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Les fortes tempêtes qui ont occasionné des
dégâts
importants sur l'Europe dans les deux dernières décennies
relancent régulièrement le débat concernant l'augmentation
de la fréquence et de l'intensité des tempêtes,
et le rôle du réchauffement de l'atmosphère terrestre,
autrement dit des activités humaines.
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Les études menées dans
le cadre du projet européen
Waves and Storms in the North Atlantic (WASA, 1998)à partir
d'estimations de vent géostrophique dérivées
des
observations de pression atmosphérique montrent que
lors des 120 dernières années, le nombre de tempêtes
sur l'Atlantique Nord présente de fortes fluctuations.
L'analyse fine des résultats montre une augmentation des
valeurs extrêmes de vent géostrophique à partir du
milieu
des années 60.
Cependant cette augmentation fait suite à une diminution
quasi régulière depuis le début de la période
de mesure,à laquelle se superpose une variabilité décennale
de faible amplitude. A la fin du XIXè siècle, les valeurs extrêmes
de vent géostrophique étaient d'intensités comparablesà celles
de la période la plus récente. Ces résultats
semblent
indiquer une variabilité interdécennale de l'intensité ou
de
la fréquence des tempêtes les plus fortes. L'essentiel de
cette variabilité est probablement d'origine naturelle et
l'importance des fluctuations rend très difficile la détection
d'une éventuelle tendance sur le siècle attribuable aux activités
humaines. Cet article présente une climatologie des
tempêtes ayant affecté le territoire français .
Genèse et trajectoire d'une tempête
Les vents tempétueux peuvent avoir différentes
origines. Ils sont principalement associés aux dépressions,
mais il existe d'autres causes à l'existence de vents forts :
cyclones tropicaux, trombes, tornades et «downbursts»
pouvant être associées aux nuages convectifs, lignes de
grains (par exemple celle du 7/6/1987 dans les Landes,
ou celle du 6/7/2001 dans la région strasbourgeoise),
déferlement d'ondes de relief atteignant le sol (par
exemple sur le Comminges le 16 décembre 1989), écoulements
de type catabatiques, vents canalisés comme le
mistral ou l'autan. On s'intéressera ici essentiellement à
celles associées aux dépressions atlantiques. Leur
genèse et développement fait appel à des mécanismes
complexes et une première approche de ces phénomènes
est présentée à cette adresse.
Dans l'hémisphère Nord, un concept utile est celui de «rail
des dépressions» («storm-track»). Le rail atlantique,
pertinent pour l'Europe, commence toujours dans la région de
Terre-Neuve. Sa position est étroitement associée à celle
du courant jet («jet-stream»), rapide tube de vent très
fort
d'ouest (typiquement 200 km/h) situé vers 8-10 km d'altitude. Une étude
climatologique de ce courant jet (Ayrault,
1998) montre qu'il se situe en moyenne vers 50-55°N, et
qu'il difflue en général vers 10°W. Il est associé à un
contraste thermique horizontal entre les zones se situant
de part et d'autre de sa trajectoire. Ce sont ces
contrastes qui représentent une énergie potentielle
convertible en vent ; ils sont nécessaires mais non suffisants pour
générer des phénomènes extrêmes.
L'augmentation du vent dans une dépression dépend de la synchronisation,
au
sein du rail, entre un
tourbillon précurseur
vers 9 km d'altitude
et un autre, décalé vers l. Est, près du
sol. La région la plus
favorable à l'amplification des tempêtes
est l'extrémité Est
du jet. De tels développements peuvent être de nature «
explosive», comme
les tempêtes de
décembre 1999
(Baleste et al,
2001).
Les systèmes
dépressionnaires se
suivent sur le rail au
rythme d'environ un
par 24 à 36 h en
hiver. Leurs dimensions caractéris
tiques vont de 1000 à
2000 km. Certains
atteignent l'Europe
de l'ouest, mais
beaucoup meurent
au-dessus de
l'océan, et nombre
d'entre eux sont renvoyés vers les
hautes latitudes de
l'Atlantique. La
période où les vents
sont les plus forts
s'étend d'octobre à mars sur la majeure
partie du pays.
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1 : Comparaison de la tempête des 25-26/12/1999
(Lothar) avec d'autres événements comparables

2 : Comparaison de la tempête
des 27-28/12/1999 (Martin) avec d'autres événements comparables
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Dans des circonstances cataclysmiques comme celle des
tempêtes de décembre 1999, l'intensité du jet est
exceptionnelle (atteignant 529 km/h mesurés à 8128 m au-dessus
de Brest le 27/12/1999 à 00TU), et son extension vers l'est au-dessus
de l'Allemagne non moins remarquable. C'est ce qui a expliqué le
renforcement des vents au dessus du continent, alors qu'en temps normal
la disparition du jet et l'effet du frottement continental conduisent à une
atténuation du phénomène. Les figures 1 et 2 comparent
respectivement Lothar et Martin à des tempêtes historiques
comparables.
