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La recherche agronomique est un domaine ancien. En France, elle concerne principalement l’INRA, le CIRAD, le CEMAGREF et l’IRD. Les aspects globaux de la recherche sont plutôt pris en compte par le CIRAD et l’IRD. Le CIRAD, depuis une décennie, réoriente particulièrement ses recherches vers les questions environnementales.
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Le CIRAD est un centre de recherche constitué en 1984 à partir d’instituts plus anciens tous dédiés à la recherche tropicale et internationale. Cette recherche avait trouvé son origine dans l’activité du Jardin Tropical de Paris à la fin du XIXe siècle. Le Jardin Tropical abrite aujourd’hui un campus rassemblant recherche, enseignement universitaire et ONG dans le domaine du développement durable dans le champ des sciences sociales1. Les principaux domaines d’activité, regroupés sous l’appellation de recherche agronomique, concernaient lors de la création l’agriculture, l’arboriculture, la sylviculture et la foresterie, l’horticulture, l’élevage, la pisciculture ainsi que des activités sur les systèmes agraires. |
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Figure 1 – La révolution verte a permis d’accroître les rendements |
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Historique
La recherche de la productivité et la révolution verte
Depuis l’après-guerre, et surtout après la période des décolonisations, la recherche agronomique tropicale française, tout comme son équivalent international (les centres du CGIAR, Consultative Group for International Agricultural Research, groupe qui rassemble 17 centres internationaux dont le siège est à Washington). a été principalement orientée vers la recherche de la productivité. A partir des années 60 et jusqu’à la fin des années 80, l’amélioration des variétés végétales et des races animales, ainsi que l’application des techniques modernes de l’agriculture des pays tempérés (engrais, produits phyto et zoo sanitaires) a dominé le paysage. La recherche, grâce à ce que l’on a appelé la «Révolution Verte», a permis d’accroître de manière spectaculaire les rendements et éloigné le spectre des famines (Figure 1). |
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Figure 2 – Exemple de déforestation |
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La révolution doublement verte
Cependant, la critique des techniques productivistes et de leurs effets environnementaux négatifs, et la montée dans l’opinion des grandes questions environnementales, ont commencé (surtout après le sommet de Rio en 1992) à réorienter la recherche vers le développement durable. En 1995, après avoir constaté que les techniques de révolution verte, non seulement provoquaient des pollutions importantes et des surconsommations d’eau, mais atteignaient des plafonds de productivité, une autre orientation a été prise : il s’agissait de proposer une technologie à la fois plus productive pour faire face à l’accroissement de la demande, tout en respectant l’environnement et pouvant convenir à des agricultures pauvres. Le terme de «Révolution Doublement Verte» a été employé (Griffon M., (ed) 1995. Towards a doubly green revolution. CIRAD Paris). Ces recherches, toujours actuelles, ont débouché sur des techniques fondées sur l’écologie scientifique et ont contribué à élargir le champ de l’agronomie au champ de l’écologie. |
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Figure 3 – Exemple de désertification |
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Figure 4 – Exemple d’érosion du sol |
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Les nouveaux enjeux
Aujourd’hui, de nouveaux enjeux apparaissent. L’expérience acquise par le Global Environment Facility et son équivalent français le Fonds français pour l’Environnement Mondial a montré que l’agriculture doit maintenant participer à l’effort de réduction des émissions de gaz à effet de serre, et réduire ses impacts sur l’érosion de la biodiversité, tout comme elle doit réduire son impact en matière de déforestation (Figure 2), de désertification (Figure 3), d’érosion des sols (Figure 4) et de pollution (Figure 5). Plus généralement encore, l’agriculture apparaît comme un acteur majeur de l’évolution de la biosphère. L’accroissement de la population conduit l’agriculture à accentuer sa pression sur les écosystèmes. Si l’on projette cette évolution à long terme, plusieurs risques essentiels apparaissent inacceptables pour la biosphère. La recherche agronomique évolue donc vers une meilleure compréhension de son rôle dans le changement global et cherche des solutions pour rendre l’agriculture compatible avec un développement durable global. L’agriculture, prise au sens large, constitue en effet un secteur d’activité multifonctionnel central en ce qui concerne l’impact sur le changement global. Quels sont donc les problèmes émergents en matière de changement global auxquels la recherche agronomique doit faire face ? Quelles sont les orientations de recherche qui en découlent ? On peut les présenter selon les différents grands domaines répertoriés comme constitutifs de la notion de changement global.
