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Extrait de la Lettre
n°11 du Programme International Géosphère Biosphère-Programme
Mondial de Recherches sur le Climat (PIGB-PMRC)
1
- Séries temporelles de 1900 à 1998 d'un indice d'anomalies
normalisé de précipitations annuelles au Sahel et en Guinée.
2
- Cycle annuel moyen des précipitations pour la période
1979-1996.
3
- Image du satellite METEOSAT dans le canal Vapeur d'Eau du 17 Juin 1997
à 00 heures. Cette image illustre les différentes échelles
d'organisation de la convection en Afrique de l'Ouest.
4
- Diagramme temps-latitude des précipitations mensuelles Ouest-Africaines.
(© D. Texier)
5
- Champ de corrélations calculées entre lindice des
anomalies de précipitations Sahéliennes en Juillet-Septembre
et les températures de surface de mer sur la période 1954-1973
et 1970-1989.
6
- Phases moyennes de l'harmonique diurne des précipitations (en
heure locale) pour Décembre-Février et Juin-Août.
8
- Exemple de suivi de trajectoires du centre d'ondes d'Est à 600
hPa et à 850 hPa à partir du tourbillon relatif filtré
entre 2 et 6 jours issu des réanalyses européennes pour
la période mai-octobre 1995.
7-
Précipitations et vents de surface donnés par un Cloud Resolving
Model imbriqué dans un modèle de méso-échelle.
9
- Distribution de la localisation initiale des systèmes convectifs
de méso-échelle.
.
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La région de l'Afrique sub-Saharienne est sans conteste la région
au monde qui a connu dans son ensemble la plus forte diminution de précipitations
durant les 50 dernières années. Les mécanismes dynamiques
et physiques impliqués font actuellement lobjet dimportantes
études.
Lévolution
des précipitations
La Figure 1 montre l'évolution de deux indices régionaux
de cumuls annuels de précipitations, l'un sur le Sahel (Figure
1a) et l'autre sur la région Guinéenne (Figure 1b), exprimés
en anomalies normalisées par l'écart-type. La courbe verte
représente l'évolution d'échelle décennale
de ces indices. La réduction importante des précipitations
apparaît très clairement sur l'indice Sahélien, avec
des épisodes de forts déficits pluviométriques (1972-73,
1982-84, 1997) qui ont été largement médiatisés.
Cependant on peut constater, au vu de la série temporelle de l'indice
Guinéen, que cette dégradation des ressources pluviométriques
n'est pas limitée à l'espace Sahélien mais concerne
l'ensemble de l'Afrique de l'Ouest. Le régime pluviométrique
sur cette région est lié au mouvement saisonnier de la zone
de convergence inter-tropicale (voir Figure 2) et au développement
de la circulation de la mousson Ouest-Africaine entre printemps et automne.
Les
programmes
L'impact de cette variabilité pluviométrique des 50 dernières
années sur les ressources en eau, les régimes hydrologiques,
les productions agricoles,
, est important et demande à être
analysé en détail. Ce volet qui concerne le programme Catch
sera présenté ultérieurement. En amont, les mécanismes
dynamiques et physiques de la mousson Ouest-Africaine doivent être
étudiés. Deux actions en ce sens sont présentées
ici. D'une part un projet européen, dénommé WAMP
(West African Monsoon Project), réunissant dix groupes de recherches
européens, a fonctionné de Décembre 1997 à
Novembre 2000. D'autre part un groupe de travail s'est mis en place en
juin 2000 sous l'égide du PATOM, pour fédérer, à
travers l'élaboration d'un plan de travail multi-disciplinaire,
les chercheurs français participant aux programmes PATOM, PNEDC,
PNRH et PNCA et motivés par un projet inter-programmes sur la mousson
d'Afrique de l'Ouest.
Le
projet européen WAMP
Ce projet qui a duré trois ans a fédéré dix
équipes européennes dont trois en France (au CNRM/Météo-France,
au LMD/CNRS, à l'IRD). Le coordonnateur de ce projet était
C.D. Thorncroft (Université de Reading) et les informations sur
ce projet sont disponibles sur le site http://www.reading.ac.uk/~swsthcri/tropical.html.
