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Un des caractères marquants
de la variabilité climatique
des derniers 100 ka est l'alternance de périodes froides
et chaudes, d'une durée de l'ordre de 1 à 3 ka, qui atteignent
presque l'amplitude d'une transition glaciaire-inter-glaciaire (événements
Dansgaard-Oeschger ou D/O). Vingt-quatre de ces événements
ont été dénombrés
dans
les carottes de glace du Groenland depuis la fin du dernier interglaciaire,
ils ont aussi été reconnus dans les
carottes marines de l'Atlantique Nord, de la Méditerranée
occidentale et du Pacifique Nord (Bond et al, 1993 ;
Cachot et al, 1999 ; Kiefer et al, 2001). Qu'en est-il sur
les continents ?
Sur le continent, les enregistrements paléoclimatiques qui
ont montré de tels événements abrupts sont rares :
la
séquence palynologique des lacs des Echets, du Bouchet
et des Maars du Velay (Massif Central ; Reille and
Beaulieu, 1988 ; Beaulieu and Reille, 1992 ; Guiot et al,
1993), les enregistrements palynologiques dans les
carottes marines proches des continents (voir article de
M. Sanchez, dans ce numéro). Mais, au-delà de la limite
de datation du 14C, les échelles de temps de ces carottes
lacustres ou marines sont ajustées sur les stades isotopiques (SPECMAP)
ce qui laisse la même incertitude sur
leur chronologie. Des travaux précurseurs avaient déjà suggéré l'existence
d'interstades chauds durant la dernière période glaciaire
(Laville et al, 1985), mais là aussi
l'échelle chronologique manquait de précision.
Enregistrement dans les spéléothèmes
de la grotte de Villars
Nous présentons ici les résultats obtenus sur la
stalagmite Vil-stm9 de la grotte de Villars (Dordogne), donc à l'intérieur
même du système Nord Atlantique, où sont
enregistrés ces événements.
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1a : Courbe de croissance de la stalagmite Vil-stm9

1b : Section polie de la stalagmite Vil-stm9 autour de l'événement
D/O20
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La stalagmite Vil-stm9
Haute de un mètre cinquante, cette stalagmite provient d'une
galerie latérale du réseau inférieur de la grotte
de Villars (Dordogne). Vingt-sept dates U/Th par spectrométrie de
masse y ont été effectuées ce qui lui donne une chronologie
absolue d'une précision supérieure à 2% (2 )
sur la période de croissance étudiée qui se situe
entre 31,8 ka et 83,1 ka (figure 1). Sur les sept discontinuités
visibles, trois sont en réalité des hiatus qui correspondent à des
périodes où les conditions empêchaient toute croissance.
Le plus important de ces arrêts est une phase comprise entre 61,0
ka et 67,4 ka où le climat était suffisamment froid et sec
pour empêcher toute infiltration et précipitation de calcite
dans la grotte ; il coïncide avec l'événement de
Heinrich H6 (ici la durée de cette période est bien datée)
et reste l'événement froid le plus marqué de cette
période à Villars. Les deux autres hiatus sont sans doute
liés à des inondations dans la grotte lors de périodes
très humides comme semblent le montrer les isotopes stables proches
des conditions actuelles.
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2 : Comparaison entre 5 enregistrements