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Figure 5 – Traitement phytosanitaire |
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Population et agriculture
Alimentation, énergie et besoin d’espace productif
La population est la variable motrice principale du changement global. L’accroissement de population entraîne une hausse des besoins alimentaires. Par ailleurs, l’évolution de la consommation dans les pays en développement vers un régime plus carné (ce que l’on qualifie de transition alimentaire) entraîne un besoin très important de production d’aliment du bétail. Au total, en 2050, dans l’optique du développement actuel, il faudra doubler la production en Asie et Amérique Latine et sans doute la quintupler en Afrique. Pour arriver à de telles performances, il faudra accroître les surfaces cultivées au détriment des forêts et des jachères, et accroître les rendements. De plus, si les biocarburants issus du sucre et des huiles se substituent fortement au pétrole à la même échéance, alors, dans l’état des technologies existantes, l’agriculture devrait utiliser la totalité du potentiel d’espace productif agricole disponible sur la planète. Il y aurait alors une collision entre l’utilisation agricole du sol et ses autres usages, en particulier la biodiversité.
Cette problématique amène donc à définir une agriculture à la fois très productive, limitant son emprise spatiale, respectueuse de l’environnement et adaptée à de nombreuses situations climatiques et écologiques. Elle amène aussi à réfléchir à la nature des choix publics qu’il faudra sans doute effectuer au fur et à mesure que l’espace productif agricole deviendra rare. Il faudra peut-être en particulier faire des choix publics en matière de nutrition : sachant qu’une calorie animale requiert entre 3 et 7 calories végétales (maïs et soja en particulier) pour sa production, toute baisse de la consommation de viande réduirait de manière sensible les besoins d’espace productif. |
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Agriculture, migration et urbanisation
Autre aspect relatif aux populations : les migrations. En fonction de nombreux facteurs (la disponibilité d’espace productif, la localisation des emplois, …) les populations vont se redistribuer dans l’espace. Les migrations qui en résulteront, et qui sont déjà importantes, peuvent être internationales et nationales. Elles devraient surtout être nationales en raison de la généralisation de l’urbanisation. Dans 50 ans, selon toute vraisemblance, la plus grande part de la population habitera dans des villes. L’influence de cette évolution sur l’agriculture est importante : les villes utiliseront une partie non négligeable des meilleures terres (car elles se situent généralement dans les plaines) et des eaux (les urbains utilisent plus d’eau que les ruraux) ; les villes vont créer des hinterlands (arrière-pays) agricoles hautement productifs qui, dans l’état des technologies actuelles, risquent d’être assez pollués. Ces très grandes villes vont requérir, de la part des hinterlands et des campagnes, la production d’une part relative d’alimentation de plus en plus élevée ce qui entraînera le passage rapide d’une grande partie de l’agriculture des PED d’une économie de subsistance vers une économie de marché.
Dans tous ces domaines, la recherche rencontre de nouvelles questions. Elle devra éclairer la compréhension des migrations internationales, par exemple en Afrique où la migration a toujours été le mécanisme principal d’ajustement de la population et des ressources alimentaires. Par ailleurs, la coexistence environnementale, économique et sociale de l’agriculture (en particulier de l’élevage) dans des zones à haute densité de population requiert un effort de recherche nouveau. La recherche agronomique avait plutôt comme habitude de travailler dans les régions éloignées des villes ; elle devra travailler de plus en plus dans des espaces «rurbains». |
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Agriculture et changement climatique
Agriculture et cycle du carbone
L’agriculture est émettrice de gaz à effet de serre : dioxyde de carbone par les labours et la pratique du brûlis pour déforester ou régénérer les pâturages, ou par l’utilisation d’engins mécaniques à haute consommation de gasoil ; méthane par les cultures inondées (le riz, Figure 5) et par les ruminants ; oxydes d’azote par l’épandage d’engrais azotés. Mais l’agriculture est aussi potentiellement séquestratrice de carbone par la photosynthèse
Dans ce domaine, la recherche agronomique se mobilise depuis quelques années et offre des perspectives intéressantes. L’agriculture peut contribuer à l’évitement d’émissions : remplacer le brûlis des forêts par un défrichage mécanique accroître la proportion du carbone renouvelable dans les sols sous forme de matière organique (ce qui est aussi au bénéfice des rendements), réduire et voire supprimer le labour en lui substituant des méthodes biologiques, gérer les forêts, les plantations forestières et l’utilisation des bois et des sous produits du bois de manière à accroître la capacité séquestratrice. La recherche a aussi investi dans la production de biocarburants par différentes voies : l’éthanol à partir de plantes sucrières, les huiles carburants, l’utilisation des déchets végétaux et les bois pour produire des hydrocarbures. |
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Agriculture et adaptation au changement climatique
La perspective dans les décennies à venir du réchauffement général et des risques de refroidissement local, de l’accroissement de la variabilité de la température et des précipitations, de l’avènement d’évènements climatiques extrêmes, du risque de montée des eaux et du déplacement des zones climatiques conduit à de redoutables problèmes d’adaptation.
