Dossier : Climat   
    La recherche française sur le climat
  Les thèmes de recherche
  Biosphère et évolution du climat  
   

Evaluation du risque d’apparition et d’émergence de maladies animales compte tenu d’un éventuel changement climatique
Extrait de la Lettre du Changement global n°19 - Programme International Géosphère Biosphère (IGBP) - Programme Mondial de Recherches sur le Climat (WCRP) - Programme International «Dimensions Humaines» (IHDP) - Diversitas - Earth System Science Partnership (ESSP)



retour sommaire
   


01

Figure 1 – Répartition géographique de la peste équine

 

L’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) a réalisé une analyse de risque sur les conséquences prévisibles du réchauffement de la planète relative à l’apparition, l’émergence et le développement possible de maladies animales, en particulier les zoonoses, maladies communes aux hommes et aux animaux, pouvant passer des uns aux autres. Nous en présentons les grandes lignes.

Un groupe de travail a été constitué pour répondre à la question, et a développé une méthode d’approche qualitative car trop de données quantitatives manquent encore. Il faut aussi faire remarquer que si le réchauffement futur de la planète à l’échelle globale (dans le cadre de différents scénarios économiques) n’est plus vraiment discuté, les conséquences prévisibles au niveau local, à l’ échelle d’un pays restent bien délicates à anticiper. Le rapport, publié en 2005, est accessible librement sur le site de l’Afssa (www.afssa.fr).

 

Méthode

La première étape a été de cerner les conséquences d’un changement climatique à l’échelle du pays. Il semble que sur une surface comme celle de la France on puisse déjà suggérer quelques particularités régionales : la température augmenterait plus dans la partie sud que dans la partie nord, et cetet partie experimenterait un climat plus sec, enfin les minimum thermiques nocturnes augmenteraient plus vite que les maximum diurnes.

Les maladies animales, dont les zoonoses, ont été passées en revue selon leurs modes de transmission. C’est ainsi que l’on a distingué :

  • les risques liés à des vecteurs (insectes et tiques),

  • les risques liés aux mollusques,

  • les risques liés à la faune sauvage hors invertébrés (mammifères et oiseaux)

  • les risques plutôt dépendant de facteurs humains associés à des changements d’habitudes et de comportements.

Dans ce contexte, les risques émergents correspondent essentiellement aux maladies non encore présentes sous nos climats mais qui pourraient y arriver à la faveur du réchauffement de la planète et s’y installer après une première introduction. L’étude a montré que certaines maladies ne changeraient sans doute pas d’incidence à cause des changements climatiques prévisibles, au moins en ce qui concerne l’Europe occidentale, mais que par contre six d’entre elles étaient manifestement à suivre de près. L’approche par type de transmission a probablement permis d’éviter une énumération nécessairement incomplète de toutes les maladies connues et de se focaliser plutôt sur les paramètres physiques et écologiques de transmission des agents pathogènes. C’est sans doute à ce niveau que l’impact du changement climatique global se ferait le plus sentir.

Parmi ces six maladies cinq sont des zoonoses et cinq aussi (mais pas les cinq mêmes), sont transmise de façon obligatoire ou partielle par des vecteurs, insectes ou tiques. Leur incidence pourrait soit augmenter, soit apparaître en France alors qu’elles n’y sont pas encore. Il s’agit de :

  • la fièvre de la vallée du Rift (virus),

  • la fièvre de «West Nile» (virus),

  • la leishmaniose viscérale (protozoaire parasite),

  • la leptospirose (bactérie),

  • la fièvre catarrhale ovine (virus)

  • la peste équine (virus).

La fièvre de la vallée du Rift et la peste équine ne sont pas encore présentes en Europe occidentale. La fièvre catarrhale ovine n’est présente qu’en Corse; elle est maintenant également installée depuis ces toutes dernières années dans les péninsules ibérique, italienne et balkanique, manifestement en provenance du sud.

