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Extrait de la Lettre
n°11 du Programme International Géosphère Biosphère-Programme
Mondial de Recherches sur le Climat (PIGB-PMRC)
1
- Rétro-panaches arrivant aux deux points SW et NE de la trajectoire
de lavion lors du vol du MERLIN (METEO-France) du 9 août 1998
au matin (altitude 900 m).

2
- Simulation de la période du 8 au 11 août 1998 par le modèle
CHIMERE-continental (IPSL) pour lozone (ppb).

3
- Panache dÕozone du bassin parisien 17 juillet 1999 aprs-midi.

4
- Simulation régionale du champ dozone (ppb) le 17 juillet
1999 à 16h.
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ESQUIF est un projet communautaire poursuivant deux objectifs majeurs
: une meilleure connaissance des phénomènes de pollution
atmosphérique régionale, avec comme application lIle-de-France,
et la constitution dune base de données tridimensionnelle
dobservations de la pollution et des paramètres qui y sont
liés permettant daméliorer les modèles numériques
de simulation et de prévision de ces phénomènes.
Le projet
ESQUIF a été initié par lIPSL et le LISA.
Les principales équipes participant à ces travaux appartiennent
aux laboratoires suivants, en France :
Météorologie Dynamique (LMD Palaiseau)
Service daéronomie (SA)
Sciences du climat et de lEnvironnement (LSCE)
Systèmes Atmosphériques (LISA)
Aérologie (LA)
AIRPARIF
Centre daviation Météorologique (CAM, Météo-France)
Centre national de la Recherche en Météorologie (CNRM)
et à létranger le Forschung Zentrum, Jülich
(Allemagne).
Les principaux soutiens financiers sont assurés par le CNRS,
les Universités, le Ministère de lEnvironnement,
le Conseil régional de lIle de France et Météofrance. |
La prise de conscience croissante
des effets néfastes de la pollution atmosphérique près
des grands centres urbains a conduit, depuis plusieurs décennies,
les chercheurs à étudier les mécanismes chimiques
et dynamiques afin de mieux les comprendre et de permettre ainsi la réduction
de cette pollution. Ainsi la pollution par le dioxyde de soufre a pu être
réduite, par exemple, dun facteur cinq depuis les années
1950. Ce type de pollution reste toutefois assez simple à maîtriser,
car les sources étaient essentiellement industrielles, localisées
et donc plus facilement contrôlables.
Aujourdhui la pollution, liée à lensemble des
activités humaines, devient plus diffuse et de plus grande échelle
; elle se manifeste par des épisodes de " pollution photochimique
" mais aussi par des concentrations importantes daérosols
de nature chimique complexe. La pollution autour des agglomérations
urbaines ne reste pas le fait de quelques épisodes isolés,
mais résulte aussi dune pollution chronique, caractérisée,
par exemple, par des niveaux doxydes dazotes moyens violant
souvent les directives européennes de qualité de lair.
La complexité des phénomènes de pollution régionale
est accentuée par la nature non linéaire de la relation
entre émissions de polluants primaires dune part, et concentrations
de polluants secondaires dautre part. Cette complexité a
pour conséquence, pour les polluants photo oxydants, quune
réduction massive des émissions ne puisse, seule, vraisemblablement
pas conduire à une réduction significative des concentrations.
Les
objectifs dESQUIF
ESQUIF a pour but de déterminer, à la fois par lanalyse
dobservations et par la simulation numérique, les différents
mécanismes physiques conduisant aux épisodes de pollution,
afin de mieux prédire les concentrations de polluants en fonction
des hypothèses démissions et des conditions météorologiques.
Plus précisément, laccent de la recherche est porté
sur
- limportance de la
part de la pollution photochimique due aux émissions franciliennes
locales par rapport à la pollution " importée ",
due au transport de masses dair polluées pour lesquelles
les sources sont externes à la région,
- a contrario limpact
des sources franciliennes sur les régions avoisinantes et létendue
de cette influence (étude du " panache " parisien),
- la sensibilité des
concentrations de photo oxydants aux émissions de polluants primaires,
qui déterminera limpact déventuelles réductions
démissions,
- la sensibilité des
concentrations de polluants aux conditions météorologiques
locales,
- la composition chimique
et lévolution des aérosols de pollution,
- limpact radiatif
des aérosols et des nuages sur la pollution photo oxydante
- lévaluation
des inventaires régionaux démission actuels
- le développement
de méthodes de prévision numérique de la pollution
photo oxydante.
La
méthodologie dESQUIF
La méthodologie utilisée consiste à combiner observations
et simulations. Les simulations numériques permettent de mieux
interpréter les observations in situ, et les observations permettent
de mieux comprendre les lacunes des modèles numériques.
La synergie de ces deux approches permet une analyse complète des
épisodes de pollution étudiés.
