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Extrait de la Lettre
n°5 du Programme International Géosphère Biosphère-Programme
Mondial de Recherches sur le Climat (PIGB-PMRC)

1- Le domaine d'intérêt du projet de modélisation MOCA et la topographie
du bassin: Atlantique Sud.

2-Modélisation: transport et flux de chaleur moyens des différentes
masses d'eau Sud Atlantique.

3 - Modélisation : variation saisonnière des transports méridiens à 30°S.

4 - Modélisation : vue instantanée de la salinité à une profondeur de
155 m produite par le modèle SPEM à haute résolution dans la région du
sud de l'Afrique après 25 ans d'intégration.

5 - Modélisation : vue instantanée des lignes de courant de la circulation
de surface dans le modèle quasi-géostrophique de l'Atlantique Sud.
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La modélisation de la circulation dans l'Atlantique sud permet
d'estimer les flux d'eaux et de chaleur qui traversent cette zone. La
comparaison avec les résultats de WOCE et de TOPEX-POSEIDON permet
de valider les simulations. Le modèle en partie développé
au LEGI à Grenoble est original par le choix de ses coordonnées,
ce qui permet une meilleure représentation de la topographie.
L'intérêt majeur de l'Atlantique en océanographie
est son importance sur la thermodynamique du système océan-atmosphère
due à son rôle singulier dans le transport méridien
de chaleur: dans l'Atlantique Sud le flux de chaleur est dirigé
vers l'équateur, c'est à dire vers la source chaude superficielle.
Pour comprendre les causes de cette circulation océanique particulière
ainsi que ses relations avec la circulation générale atmosphérique, le
programme WOCE (World Ocean Circulation Experiment, voir article
"WOCE, la participation française
dans l'Atlantique" ) a coordonné la mise en place d'observations
dans l'Atlantique Sud. Un programme de modélisation associé, le projet
MOCA (Modélisation de la Circulation dans L'Atlantique), a été engagé
sur l'étude de cette dynamique et de ces transports. Ce projet, mené au
Laboratoire des Ecoulements Géophysiques et Industriels (LEGI) de Grenoble,
est soutenu par le CNRS et l'IFREMER à travers le PNEDC et l'IDRIS (Institut
du Développement et des Ressources en Informatique Scientifique).
La contrainte du relief
Les mouvements des masses d'eau océaniques sont fortement contraints
par la présence des côtes et par l'amplitude des topographies
sous-marines qui est souvent du même ordre que l'épaisseur
du fluide qui les recouvre (figure 1). La conséquence est que le
transport méridien s'effectue en grande partie par des courants
étroits mais intenses, tels le courant du Brésil et celui
des Malouines dans l'Atlantique sud, qui s'appuient sur les talus continentaux
ou les dorsales océaniques.
Ces contraintes se traduisent en modélisation essentiellement par
une interrogation sur le choix du système de coordonnée
verticale et de la résolution tri-dimensionelle les mieux adaptés
pour représenter les processus dynamiques qui exercent ce contrôle
bathymétrique. Le projet MOCA a opté pour une approche originale
en océanographie, qui repose sur l'utilisation d'une coordonnée
verticale qui suit le relief du fond des océans.
Les modèles de bassin
L'océan Atlantique sud est un bassin océanique largement
ouvert sur l'océan Indien, sur l'Atlantique Nord, et est en contact
avec le Pacifique par le passage de Drake (figure 1). Les modèles
de circulation océanique à l'échelle des bassins
ont été peu développés jusqu'à présent
à cause de la difficulté à prendre en compte l'influence
des océans extérieurs aux limites du domaine modélisé.
Le projet MOCA s'est attaché à apporter une solution satisfaisante
à ce problème de condition aux limites dans le cas du bassin
Atlantique sud. L'intérêt est de pouvoir limiter le domaine
modélisé, ce qui permet de mettre l'accent sur la résolution
et la représentation des phénomènes non linéaires
