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Texte extrait de :
INSU, 30 ans de recherches en sciences de l'Univers,
1967 - 1997
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Dans locéan, la majorité de la photosynthèse
est assurée par des algues et des bactéries unicellulaires
microscopiques, le phytoplancton. Alors que, dans les régions côtières,
cette flore est composée despèces facilement observables
au microscope et donc relativement bien connues depuis plus dun
siècle.
On pensait jusquà la fin des années 70 que les zones
centrales des océans dépourvues de sels nutritifs (dites
oligotrophes) étaient très pauvres en phytoplancton. Récemment,
lutilisation de techniques dobservation beaucoup plus performantes
ont donné une nouvelle image de ces zones. Ainsi, la microscopie
à épifluorescence a révélé lexistence
de cyanobactéries unicellulaires de 1 à 2 mm du genre Synechococcus.
Le fractionnement de la biomasse à travers des filtres de faible
porosité a démontré quen milieu oligotrophe
une grande partie de la production est due à des organismes de
taille inférieure à 2 mm.
Lanalyse des pigments photosynthétiques par Hplc (High Precision
Liquid Chromatography) a prouvé que cette biomasse de petite taille
était en fait très diversifiée. Enfin plus récemment,
la cytométrie en flux a révélé lexistence
despèces telles que le procaryote Prochlorococcus marinus,
0,6 microns, probablement lorganisme photosynthétique le
plus abondant de la planète, découvert en 1988 par Penny
Chisholm du M.I.T. et Rob Olson de lInstitution Océanographique
de Woods Hole ou leucaryote Ostreococcus thauri, 0,8 microns,
le plus petit eucaryote connu à ce jour, découvert par C.
Courties en 1994 dans létang de Thau près de Montpellier.
Ces organismes de très petite taille forment ce quon appelle
le picoplancton. Le picoplancton joue un rôle considérable
dans toutes les régions océaniques centrales telles que
le tourbillon Nord Pacifique ou la Mer des Sargasses, mais aussi dans
des régions plus riches telles que la zone équatoriale ou
même dans des zones carrément eutrophes telles que les lagunes
côtières du Sud de la France.
Il faut dabord caractériser ces organismes, dont la plupart
sont totalement inconnus. Par exemple, il nest pas rare quil
faille créer une nouvelle classe algale pour accommoder un organisme
récemment isolé. Une fois cette étape franchie, on
peut procéder à létude de la répartition
des différentes populations du picoplancton (Prochlorococcus,
Synechococcus et eucaryotes) dans locéan mondial.
Ces populations varient avec la profondeur (par exemple Synechococcus
est absent en dessous de 100 m, profondeur à partir de laquelle
les eucaryotes deviennent importants), le degré doligotrophie
des eaux (ainsi Synechococcus devient plus important en zone mésotrophe
alors que Prochlorococcus domine en zone oligotrophe), mais aussi
avec la saison, même dans les zones tropicales (par exemple au large
dHawaii), ou avec les grands événements climatiques
tels quEl Niño.
Une autre question fondamentale concerne la vitesse à laquelle
se multiplie le picoplancton. Il y a une vingtaine dannée,
on considérait les régions centrales des océans comme
des déserts et on pensait que le taux de renouvellement des populations
était très faible, de lordre de la semaine ou du mois.
En fait, la mesure du taux de croissance en milieu océanique est
très difficile. La biomasse reste pratiquement inchangée
dun jour à lautre et les cellules sont ingérées
par de minuscules prédateurs (le microzooplancton) au fur et à
mesure quelles se divisent. Pour venir à bout de ce problème,
tout un arsenal de techniques a été développé,
allant de lélimination des prédateurs par dilution,
au tri des cellules marquées au 14C par cytométrie en flux,
en passant par létude du cycle cellulaire. Elles ont révélé
quon avait en fait affaire à un système extrêmement
dynamique, la plupart des populations autotrophes se divisant une fois
par jour avec une parfaite synchronie réglée sur le cycle
solaire. Enfin, un important champ dinvestigation concerne la physiologie
de ces organismes. En effet, que ce soit au niveau de la photosynthèse
ou de lacquisition des sels nutritifs, ils présentent des
adaptations extrêmes, par exemple, Prochlorococcus se rencontre
couramment entre la surface et 130 m de profondeur en milieu oligotrophe,
zone dans laquelle la lumière disponible varie par un facteur 1000.
Cet organisme sadapte en particulier grâce à une très
grande plasticité du rapport de ses deux pigments majeurs (chlorophylles
b et a), le spectre dabsorption de la première étant
bien mieux adapté pour collecter les longueurs donde (bleu)
pénétrant en profondeur.
De nombreuses questions subsistent. En particulier, il nous faut mieux
comprendre la structure de ce quon appelle la boucle microbienne,
un écosystème à léchelle du micron articulé
autour des bactéries, du picoplancton photosynthétique et
du microzooplancton, qui domine les zones océaniques oligotrophes.
A quoi est due son étonnante stabilité ? Une autre question
concerne le rôle des ces organismes dans les flux globaux. Nous
savons quils forment lessentiel de la biomasse dans les zones
centrales des océans, mais aussi quils recyclent de manière
très efficace les éléments nutritifs et exportent
très peu. Des phénomènes beaucoup plus épisodiques
tels que, par exemple, les blooms de la cyanobactérie fixatrice
dazote Trichodesmium jouent-ils un rôle crucial dans
les flux globaux ? Pour sattaquer à ces problèmes,
locéanographe biologiste doit utiliser tout un arsenal doutils
allant du satellite au microscope électronique. Parmi ces techniques,
la biologie moléculaire est une arme de choix qui devrait se développer
considérablement dans la prochaine décennie, car elle seule
permet de vraiment caractériser ces organismes si petits et de
comprendre leurs étonnantes capacités physiologiques.
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