La réponse de la recherche se fait surtout aujourd’hui par la génétique: mise au point de variétés de plantes cultivées résistantes à la sécheresse et répondant mieux à des pluies plus aléatoires. Elle se fait aussi par des techniques agronomiques de conservation des eaux du sol (en particulier par l’utilisation de mulchs limitant l’évaporation), et des aménagements ruraux destinés à retenir l’eau dans le paysage. Mais l’ensemble des conséquences à long terme du changement climatique n’a pas encore fait l’objet d’une anticipation permettant de déboucher sur une stratégie de long terme. |
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Agriculture et action sur le climat local
Depuis longtemps on sait que la couverture végétale d’un espace géographique donné joue un rôle local dans le climat local : effet de refroidissement lié à l’évapotranspiration, effets d’albédo, courants de convection,… A l’échelle régionale, ces phénomènes existent mais sont moins connus. Pourtant, l’aménagement d’un paysage à l’échelle de biomes régionaux peut avoir une incidence notable sur le climat régional, comme on peut le voir dans les régions déforestées d’Amazonie.
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Agriculture et désertification
La désertification est souvent vue comme le stade ultime de la dégradation d’un écosystème, lorsqu’il atteint l’état de zones arides (Figure 2). Dans ces situations qui sont nombreuses à l’échelle de la planète et où vivent des populations importantes, la recherche a largement décrit les phénomènes à l’œuvre (par exemple le surpâturage et la destructuration des sols par piétinement autour des oasis et puits, les mécanismes d’érosion éolienne qui en découlent, …). Elle a décrit les conséquences sociales en termes de pauvreté, de sous alimentation et de concurrence sur les ressources (guerres). Des travaux, depuis longtemps, ont permis de définir un ensemble technologique cohérent de lutte contre l’avancée des déserts. Ces résultats sont utilisés de manière plus ou moins satisfaisante par les sociétés et requièrent des financements extérieurs élevés.
En revanche, il n’y a pas beaucoup de travaux sur les processus initiaux de dégradation des écosystèmes tels que les effets de la déforestation, de la mise en culture progressive de l’espace productif et de l’intensification des cultures et de l’élevage. Très tôt dans les mécanismes d’anthropisation des paysages se mettent en place des processus de destruction des habitats écologiques existants, de rupture des chaînes trophiques, et de changement rapide des fonctionnalités des écosystèmes. Ce mécanisme modifie rapidement le cycle de l’eau et interagit avec le climat (voir ci-dessus), fait apparaître de nouvelles espèces (en particulier des envahisseurs), et réduit la productivité naturelle. Ces processus sont encore rarement décrits et pour de nombreux milieux, la recherche ne dispose pas encore de solutions concrètes et complètes permettant d’enrayer les processus de dégradation. |
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Agriculture et érosion
Toujours dans le cadre de ces processus de dégradation, un des effets les plus souvent cités est l’érosion (Figure 4). Elle décape les sols de la couche superficielle la plus fertile, et dans certains cas, elle revêt lors des crues un caractère catastrophique. Elle est la conséquence de la mise à nu des sols par l’éradication de la biomasse qui les recouvre (forêt, savane), et des techniques classiques de travail du sol (labours, passages d’outils plus ou moins profonds) qui le déstructurent. La conjonction des pluies et des pentes, même faibles, crée l’érosion.
Depuis longtemps, la recherche propose des techniques anti-érosives. Certaines font même l’objet dans certains pays d’obligations réglementaires. Plus récemment, les travaux sur les mulchs faits à partir de résidus de cultures et sur les couvertures du sol vivantes (plantes couvrantes) ont ouvert des perspectives très efficaces et peu onéreuses de lutte contre l’érosion et la conservation des eaux du sol.
