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| Dossier : Climat | |
![]() 1 : Comparaison des histogrammes des valeurs de δ13C de plantes actuelles de différents milieux |
La mémoire des os et des dents Les abondances isotopiques du carbone des tissus de mammifères herbivores reflètent celles des plantes qu'ils ont consommées (figure 1). Différents types de plantes peuvent être distingués par leurs teneurs en 13C, selon le type de photosynthèse et les conditions environnementales : plantes herbacées en C4 (milieu tropical de savane), plantes herbacées en C3 (milieu tempéré et péri-arctique), arbres (à photosynthèse en C3), plantes de sous-bois de forêts tempérées ou de forêts équatoriales (à photosynthèse en C3 en atmosphère confinée et ombragée). Ces teneurs isotopiques caractéristiques se retrouvent dans les tissus des mammifères herbivores, notamment dans le squelette qui peut être conservé lors de la fossilisation : dans la matière organique de l'os (collagène) jusqu'à environ 100 000 ans dans des conditions favorables (ex : milieu de grotte en climat froid), ou dans la fraction minérale (carbonate incorporé dans la bioapatite), qui peut résister aux altérations post-mortem pendant plusieurs millions d'années dans l'émail dentaire (après élimination des carbonates pouvant contaminer l'échantillon et perturber la mesure isotopique). Les écosystèmes à biomasse en C3 et en C4 Les écosystèmes à biomasse en C4 importante sont inégalement répartis à la surface terrestre. La proportion de plantes en C4 est très importante dans les savanes et les prairies inter-tropicales, où la physiologie de la photosynthèse en C4 procure un avantage adaptatif à ces plantes par rapport aux plantes en C3 : les premières peuvent réduire leur évaporation stomatique car elles ont un meilleur taux d'utilisation du CO2 absorbé, elles sont donc de ce fait plus adaptées aux milieux secs. Les modalités de la compétition entre plantes en C3 et en C4 dépendent du taux de CO2 atmosphérique, les plantes en C4 étant moins compétitives dans une atmosphère enrichie en CO2. |
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![]() Evolution des valeurs de δ13C de la bioapatite et des plantes consommées par les proboscidiens du Kenya depuis 20 millions d'années |
Les plantes consommées par les herbivores Analyser les teneurs en 13C de mammifères herbivores fossiles permet de retracer précisément les modalités d'expansion des écosystèmes à biomasse en C4 importante. Il faut pour cela choisir des groupes dont la dentition indique la consommation de plantes herbacées, à forte teneur en silice. L’usure importante engendrée par cette silice nécessite des couronnes dentaires hautes et à crêtes d'émail développées pour les herbivores qui consomment ces plantes. Les équidés (groupe du cheval) constituent un groupe particulièrement favorable à cette étude. Parmi les proboscidiens (groupe des éléphants), certaines formes sont plus favorables que d'autres. Par exemple, les deinothères, dont la dentition relativement simple ressemble à celles de mammifères actuels mangeurs de feuilles (comme le tapir), ne montrent pas au cours de leur histoire évolutive de consommation de plantes en C4. Par contre, les éléphantiformes (mastodontes gomphothères et éléphants) dont la dentition présente une complexité croissante de la couronne au cours du temps, montrent nettement une consommation de plantes en C4 (par exemple au Kenya : figure 2).
