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Extrait de la Lettre
n°7 du Programme International Géosphère Biosphère-Programme
Mondial de Recherches sur le Climat (PIGB-PMRC)

1
- La modélisation couplée a pour but de simuler les écoulements de surface
ainsi que les écoulements souterrains.

2 - Cartographie de la composition du sol en argile et en sable dans le
bassin de lAdour.

3 - Classification sur le territoire français de la couverture végétale
(daprès lindice optique NDVI, CNRM)

4 - Comparaison entre les données simulées et mesurées sur lannée
1986 en deux sites du bassin de lAdour:

5 - Débits journaliers et mensuels à St Vincent sur Adour.

6 - Carte montrant la répartition sur le bassin du Rhône du nombre dobservations
quotidiennes sur lesquelles est basé lanalyse du module SAFRAN.

7 - Schéma des processus intervenant dans le module SAFRAN (relatif à
la partie atmosphère) et dans le module CROCUS (relatif au manteau neigeux).

8 - Présentation des 24 zones alpines sur lesquelles opére le module SAFRAN.

9 - Hauteur de neige simulée par CROCUS et mesurée au Col de la Porte
d' août 1993 à juillet 96.

10 - Cycle annuel des écoulements dans le bassin du Rhône.

11 - Production annuelle découlement deau, évaluée soit par
maillage hydrographique, soit par maillage géographique.

12 - Temps de transfert de la lame deau jusquà lembouchure
du fleuve estimé aux différents endroits du bassin du Rhône.

13 - Caractéristiques physiques des sols et de la couverture végétale
dans le bassin du Rhône permettant la prescription des paramètres du modèle
de surface.

14 - Carte pédologique du bassin du Rhône utilisée afin de paramétrer
les propriétés hydrologiques et thermiques des sols.

