminue, alors que la proportion de matière non
végétale (détritus d'origine biogène, organismes
hétérotrophes) augmente.
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3 : Anomalie de couleur
des eaux méditerranéennes |
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Influence des poussières sahariennes et de
la chlorophyle a sur la couleur de l’eau
Les mesures optiques et biogéochimiques ont révélé
une caractéristique remarquable de la Méditerranée
à cette période de l'année : les eaux méditerranéennes
sont plus vertes (cette nuance, détectée par les radiomètres
reste toutefois imperceptible à l'œil humain) que ce que leur
contenu en chlorophylle permet a priori de prédire (figure 3).
C'est donc qu'il existe, à côté du phytoplancton,
d'autres substances qui modifient cette couleur. Après un examen
attentif de toutes les matières qui pourraient contribuer à
cette singularité, notamment les détritus biogènes
et la matière dissoute colorée, nous sommes arrivés
à la conclusion que cette modification de couleur des eaux méditerranéennes
est due à la présence de fines poussières sahariennes
dans les eaux de surface. Cette présence résulte de dépôts
épisodiques de poussières qui ont eu lieu aussi bien avant
que durant la campagne.
A posteriori, l'analyse des distributions de "l'aérosol index"
fourni par le satellite TOMS (Total Ozone Mapping Spectrometer) a permis
d'identifier précisément ces périodes de dépôt.
La relation entre couleur de l’eau et contenu en Chlorophylle a
souffre donc dans ces régions d’un biais qui conduit à
surestimer d’un facteur 2 à 3 la concentration en chlorophylle
(voir légende figure 3).
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4 : Variations diurnes de la taille des particules
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Le cycle diurne
Les conditions de relative stabilité hydrodynamique qui prévalaient
au site MIO, le plus oligotrophe, ont permis d'étudier la variabilité
diurne des phénomènes biologiques et biogéochimiques.
Sur les cinq jours d'occupation du site, un certain nombre de mesures
a été réalisé à haute fréquence
(une acquisition sur la dimension verticale toutes les trois heures) permettant
d'identifier les propriétés biogéochimiques qui présentaient
une cyclicité diurne. En particulier, nous avons montré
que la concentration de particules, ainsi que leur taille, qu'elle soit
mesurée sur échantillons discrets (prélèvements
d'eaux suivis de comptages à bord) ou directement in situ à
partir de nouvelles générations de profileurs, présente
une rythmicité très marquée. De même la taille
des particules présente aussi une rythmicité diurne très
claire (figure 4).
De façon plus générale, nos résultats montrent
que, dans ces systèmes oligotrophes a priori stables, le signal
diurne est très important et potentiellement de même amplitude
que le signal saisonnier. Une conséquence inattendue de ces résultats
est que l'évaluation de certains stocks, (par exemple le Carbone
Organique Particulaire), qui sont parfois des paramètres d'entrée
essentiels de modèles biogéochimiques, est très dépendante
du moment de la journée où le prélèvement
est réalisé.
Biodiversité, marquage génétique et biotope
L'utilisation des techniques de biologie moléculaire a notamment
permis d'étudier la diversité génétique des
populations de Prochlorococcus, qui est l'organisme photosynthétique
le plus petit (~0.6 mm) et le plus abondant des océans, y compris
en Méditerranée. En utilisant un marqueur génétique
qui lui est spécifique, nous avons montré pour la première
fois qu’il existe plusieurs populations de Prochlorococcus, génétiquement
différentes, et occupant des profondeurs distinctes de la couche
d'eau 0-150 m. Certaines populations se cantonnent à la couche
superficielle dépourvue en sels nutritifs; d’autres ne sont
trouvées qu’au bas de la couche éclairée, dans
la zone où les nutriments commencent à être abondants.
La stratification des eaux méditerranéennes est donc suffisante
pour ménager des zones stables, propices au développement
de populations génétiquement et physiologiquement adaptées
pour tirer profit de la "diversité" des combinaisons
environnementales (lumière et nutriments).
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5 : Diversité de taille (allant de 50 à
500 mm) et de forme chez les tintinides, organismes microzooplanctoniques
étudiés durant la campagne PROSOPE |
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Biodiversité, formes fonctionnelles et productivité
La diversité peut également s'apprécier en terme
de formes qui, dans l'environnement marin, ont bien souvent des significations
fonctionnelles. C'est ainsi que nous nous sommes également focalisés
sur la signification de la diversité "plastique" d'un
groupe de consommateurs du phytoplancton, les ciliés tintinides,
qui vivent dans une coque ou "lorica" et présentent une
grande variété aussi bien de formes que de taille (50-500
mm) (figure 5). Nous avons montré que cette diversité
"plastique" est avant tout fonction de la diversité de
taille de leurs proies phytoplanctoniques et non pas une fonction inverse
de la productivité, ce qui est généralement admis.
En effet il est généralement suggéré que plus
le milieu est oligotrophe (pauvre en nutriments, faible productivité),
plus les populations, de petites tailles, sont diversifiées.
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La base de donnée
Une base de données a été très rapidement
mise à la disposition de la communauté PROSOPE au travers
d’un site web accessible sans restriction l’ensemble de la
communauté scientifique.
Perspective
Les voies ainsi ouvertes sont en partie à l'origine d'un nouveau
projet dans le Pacifique, BIOSOPE (BIogeochemistry & Optics South
Pacific Experiment) qui vise à étudier un gradient trophique
a priori plus important que celui de PROSOPE : des eaux parmi extrêmement
riches des upwellings associé au courant de Humboldt aux eaux les
plus oligotrophes de la planète caractéristiques du cœur
du tourbillon sub-tropical du Pacifique Sud. Cette dernière zone
est vierge de toute observations biogéochimiques (excepté
par les satellites) et, contrairement à la zone oligotrophe de
"PROSOPE", elle est éloignée de toute source d'aérosols
désertiques et vraisemblablement limitée par la disponibilité
en azote. On a là tous les ingrédients d'une future comparaison
entre deux zones a priori semblables du point de vue de leur fertilité.
L'exploitation de la campagne PROSOPE est donc loin d'être terminé !
| Contact : Hervé
Claustre
Laboratoire d'Océanographie de Villefranche
06238 Villefranche-sur-mer
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