Force d'une tempête
L'échelle de Beaufort est adoptée à l'échelle
internationale par les marins pour caractériser la force du vent.
Le qualificatif de «tempête» s'applique pour des vents
moyens à 10 m (moyennés sur 10 minutes) compris entre 89
et 102 km/h (force 10), celui de «forte tempête» à la
gamme 103 à 117 km/h (force 11) et celui d. «ouragan» (force
12) au- delà. La notion de tempête implique également
une certaine extension spatiale. En France, le seuil retenu par les assureurs
pour indemniser les dégâts dus au vent est de 100 km/h en
vitesse de vent instantané (intégré sur 0,5 s).
Le rapport entre vent instantané ainsi défini et vent moyen
sur 10 minutes est de l'ordre de 1,6 à 1,9.
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3 : Nombre de tempêtes observées
chaque année de 1950 à 1999

4 : Nombre de fortes tempêtes
observées chaque année de 1950 à 1999
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Inventaire
des principales tempêtes depuis 1950
En reprenant des critères
voisins de ceux utilisés par les assureurs (i.e. en identifiant
les périodes où au moins 5% d'un nombre constant de stations
françaises ont relevé un vent maximal journalier supérieur à 100
km/h), Dreveton (2002) a sélectionné 734 épisodes
de vent fort sur la période 1950-1999, soit une moyenne de 14,7
par an (figure 3). L'utilisation d'un seuil de 20% des stations (i.e. au
moins 20% des stations ont relevé un vent maximal instantané quotidien
supérieur à 100 km/h au cours de l'un des trois jours J,
J+1 ou J+2), a permis d'isoler 71 fortes tempêtes sur cette période,
soit 1,4 par an en moyenne (figure 4). Le nombre d'épisodes de vent
fort présente une forte variabilité interannuelle (7 en 1968,
26 en 1962), ainsi que celui des fortes tempêtes (0 en 1989, 1993
et 1998, 5 en 1965).
Les résultats ne permettent pas de détecter de tendance significative
sur l'évolution du nombre de tempêtes observées en France.
Il apparaît toutefois des nombres plus forts avant les années
1970, qui pourraient s'expliquer par l'utilisation d'un capteur différent
pour cette période (la forte inertie des capteurs utilisés avant
les années 1970 avait pour conséquence une surestimation des
vitesses de pointe, de l'ordre de 5 à 10% par rapport aux capteurs actuellement
utilisés à Météo-France). L'ajustement linéaire
calculé depuis 1970 montre une légère tendance à la
hausse, conforme avec les résultats du groupe WASA (1998), mais le même
ajustement appliqué depuis 1950 conduit à une conclusion opposée.
Toutefois, les tests statistiques indiquent qu'aucune de ces tendances n'est
significative.
Une étude basée sur l'utilisation de données de pression
pour le calcul du vent géostrophique (Generoso) portant sur la même
période a montré que la méthode permettait de retrouver
95% des tempêtes, et la totalité des fortes tempêtes. Elle
révèle également que le nombre et l'intensité des
tempêtes ont peu évolué à la fin du XXè siècle,
et qu'elles ont atteint le niveau qui étaient le leur en début
de période. Ceci recoupe des études allemandes et nordiques (Planton
et Bessemoulin).
Météo-France développe depuis 1999 une «Base de
Données d'Evènements Marquants» (BDEM, projet interne pour
le moment), incluant la documentation d'événements historiques
remontant jusqu'au milieu du XIXè siècle, et parfois au-delà.
Les tempêtes constituent un cible privilégiée pour cet
inventaire (Bessemoulin).
Plusieurs études, réalisées à partir de simulations
numériques, concluent que le changement climatique devrait s'accompagner
d'un déplacement vers le Nord et parfois vers l'est du rail des dépressions
de l'Atlantique Nord, ainsi qu'une intensification de la variabilité.
Ces changement de la variabilité atmosphérique s'accompagneraient
d'une augmentation du gradient Nord Sud de pression correspondant à une
plus grande fréquence des phases positives de l'oscillation Nord Atlantique,
un mode de variabilité atmosphérique bien connu des climatologues.
Cependant le lien entre ces résultats et leur impact sur la fréquence
ou l'intensité des tempêtes, en particulier en Europe, est loin
d'être clairement établi (Planton et Bessemoulin).
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