Les
motivations
On l'a vu plus haut, la variabilité des précipitations est
importante en Afrique de l'Ouest, à la fois à l'échelle
interannuelle et décennale, et les impacts socio-économiques
peuvent être dramatiques. Pour répondre à cette situation,
il y a une nécessité importante de pouvoir fournir des prévisions
de précipitations fiables, en particulier à l'échelle
saisonnière. D'autre part, l'étude des processus de convection
atmosphérique au-dessus des continents tropicaux a été
négligée ces dernières années au profit de
la convection au-dessus des océans. Or ces processus diffèrent
au-dessus des continents en particulier par le cycle diurne, le cisaillement
vertical du vent, les conditions d'instabilité, l'impact de la
végétation. Enfin, le système de mousson Ouest-Africain
comporte de fortes interactions d'échelles. La Figure 3 illustre
ce fait. Cette image du satellite METEOSAT dans le canal Vapeur d'Eau
(ce canal donne une estimation du contenu en vapeur d'eau de la haute
troposphère; le code de couleurs va du bleu foncé pour les
zones très sèches au jaune/orange/rouge pour les zones les
plus humides fortement convectives) du 17 Juin 1997 à 00 heures
montre les différentes échelles d'organisation de la convection
en Afrique de l'Ouest : à l'échelle continentale la zone
de convergence est caractérisée par l'ensemble de six amas
nuageux organisés sur une ligne horizontale vers 10°Nord; l'échelle
synoptique est mise en évidence par la distance entre deux de ces
amas nuageux; la méso-échelle est l'échelle caractéristique
de ces amas nuageux; enfin à l'intérieur de ces amas apparaissent
des cellules convectives individuelles d'échelle spatiale plus
faible. Les modèles de circulation générale qui sont
utilisés pour la prévision numérique et les simulations
climatiques ont une résolution spatiale qui ne permet pas une bonne
représentation des systèmes pluviogènes de méso-echelle.
Aussi il est difficile d'estimer la confiance que l'on peut avoir dans
des simulations faites avec ce type de modèle. Quatre objectifs
scientifiques ont été définis dans ce projet européen.
Le
cycle saisonnier
Le cycle saisonnier de la mousson en Afrique de l'Ouest est caractérisé
par le mouvement méridien de la zone de convergence inter-tropicale
et de la circulation atmosphérique associée (Figure 2).
Le Sahel reçoit la plus grande partie de ses précipitations
entre Juillet et Septembre. Plus au sud les cumuls annuels sont plus importants
et répartis sur deux saisons des pluies, au printemps et en automne.
Les éléments principaux de la circulation atmosphérique
(en particulier le jet d'Est Africain et les ondes d'Est) ont aussi un
cycle saisonnier prononcé qui influe fortement sur l'organisation
des précipitations. Ces aspects ont été étudiés
en détail au cours de ce projet. Ce cycle saisonnier représente
un banc d'essai intéressant pour les modèles de circulation
générale qui n'en donne pas une très bonne représentation
actuellement : la figure 4 montre deux diagrammes temps-latitude des précipitations
moyennes mensuelles en Afrique de l'Ouest pour les observations et pour
un modèle de circulation générale ayant un comportement
caractéristique de la plupart des modèles. Il apparaît
très nettement que la mise en place de la mousson sur le Sahel
se fait environ un mois trop tôt et que les précipitations
de printemps sont trop fortes.
La
variabilité interannuelle et la prévision saisonnière
Le système de mousson d'Afrique de l'Ouest apparaît comme
un système couplé océan-atmosphère-continent.
On sait que les anomalies de températures de surface de mer à
l'échelle globale ont un impact important sur la variabilité
interannuelle et décennale des précipitations Sahéliennes.
Au cours de ce projet, les mécanismes de téléconnections
atmosphériques entre les bassins océaniques, en particulier
le Pacifique tropical, et la circulation de mousson Ouest-Africaine ont
été étudiés. Il a aussi été
montré que les zones océaniques clé peuvent varier
au cours du temps : la figure 5 montre que les corrélations les
plus fortes entre précipitations Sahéliennes et anomalies
de température de surface de mer se situent principalement dans
l'Atlantique avant 1970 (Figure 5a) et dans le Pacifique tropical après
1970 (Figure 5b). Ceci doit être pris en compte dans les développements
de schémas statistiques de prévision saisonnière
de précipitations. Il apparaît aussi que les processus de
surface continentale (interactions avec la végétation et
l'humidité du sol) jouent un rôle non négligeable
dans la dynamique de la circulation de mousson et des systèmes
convectifs.