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Agriculture et déforestation
La déforestation est sans conteste le mécanisme de dégradation le plus spectaculaire d’un écosystème (Figure 2). Elle commence généralement par une exploitation forestière complète des ressources en bois, et par l’ouverture de pistes de pénétration. Dans la plupart des cas, la déforestation aboutit à la disparition presque totale de l’écosystème forestier par le brûlis pour implanter des pâturages (fréquent en Amazonie), créer des plantations (par exemple de palmier à huile en Malaisie et Indonésie), ou pratiquer de l’agriculture itinérante (indiens d’Amérique du Sud, populations d’Afrique Centrale) qui ne touche qu’une partie de l’espace forestier. Les effets de la disparition des forêts sur les fronts pionniers sont nombreux : perte brutale d’espèces, modification brutale du régime hydrique de l’ensemble du milieu (sol, microclimats locaux), transformation rapide des sols et perte de fertilité organique.
La recherche a clairement identifié l’ensemble des mécanismes économiques et sociaux qui entraînent la déforestation. Elle contribue à mieux connaître les espaces forestiers et la richesse des écosystèmes forestiers, ce qui permet de mesurer leur diversité et l’ampleur des pertes pour la société mondiale. Des travaux ont été entrepris pour définir des modes d’exploitation forestiers sélectifs conservant l’essentiel de la diversité biologique ; ils font l’objet d’applications et de normalisations nationales. En revanche, il n’y a pas encore eu assez de travaux proposant des alternatives à l’abbatis–brûlis et débouchant sur des pratiques nouvelles. |
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Agriculture et biodiversité
Biodiversité à l’échelle des écosystèmes et des espèces
L’exploitation des écosystèmes dégrade la biodiversité spécifique et celle des écosystèmes avec des intensités différentes selon les types de situation. On peut, en simplifiant en distinguer quatre :
• les situations de prélèvement limité (chasse, pêche, exploitation d’espèces spécifiques de bois),
• les fronts pionniers agricoles conduisant à une destruction brutale,
• les zones périphériques aux aires protégées où s’opposent les intérêts des populations agricoles à la recherche d’espace et les gestionnaires des aires protégées,
• enfin les zones agricoles où la diversité est modifiée en fonction de l’importance des surfaces cultivées (place de la jachère) et de l’importance des monocultures. Ces dernières zones, dites de «biodiversité ordinaire», deviennent dominantes à l’échelle de la planète.
La recherche a plus investi dans les zones peu anthropisées afin de connaître la biodiversité des zones riches, que dans les zones de biodiversité ordinaire. Par ailleurs, elle a plus investi dans la connaissance de la biodiversité que dans sa gestion. Il y a cependant des références pour la gestion de la biodiversité forestière lorsque la forêt est exploitée pour le bois. Mais la définition de méthodes de gestion dans les zones agricoles n’en est qu’à ses débuts. |
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Biodiversité intra spécifique
Depuis longtemps, la recherche agronomique est consciente de la nécessité de préserver la diversité génétique des espèces. Cela a donné lieu à la mise en place de stations de conservation ex situ dans le cadre d’ententes internationales (banques de gènes, collections relatives à l’agriculture), et à la création d’organisations de conservation de la diversité génétique animale relative à l’élevage (herd books). L’accès à la possibilité de caractériser la diversité à l’échelle des gènes a étendu les possibilités d’étude de cette diversité et renforcé l’intérêt pour les collections.
Depuis quelques années, les savoirs populaires relatifs à la diversité génétique ont été sollicités pour mieux caractériser et conserver ces ressources. Des opérations de collecte de ces savoirs et la création d’organisations agricoles chargées de gérer in situ des collections contribue à garantir le potentiel évolutif des espèces cultivées et cultivables.
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Agriculture et pollutions
Les pollutions issues de l’agriculture sont nombreuses. Celles issues d’excès d’engrais passant dans les nappes phréatiques (phosphates, nitrates, potassium) sont très étudiées et ont suscité des travaux pour mieux piloter les apports et limiter les pertes. On cherche aussi à mieux utiliser les mécanismes naturels de reconstitution de la fertilité des sols, par exemple en augmentant la quantité de biomasse recyclée qui, par décomposition en matière organique et par minéralisation fournit une partie des éléments nutritifs.
Les pollutions issues des produits chimiques destinés à lutter contre les maladies et ravageurs font l’objet de nombreux travaux au plan du suivi écologique et épidémiologique. Depuis longtemps, la recherche agronomique a entrepris de substituer le plus possible ces produits par des techniques non polluantes : l’utilisation de techniques biologiques (par exemple éliminer des insectes nuisibles en apportant leur prédateur naturel), l’utilisation de techniques de destruction des habitats des nuisibles, ou la recherche d’une résistance génétique aux attaques. De même, on cherche à réduire l’emploi d’herbicides, par exemple en utilisant des cultures de couverture et des mulchs. Ces recherches ont besoin d’être fortement soutenues et leur application développée, si on considère l’ensemble des dangers potentiels des nuisances qui sont en cause.
