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Extrait de la Lettre
n°4 du Programme International Géosphère Biosphère-Programme
Mondial de Recherches sur le Climat (PIGB-PMRC)

1-Reconstitution, à partir des pollens contenus dans les sédiments lacustres
du lac Tanganyika, de l'évolution de la température (a), et des précipitations
(b). Evolution du pourcentage de diatomées littorales dans le sédiment
(c).

2 - Evolution depuis 10 000 ans (âge radiocarbone) du contenu isotopique,
de la salinité (déduite des assemblages de diatomée) et de l'abondance
des diatomées planctoniques (Lac Tin Ouaffadene).

3 - Distribution des échantillons du lac Tin Ouaffadene (8 000 à 10 000
ans, âge radiocarbone)) comparée à la composition isotopique des eaux
du lac à l'état stationnaire pour différentes valeurs de l'humidité de
l'air.
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Les pluies et le bilan hydrique régional sont parmi les paramètres
du climat les plus difficiles à reconstituer dans le passé.
Leur étude est cependant primordiale puisque ce sont ces paramètres
qui conditionneront, en priorité, l'évolution de la biosphère
lors d'un changement climatique. L'étude des dépôts
lacustres peut, à l'heure actuelle, fournir ce type d'information.
Ci-dessous, deux exemples d'étude de paléolacs africains
en région tropicale illustrent ce point.
Présents sous toute latitude, les lacs détiennent dans leurs
sédiments des témoignages des climats du passé. Ces
sédiments, riches par la diversité des indicateurs environnementaux,
et aisément déchiffrables grâce à l'ampleur
des variations qui ont affecté ces milieux peu tamponnés,
permettent grâce à des taux d'accumulation généralement
élevés d'obtenir une résolution temporelle importante.
La discontinuité spatiale des bassins et l'influence des facteurs
locaux ont longtemps pénalisé les études sur les
paléolacs en paléoclimatologie. Il est vrai que la compréhension
hydrologique, géologique et hydrogéologique des systèmes
s'impose avant toute interprétation climatique des signaux dont
aucun n'est univoque en milieu continental. Dans ce cas et à condition
de calibrer les variables sur des références actuelles,
les termes du bilan hydrique peuvent être évalués
donnant ainsi accès à certains paramètres paléoclimatiques.
Des conditions sèches et fraîches
en Afrique tropicale vers 18-16 ka BP
Considérons l'exemple du lac Tanganyika, second réservoir
d'eau douce du monde par son volume et sa profondeur (1470 m), où
l'étude pluridisciplinaire de plusieurs carottes sédimentaires
a livré 26000 ans d'histoire hydroclimatique du lac et de son bassin
versant. Le lac Tanganyika occupe un fossé tectonique d'Afrique
orientale au sud de l'équateur (3°20'-8°45'S). Son alimentation
est assurée par les précipitations tombant directement sur
le lac et par le ruissellement de surface. L'évaporation depuis
la surface du lac représente 95% des pertes en eau. Son bassin
versant (238,700 km2) reçoit en moyenne 1000 mm de pluie par an
dont 850 mm retournent à l'atmosphère par évaporation
et évapotranspiration.
Niveau du lac et température
La nature minéralogique des dépôts et la composition
des assemblages de diatomées, algues microscopiques à test
siliceux, informent sur les variations du niveau lacustre. Un épisode
régressif de grande ampleur (-300, -400 m) est centré sur
18 ka BP (âge radiocarbone), c'est à dire sur le Dernier
Maximum Glaciaire (DMG). Une remontée rapide du plan d'eau s'amorce
vers 14,5 ka BP et le niveau est voisin de l'actuel à partir de
12,7 ka BP. Le pollen de plantes terrestres piégés dans
le sédiment nous renseigne sur les changements du couvert végétal
sur le bassin versant. Les relations statistiques (fonctions de transfert)
établies entre pluies polliniques et variables climatiques actuelles
pour la région conduisent à des estimations des paléotempératures.
Un abaissement de la température atteignant -4,4 ± 2°C
(par rapport aux valeurs actuelles) s'observe entre environ 18 et 16 ka
BP. Les conditions thermiques post-glaciaires s'instaurent entre 14,5
et 9 ka BP.
Bilan hydrique
Un modèle de bilans hydrique et énergétique du lac
et de son bassin versant fut établi en vue de simuler des valeurs
d'évaporation et de précipitation compatibles avec le bas
niveau lacustre reconstitué durant le DMG. Ce modèle, dans
lequel les pertes par évaporation sont estimées à
partir du bilan radiatif du lac et des terres, simule avec précision
les paramètres hydroclimatiques actuels. Il fut appliqué
au DMG, avec les valeurs des paramètres suivants relatifs à
cette période, valeurs qui diffèrent de l'époque
actuelle :
- l' insolation, calculée par les astronomes;
- la surface du lac (-42%) et celle du bassin versant (-4%) fournies par
les données paléohydrologiques et géologiques;
- la température (-4,4 ± 2°C) déduite des pollens;
- l'albédo et le rapport de Bowen (qui traduit le fractionnement
entre flux de chaleur sensible et flux de chaleur latente évaporatoire),
auxquels on attribue des valeurs compatibles avec l'état du couvert
végétal déduit des pollens.
La reconstitution du bilan hydrique de l'époque permet d'estimer