15 - Exemple de débits journaliers et mensuels obtenus sur une année en
deux stations du bassin du Rhône (Sault-Brenaz, en amont et Beaucaire,
en aval): .
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Lécoulement de leau à la surface du continent implique de
nombreux mécanismes où interviennent les caractéristiques régionales.
Modéliser cet écoulement est un enjeu important car cest un maillon
incontournable dans la connaissance du cycle de leau, maillon qui
intervient tout particulièrement dans les estimations futures des ressources
en eau et leur gestion au niveau régional. Nous présentons ici létat
actuel de la modélisation sur le bassin du Rhône.
Le programme Gewex-Rhône
est réalisé par les équipes appartenant aux laboratoires suivants :
Centre National de Recherches Météorologiques de Météo-France, -Groupe
Météorologique Moyenne Echelle, Toulouse
-Centre d'Etude de la Neige , Grenoble
Centre d'Informatique Géologique, ENS Mines de Paris, Fontainebleau
Division Hydrologie-Hydraulique, CEMAGREF, Lyon
Centre d' Etude des Environnements Terrestre et Planétaires , CNRS,
Vélizy
Il est financé depuis 1994 par le Programme National de Recherche
en Hydrologie (PNRH) et par le Programme National dEtude de
la Dynamique du Climat (PNEDC) et soutenu principalement par les organismes
suivants : CNRS/INSU, Météo-France, CEMAGREF. |
Lenjeu
La phase continentale du cycle de leau est étroitement dépendante
du forçage de latmosphère. En effet, cest cette dernière qui
pilote lessentiel des entrées, les pluies, et des sorties deau,
lévaporation. Elle représente, sous nos latitudes tempérées, près
des 2/3 des précipitations. Dans ces conditions, les débits des fleuves
et rivières ne sont quune partie relativement petites de la quantité
deau disponible en provenance de latmosphère. La recharge
des nappes sur des périodes supérieures à lannée est également une
très faible proportion des entrées, de lordre de quelques pour cent.
Si on veut pouvoir suivre et estimer avec une bonne approximation lévolution
de la ressource en eau, pour la consommation en eau potable, lagriculture
ou la préservation des équilibres des écosystèmes naturels, il est nécessaire
davoir une estimation aussi précise que possible des précipitations
(que lon mesure en général) et du flux dévaporation (que lon
ne sait pas mesurer à une échelle spatiale compatible avec la taille des
bassins versants, à partir de 10 km2). De plus, il existe une rétroaction
forte entre la disponibilité de leau dans les sols et le comportement
de la couche de surface atmosphérique. Pour cette raison, les modèles
météorologiques ont besoin de connaître cette grandeur.
Larticle qui suit présente leffort national entrepris depuis
quelques années pour bâtir un outil de simulation qui couple les phases
continentale et atmosphérique du cycle de leau. Cet outil aura comme
applications :
- lamélioration de la prévision météorologique à moyenne échéance,
grâce à un meilleur contrôle des capacités dévaporation des surfaces,
- lamélioration des prévisions de débits des fleuves et des recharges,
grâce à une meilleure connaissance du forçage atmosphérique,
- une meilleure gestion de leau disponible au travers de la connaissance
du contenu en eau des sols.
De plus, un tel outil pourra être également utilisé pour des analyses
de limpact des évolutions climatiques sur la ressource en eau. Cette
dernière application peut mettre en jeu des forçages à grande échelle
produits par les modèles de circulation générale, ainsi que la connaissance
à l échelle globale des distributions spatio-temporelles des pluies
et de la demande évaporative.
La question principale étant liée à la fois à la prévision météorologique
et aux ressources en eau, léchelle choisie doit être compatible
avec léchelle résolue par les modèles de prévision atmosphérique
et les systèmes d'observation (de lordre de 100 km2) et celle des
bassins versants pertinents (du petit bassin agricole de lordre
de 100 km2 au sous-bassin dun grand fleuve, 10 000 km2). De plus,
un modèle hydrologique peut difficilement être construit en dehors dune
connaissance approfondie des caractéristiques physiographiques des bassins
pour lesquels il est construit : le relief, la géologie, loccupation
des sols. Il était donc nécessaire de choisir un bassin spécifique. Le
choix, après de longues réflexions, sest porté sur celui du Rhône
pour les raisons suivantes :
- il est dune taille suffisante pour que les forçages climatiques
provenant des modèles globaux soient significatifs,
- il est le seul bassin national comportant une forte composante nivo-glaciaire,
sur laquelle lévolution inter-annuelle du forçage climatique est
déjà sensible (réchauffement des dernières décennies),
- il est suffisamment hétérogène en surface pour être représentatif dune
grande variété de situations,
- la contribution de ses nappes phréatiques est plus faible que pour les
autres grands bassins nationaux. Il est donc relativement plus simple
à modéliser.
Stratégie et outils
La méthode choisie consiste à développer un outil permettant de gérer
le couplage dun modèle hydrologique et dun modèle de circulation
atmosphérique à moyenne échelle. Le modèle hydrologique choisi est le
modèle MODCOU du Centre dInformatique Géologique de lEcole
Nationale Supérieure des Mines de Paris. La partie atmosphérique est gérée
par le modèle de surface ISBA développé par Météo-France, utilisé dans
le modèle opérationnel de prévision et déjà intégré dans le modèle communautaire