Les
systèmes, échelle synoptique et méso-échelle
La figure 6 montre les phases moyennes de l'harmonique diurne des précipitations
(en heure locale) en hiver et en été basées sur des
estimations satellitales de précipitations et pour le modèle
de circulation générale du Met. Office. Le modèle
montre des erreurs systématiques, avec une convection qui se déclenche
trop tôt dans la journée sur le continent, qui sont similaires
à de nombreux autres modèles de circulation générale.
Il y a donc une forte nécessité à améliorer
les schémas de paramétrisation de la convection dans ces
modèles. Dans ce but, l'analyse des principaux systèmes
pluviogènes sur l'Afrique de l'Ouest, à savoir les complexes
convectifs de méso-échelle et les ondes d'Est d'échelle
synoptique, ainsi que leurs interactions, a constitué le cur
initial du projet WAMP. Afin de mieux comprendre le cycle de vie des systèmes
convectifs de méso-échelle et leurs interactions avec les
ondes d'Est, deux études de cas ont été développées,
en utilisant les observations disponibles de deux expériences de
terrain, COPT81 et HAPEX92, ainsi qu'en développant des simulations
de ces cas avec une hiérarchie de modèles incluant des modèles
résolvant explicitement la convection (CRM; Cloud Resolving
Model), des modèles emboîtés, des modèles
uni-colonnes, des modèles régionaux, des modèles
de circulation générale.
Pour le cas Hapex, les tests sur le schéma de convection du modèle
régional Aladin (résolutions 25 et 80 km) de Météo-France
montrent qu'une fermeture en CAPE améliore la représentation
de la ligne de grains par rapport à une fermeture en convergence
dhumidité ; l'introduction d'un schéma de surface
sophistiqué a aussi un impact positif sur la représentation
de la convection. Des simulations de cette ligne de grains ont aussi été
réalisées avec le modèle Méso-NH (résolutions
5 km puis 2.5 km). Les résultats sont en bon accord avec les observations
satellitales à la fois pour la localisation et le timing du déclenchement
et du développement de la ligne de grains (Figure 7). Le déclenchement
de cette ligne de grains a donc pu être simulé sans artifice
(ex introduction dune bulle froide en surface). Les conditions favorables
sont à la fois de grande échelle (flux de mousson développé
jusqu'à 20°N, développement a lavant du thalweg
de l'onde dest) et de petite échelle (forçage orographique,
contrastes thermiques, structures de stabilité/instabilité
dans la couche limite, cycle diurne). Lobjectif à terme est
de faire une simulation en "two-way nesting" pour simuler le
cycle de vie complet du système et étudier les interactions
entre l'onde dest et la ligne de grains. Ceci permettra pour la
première fois de calculer les impacts à grande échelle
du système convectif à différentes étapes
de son cycle de vie.
Dans le cas COPT, un modèle uni-colonne a été initialisé
par les tendances grande échelle fournies par le CRM, puis les
effets de la convection paramétrisés par le modèle
uni-colonne sont comparés aux diagnostics dérivés
du CRM et des observations disponibles. On peut ainsi améliorer
les paramétrisations des différents processus en fonction
des diagnostics. Dans cet exemple, le modèle uni-colonne réussit
à réduire le cisaillement vertical du vent mais ne représente
pas correctement les courants subsidents associés à la dynamique
interne de la ligne de grains.
Le
suivi des systèmes
Au cours du projet, des logiciels de suivi automatique ont été
mis en place pour définir un ensemble de statistiques concernant
les trajectoires des ondes d'Est et des complexes convectifs de méso-échelle.
Ceci a impliqué l'analyse d'un volume important de données
incluant en particulier des données satellitales, et de réanalyses.