3 : Comparaison entre 3 enregistrements

4 : Comparaison entre 4 enregistrements
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Les résultats
Les profils d'isotopes stables (figures 2 à 4) effectués
le long de l'axe de croissance révèlent les faits suivants :
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le 13C a enregistré les événements Dansgaard-Oeschger
de façon remarquable avec des variations de 2 à 5.
(figure 2) ;
-
grâce aux nombreuses mesures U/Th, les âges absolus
de ces événements sont datés avec une précision
au moins 5 fois meilleures que sur les carottes de glace GRIP et
GISP2 ;
-
l'événement D/O12 (45-46ka) est marqué par
la plus forte croissance de la stalagmite et par des 13C voisins
de l'actuel ;
-
le caractère principal de cet enregistrement est la très
longue période froide entre 61,0 ka et 67,4 ka qui a aussi été enregistrée
par une carotte marine du milieu de l'Atlantique Nord DSDP 609 (figure
3) ;
-
le 18O montre une forte ressemblance avec les enregistrements marins
(SPECMAP) ainsi qu'avec celui de Soreq Cave (Israël ; Bar-Matthews
et al) démontrant sa signification globale (figure 4). Il
apparaît cependant que ce n'est pas le 18O de la calcite qui
répond le mieux aux D/O, mais le 13C, ce qui suggère
un autre type d'impact de ces événements sur l'environnement.
Ces résultats améliorent très nettement la chronologie
absolue des événements climatiques abrupts de la dernière
période glaciaire, au moins pour la période au-delà de
40 ka. Ils montrent également que le 13C, à Villars au
moins, est très sensible aux variations climatiques abruptes alors
que les précédentes reconstitutions paléoclimatiques
utilisent essentiellement le 18O comme marqueur.
Les variations de 13C
Ces variations sont principalement liées au développement
du sol et de la végétation : le carbone dissous dans
l'eau d'alimentation des stalagmites provient en majeure partie, du
CO2 du sol. Or, les variations d'activité pédologique
et de la végétation vont conditionner la quantité de
CO2 d'origine biologique dissoute dans l'eau d'infiltration. En conséquence,
les événements froids, qui ralentissent l'activité végétale
et bio-pédologique, sont marqués par des 13C élevés ; inversement, lorsque la production de CO2 dans le sol est forte,
le 13C diminue. La température, elle aussi, influence le fractionnement
isotopique (dissolution du CO2 dans l'eau et précipitation de
CaCO3) dans le même sens et pourrait expliquer environ 25% de
l'ampli tude du signal.
Il peut exister un décalage significatif (1 à 2 ka) entre le
début d'un réchauffement et le 13C
minimal caractérisant
un maximum d'activité végétale ; la lente diminution
du 13C
que l'on voit après la très longue phase froide (67.4- 61
ka) en témoigne (figure 2). Cependant les fortes variations de 13C
observées entre 32 ka et 57 ka, ainsi que celles qui encadrent l'événement
D/O20 sont extrêmement abruptes puisque certaines se font en un temps
voisin de la marge d'incertitude des dates U-Th (<500 ans). En conséquence,
il semble que la remise en route du système bio-pédologique qui
produit le CO2 du sol soit rapide, même s'il s'agit d'espèces
pionnières : les conditions sont réunies pour que les plantes
et les micro-organismes du sol produisent suffisamment de CO2 biogénique
pour redémarrer la dissolution-précipitation. Ce temps de réponse
est différent de celui mis en jeu par la vitesse de colonisation de
la végétation qui voit apparaître successivement différents
taxons et qui, lui, est beaucoup plus lent.
En Chine
Wang et al ont mis en évidence les événements
de Dansgaard-Oeschger dans les profils de 18O de la calcite de plusieurs
stalagmites de la grotte de Hulu (Chine) avec une chronologie absolue faite
grâce aux analyses U/Th entre 11 ka et 75 ka (Wang et al, 2001). L'un
des principaux résultats de ce travail a été la confirmation
d'une grande partie de la chronologie de GISP2, même si l'attribution
de certains, comme les D/O16, 17, 19 et 20, apparaît plus ou moins
délicate (figure 2). Ces auteurs suggèrent que l'intensité de
la mousson a varié en même temps que la température du
Groenland ; les variations isotopiques observées seraient donc le
résultat d'un effet de masse sur la composition isotopique de l'eau
de pluie. L'essentiel des événements mis en évidence
coïncide avec ceux de la carotte glaciaire. Cette étude montre
ainsi l'existence d'une connexion entre le système de l'Atlantique
Nord et le système de mousson de l'Asie orientale, ce qui implique
le très large impact de ces événements abrupts que sont
les D/O.
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Contact : Dominique
Genty
Laboratoire des Sciences du Climat et de l'Environnement
UMR CEA/CNRS 1572 Bat 709
L'Orme des Merisiers CEA Saclay, 91191 Gif sur Yvette
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