MESO-NH, modèle atmosphérique à moyenne échelle non hydrostatique (figure
1).
La première phase de ce projet a donc consisté à développer le module
de couplage gérant les échanges hydriques et énergétiques aux deux interfaces
(atmosphère et sous-sol).
Mise au point des outils
La première phase du programme a permis le développement des différents
outils suivants :
Le modèle hydrologique distribué sur l'ensemble du bassin (MODCOU)
Ce modèle a pour objectif la simulation des écoulements de surface et
des écoulements souterrains. Il distingue :
- une couche superficielle au niveau de laquelle seffectue le partage
entre ruissellement et infiltration ainsi que le transfert des eaux de
surface vers les mailles rivières.
- une ou plusieurs couches profondes éventuellement connectées où seffectuent
les transferts souterrains.
La première étape est le calcul du bilan hydrique de surface cest
à dire la répartition des précipitations entre
- le ruissellement,
- lévapotranspiration,
- linfiltration,
- le stockage dans le sol.
Ceci est effectué sur chaque maille du domaine de surface. Cest
à ce niveau (appelé fonction de production du modèle hydrologique) quintervient
le couplage avec le modèle atmosphérique.
Couplage du modèle hydrologique et du forçage atmosphérique
Le couplage consiste à substituer l'ensemble des fonctions de production
du modèle hydrologique MODCOU par le modèle ISBA de Météo-France. Le modèle
ISBA calcule les bilans hydrique et énergétique à la surface avec un pas
de temps de quelques minutes (figure 1). Il est utilisé en mode opérationnel
dans le modèle de prévision de Météo-France. Les flux deau quittant
la maille, soit par ruissellement de surface, soit par drainage à la base
du réservoir profond, sont cumulés sur la journée et ensuite gérés par
le modèle hydrologique. On a donc une résolution explicite du cycle diurne
et du flux dévaporation. Les paramètres du module de surface qui
gère la répartition des précipitations sont déterminés en fonction des
caractéristiques physiques de la surface (type de sol, couverture végétale)
pour chaque maille. Ils ne nécessitent pas détalonnage sur de longues
séries hydrologiques comme cest souvent le cas.
Ce modèle a été développé et testé dans un premier temps sur le bassin
de lAdour sur lequel le modèle hydrologique avait déjà été implanté
dans le cadre de lexpérience Hapex-Mobilhy (1985-1986), et en raison
de la disponibilité des données hydrologiques et météorologiques. Les
paramètres de surface du modèle ont été estimés à partir de la base de
données des sols de lINRA (figure 2) et de la classification de
la végétation du CNRM obtenue à partir d'une archive satellitaire NOAA-AVHRR
pluriannuelle à 2km de résolution (figure 3 ).
Deux années de simulation (1986 et 1987) ont été effectuées en mode semi-forcé,
cest-à-dire avec des données de forçage atmosphérique observées.
Les performances de la modélisation ont été évaluées par comparaison avec
lensemble des données disponibles en 1986, cest-à-dire:
- contenu en eau du sol en 12 sites (figure 4a)
- évaporation journalière (figure 4b)
- débits journaliers sur une trentaine de stations (figure 5).
Les modules spécifiques comme la prise en compte des zones enneigées
et englacées
La présence d'un manteau neigeux saisonnier et de glaciers influence fortement
la variation annuelle du débit des rivières. La paramétrisation de la
composante glacio-nivale ayant été définie comme un point important dans
le projet, il a été décidé de partir d'outils existants développés par
le CNRM pour le suivi de l'enneigement dans les Alpes et de les adapter
à ce contexte. Il s'agit de CROCUS (modèle d'évolution du manteau neigeux)
et de SAFRAN (système d'analyse météorologique permettant d'alimenter
le modèle CROCUS à différentes altitudes et dans différentes régions des
Alpes), voir encart ci-dessous.
SAFRAN et CROCUS
SAFRAN est un système danalyse des conditions météorologiques
adaptés aux régions montagneuses. Il utilise pour cela toutes les
données disponibles, c'est à dire les sorties des modèles utilisés
pour les prévisions météorologiques et les observations en altitude
et au sol (stations météorologiques et climatologiques, par exemple,
(figure 6). A lintérieur de zones prédéfinies, considérées comme
homogènes du point de vue des conditions météorologiques (une vingtaine
de zones pour les Alpes françaises) SAFRAN fournit au pas horaire
tous les termes permettant de calculer un bilan de surface : rayonnement,
vent, température, humidité, précipitation ( figure 7). Ces calculs
sont effectués pour plusieurs altitudes et expositions dans chaque
zone (figure 8 ). Les archives météorologiques disponibles permettent
de remonter jusquen 1981 pour linstant.
Le modèle CROCUS calcule lévolution du manteau neigeux (métamorphose
des grains, fonte, tassement, et écoulement à la base, voir figure
8) en fonction des paramètres météorologiques au-dessus de la surface
(données mesurées ou estimées par SAFRAN. Les outils SAFRAN et CROCUS
ont été développés par Météo-France pour la prévision du risque davalanches
et trouvent maintenant une application en hydrologie. |
Le bassin versant amont de Sarennes
(20 km2, exutoire 1435 m) a été choisi pour la validation. La première
phase du travail consiste à modifier CROCUS pour quil sintègre
dans le schéma ISBA. Ce nouveau module est en cours de développement sur
