Dossier : Climat   
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Tempêtes et dégâts aux forêts : évolution sur le XXè siècle
Extrait de la Lettre n°15 Programme International Géosphère Biosphère-Programme Mondial de Recherches sur le Climat (PIGB-PMRC)


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L'effet dévastateur des tempêtes sur les forêts peut être un indicateur de l'évolution des tempêtes. Cependant cet effet implique, outre la force de la tempête, l'état de la forêt. Ce domaine d'étude est actuellement important en recherche forestière.




1 : Exemple de dégât provoqué sur la forêt par une tempête



 

Les chablis et la force du vent
Jusqu'à une vitesse de 100 km/h, le vent ne provoque que peu de dégâts aux forêts, abattant seulement quelques arbres malades ou au système racinaire déficient. De 100 à 150 km/h apparaissent des chutes ou bris d'arbres appelés chablis (figure 1), mot qui désigne également l'arbre abattu, qui peuvent être plus ou moins importants selon les caractéristiques du peuplement et de la station. Au delà de 150 km/h, bien peu de peuplements résistent. Les deux tempêtes de décembre 1999 ont été particulièrement dévastatrices avec 140 millions de m3 abattus en trois jours, soit quatre années de récolte, du fait en particulier de l'ampleur des surfaces balayées (voir l'article "Evolution des tempêtes en France").





2 : Volumes abattus par le vent en Europe en fonction du mois de l'année

 

Automne et hiver : saisons noires
La figure 2 met en évidence les périodes à risque au cours de l'année, concrétisant les informations déjà fournies par les météorologistes : l'essentiel des tempêtes, et donc des dégâts, se concentre de septembre à février. On n'enregistre en été que quelques tornades violentes mais géographiquement limitées.




Les résineux : plus touchés que les feuillus
Les résineux, qui conservent leurs feuilles en hiver, sont plus exposés aux tempêtes, du fait de leur prise au vent, que les feuillus qui les ont opportunément perdues avant la période à risque.
Ils paient donc le plus lourd tribut et représentent souvent 75 à 80% des volumes abattus' Cela n'exclut cependant pas quelques dégâts parfois spectaculaires sur certains feuillus, en particulier le hêtre et le peuplier. Les résineux ne sont par ailleurs pas tous égaux face à la tempête : mélèze (défeuillé lui aussi en hiver), douglas ou pin laricio résistent mieux qu'épicéa, pin sylvestre ou pin maritime.





3 : Volumes de bois abattus par le vent en Europe de 1865 à 2000

 

Un accroissement exponentiel des dégâts
L'important travail de recensement mené par le géographe D. Doll (1988), complété en 2000, permet de mettre en évidence la forte augmentation à la fois de la fréquence et de l'amplitude des dégâts aux forêts depuis plus d'un siècle. La figure 3 montre les volumes abattus de 1860 à 2000. Plusieurs explications peuvent être avancées à ce phénomène, qui suscitent nombre d'interrogations.


Y a-t-il une augmentation de la fréquence et/ou de la violence des tempêtes ?
La réponse à cette question est controversée et est à relier avec les craintes actuelles sur les conséquences d'un réchauffement climatique annoncé par les scientifiques.


Y a-t-il une augmentation des surfaces forestières exposées aux tempêtes ?
Le taux de boisement est effectivement passé en France de 17 à 27% de 1860 à 2000 grâce aux deux vagues de reboisement du Second Empire et de l'après- guerre (1950- 1980). L'inventaire forestier national constate par ailleurs un accroissement général des volumes sur pied à l'hectare (par exemple + 15% entre 1981 et 1993), ce qui augmente d'autant les dégâts lorsque survient une tempête.


Les peuplements actuels sont-ils plus sensibles au vent ?
On peut penser que les peuplements issus des reboisement de l'après guerre sont plus fragiles pour deux raisons : d'une part ils sont en majorité composés de résineux et, d'autre part, ils ont été insuffisamment ou trop tardivement éclaircis du fait de la mévente des petits bois. Ils sont donc constitués de tiges serrées, grêles et instables.


4 : Volume cumulé de bois abattus par le vent en Europe de 1865 à 2000 pour différentes régions

 

La figure 4, qui reprend en valeurs cumulées les données de la figure 3 en dissociant l'Europe de l'Ouest et l'Europe Centrale, conforte cette thèse. On constate que c'est l'Europe Centrale, où l'enrésinement massif remonte à la fin du XIXè siècle, qui a fourni l'essentiel du contingent de chablis jusqu'aux années 80. Puis l'Europe de l'Ouest, où l'enrésinement est plus récent, a suivi la même tendance, avec un décalage de quelques dizaines d'années, lorsque les peuplements des années 50 ont été suffisamment hauts pour être sensibles au vent.




Comment réduire la sensibilité au vent des forêts ?
S'il est avéré que les résineux sont plus exposés aux tempêtes pour les raisons déjà évoquées, il n'est bien sûr pas possible de tous les remplacer par des feuillus. Sur la plupart des stations à résineux, ceux-là sont en effet inadaptés ou improductifs. C'est donc par la sylviculture qu'il faut agir. Plusieurs solutions sont alors envisageables.


La futaie régulière claire
Puisque les peuplements denses et hauts sont fragiles, faisons pousser des peuplements clairs, avec des arbres " trapus ". On y arrivera soit par des plantations à assez grands espacements (600 à 1000 pl/ha par exemple) si l'on dispose de plants de qualité, soit à partir de plantations plus denses, mais rapidement dépressés (avant 10 m de haut) ou éclaircies (avant 15 m de haut). Ces plantations, en plein ou en enrichissement de taillis ou friches, visent la production rapide de bois de qualité, avec en général un élagage artificiel.


La sylviculture «proche de la nature»
Cette sylviculture préconise des peuplements mélangés et/ou irréguliers (arbres d'âges et hauteurs variées), gérés arbre par arbre, en évitant les coupes rases. S'il n'est pas prouvé que la stabilité soit alors meilleure qu'en futaie régulière claire, cette solution permet, après le passage de la tempête, la reconstitution rapide du peuplement à partir des arbres les plus jeunes.


La sylviculture sans éclaircie, à courte révolution
C'est une sylviculture de masse de type industriel, qui part de plantations denses (2000 pl/ha, ramenés parfois à 1000 pl/ha par un seul dépressage ou une éclaircie), et qui prévoie une coupe rase précoce (30-40 ans) avant que le peuplement ne soit trop haut. Elle évite ainsi les éclaircies tardives, toujours très déstabilisantes, mais n'est pas très performante écologiquement parlant, générant des peuplements sombres et sans vie.




Conclusion
Quelle que soit la solution choisie, on retiendra que toute monoculture sur de grandes surfaces est dangereuse et qu'il faut privilégier les petites unités, de l'ordre de 5 ha, d'âges et d'essences différentes, réparties en mosaïque dans le paysage. Cette stratégie devrait permettre de diluer les dégâts tout en s'accordant mieux avec la fonction écologique de la forêt et avec la fonction d'accueil, de plus en plus importante aujourd'hui.



Ces travaux de recherche ont été subventionnés par le Ministère de l'Agriculture et le Ministère de la Recherche.




Contact : http://www.foretpriveefrancaise.com

 

 




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