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L'étude des dépôts
loessiques apporte de nombreuses
indications sur les changements climatiques en domaine
continental lors des derniers cycles climatiques
glaciaire/interglaciaire, que ce soit par exemple l'établissement
de variations abruptes en Europe lors du dernier glaciaire ou l'alternance
des moussons d'été et d'hiver en
Asie. Qu'en est-il de l'enregistrement des événements
Dansgaard/Oeschger ?
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1 : Séquence P3 de loess au site de
Nussloch en Allemagne
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Le loess
Le loess est un sédiment éolien résultant de l'accumulation
puis de l'agrégation de grains détritiques fins, poussières
(dimension moyenne de 30 mm), essentiellement siliceux
(quartz), dont l'origine peut être soit locale, soit régionale,
soit beaucoup plus lointaine (allochtone), soit mixte comme à
Nussloch en Allemagne (figure 1). Ce
sédiment se met en place dans un contexte périglaciaire
où la mobilisation de matériel fin, via la déflation,
se fait
principalement à partir des plaines d'épandage à la
périphérie des glaciers et des calottes, des réseaux
fluviatiles
et plateaux continentaux asséchés ou de moraines ou de
zones désertiques comme en Chine.
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2 : Plateau de loess en Chine centrale au
site de Luochuan
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La succession loess/paléosols
Les différentes
unités reconnues s'organisent en séquences qui montrent une
nature cyclique d'origine climatique (Kukla, 1977; Liu et al, 1991) : succession
loess/paléosols, qui correspondent globalement à des cycles
climatiques glaciaire/interglaciaire dont la durée est en moyenne
de 100 000 ans pour les plus récents (Kukla & Cilek, 1996).
C'est ainsi que les grandes séquences loessiques de Chine centrale
représentent l'enregistrement le plus continu des variations climatiques
en domaine continental allant jusqu. 30 alternances loess/paléosol
qui couvrent les derniers 2,4 Ma, au sein de séquences de 150 -
200 m d'épaisseur dans la région de Lanzhou (figure 2).
En Europe de l'Ouest
Récemment, des équipes françaises ont repris
l'étude à haute résolution de séquences ouest-européennes
en analysant la variabilité climatique enregistrée à partir
de différents indices (biologiques, sédimentologiques,
géochimiques et géophysiques). Les premiers résultats
relatifs au dernier cycle climatique glaciaire ont montré que
la période de dépôt principal du loess avait commencé vers
70 ka et s'était arrêtée vers 15-16 ka. Deux grandes
phases de dépôts loessique centrée autour de 60 ± 5
ka et 23 ± 8 ka BP, séparées entre elles par une
période où les taux de sédimentation sont fortement
réduits (entre 55 et 30 ka BP) .
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3 : Enregistrement synthétique du
dernier cycle climatique
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La sédimentation loessique sensu stricto s'avère être
rythmique et montre des fluctuations suffisamment marquées et
des taux de sédimentation élevés permettant l'enregistrement
d'événements climatiques rapides comme ceux décrits
dans les carottes de glace groenlandaises de GRIP et GISP2 (cycles de
Dansgaard-Oeschger, ou D/O) et dans les carottes nord atlantiques (cycles
de Bond). C'est ce que semblent montrer les derniers résultats
récemment obtenus à Nussloch (figure 3),
(Antoine et al, 2001, 2002; Rousseau et al. , 2002).
Les événements de Dansgaard-Oeshger
et la séquence continentale
L'hypothèse de base de l'étude de la séquence de Nussloch,
dans la vallée du Rhin, est que la sédimentation loessique, si
elle a une signification globale, doit présenter une cohérence
avec les enregistrements de pousière dans la glace. Une analyse à haute
résolution a été réalisée sur cette séquence.