Loriginalité dESQUIF consiste à effectuer des
observations durant des périodes dobservations intensives
(POI) de quelques jours, mais étalées sur 2 ans (de lété
1998 à lété 2000), afin doptimiser le
choix de ces périodes et pour que celles-ci constituent des situations
météorologiques suffisamment variées pour représenter
lensemble de celles conduisant aux épisodes de pollution
en Ile-de-France. Douze POI ont été effectuées durant
ESQUIF, dont 10 périodes estivales et 2 périodes hivernales.
Les observations tridimensionnelles ont reposé à la fois
sur les réseaux dobservations existant au sol (stations météorologiques
de METEO-France et stations de surveillance de la qualité de lair
dAIRPARIF), sur des mesures in situ aéroportées au
moyen de cinq avions instrumentés, des radiosondages, et sur des
mesures de télédétection (LIDAR essentiellement).
Lors des POI, ces moyens de mesures sont déployés simultanément
afin de donner une image la plus complète possible des champs météorologiques
et des champs de polluants dans la région.
Côté numérique, une hiérarchie de modèles
est mise en uvre afin de simuler les POI pour différentes
échelles spatiales : à léchelle régionale,
les modèles détaillés SIMPAR (AIRPARIF), AZUR (LISA),
destinés à lanalyse fine dépisodes et
la simulation de scénarios de réduction démissions,
sont utilisés. Le modèle régional simplifié
CHIMERE (IPSL), destiné à la prévision des pics de
pollution, est aussi mis en uvre. A plus grande échelle,
le modèle danalyse MESO-NH et les modèles de prévision
CHIMERE-continental (IPSL) et MOCAGE (METEO-France) sont utilisés
afin de simuler le transport à longue distance de polluants, et
de fournir des conditions aux limites adéquates aux modèles
régionaux. Ces modèles, eulériens, sont complétés
par des modèles lagrangiens danalyse des trajectoires des
masses dair.
Lensemble des données dESQUIF est disposé sur
un site web (http://climserv.lmd.polytechnique.fr/esquif)
daccès temporairement restreint, qui deviendra public lorsque
la qualité des données aura été vérifiée
de façon exhaustive. Un certain nombre de textes, dillustrations
figurent également sur ce site.
Quelques
premiers résultats
La plupart des résultats sont actuellement en cours de validation
et ne peuvent pas être diffusés. Nous présentons néanmoins
un premier résultat obtenu après analyse des données
de la deuxième POI ayant eu lieu du 7 au 11 août 1998. Ce
résultat concerne la pollution photo oxydante lors dun épisode
ayant donné lieu à des concentrations très élevées
dozone (record en Ile-de-France battu le 11 août 1998). La
campagne de mesures aéroportées sest déroulée
en fait entre le 7 et le 9 août, période de fortes températures
(autour de 35°C en Ile-de-France).
Importance
relative des émission locales/régionales?
Létude de cette POI a montré que la pollution photo
oxydante en Ile-de-France est due à la superposition dune
pollution transportée depuis des régions éloignées
(dans ce cas lEurope du Nord) et des émissions locales. La
figure 1 (voir pages couleurs) montre la trajectoire dun des vols
effectués assez loin autour de lIle-de-France par lavion
MERLIN de METEO-France, le 9 août 1998 au matin, vers 900 m daltitude,
et les valeurs des concentrations en ozone relevées (en ppb) au
cours de ce vol. Pour référence, linformation au public
est donnée lorsque la concentration dépasse 90 ppb. La masse
dair se déplace globalement du Sud vers le Nord, très
lentement. Dans laprès-midi, lIle-de-France sera donc
soumise à la masse dair correspondant à la branche
sud de la trajectoire de lavion, avec des concentrations déjà
élevées le matin (vers 80 ppb).
Afin de comprendre lorigine des masses dair rencontrées
au long de la trajectoire de lavion, nous avons superposé
sur la figure deux rétro-panaches, calculés à partir
des champs de vent du modèle ARPEGE de METEO-France. Ces rétro-panaches
donnent lorigine des particules dair arrivant aux deux points
sud-ouest et nord-est de la trajectoire de lavion. Les points colorés
marquent la position de 50 particules dair toutes les 24 heures
(jusquà 7 jours avant larrivée) précédant
cette arrivée.
Pour le point nord-est, nous voyons que la masse dair a traversé
le nord de la France, le Bénélux, sur environ 1-2 jours,
et auparavant provient de la Manche et de lAtlantique. Les concentrations
dozone à larrivée atteignent environ 60 ppb,
une valeur modérée. En revanche, lair arrivant au
point sud-ouest de la trajectoire de lavion a séjourné
sur des zones continentales pendant plus de 5 jours, en traversant des
zones de fortes émissions. Les concentrations dozone à
larrivée dépassent les 80 ppb.
