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Extrait de la Lettre
n°1 du Programme International Géosphère Biosphère-Programme
Mondial de Recherches sur le Climat (PIGB-PMRC)
Coupe méridienne (Ozone) correspondant à un trajet Nord-Sud durant TROPOZ II.

Coupe méridienne (CO2) correspondant à un trajet Nord-Sud durant TROPOZ II.
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Contrairement aux risques de destruction de la couche d'ozone stratosphérique,
l'ozone contenu dans la troposphère (0-12 km) a augmenté d'un facteur
5 dans l'hémisphère nord depuis la fin du siècle dernier sous l'effet
de la pollution anthropique (formation à partir de précurseurs émis par
les voitures, industries, avions, centrales thermiques, ...). Les conséquences
de cette évolution sont importantes pour la santé, la végétation et pour
l'effet de serre. Cette production résulte de réactions photochimiques
à partir de précurseurs carbonés (CO, CH4, hydrocarbures),
en présence de composés azotés (NOx). Elle contribue à 80% de l'ozone
présent dans la troposphère, le restant provenant des arrivées d'air stratosphérique.
Dans l'hypothèse d'une poursuite du taux actuel d'augmentation de 1'ozone
(1,6 à 2% par an dans l'hémisphère nord), les teneurs en ozone pourraient
atteindre d'ici une trentaine d'années le seuil maximal admissible (100-120
ppb).
Pour décrire l'évolution future des teneurs en ozone et de ses précurseurs
dans la troposphère, il est nécessaire de vérifier les schémas réactionnels
photochimiques et de valider les modèles 2D (2 dimensions) et 3D (3 dimensions),
décrivant les transpoerts et la chimie troposphérique. Les mesures satellitaires,
excellent moyen d'exploration et de surveillance de la stratosphère, sont
encore mal adaptées à l'étude des composants minoritaires dans la troposphère,
et demanderont de nombreuses validations. Les réseaux de mesure au sol,
essentiellement représentatifs de la couche limite (0-1,5 km) et le plus
souvent non intercalibrés, ne peuvent décrire les phénomènes intervenant
en altitude. Les mesures aéroportées sont actuellement le meilleur moyen
pour sonder la troposphère à l'échelle globale et régionale. Elles permettent
les mesures in situ, précises et simultanées, de très nombreux constituants
liés au cycle de l'ozone (cf encadré) au cours de campagnes de durée limitée
sur des trajets caractéristiques. Le programme aéroporté TROPOZ a été
élaboré pour répondre à ces besoins.
La stratégie d'exploration méridienne repose sur la dissymétrie existant
entre les deux hémisphère dans leurs conditions de pollution et de photochimie.
Les campagnes STRATOZ III (Juin 1984) et TROPOZ II (Janvier 1991) ont
permis une étude méridienne et verticale entre 70°N et 60°S, le long des
continents Nord et Sud américains, africain et européen. La coupe Nord-Sud
établie le long de la côte Est de l'Amérique du Nord et Ouest de l'Amérique
du Sud, est tout à fait représentative des conditions moyennes rencontrées
dans les 2 hémisphères (pollution continentale anthropique dans l'Hémisphère
Nord; bruit de fond océanique dans l'Hémisphère Sud,), comme le montrent
les sorties de modèles numériques 3D de la troposphère.
Sous l'effet de la pollution anthropique, plus de 80% des sources de précurseurs
de l'ozone sont localisées sur les continents de l'hémisphère nord, tandis
que les zones australes ne témoignent que du bruit de fond atmosphérique.
Les tropiques qui constituent une région charnière dans les échanges Nord-Sud,
sont très hétérogènes avec à la fois destruction de 1'ozone par photolyse
et photochimie (liées aux conditions de température, d'humidité, d'ensoleillement)
et production par réaction photochimique sur les produits émis par les
combustions de biomasse (Afrique, Amérique du Sud...).
Résultats
Les résultats des deux campagnes méridiennes STRATOZ III et TROPOZ II
donnent pour la première fois une vue globale et simultanée des distributions
de 1'ozone et de ses précurseurs dans la troposphère. La répartition de
1'ozone dans les deux hémisphère, maximale dans l'H.N. et dépendant directement
de celles de ses précurseurs, apporte une confirmation indiscutable des
théories photochimiques.