que les pluies, P, étaient alors plus faibles de -15 ± 4%
tout comme l'évaporation, E, sur le bassin exondé (-12 ±
4%) et sur la surface du lac (-5,3 ± 2%) (figure1) Ceci et montre
que la quantité P-E qui est de 150 mm par an à l'heure actuelle
avait baissé de 40% dans le passé, entraînant ainsi
un niveau de lac plus ba .
Le traitement conjoint des données géologiques, paléohydrologiques,
et palynologiques nous a ainsi conduit à des estimations de paramètres
climatiques, qui, dans ce cas, diffèrent sensiblement des résultats
d'expérience de simulation issus de certains modèles de
circulation générale de l'atmosphère. Les différences
entre modèles prédictifs du climat et faits recensés
restent à analyser.
L'humidité du Sahara à l'Holocène
inférieur
Entre environ 10000 et 4000 and BP, une multitude de petits lacs a occupé
les creux interdunaires du Sahara et du Sahel. Ces lacs, pour la plupart,
n'étaient que des fenêtres ouvertes sur les nappes aquifères,
alors affleurantes.
Tin Ouffadene (20°10'40"N, 9°11'303E, 740 m) est une petite
cuvette tapissée de sédiments lacustres, au coeur d'un champ de dunes
du désert du Ténéré Le site est bien connu des archéologues pour la richesse
de son industrie néolithique. Aujourd'hui, l'hyperaridité du climat n'autorise
pas la vie. Les pluies, liées à des lignes de grain, sont exceptionnelles.
Leur teneur élevée en isotopes lourds de l'oxygène (-4 à -1 en moyenne
annuelle) traduit les processus d'évaporation en cours de précipitation
en atmosphère très sèche.
Entre environ 9000 et 8000 ans BP, Tin Ouaffadene était occupé
par un lac de plus de 20 m de profondeur. La salinité moyenne de
l'eau est estimée environ 0,3 g l-1 par les fonctions de transfert
reliant la composition des assemblages de diatomées (figure 2)
et la chimie des eaux. La teneur en 18O de l'eau (figure 2), déduite
de celle des carbonates, était d'environ -5. Ces observations
traduisent une montée de niveau de la nappe aquifère d'au
moins 50 m par rapport à l'actuel en réponse à une
augmentation des précipitations sous un climat où l'évaporation
était plus faible.
Les eaux souterraines datées de l'Holocène inférieur
dans la région détiennent la mémoire des précipitations
qui ont rechargé les aquifères. Elles sont représentatives
des eaux d'alimentation du paléolac, très appauvries en
isotopes lourds de l'oxygène (-9.5 ), et à salinité
très faible (0,1 g l-1). La teneur en isotopes lourds de ces eaux,
bien inférieure à celles des pluies actuelles est la conséquence
d'un régime d'évaporation moins intense à l'époque
et donc une atmosphère plus humide. Ainsi informés sur les
caractéristiques chimiques et isotopiques des apports, on est en
mesure de traiter les équations de bilans hydrique, salin et isotopique
du paléolac. La combinaison des données acquises sur les
eaux de surface et sur les eaux souterraines de l'époque par des
méthodes hydrologiques, géochimiques et paléoécologiques
conduit à des estimations de l'humidité de l'air 2 à
3 fois plus élevée qu'aujourd'hui (figure3).
Perspectives
Dans des bassins bien choisis, les forages lacustres sont susceptibles
de fournir des enregistrements de l'environnement et du climat continus
sur plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de milliers d'années.
L'obtention de carottages longs de quelques dizaines à quelques
centaines de mètres sous une certaine tranche d'eau est une opération
techniquement difficile et onéreuse. L' étude pluridisciplinaire
de longues séquences sédimentaires et la modélisation
des systèmes hydrologiques n'en demeurent pas moins une approche
irremplaçable pour comprendre et prévoir la réponse
des régions aux changements du climat.
C'est là un objectif prioritaire du programme IGBP-PAGES-PEP (Pôle-Equateur-Pôle),
organisé autour de trois transects nord-sud, les Amériques
(PEP I), Australie-Asie (PEP II) et Afrique-Europe (PEP III). Dans ce
cadre, la communauté internationale s'organise pour accéder
aux moyens de forage , standardiser les méthodes d'étude
et intégrer les données. La communauté française
bénéficie d'une longue expérience. La réussite
de plusieurs projets nationaux ou européens (Massif Central Français,
action DYTEC "Atelier Caspienne", projet GDR 970 Madagascar,
projet CEE Lac Rukwa...), qui regroupent un large éventail de spécialités,
en témoigne. La communauté nationale souhaite donc participer
pleinement à l'effort international. Elle se focalise actuellement
sur un projet de forage recouvrant un cycle climatique complet dans un
lac du Rift Ethiopien (programme ERICA, PNEDC-INSU-DYTEC, Ministère
des Affaires étrangères) pour une meilleure compréhension
de la variabilité de la mousson indienne. L'investigation géologique,
hydrologique et biologique du secteur est en cours afin d'améliorer
les fonctions de transfert basées sur les pollens et les diatomées,
et de déterminer précisément le site d'implantation
d'un forage d'une centaine de mètres, qui pourrait être réalisé
dès 1997.
Contact :
Françoise Gasse
Laboratoire d'Hydrologie et Géochimie Isotopique
Bat. 504
Université Paris Sud
91405 Orsay Cedex
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