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Les spores et grains de pollen sont disséminés par les plantes et se conservent
durant des centaines de milliers dannées quand ils sont enfouis
dans les sédiments de milieux humides (lacs, tourbières, océan ...), archivant
de cette manière les états successifs de la végétation environnante. La
palynologie, une science vieille seulement dun siècle, permet didentifier
à partir de la forme des grains les plantes (ou taxon) qui émettent le
pollen et, par là, de reconstituer le paysage végétal correspondant. Cette
reconstitution nécessite de connaître la relation entre les types de végétation
et leurs production de pollen ainsi que la dispersion de ce dernier. Cette
question fait lobjet de nombreuses études.
Le palynologue mesure labondance des différents taxons identifiés
dans chaque niveau du sédiment et établit ainsi un assemblage
ou encore spectre pollinique à chaque étape du passé. Ce sont
les fluctuations de ces assemblages le long dun profil sédimentaire,
représentées sous forme dun diagramme pollinique, qui sont utilisées
pour reconstituer lhistoire de la végétation à proximité du site
de prélèvement. Des techniques statistiques appropriées, appelées fonctions
de transfert, permettent den déduire lhistoire du climat.
La grande variété de données polliniques permet de travailler dans deux
directions. La première est une approche temporelle. Des séquences polliniques
longues de plusieurs centaines de milliers dannées existent sur
plusieurs continents mais surtout en Europe. Les changements du climat
quils mettent en évidence se corrèlent très bien avec les séquences
marines et les fluctuations de linsolation, principal moteur des
changements climatiques à léchelle du Quaternaire. Elles permettent
de comprendre leffet des grands boulversements climatiques planétaires
sur les écosystèmes végétaux qui constituent notre environnement le plus
proche. La seconde est une approche spatiale. Deux périodes extrêmes sont
étudiées plus particulièrement. La période chaude du milieu de lHolocène
(il y a 6 000 ans) et le dernier maximum glaciaire (il y a 21 000 ans).
Le programme international Biome 6 000 sest donné pour objectif
de reconstruire de manière quantitative la végétation du globe pour ces
deux périodes et de servir de base de vérification des modèles climatiques
(programme Pmip). En effet ces modèles ne seront capables de prédire de
manière robuste les changements climatiques importants à lhorizon
du 21ième siècle que sils sont capables dopérer pour des périodes
anciennes très différentes de lactuelle. Lutilisation conjointe
des données polliniques du passé et des modèles permettent donc de diagnostiquer
les faiblesses de ces modèles et de mieux comprendre les mécanismes des
grands changements climatiques.
La figure
de la répartition du paramètre bioclimatique degrés-jours au-dessus
de 5°C qui représente en fait la température de la saison de
croissance pour la végétation a été reconstituée quantitativement à partir
de données polliniques et de données lacustres. Elle montre que la période
du milieu de lHolocène (il y a 6 000 ans) réputée chaude ne létait
pas pour la région méditerranéenne alors que lénergie solaire disponible
pour cette saison était accrue. Cest dailleurs en conformité
avec la paléocéanographie qui montre également un refroidissement des
eaux de surface de la Méditerranée. Seule la comparaison de ces résultats
avec les simulations des modèles climatiques ainsi que la mise en uvre
de tests de sensibilité permettent de comprendre les mécanismes de la
circulation atmosphérique responsables dune telle situation.
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