et de mésoéchelle (une centaine de km), tout en restant
raisonnable au niveau des moyens de calcul.
Les données de validation
Une des difficultés persistante des sciences océaniques
est la faible couverture des données d'observation. Jusqu'à
récemment, les seules données pouvant produire une image
de la circulation à l'échelle d'un bassin étaient
les compilations de données hydrographiques qui décrivent,
dans les trois dimensions, les propriétés des masses d'eau.
Ces données sont jugées sous-échantillonnées
pour permettre une évaluation fiable des transports océaniques.
Les observations collectées pendant WOCE vont grandement améliorer
ces données avec un échantillonnage adapté, et avec
des données nouvelles complémentaires, telles les données
de flotteurs et les données satellitaires.
En particulier, les observations altimétriques de Topex/Poséidon sont
les seules données océaniques avec une résolution spatio-temporelle proches
de celles des modèles haute résolution, constituant ainsi un élément essentiel
de validation des modèles.
Les modèles MOCA
Deux types de modèles de circulation sont utilisés dans MOCA. Le premier
est un modèle aux équations primitives. Il simule l'évolution de la dynamique
et de la thermodynamique de l'océan. Son originalité est l'utilisation
d'une coordonnée verticale "s" qui suit la topographie de fond.
Ce type de coordonnée n'avait pas été appliqué en océanographie à des
problèmes de circulation générale, et l'un des objectifs de MOCA était
d'étudier les possibilités offertes. Le code numérique de base est le
code SPEM dont une nouvelle version a été développée pour répondre à la
problématique de MOCA. Ce modèle est utilisé à basse et haute résolution
pour étudier les flux de masse et les transports de chaleur dans l'Atlantique
sud.
Le second modèle utilisé est un modèle quasi-géostrophique
dont la thermodynamique reste simplifiée. Il est appliqué
à très haute résolution, pour des études d'assimilation
des données altimétriques Topex/Poséidon dans l'Atlantique
Sud.
Tous ces modèles ont des frontières ouvertes adaptées
aux échanges inter-bassins.
Variabilité des flux méridiens
dans l'Atlantique Sud
Les simulations du cycle saisonnier, réalisées avec la version
basse résolution du code SPEM (1,2¡ environ), ont mis en évidence
un comportement original du modèle qui suggère un double
schéma pour la circulation méridienne des masses d'eaux
de surface (0-500 m) et de sub-surface (500-1000 m). Pour ces expériences,
le modèle est forcé en surface par les vents et les flux
du Centre Européen de Prévision Météorologique
de Reading.
Pour les flux méridiens à 30°S, la solution du modèle
fait la part entre les deux schémas de circulation largement discutés
dans la communauté :
- la "route froide", qui privilégie un transport important
vers le nord d'eau froide et peu salée d'origine antarctique (IW)
à une profondeur intermédiaire (vers 800 m) pour contrebalancer
le flux d'eau profonde (environ 2500 m) d'origine nord atlantique (DW)
vers le sud. Le flux méridien de chaleur correspondant est généralement
faible (entre 0,1 et 0,3 1015 W). L'eau profonde nord atlantique étant
relativement salée, il en résulte globalement un flux d'eau
douce vers le nord estimé à environ 0,32 Sverdrup (1 Sv
= 106 m3 s-1).
- la "route chaude"par opposition suppose que cette balance
est constituée par les eaux de surface (TW) venant pour une part
de l'océan Indien, un schéma de circulation qui donne généralement
un flux de chaleur vers le nord plus élevé (environ 0,5
à 0,6 1015 W) et un flux d'eau douce moindre.
En moyenne annuelle, la solution du modèle privilégie la
"route froide", avec une proportion assez importante d'eau intermédiaire
participant au transport vers le nord (figure 2a), et un flux méridien
de chaleur relativement faible (0,29 1015 W) (figure 2b). Les eaux intermédiaires
étant des eaux douces, le flux d'eau douce vers le nord atteint