le site bien documenté du Col de la Porte, où sont mesurés au pas de temps
horaire, paramètres météorologiques, nivologiques, écoulement à la base
du manteau neigeux et température dans le sol. La figure 9 montre la comparaison
des simulations de la hauteur de neige de 1993 à 1996 avec les mesures.
La constitution de bases de données
Les chroniques de débits observés en une centaine de stations réparties
sur tout le bassin, ont été extraites des bases FRIEND (Programme Hydrologique
International de l'UNESCO) et HYDRO (Ministère de lEnvironnement)
par le CEMAGREF sur la période 1970-1995.
Deux bases de données météorologiques ont été constituées par le Service
Central d'Exploitation de la Météorologie (SCEM) de Météo-France, pour
notre étude. La première base contient les précipitations journalières,
evapotranspirations potentielles décadaires, températures minimum et maximum
journalières pour la période de 1970 à 1995. La seconde est limitée à
la période comprise entre 1981 et 1995. Elle contient tous les champs
météorologiques nécessaires au modèlecouplé ISBA-MODCOU et au pas de temps
horaire:
- précipitations neigeuses et liquides,
- rayonnement solaire et thermique, vent de surface, nébulosité, humidité
de l'air, température de l'air.
Ces champs sont calculés à partir des analyses SAFRAN étendues à tout
le versant français du Rhône.
Les outils d'analyse statistique des débits
Le régime hydrologique dune rivière en un point donné est léquivalent
du climat dune localité : on prend un peu de recul par rapport au
détail des événements particuliers ("la météorologie") pour
sintéresser aux caractéristiques générales de la chronique de débit
considérée comme signal. Ceci se fait à laide doutils de statistique
descriptive. La chronique est " réinterprétée " en termes de
valeurs caractéristiques et de système dévénements associés à des
probabilités. Cette étude distingue typiquement écoulements moyens, hautes
eaux (en valeur et en durée) et étiages (également en valeur et en durée).
Souvent, cette étude est conditionnée par la saison.
Dans ce projet une centaine de stations hydrométriques ont été analysées
et lon dispose à présent, pour chacune de ces stations, des débits
caractéristiques suivants : débit journalier, débit maximal décennal.
Les figures 10 et 11 montrent à titre dexemple le cycle saisonnier
(figure 10 ) et la production annuelle (figure 11) de lécoulement,
réinterpolés sur différents types de grilles.
Premiers
résultats
La première étape a consisté à la description du domaine de surface (détermination
des directions de drainage, du réseau hydrographique et des limites des
sous-bassins).
Le bassin versant modélisé sétend sur 86496 km2. La Camargue, siège
découlements divergents, ne pouvant être représentés par ce modèle,
le domaine a été limité au sud au niveau de Beaucaire, dernière station
de mesure du débit avant la Camargue. Il est discrétisé en 27054 mailles
de 1 à 8 km de coté. La figure 12 présente la distribution des temps
de transfert de la lame deau sur le bassin.
Les paramètres du modèle de surface ont ensuite été calculés à partir
des caractéristiques physiques des sols et de la couverture végétale.
Pour celà, la carte doccupation des sols CORINE Land Cover de lUnion
Européeenne (figure 13 ) mise à disposition par lInstitut Français
de lEnvironnement (IFEN) ainsi que la carte des sols (figure 14
) établie par lINRA ont été utilisées pour ajuster les paramètres
des fonctions de production du modèle.
Les premières simulations du débit journalier en différents sites (figure
15) ont été effectuées sur la période août 1987 - juillet 1988, période
pour laquelle les champs météorologiques et les données hydrométriques
étaient disponibles au pas de temps journalier. Elles ont montré:
- la nécessité de prendre en compte les nappes souterraines de la Saône,
de lArdèche et du Comtat Venaissin, qui ne sont pas incluent dans
le modèle actuel.
- la nécessité de prendre en compte les ouvrages hydrauliques sur lIsère
et la Durance. En effet la gestion des barrages dans ces deux bassins
modifie considérablement lécoulement " naturel ".
Prochaines étapes
En 1998, le modèle couplé devrait être totalement construit et les bases
de données météorologiques et hydrologiques constituées sur une quinzaine
dannées (entre 1981 et 1996). Ceci permettra deffectuer une
simulation sur toute cette période ainsi que lanalyse statistique
des débits et des différentes composantes du cycle hydrologique en fonction
du régime des pluies.
Le bassin du Rhône étant largement anthropisé, la prise en compte des
ouvrages hydrauliques et leur modélisation savère nécessaire. Pour
celà, on envisage de coupler notre modèle avec un modèle dhydraulique.
Loutil final permettra de mener là encore, des études dimpacts
sur le climat, la biosphère ou la faune aquatique.
A partir de 1999, on envisage de tester l'apport d'analyses opérationnelles
du modèle ALADIN de Météo-France,. A terme, on pourra envisager de tester
un couplage entre le sol et latmosphère totalement interactif en
travaillant avec un modèle à méso-échelle tel que Meso-NH. Cette étude
devrait permettre de conclure quant à l'impact d'une meilleure représentation
des bilans hydriques continentaux sur la simulation des précipitations
et des écoulements.
Contact :
Catherine Ottlé
Centre d'Etude des Environnements Terrestres et Planétaires
10-12 avenue de l'Europe
78140 Vélizy
catherine.ottle@cetp.ipsl.fr
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