Dans le domaine de l’élevage, l’utilisation intensive de médicaments (en particulier d’antibiotiques) et de substances stimulant la croissance fait de la même façon place à des techniques plus écologiques.
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Agriculture et gestion des ressources naturelles
Tout ce qui précède montre que la production agricole est en fait une utilisation productive des écosystèmes, en particulier de leurs cycles fonctionnels : cycle du carbone, de l’azote, du phosphore, de la potasse ainsi que de nombreux micro nutriments ; cycle de l’eau… Ces cycles se font dans le cadre de grandes «fonctions» qui d’une part consomment le CO2 atmosphérique comme la photosynthèse, et d’autre part conduisent à son émission comme la décomposition de la biomasse, sa minéralisation, la respiration, … La compréhension progressive de la complexité de l’ensemble des relations fonctionnelles au sein des écosystèmes permet de penser leur gestion en termes de «viabilité» c’est à dire de maintien des conditions nécessaires à leur fonctionnement.
En élargissant la perspective, et en changeant d’échelle, l’agriculture apparaît comme un utilisateur important de ressources naturelles qui sont limitées et géographiquement concentrées (les gisements de phosphate et de potasse), et comme un disperseur de ces ressources dans l’espace cultivé, puis un producteur d’effluents passant par les rivières qui sont les circuits naturels de drainage des écosystèmes, enfin s’accumulant dans des zones de stockage comme les lacs, les nappes phréatiques ou des zones maritimes ou des sédiments. Il y a donc dans la recherche une perspective macroécologique qui commence à se développer. Elle prend en compte les circuits des ressources et leur coût de transport. Cette perspective se rapproche de celle qui établit une comptabilité énergétique de l’ensemble des circuits de production agricoles et qui fait découvrir que le rendement énergétique de la production alimentaire intensive est peu élevé donc discutable.
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Agriculture et santé humaine et animale
La circulation de plus en plus générale des personnes et des marchandises permet à de nombreuses maladies autrefois cantonnées dans certains espaces géographiques de se propager plus rapidement et plus largement. C’est une des conséquences les plus visibles de la mondialisation.
Par ailleurs, l’utilisation de nouveaux espaces par l’agriculture et en particulier l’élevage est susceptible de mettre en circulation des maladies nouvelles, celles-ci «bénéficiant» d’un espace mondial de prolifération. Cela peut être vrai pour certains virus passant de l’animal à l’homme. La proximité des sociétés animales et humaines a toujours existé et été à l’origine d’épidémies, puis de l’acquisition par les sociétés humaines des résistances correspondantes. La haute densité des élevages et leur proximité des sociétés humaines, particulièrement dans les espaces denses de l’Asie, multiplient les probabilités d’épidémies. De même, dans les zones peu denses, au fur et à mesure que l’extension de l’élevage amènera les animaux à côtoyer des réservoirs de virus de la faune sauvage, les risques d’épidémie s’accroîtront. Enfin, le changement climatique pourrait modifier les aires de présence des vecteurs et étendre les maladies à de nouveaux espaces.
Ces problématiques devraient amener la recherche vétérinaire et la recherche médicale humaine à collaborer. L’épidémiologie, dans cette perspective, devient un domaine clé de compréhension des mécanismes de transmission et un outil de prévention. Elle s’inscrit à son tour dans une perspective de connaissance écologique du fonctionnement des milieux.
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L’aspect politique : libéralisation des agricultures
La révolution verte était fondée sur des financements publics importants pour faire décoller la production agricole: subventions aux achats de semences, de produits phytosanitaires, aux équipements, financement public des infrastructures d’irrigation, crédit agricole bonifié, protection aux frontières… Les politiques d’ajustement structurel, intervenues à partir des années 80, ont déconstruit cette politique et dans beaucoup de pays en développement, l’agriculture ne fait plus l’objet de soutiens publics importants. Or à l’échelle mondiale, il y a 840 millions de personnes sous-alimentées, parmi lesquelles 800 millions dans les pays en développement, et parmi celles-ci 600 millions vivent du travail lié à l’agriculture. Près d’un quart de la population mondiale vivant de l’agriculture (2,4 milliards) est donc en situation de pauvreté et de sous-alimentation. Entre 2000 et 2050, la planète comptera vraisemblablement 3 milliards d’habitants de plus et beaucoup devront vivre de l’agriculture ; ils seront en grande partie les héritiers des populations pauvres actuelles. Ainsi, sous-alimentation, pauvreté et agriculture sont-elles indissociablement liées. Ces populations sont celles qui auront le plus besoin d’espace productif et le moins en situation de pouvoir prendre en compte les questions d’environnement qui ont été évoquées ci-dessus.