Les conclusions tirées de cette étude de cas semblent assez
systématiques. Il savère que la région parisienne
est fréquemment soumise, lors dépisodes anticycloniques,
à des vents de nord-est permettant à la masse dair
de collecter des émissions de précurseurs dozone sur
les zones continentales, donnant lieu à une pollution de fond importante.
Cette pollution se superpose à celle créée par lagglomération,
mais peut en représenter lessentiel. Le 9 août, les
concentrations dozone observées dans lagglomération
parisienne atteignent environ 90-100 ppb, donc des valeurs assez proches
de celles observées en amont de lIle-de-France. Ceci démontre
que, dans des cas comme celui-là, des réductions seules
démissions en Ile-de-France ne pourraient pas fortement diminuer
la pollution photo oxydante dans la zone de lagglomération.
Simulation
de lépisode Août 1998
La formation de lépisode de grande échelle daoût
1998 est bien illustrée par la figure 2 qui montre la simulation
de la période du 8 août 1998 au 11 août 1998 par le
modèle continental CHIMERE (IPSL) développé au cours
du projet ESQUIF. En début de période, les régions
autour des zones démissions sont touchées par des
concentrations élevées dozone. Le 11 août, jour
où les records sont battus en Ile-de-France, une vaste "bulle"
de pollution sest formée due à lagglomération
des panaches des grandes villes. Les observations dozone en surface
correspondent assez bien à cette simulation. Le modèle sous-estime
néanmoins les concentrations dans le sud de la France.
Rôle
des émissions naturelles
Une autre question concerne le rôle des émissions naturelles.
Lors des différentes POI dESQUIF, nous avons remarqué
que les concentrations dozone et de précurseurs (hydrocarbures,
oxydes dazote) étaient systématiquement élevées
lors dépisodes très chauds (30 degrés ou plus),
même si la masse dair na traversé que des régions
démissions anthropiques modérées ou faibles.
Il semble donc, et cela reste à confirmer par la modélisation,
que les émissions naturelles jouent un rôle important par
forte chaleur. Les premiers tests de sensibilité avec les modèles
CHIMERE et MESO-NH vont dans ce sens. Lamplification des concentrations
dozone par les émissions naturelles pour la période
de la POI2 serait, selon les hypothèses (ces émissions sont
très incertaines), de 10 à 30 ppb dozone. Il est à
noter que les hydrocarbures naturels ne peuvent pas contribuer à
la pollution photo oxydante en labsence doxydes dazote,
généralement émis par les processus de combustion,
de source anthropique. Ceux-ci peuvent également être émis
en quantité importante (lincertitude est encore très
grande) par les sols lors dépisodes très chauds dans
les régions fortement agricoles (cycles des espèces azotées
liées aux engrais). Ainsi, la séparation biogénique/anthropique
(dorigine urbaine) pour la responsabilité de la formation
dépisodes photo oxydants de grande échelle est subtile.
Panache
dozone
A léchelle régionale, une étude détaillée
du panache de pollution de la région parisienne est en cours. Son
extension et sa composition sont à létude, sur plusieurs
cas. Létude de lamplitude et la composition de ce panache
permettra non seulement dévaluer les inventaires démissions
anthropiques actuelles, mais aussi de déterminer quels sont les
polluants primaires les plus sensibles pour la formation de ce panache.
La figure 3 montre, par exemple, les mesures dozone effectuées
sur lIle-de-France par le LISA sur lavion ARAT (INSU/IGN),
le 17 juillet 1999, lors de la formation dun panache dozone
intense.
La figure 4 montre la
simulation correspondante effectuée au moyen du modèle CHIMERE
sur lIle-de France, et aussi les mesures dozone effectuées
à bord de lavion DIMONA (METAIR/JULICH). On notera le bon
accord en moyenne entre résultats des simulations et mesures. La
comparaison systématique des mesures et des simulations issues
des différents modèles sur toutes les POI et sur lensemble
des polluants mesurés permettra de déterminer quelles sont
les principales faiblesses de ces modèles et de proposer des solutions
pour y remédier, afin de mieux prévoir les épisodes
de pollution
Conclusion
Bien dautres résultats sont à attendre du projet ESQUIF,
notamment en ce qui concerne les aérosols, leur composition et
leur effet sur le rayonnement. La campagne intensive ayant eu lieu lors
de lété 2000, ces résultats sont à attendre
plutôt au cours de lannée 2001.
Enfin, la masse de données acquises permettra de confronter les
modèles numériques de simulation à la réalité,
et les différences permettront dévaluer leurs déficiences
majeures. Les modèles utilisés pour ESQUIF font lobjet
dune inter-comparaison sur les différentes POI.
Contact :
Robert Vautard, coordinateur
Laurent Menut
LMD Polytechnique
(CNRS, ENS, Univ. Paris 6, Polytechnique)
91128 Palaiseau cedex
vautard@lmd.polytechnique.fr
menut@lmd.polytechnique.fr
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