Ils permettent ainsi de diagnostiquer la variabilité saisonnière
et interannuelle de ces systèmes ainsi que les zones de formation
et de dissipation, leur durée de vie, leur vitesse de déplacement,
etc
Ils permettent aussi d'analyser les interactions entre les systèmes
synoptiques et la convection de méso-échelle. La figure
8 montre un exemple de l'ensemble des trajectoires de centres d'ondes
d'Est répertoriées entre Mai et Octobre 1995 à deux
niveaux de pression, 600 hPa en 850 hPa. On peut noter une trajectoire
principale à 600 hPa vers 10°Nord au-dessus de l'Afrique de
l'Ouest et de l'Atlantique tropical, et deux trajectoires principales
sur l'Afrique de l'Ouest à 850 hPa, vers 10°Nord et 20°Nord,
qui se fondent en une seule au dessus de l'Atlantique tropical. La figure
9 montre l'utilisation d'un autre logiciel de suivi automatique pour la
détermination de la position initiale des systèmes convectifs
(caractérisés par une température de brillance inférieure
à 233°K) de durée de vie supérieure (Figure 9a)
et inférieure (Figure 9b) à 24 heures. Les reliefs et les
zones côtières (Figure 9c) jouent un rôle important
dans la genèse de ces systèmes.
Vers
une expérience de terrain pour létude de la mousson
dAfrique de lOuest?
Le projet WAMP a confirmé un certain nombre dinsuffisances
dans les schémas de paramétrisation des modèles de
circulation générale, et a mis en évidence le manque
chronique dun réseau dense de données pour initialiser
et évaluer les différents types de modèles. La difficulté
principale pour quantifier limpact des processus opérant
dans le système de la mousson Ouest-Africaine est un aspect multi-échelles
et multi-processus fortement marqué, en particulier autour de la
convection et de son interaction avec la circulation atmosphérique
déchelle synoptique et régionale, et avec les processus
de surface. Lors de lexercice de prospective PATOM fin 1999, il
est apparu que le thème de la mousson africaine recouvrait un ensemble
de problématiques dans différents domaines sur lesquels
des équipes françaises travaillaient, mais le plus souvent
de manière séparée. Lavancée des connaissances
sur ces aspects nécessite une interaction plus forte entre scientifiques
des diverses communautés. Un groupe de travail restreint s'est
donc mis en place en juin 2000 sous l'égide du PATOM, représentant
les chercheurs français participant aux programmes PATOM, PNEDC,
PNRH et PNCA, et motivés par un projet inter-programmes sur la
mousson d'Afrique de l'Ouest. Deux objectifs ont été définis
initialement : établir un plan de travail pour les cinq ans à
venir des travaux au sens large sur la mousson Ouest-Africaine, et définir
la faisabilité et préciser les objectifs scientifiques dune
expérience de terrain. Un document a été rédigé,
faisant le point sur létat de nos connaissances, les objectifs
scientifiques prioritaires, lidentification de travaux nécessitant
linteraction entre programmes, et une réflexion préliminaire
sur une future expérience de terrain. Ce document est disponible
auprès de J.-L. Redelsperger (CNRM/Météo-France).
Dautre part cette réflexion se développe aussi dans
le cadre dun groupe Prospective établi par lINSU qui
sest vu assigner la tâche de réfléchir à
lévolution de la recherche dans les sciences de lenvironnement
au cours des dix prochaines années. Un premier document de travail
a été rédigé. Dans les objectifs majeurs dégagés
par cette prospective, létude des systèmes couplés
océan/sol/atmosphère aux échelles intra-saisonnières
a été définie comme prioritaire et la région
de la mousson dAfrique de l'Ouest a été retenue parmi
les deux zones détude importantes pour la communauté
française.
Enfin dans le prolongement de la coopération européenne
mise en place durant le projet WAMP, la réflexion en cours autour
dune expérience de terrain sélargit aux équipes
européennes et africaines intéressées et des contacts
ont été pris aussi avec la communauté des scientifiques
américains impliqués dans cette région.
Contact :
Serge Janicot
responsable du projet WAMP au LMD
LMD
(CNRS - Ecole Polytechnique ENS Univ.)
Ecole Polytechnique
91128 Palaiseau
janicot@info17.polytechnique.fr
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