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Extrait de la Lettre
n°10 du Programme International Géosphère Biosphère-Programme
Mondial de Recherches sur le Climat (PIGB-PMRC)
1- Trajet des campagnes du Service d'Observation OISO.
2 - Sur cette carte sont représentés le trajet de la campagne
OISO-1 de Janvier-Février 98 (trait blanc) et la couleur
de la mer vue par le satellite SeaWIFS/NASA durant la même
période (ici données mensuelles de Février 98), traduite
ici en concentration de chlorophylle, témoignage de lactivité
biologique.
3 - Observations lors de la campagne OISO 1 (Janvier-Février 1998):
mesures de fCO2 de surface océanique (trait) et atmosphérique
(rond).
4 - Profils de carbone inorganique total dissous (DIC ou TCO2)
et de ¶13C observés en zone subtropicale de l'Océan Indien
en Janvier 1978 (campagne GEOSECS, station G427) et Janvier 1998 (OISO-1,
stations 1 et 2).
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Le programme OISO (Océan Indien Service d'Observation, labélisé
Service d'Observation INSU en Juillet 1997) a pour objectif de mettre
en place un réseau couplé d'observations océaniques
et atmosphériques à long terme afin d'identifier et quantifier
les variations des sources et puits de CO2 océaniques, comprendre
comment les échanges air-mer de CO2 varient d'une saison à
l'autre, d'une année à l'autre, et estimer l'évolution
de ces échanges en réponse à des anomalies climatiques.
Le service d'Observations OISO de l'IPSL (Institut Pierre Simon Laplace)
est soutenu par l'INSU, l'Université P et M. Curie et l'IFRTP.
Il réuni trois laboratoires de l'IPSL :
- Le LPCM, maître d'uvre, prend en charge les mesures
océaniques hydrologiques et géochimiques de surface
et en station (fCO2, DIC, TA, nutritifs, Chl) et l'obtention
des données satellitales.
- Le LODYC prend en charge les analyses des échantillons océaniques
de 18O
et 13C.
- Le LSCE prend en charge
les mesures des échantillons atmosphériques (CO2,
18O
et 13C,
CH4). Ces
données complètent les mesures effectuées en
continu à la station d'Amsterdam.
Durant chaque campagne (2/an prévues), l'IFRTP met à
disposition à bord du Marion-Dufresne des instruments
(Navigation, CTD, Rosette-24 bouteilles) dont la mise en place et
le suivi sont assurés par les ingénieurs de l'équipe
océanographie de l'Institut Polaire.
Campagnes et valorisations de projets et données
En 2000, deux campagnes sont prévues, en Janvier/Février
et Juin/Juillet. Durant ces campagnes, le Service d'Observation accueillera
trois projets : des lachers de bouées Carioca (LODYC)
en zone subantarctique, une étude génétique sur
les foraminifères planctoniques (Univ. Genève) et des
mesures océaniques de DMS (LSCE).
En 2001, pour assurer l'observation interannuelle, nous prévoyons
également deux campagnes aux périodes de Février
et Juillet auquelles pourraient se joindre des projets d'obervations
dans le cadre de CLIVAR/PNEDC/Thème Austral.
Afin de valoriser au mieux les temps de navigation, le calendrier
du Marion-Dufresne est organisé en associant les campagnes
OISO à d'autres programmes scientifiques (e.g. S.O. ROSAME/NIVMER)
ainsi qu'aux logistiques et opérations scientifiques et touristiques
des TAAF.
Les données OISO seront mises à disposition sur le site
de la base de données de l'IPSL (ouverture prévisible
printemps 2000). Les données, pour certaines déjà
communiquées dans des laboratoires français ou étrangers,
sont actuellement directement disponibles auprès du coordinateur. |
La reconnaissance des processus
responsables des variations du cycle du CO2 océanique
nécessite un suivi pluriannuel de la même région.
Par exemple, dans le cadre de JGOFS, des stations fixes ont été
maintenues (comme BATS et HOT dans les régions subtropicales de
l'Atlantique Nord et du Pacifique Nord) permettant, en particulier, de
suivre l'évolution des concentrations de CO2 sur plusieurs
années et d'en extraire la composante anthropique, de la même
façon qu'il est possible de suivre l'évolution croissante
de la température océanique à la station des Bermudes
ou l'accroissement de CO2 atmosphérique aux multiples
stations du réseau mondial depuis plus de cinquante ans.
Pour analyser les variations interannuelles et détecter une évolution
du signal anthropique
au sein de l'océan, une stratégie de mesures répétées
est indispensable. Pour OISO, le choix est ici fixé sur les zones
océaniques couvertes par les trajets du Marion-Dufresne
dans le secteur sud-ouest de l'Océan Indien (zone des Terres Australes
Françaises, figure 1). Au niveau international, cette région
est complémentaire des programmes organisés par des laboratoires
étrangers (US, UK, Australie, Japon, ...) dans les océans
Atlantique, Pacifique et Sud-Est Indien. Une attention particulière
est portée sur la zone australe, très peu documentée.