Nous avons préféré nous référer à l'enregistrement
de poussière dans les carottes glaciaires plutôt qu. celui du 18O car ce dernier ne reflète pas la dynamique éolienne responsable
de la sédimentation loessique : les deux enregistrements de GRIP et
GISP2 montrent des alternances de phases à forte concentration de poussière
et des phasesà concentration beaucoup plus réduite voire nulle,
en relation avec les inter-stades corres pondants aux événements
D/O (IS 2 à 24 de Dansgaard et al, 1993 : épisodes climatiques «chauds»au
Groenland, avec peu d'arrivée de poussière).
Les relevés pédostratigraphiques associés aux mesures
de susceptibilité magnétique ont permis de caractériser
une succession de paléosols, limons, gleys et dépôts loessiques
répondant à la stratigraphie générale du dernier
cycle climatique en Europe de l'Ouest. Cette successsion, associée aux
dates AMS et OSL disponibles sur le site, a ainsi été corrélée
avec la courbe en concentration en poussières à GRIP du dernier
cycle climatique On observe qu'un grand nombre d'événements de
caractéristiques semblables aux D/O sont ainsi enregistrés dans
la séquence continentale.
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4 : Comparaison entre l'indice granulométrique
IGR
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L'enregistrement pédologique
de l'indice IGR
L'analyse des fractions granulométriques fines a permis de
définir un indice IGR (rapport (20µ -50µ) / 20µ)
qui caractérise la dynamique éolienne : plus cet indice
présente des valeurs élevées, plus la dynamique éolienne
responsable du dépôt est forte. A Nussloch, les variations
de cet indice au cours du temps sont comparables aux fluctuations de la
concentration en poussières au Groenland, sur la période
19-31 ky BP où la résolution temporelle est la meilleure
(figure 4). Calculé sur trois séquences différentes
du site de Nussloch, cet indice indique les mêmes variations temporelles.
Des variations similaires et synchrones ont été mises en
évidence dans d'autres séquences ouest-européennes
confirmant ainsi la valeur globale de ce signal. Il apparaît ainsi
que les séquences éoliennes ouest-européennes ont
particulièrement bien enregistré les événements
D/O, la séquence de Nussloch pouvant être considérée
comme une référence (Antoine et al, 2002 ; Rousseau
et al, 2002). Cet enregistrement des événements D/O est
toutefois fonction de l'intensité du réchauffement et de
la durée de l'interstades telle qu'elle est exprimée par
le 18O
dans la glace : les interstades les plus intenses et les plus longs
(IS 08 et IS 14) sont marqués par des paléosols bien individualisés
(unités N20 et N14 de la figure 3). Par contre si la durée
de la phase avec peu de poussière est réduite, alors l'interstade
sera marqué par un «gley».
L'enregistrement pédologique du 13C
Les variations du 13C de la matière organique ont été interprétées
comme principalement liées aux fluctuations climatiques (disponibilité en
eau et concentration en CO2 atmosphérique) enregistrées par
la végétation (Hatté et al 1998, 2001a). Cette amélioration
des conditions environnementales durant les événements D/O
s'accompagne d'un plus grand développement des populations de mollusques
continentaux caractérisé par une abondance (nombre d'individus)
nettement plus élevée (Moine et al 2002).
Conclusion
A Nussloch, les événements D/O correspondent
donc à des intervalles présentant une dynamique éolienne
réduite (faible valeur de l'indice granulométrique),
avec une certaine humidité (valeurs en moyenne plus négative
du 13C) autorisant le développement d'une végétation
rase permettant le développement des populations de mollusques
continentaux fortement représentés durant les interstades
isotopiques IS 5, 4, 3 et 2 (gleys G2, G3, G4 et G7). Par contre,
les intervalles de poussières sembleraient correspondre à des
périodes de végétation réduite et basse
(aridité), suffisante toutefois pour capter et stabiliser
les poussières et les transformer en loess, et permettre aux
mollusques terrestres, de se développer et se reproduire dans
des proportions nettement moindre que durant les interstades.
Ces travaux sont menés dans le cadre du projet EOLE du
programme ECLIPSE (INSU).
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