 

Les six maladies

La fièvre du vallée du Rift
Comme son nom l’indique, cette maladie a été découverte en Afrique orientale. Son apparition récente en Egypte d’un côté, aux confins du Sénégal et de la Mauritanie de l’autre, fait réellement craindre un passage vers les rives nord de la Méditerranée. Le virus est d’abord présent chez les petits ruminants, moutons et chèvres, qui font office de réservoir mais il peut passer à l’homme. Des insectes, comme un contact avec des animaux malades, peuvent expliquer la contamination humaine.

La fièvre de West Nile
Le virus de la fièvre de West Nile est connu dans tout l’Ancien Monde et, depuis peu, en Amérique. C’est un virus d’oiseaux qui peut passer vers les mammifères, hommes et chevaux, grâce à des moustiques. Il n’y a pas de passage d’un individu malade à un individu sain sans une piqûre de moustique. Quelques cas humains et équins ont été décrits depuis les années 1960 dans le sud-est de la France (Camargue et Var).

La leishmaniose
Elle est transmise par de petits diptères, les phlébotomes, et peut présenter des formes cutanées comme des formes viscérales. Le réservoir se situe dans la faune sauvage (mammifères canidés). Elle est déjà naturellement présente dans le sud de la France. Le développement actuel de la leishmaniose viscérale est autant lié à des paramètres climatiques qu’à des facteurs humains d’aménagement du territoire, favorables aux phlébotomes dans le sud.

La leptospirose
Elle est due à un ensemble de bactéries, les leptospires, présentes naturellement dans les reins et donc l’urine de nombreux mammifères, les rongeurs tout particulièrement. On pourrait craindre que le réchauffement climatique ait deux conséquences défavorables par rapport à ce risque : de plus nombreuses baignades et pendant plus longtemps en été ainsi qu’une concentration des baigneurs et des mammifères sauvages autour des mêmes points d’eau. Elle est déjà naturellement présente sur l’ensemble du territoire français.

La fièvre catarrhale ovine
Cette fièvre est transmise par un diptère du genre Culicoides, en particulier par C. imicola. La maladie a été découverte en 2000 en Corse après être apparue en Tunisie, aux Baléares, en Sardaigne et dans les Balkans peu avant. L’insecte est également présent dans la région Provence Alpes Côte d’Azur. La maladie est arrivée en 2004 dans le sud de la péninsule ibérique et ne devrait plus tarder à débarquer en France. Elle touche les moutons et les chèvres, les bovins pouvant être infectés par les diptères sans être malades. Il ne s’agit pas d’une zoonose.

La peste équine
La peste équine, qui est très proche de la fièvre catarrhale ovine, avec un virus du même groupe et un vecteur du même genre Culicoides, n’est connue que d’Afrique à ce jour avec seulement quelques rares incursions en Europe, soit avec des équidés malades soit avec l’arrivée des diptères, probablement portés pas le vent. Les zèbres en sont le réservoir naturel. Les conséquences de son développement en termes d’élevage et de commerce de chevaux peuvent être très lourdes. Il ne s’agit pas d’une zoonose.

Recommandations
L’importance des vecteurs arthropodes (insectes et tiques) est manifeste et majeure dans le contexte du changement global. Cela signifie aussi que les compétences dans le domaine de l’entomologie et tout particulièrement de l’entomologie médicale sont essentielles alors que les formations correspondantes avaient été pas mal négligées comme le montrent les cursus universitaires récents.

Tout ceci permet de proposer un certain nombre de recommandations destinées à anticiper les conséquences de ces risques sanitaires au travers, en particulier, de systèmes de surveillance épidémiologique comprenant des réseaux de veille sanitaire et écologique. Les dernières recommandations sont destinées à suggérer les besoins de recherches nécessaires et non couverts, les besoins en information et en formation sur des sujets sensibles mais complexes.

Référence : Rapport sur l’évaluation du risque d’apparition et de développement de maladies animales compte tenu d’un éventuel réchauffement climatique, Afssa, Maisons-Alfort, 2005, 89p.

 

Contact : François Moutou
Unité épidémiologie,
Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments
BP 67, 94703 Maisons-Alfort
Mail : f.moutou@afssa.fr


© CNRS - Contact : Sagascience@cnrs-dir.fr  - http://www.cnrs.fr