En particulier, on ne connaît pas le cycle saisonnier du CO2
océanique au sud du front polaire, qui se positionne à environ
50°S dans le secteur sud-ouest Indien. Il faut également noter
que l'océan austral est la région pour laquelle les modèles
globaux du cycle de carbone océanique présentent d'importants
défauts, non seulement en ce qui concerne le cycle naturel du carbone
océanique, mais également pour l'estimation de la pénétration
du CO2 anthropique : comparés aux rares observations,
les modèles surestiment les inventaires de CO2 anthropique
d'un facteur trois dans l'océan austral. Certains défauts
des modèles sont toutefois reconnus, en partie liés à
une mauvaise représentation de la dynamique et du couplage océan-cryosphère
dont une amélioration est attendue dans le cadre du programme PNEDC/CLIVAR.
Notons aussi que, jusqu'à présent, les modèles d'inversions
basés sur les observations atmosphériques indiquent que
l'océan austral, au sud de 50°S, est une source de CO2,
ce qui est en contradiction avec les observations océaniques (y
compris l'analyse des données des 3 premières campagnes
OISO). Au delà des incertitudes sur les bilans nets de carbone,
des expériences numériques, effectuées à l'aide
de modèles couplées océan-atmosphère, indiquent
que la réponse de l'océan austral serait particulièrement
sensible à l'accroissement de l'effet de serre dû aux activités
anthropiques: un changement notable des structures thermiques, des régimes
de précipitations, de la circulation océanique et de l'activité
biologique, conduirait à une répartition différente
des sources et puits de carbone qu'il faut pouvoir tenter d'observer dès
maintenant, et pour tout le moins, disposer de bonnes conditions initiales
pour les réalisations numériques futures. Au cours des campagnes
OISO, on s'efforcera de recueillir des informations rares et précieuses,
sur les caractéristiques hydrologiques et biogéochimiques
de l'océan austral, zone éloignée des routes maritimes
où l'utilisation répétitive de navires marchands
est hors de propos, et à la couverture nuageuse abondante, limitant
la qualité d'observations satellitales. Pour atteindre les objectifs
d'observations en zone australe, le programme OISO prévoit un trajet
répété au Sud-Ouest de l'Archipel de Kerguelen (figure
1).
Des régions biogéochimiques variées
En suivant le trajet OISO, les régions océaniques subtropicales,
subantarctiques, la zone du front polaire, et la zone antarctique sont
observées; elles correspondent à des provinces biogéochimiques
contrastées comme l'indiquent les observations satellitales de
concentration de chlorophylle (figure 2). Le long du trajet sont effectuées
des mesures en continu ou semi-continu de la pression partielle de CO2
de l'eau de surface et de l'air, ainsi que d'un certain nombre de paramètres
associés (hydrologie, sels nutritifs, carbone inorganique dissous,
alcalinité, chlorophylle,...). Des prélèvements d'air
sont effectués régulièrement pour la mesure de CO2,
18O,
13C,
CH4. Dans chaque secteur océanique, marqué par
des signatures biogéochimiques particulières, des stations
hydrologiques (CTD) sont effectuées avec prélèvements
sur Rosette pour la mesure des propriétés biogéochimiques
dans la colonne d'eau (CO2, sels nutritifs, chlorophylle, 13C,
...). Ces stations permettent d'estimer l'étendue en profondeur
des variations saisonnières et interannuelles et d'assurer une
connaissance sur les conditions aux limites sous la couche de mélange
océanique. Certaines stations, réoccupations de stations
"historiques", permettront, 20 ans ou 10 ans après les
programmes GEOSECS ou INDIGO, de s'intéresser au signal de CO2
anthropique. A noter que la station JGOFS-France KERFIX, située
au sud-ouest de Kerguelen, réalisée de 1991 à 1995
est systématiquement visitée durant OISO.
Nouvel éclairage : le couplage des
mesures en mer et des données satellitales
Afin d'étendre les observations, le long des traces du navire,
à une vision régionale du cycle du CO2 océanique,
les données in-situ recueillies au cours des campagnes OISO sont
analysées conjointement aux observations satellitales (Couleur
de la Mer, capteur NASA/SeaWIFS lancé en Août 97, température,
vent...). Durant la saison d'été austral, le couplage entre
la distribution de CO2 océanique et les champs de chlorophylle
issus des données satellitales est particulièrement bien
marqué sur l'ensemble de la zone 20°S-60°S, tandis que
lors de la campagne d'hiver austral (OISO-2 d'Août-Septembre 98),
ce couplage est principalement identifié en zone subtropicale où
est reconnue une augmentation des concentrations de chlorophylle (in-situ
et satellitale). A titre d'exemple, la figure 3 présente des mesures
de fCO2 dans l'océan et l'atmosphère, obtenues
lors de la campagne OISO-1 (Janvier-Février 98). Lanalyse
conjointe des observations en mer et satellitales montre que la variabilité
spatiale du CO2 océanique épouse les signaux marqués
par lactivité biologique.
Au sud de la zone subtropicale oligotrophe (20°S-35°S, en bleu
sur la carte figure 2), la diminution progressive de la température
et laccroissement des concentrations de pigments chlorophylliens
imposent la forte diminution de fCO2 océanique (figure
3a).