On pourrait donc penser que, dans ces conditions, les politiques agricoles soient un secteur de priorité de recherche et d’action publique. Dans la plus grande partie des pays du monde, ce n’est pas le cas. L’agriculture reste en effet considérée comme un secteur d’arriération technique et culturelle qu’il convient de fuir que l’on soit paysan, lettré ou scientifique. Les paysanneries sont sous-considérées, sous organisées et sous représentées dans les pouvoirs publics. C’est pour cette raison que dans les relations de marché, la formation des prix se fait toujours au désavantage des producteurs primaires et que ceux-ci n’obtiennent que des revenus faibles à partir desquels il est impossible de développer la production autrement qu’aux dépends des ressources naturelles. Par ailleurs, l’agriculture reste un secteur d’insécurité économique complète : le temps de travail de toute une saison et les dépenses de culture qui sont consenties produisent une récolte et des revenus qui n’interviennent qu’en fin de saison et qui sont toujours soumis à l’incertitude du climat et des prix. Par ailleurs, les agriculteurs ne bénéficient d’aucune assurance sociale.
Les recherches sur la pauvreté connaissent depuis une dizaine d’années un sursaut notamment sous l’impulsion de la banque mondiale. Mais les recherches sur les politiques sont moins nombreuses et plus controversées. Pourtant, il est indispensable que chaque pays et chaque région agricole puisse mettre en place des politiques qui assurent la promotion d’une agriculture suffisamment productive et durable au plan environnemental, au plan économique et au plan social.
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La libéralisation du commerce international et l’agriculture
Beaucoup de pays ont réduit leurs barrières douanières en vertu du principe selon lequel la libéralisation du commerce international bénéficie à tous. Pour les pays déficitaires en nourriture, qui disposent de ressources productives mais qui sont pauvres, (c’est le cas pour la plupart des pays d’Afrique subsaharienne) les gouvernements seront de plus en plus tentés d’importer des aliments à faible prix issus de pays où les niveaux très élevés de productivité permettent de produire à très faible coût, un coût inférieur aux coûts de production locaux. Ce faisant, ils créent une concurrence directe entre ces importations et la production locale, souvent issue d’une agriculture peu productive et tournée vers l’autosubsistance. Le risque est que cette concurrence empêche la constitution progressive de filières locales de production - transformation - consommation destinées à alimenter les grandes villes du futur. L’importation alimentaire de produits à prix plus bas n’est viable à terme que si ces pays sont capables de fournir des exportations sur le marché international et d’utiliser pour cela la plus grande partie de leur main d’œuvre. Or, leurs exportations sont souvent des matières premières dont les prix internationaux sont bas et peu rémunérateurs, et qui n’emploient qu’une faible fraction de la population. Il y a donc un risque pour l’Afrique d’être prise dans une trappe empêchant l’enclenchement d’un processus de développement effectif.
Plus généralement, l’effort de production alimentaire qui sera nécessaire dans les Pays en Développement durant les 50 années qui viennent, se fera avant tout dans les pays disposant des ressources en sol, des climats favorables, de la main d’œuvre et des capitaux nécessaires. Les analyses prospectives réalisées dans ce domaine montrent que l’Asie deviendra un grand continent importateur de nourriture et exportateur de biens industriels, que le Moyen Orient et l’Afrique du Nord devront importer l’essentiel de leur alimentation et trouver une meilleure insertion de leurs produits dans le commerce international, et que l’Amérique Latine deviendra un grand continent exportateur de produits agricoles. Cette nouvelle géographie de la production et des échanges pose des questions sur la répartition internationale de l’emploi, des revenus et de la richesse. Malgré les grandes incertitudes sur les avenirs possibles, cette répartition doit être anticipée en ce qui concerne les conséquences environnementales et les politiques à mettre en place pour éviter que l’anthropisation agricole se fasse très gravement au détriment de la biosphère.
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Contact : Michel Griffon
Conseiller du DG du Cirad
Président du CST du Fonds Français pour l’Environnement Mondial
CIRAD, 42, rue Scheffer
75116 Paris
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