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![]() Evolution des valeurs de δ13C des plantes consommées par les Equidés, Proboscidiens et Notongulés depuis 18 millions d'années |
Le développement des écosystèmes à biomasse en C4 Qu'en est-il dans différentes régions du globe ? Des dents d'équidés et de proboscidiens éléphantiformes d'Europe, d'Asie, d'Afrique et d'Amérique du Nord, ainsi que de représentants d'un groupe aujourd'hui éteint mais d’écologie équivalente d'Amérique du Sud, les Notongulés, ont été analysées par différentes équipes pour des périodes couvrant les 18 derniers millions d'années. Rappelons que sur cette période de temps ces régions occupent grosso modo les mêmes latitudes malgré la dérive des continents. Les résultats montrent qu'avant 10 millions d'années, aucune région ne présente d'écosystèmes à biomasse en C4 importante consommée par les herbivores. Dans des régions dont la végétation actuelle ne compte pratiquement pas de plantes en C4, comme l'Europe occidentale, le développement d'écosystèmes à biomasse en C4 importante ne se fait à aucun moment. Au contraire, dans les zones actuellement dominées par les plantes en C4, comme le Pakistan, le Kenya, l'Amérique du Sud et le sud des Etats-Unis, les teneurs en 13C des dents d'herbivores montrent clairement une alimentation qui passe de plantes à photosynthèse en C3 avant 8-9 millions d'années, à une alimentation constituée de plantes en C4 à partir de cette date (figure3). Pour certaines régions, le changement se fait plus tard, comme dans le Nord-ouest des USA. Une région particulièrement intéressante est le nord du Tchad, aujourd’hui désertique, d'où proviennent les restes du plus vieux représentant connu à ce jour des Hominidés, Sahelanthropus tchadensis, datés d'environ 7 millions d'années. Cette région hébergeait également des herbivores consommateurs de plantes en C4 dès cette période. Une autre conséquence de ce changement de végétation autour de 8 millions d'années est une recrudescence des extinctions parmi les mammifères terrestres. Le rôle des écosystèmes à biomasse C4 dans l’émergence des Hominidés Cette simultanéité apparente entre l'apparition des premiers hominidés et l'expansion des écosystèmes à forte biomasse en C4 est peut-être plus qu'une coïncidence. En effet, aucun des grands singes actuels, gorille, chimpanzé ou orang-outan, ne consomme des ressources issues de la savane en C4. Au contraire, les faunes associées aux hominidés du Plio-Pléistocène, les australopithèques d’Afrique du Sud, de l’Est, et du Tchad, entre 3,5 et 1 millions d'années, comprennent de nombreux consommateurs de plantes en C4, et des analyses isotopiques effectuées par des collègues sud-africains sur des dents d'hominidés pliocènes démontrent l'incorporation de nourritures issues de chaînes alimentaires à forte biomasse en C4 dans leur alimentation. La capacité des hominidés à consommer des ressources en C4 leur a peut-être permis d'occuper ces écosystèmes particuliers où ils ont pu franchir certaines étapes évolutives conduisant aux formes plus modernes d'hominidés, dont est issu l'Homme actuel. La cause de cette expansion à l’échelle globale : le climat ? Quelle serait la cause de cette expansion des écosystèmes à forte biomasse en C4 ? Le caractère global et apparemment simultané de cette expansion, notamment par-delà les océans de l'époque, suggère une cause environnementale globale plutôt que l'expansion d'un nouveau groupe à partir d'une origine géographique unique. Une cause envisageable pourrait être une baisse significative de la teneur en CO2 de l'atmosphère de l'époque. Cependant des données récentes tendraient plutôt à mettre en avant des changements de régimes climatiques accompagnés d’une augmentation de l’aridité dans les zones tropicales, peut-être en raison des tectogenèses des chaînes alpines et himalayennes (voir encadré 1 : C. France Lanord).
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![]() Compositions isotopiques de carbone de la matière organique totale des sédiments du cône du Bengale profond |
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La richesse des archives paléontologiques L'approche présentée ici montre la capacité des archives paléontologiques de mammifères fossiles pour des reconstitutions détaillées de la végétation terrestre. Cette approche s'applique pour différentes périodes de changement global que notre planète a subi dans le passé, comme le réchauffement du tardiglaciaire il y a 12 000 ans (voir encadré 2 : A. Bridault et D. Drucker). La multiplication de ce type de recherches permettra d'une part de mieux comprendre les mécanismes de réaction des communautés à des changements globaux, et d'autre part est un outil irremplaçable pour préciser l'histoire de biodiversité, et pour comprendre comment la biodiversité actuelle s'est mise en place. |
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![]() Traçage du développement du couvert forestier dans le Jura |
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