Dans les zones subantarctiques et du front polaire (40°S-50°S)
on distingue une variabilité de fCO2 à méso-échelle
qui témoigne dune activité biologique très
variable dans la zone frontale océanique. Au cours de la campagne
OISO-1 de Février 98, de très fortes sous-saturations de
CO2 dans les eaux de surface ont été identifiées
au nord-est de Kerguelen (autour de 47°S, figure 3b); elles témoignent
d'une activité biologique intense, visible sur la carte figure
2. Il n'est pas anecdotique de signaler que c'est précisément
dans ce secteur et en cette saison, que vont s'alimenter les otaries de
Kerguelen (C.Guinet/CEBC, comm. pers.). La forte sous-saturation et les
vents intenses conduisent à un flux de CO2 de l'ordre
de 100 mmolC/m2/jour; ce puits océanique, localisé, est
d'un ordre de grandeur supérieur à ce qui est observé
dans la plupart des régions océaniques. Ce secteur a été
revisité lors des deux autres campagnes OISO de 1998; les résultats
préliminaires indiquent quune diminution significative de
CO2 océanique a lieu à partir de Novembre; durant
lhiver austral la région est, par contre, sur-saturée
en CO2, indiquant que le mélange hivernal, avec les
eaux de sub-surface enrichies en CO2, domine les processus
thermodynamiques (température plus froide). Pour cette saison,
le bilan de l'activité biologique (production/reminéralisation)
reste à quantifier.
Dans locéan austral, au sud de 50°S, le CO2
océanique est plus homogène; la variabilité des signaux
de couleur de la mer y est également moins prononcée qu'en
zone frontale. Au sud de 55°S, les mesures de Janvier 98 (figure 3)
indiquaient des concentrations de CO2 proches de l'équilibre
ou supérieures au CO2 atmosphérique (source océanique)
tandis qu'en Décembre 98, nous avons observé dans la même
région des sous-saturations (puits de CO2). Cette première
analyse, montre l'intérêt de poursuivre les observations
en zone australe pour mieux y estimer les variations du cycle du carbone
et mieux apprécier la qualité des modèles océaniques
et atmosphérique inverses à reproduire les flux air-mer
dans ce secteur.
Flux de CO2
régional et pénétration du carbone anthropique
Au-delà des analyses descriptives basées sur les mesures
de surface et en stations localisées le long des trajets, il faut
estimer de façon intégrée, le flux de CO2
dans la zone d'investigation, voire à l'échelle du bassin.
Cela sera effectué en utilisant un modèle biogéochimique
forcé par les données satellitales (vent, température,
couleur de la mer), permettant destimer linfluence des différents
processus (thermodynamique, biologie...) sur la variabilité interannuelle
des flux air-mer de CO2. Ces estimations, vues de locéan,
seront comparées aux approches inverses atmosphériques (cadre
FRAISE/PROOF) et aux modèles océaniques (cadres Modélisation/PROOF,
IGBP/OCMIP et FOCCI/Vème PCRD). La compréhension des variations
saisonnières et interannuelles guidera également les diagnostics
sur linvasion du CO2 anthropique. Déjà,
une comparaison des données OISO - 1 de 1998 avec les
observations "historiques" GEOSECS de 1978 (figure 4) ou celles
plus récentes de 1991, obtenues dans le cadre du programme MINERVE
(soutenu de 1991 à 1997 par le PNEDC/CO2, lIFRTP et le programme
européen ESCOBA), suggère lexistence dun accroissement
significatif de CO2 dans les eaux de surface océaniques
en zones subtropicale et australe, témoignage d'une invasion de
carbone anthropique.
L'accroissement de CO2 observé dans la gyre de l'Océan
Indien sud est du même ordre de grandeur que celui détecté
dans les zones subtropicales de l'hémisphère nord (stations
JGOFS/BATS et HOT). Dans le secteur subantarctique, zone de profondes
couches de mélange (jusqu'à 520m observé en hiver
austral lors de OISO-2) le signal anthropique y est plus dilué
et il est encore trop tôt pour l'identifier clairement car les variations
naturelles, nous l'avons vu, sont fortes en regard des signaux anthropiques;
il est aujourd'hui nécessaire d'analyser en détail la variabilité
interannuelle du CO2 océanique, liée par exemple
aux positions des fronts circumpolaires, aux ondes circumpolaires antarctiques
ou associée à des changements de production primaire. Cette
variabilité interannuelle, comme la propagation en profondeur du
signal anthropique et son évolution, seront étudiées
plus en détail avec les données OISO de 2000 et 2001 et
seront comparées aux estimations de modèles océaniques
pour mieux apprécier les efforts d'observations et de modélisations
qui seront à mettre en uvre et développer dans les
futurs programmes tels que CLIVAR ou SOLAS (Surface Ocean Lower Atmosphere
Studies) .
Contact :
Nicolas Metzl
Laboratoire de physique et chimie marines
Université Pierre et marie Curie, Case 134
4, place Jussieu
75252 Paris Cedex 5
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