0,27 Sv proche des estimations hydrographiques.
Le modèle indique que la variation saisonnière du flux méridien
de chaleur à 30¡S (figure 3b) est importante. Le flux atteint
un maximum pendant l'hiver austral, (0,62 1015 W en juin) et minimum pendant
l'été austral (0,2 1015 W en décembre). Cette variabilité
des flux est le résultat de l'action saisonnière du vent
sur le gyre subtropical de l'Atlantique Sud, qui force le transport vers
l'équateur d'eau de surface (TW), chaude et salée, pendant
l'hiver (il atteint 10 Sv) et le réduit à 5 Sv en été
(figure 3a).
Le modèle suggère donc un double schéma de circulation
qui s'accorde avec la solution de la "route chaude" en hiver,
et de la "route froide" en été. Ceci nous amène
à réfléchir sur l'utilisation de données ne
considérant pas le cycle saisonnier dans l'analyse des sections
hydrographiques.
La mésoéchelle océanique
MOCA porte une attention particulière au rôle de la dynamique de mésoéchelle,
en particulier sur le rôle des tourbillons dans les échanges entre le
Courant Circumpolaire Antarctique (CCA) et le "gyre" Atlantique
Sud. Une version à haute résolution du code SPEM est alors utilisée, avec
une grille isotrope de l'ordre de 1/3°. Une première simulation longue
de 25 ans reproduit bien les structures tourbillonnaires majeures tel
que les tourbillons des Aiguilles au sud de l'Afrique (figure 4).
Assimilation de données altimétriques
Le projet MOCA s'intéresse également à l'assimilation
de données. Ainsi avec l'assimilation des données Topex/Poséidon
et ERS-1, la simulation de la circulation dans l'Atlantique sud a été
fortement améliorée. Par exemple les champs de courant en
surface montrent une activité tourbillonnaire intense dont l'amplitude
approche des niveaux très réalistes (figure 5). Enfin des
expériences sont menées pour étudier le rôle
de la surface libre de l'océan dans l'assimilation de données
altimétriques.
Prospective : le projet CLIPPER
Le programme WOCE-France arrive en phase terminale des opérations à la
mer et entre maintenant dans la phase d'exploitation. Dans la continuité
du projet MOCA, une modélisation numérique à haute résolution (1/6°)
de tout le domaine Atlantique, en mode forcé et en mode couplé avec un
modèle d'atmosphère, apparaît nécessaire dans le cadre du programme WOCE-France
et des programmes qui suivront (CLIVAR). C'est le projet CLIPPER qui implique
trois laboratoires: le LEGI , Le LPO et le LODYC. Une telle expérience
servira de cadre à un ensemble d'actions interactives entre observateurs,
théoriciens et modélisateurs, et contribuera à la valorisation des observations
réalisées pendant WOCE et à la compréhension des échanges océan-atmosphère
aux échelles saisonnières et interannuelles. Enfin ce projet contribuera
au développement et à la maîtrise des modèles futurs de prévision climatique
du système couplé à haute résolution spatiale. De tels modèles sont envisagés
en France dans le cadre du projet MERCATOR (mise en oeuvre d'un système
de simulation de l'océan global assimilant données satellites et in situ,
exploité de façon préopérationnelle par des scientifiques).Techniquement
Pour mieux fixer les idées sur les ressources impliquées
dans de tels programmes de modélisation, voici quelques caractéristiques
correspondant à 10 ans de simulation du modèle SPEM dans
l'Atlantique Sud :
- points de grille: 321x257x20 (soit 30 km de résolution à 30°S et
10km dans la mer de Weddell; 20 niveaux verticaux).
- pas de temps : 1080 sec
- temps de calcul : 500 heures de C98
- volume de données de stockage : 40 Go.
Le modèle doit être intégré au moins sur 25
ans pour produire sur les cinq dernières années une solution
statistiquement stationnaire dans les couches de surface.
Contact :
Bernard Barnier
Laboratoire d'Ecoulement Géophysique UMR C5519
BP 53
38041 St Martin d'Hères Cedex
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