Le plus fort contraste entre les deux hémisphères a été obtenu lors de
STRATOZ III, avec une pollution et une photochimie maximale dans
le Nord (Ozone: 40-70 ppb dans HN., 20-25 ppb dans HS). La campagne
TROPOZ II confirme ces résultats (voir figures), avec cependant des teneurs
en Ozone un peu plus faibles (40-45 ppb), dues à la saison. En outre on
observe dans l'hemisphère sud les anomalies suivantes :
- hétérogénéité de 1'ozone aux moyennes et hautes latitudes, provenant
de descente d'air stratosphérique (confirmé par les faibles teneurs en
CO, CH4 et H20, caractéristiques de celles rencontrées
dans la stratosphère);
- existence pour CO, CH4 et H2O,
mais pas pour l'ozone, d'un maximum prononcé en altitude (6-11 km) au
dessus de l'Amérique du Sud (10°N-30°S), dû à une arrivée rapide
d'air des basses couches associée à des phénomènes convectifs de grande
amplitude au niveau de l'lTCZ. L'absence d'augmentation significative
d'ozone traduit une origine naturelle des précurseurs carbonés (émissions
amazoniennes, rizières...), et une photochimie très limitée (valeurs réduites
d'oxydes d'azote).
Dans la ceinture tropicale, et en particulier au niveau de l'Afrique de
l'Ouest et de l'Amazonie, on observe une formation rapide d'Ozone, conduisant
à des teneurs élevées (80 à 150 ppb) à partir des émissions (hydrocarbures,
CO, NO) associées à la combustion de la biomasse. Ces "bulles d'ozone"
sont ensuite susceptibles d'être transportées en altitude et dispersées
dans tout 1'hémisphère sud par les grands courants de circulation zonale.
Ces processus de transport à grande échelle, interprétables en termes
de circulation soit régionale soit générale, permettent d'expliquer la
redistribution de l'ozone et de ses précurseurs jusque dans les régions
les plus éloignées des zones sources. La connaissance des conditions réelles
de circulation, rencontrées lors des diverses campagnes, est indispensable
pour valider les modèles photochimiques à partir des résultats expérimentaux.
Programmes futurs
La perspective d'un accès à l'avion A340-001 appartenant à Airbus industrie,
devrait permettre d'étendre considérablement le champ d'investigation
et les techniques utilisées (Lidar, Spectrométrie d'absorption laser...),
en utilisant les possibilités offertes par ce porteur (autonomie 15 000
km; altitude de croisière 13,5 km), avec notamment une exploration zonale
dans les deux hémisphères. Ce développement prévu à partir de 1996, devrait
conduire à des collaborations et des campagnes coordonnées avec des groupes
de recherche nord-américains. Une première mission, (NEPONA), destinée
à étudier les différentes sources d'oxydes d'azote dans la troposphère
(pollution au sol, éclairs, avions, stratosphère) ainsi que la photochimie
associée au-dessus de l'Atlantique Nord, a été prévue pour le printemps
1996.
Le programme
TROPOZ est un programme de chimie troposphérique centré sur l'étude
de l'ozone et de ses précurseurs. Il est issu du programme STRATOZ,
initié en 1978 par la Météorolgie Nationale, concernant à l'origine
l'évolution de l'ozone stratosphérique, dans lequel les expériences
troposphériques ont pris le pas à partir de 1987. Il fait partie des
grandes actions du programme IGAC de l'IGBP.
Piloté par le Laboratoire d'Aérologie (L.A. - CNRS, Toulouse), il
associe cinq autres laboratoires, français (CFR - CNRS - CEA: Gif
Sur Yvette; LPCE - CNRS : Créteil) et allemands (KFA: Julich; MPI:
Mainz; IMGF: Francfort), ainsi que le Centre d'Essais en Vol de Brétigny
qui a mis à disposition une Caravelle et son équipage de conduite
permettant d'explorer l'atmosphère entre 0 et 12 km avec une autonomie
de 3200 km. Depuis 1983, cinq campagnes globales ou régionales ont
été réalisées.
Les différents laboratoires ont mesurés les composés suivant:
L.A.: O3, CO, CH4, H2,
CO2, N.A., H2O
LPCE: H2O2, PAN
CFR: 85 Kr, NMHC, 222Rn
KFA: NO, NO2, NOy, NMHC, PAN, HCHO, RCHO
MPI: H2O2, NO2,
HCHO, CO
IMGF: SO2 |
Contact :
A. Marenco
Laboratoire d'Aérologie (CNRS-URA)
Université Paul Sabatier
31062 Toulouse Cedex
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