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Extrait de la Lettre
n°5 du Programme International Géosphère Biosphère-Programme
Mondial de Recherches sur le Climat (PIGB-PMRC)
Schéma
ci-contre :
La
comparaison de la simulation et de la reconstitution de la végétation
passée permet de tester la validité de différents
MCGA (Modéle de Circulation Générale Atmosphérique
)

1a - Reconstruction des biomes en Europe pour la période 6.000 ans BP
et pour l'Actuel.

1b - Simulation des biomes en Europe pour la période 6.000 ans BP à partir
du modèle paléoclimatique du LMCE

2 - Reconstitution des précipitations annuelles et des sommes de températures
journalières au-dessus du seuil de 5°C (un paramètre indiquant la température
de la saison de végétation) en Europe il y a 6.000 ans à partir des spectres
polliniques.

3 - Evolution du stock de carbone (Gt) dans le sol et la végétation depuis
13 000 ans BP jusqu'à nos jours en Europe (pour la zone géographique
commune à lest de 30°E et au sud de 40°N).

4 - Distribution du stock actuel de carbone (Gt) dans la végétation et
évolution de sa distribution (en écarts à lactuel en Gt) dans la
végétation pour 4 périodes du passé.
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Une banque de données polliniques a été mise en
place depuis 1989 afin de faciliter la reconstitution des fluctuations
de la végétation et du climat du passé en Europe
à partir des pollens fossiles présents dans les sédiments.
Elle contribuera à la prévision de l'évolution de
la végétation en cas de changement climatique.
Les pollens, indicateurs de la végétation
Les spores et grains de pollen sont disséminés par les plantes
et se conservent durant des centaines de milliers d'années quand
ils sont enfouis dans les sédiments de milieux humides (lacs, tourbières,
océan ...), archivant de cette manière les états
successifs de la végétation environnante. La palynologie,
une science vieille seulement d'un siècle, permet d'identifier
les plantes (ou taxon) qui émettent le pollen à partir de
la forme des grains et par là de reconstituer le paysage végétal
correspondant. Cette reconstitution nécessite de connaître
la relation entre les types de végétation et leurs production
de pollen ainsi que la dispersion de ce dernier. Cette question fait l'objet
de nombreuses études. Le palynologue mesure l'abondance des différents
taxons identifiés dans chaque niveau du sédiment et établit
ainsi un "assemblage" ou encore "spectre" pollinique
à chaque étape du passé. Ce sont les fluctuations
de ces assemblages le long d'un profil sédimentaire, représentées
sous forme d'un diagramme pollinique, qui sont utilisées pour reconstituer
l'histoire de la végétation à proximité du
site de prélèvement. Des techniques statistiques appropriées,
appelées fonctions de transfert, permettent d'en déduire
l'histoire du climat.
En Europe, des milliers de diagrammes polliniques couvrant ainsi l'histoire
de la végétation passée depuis des milliers d'années
ont été établis depuis des décennies. Afin
de préserver ces archives et surtout de pouvoir établir
des synthèses à l'échelle du continent, il a été
décidé en 1989 d'établir une base européenne
de données polliniques (EPD*). Cela supposait un cadre informatique
bien établi et un important effort d'harmonisation des données,
en particulier du point de vue de la nomenclature taxonomique.
*La responsabilité
en a été confiée à J. L. de Beaulieu (Laboratoire
de Botanique Historique et Palynologie, Marseille, URA-CNRS). La construction
et la gestion de cette banque est assurée par R. Cheddadi.
- un conseil scientifique de 10 membres appartenant à toutes
les régions d'Europe en contrôle le fonctionnement et
est chargé de résoudre les problèmes taxonomiques.
- un conseil exécutif de 3 membres, incluant le responsable,
est également impliqué dans la gestion de la banque.
L'essentiel du financement est effectué par divers programmes
scientifiques de la CEE. L'ouverture vers l'est a été
possible grâce à un réseau financé également
par les instances européennes (programmes Copernicus et INTAS) |
La
banque de données de pollen
La structure de la banque a été définie en accord avec son équivalent
nord-américain et les données sont stockées au National Geophysical
Data Center de Boulder (USA) où des efforts ont été entrepris pour
construire une banque mondiale homogène sous la responsabilité d'E. Grimm.
Elle sera également bientôt disponible sur le serveur de MEDIAS-France
à Toulouse.
Dans cette banque de données sont stockées, pour chaque site, abondances
polliniques, datations, coordonnées géographiques, taxonomie, descriptions
de végétation actuelle, références bibliographiques... Actuellement, plus
de 600 sites sont disponibles dans la banque couvrant le dernier cycle
climatique, c'est à dire les derniers 140.000 ans, avec un maximum d'information
sur les 15.000 dernières années, époque qui retrace la sortie de la dernière
glaciation et l'interglaciaire actuel (Holocène).
Les données stockées sont les données originales telles qu'elles ont été
publiées par leurs auteurs, mais pour les rendre utilisables, il faut
adopter une taxonomie commune, dater très précisément chaque spectre pollinique
à partir d'un modèle d'âge établi pour le profil sédimentaire, transformer
les comptages bruts en pourcentages ... C'est un travail de longue haleine.
Des logiciels conviviaux sont en cours de développement pour faciliter
l'accès des données à partir de requêtes du type :
- quelle était l'extension du chêne il y a 8.000 ans ?
- quelles sont les données disponibles pour le dernier maximum glaciaire
dans les Alpes ?
- quels sont les diagrammes polliniques de la région du Velay?...
Une telle banque de données fournit également des informations plus élaborées,
telles que la distribution de la végétation, du climat, du stock de carbone
continental à des périodes clé du passé. C'est ce que nous allons illustrer
maintenant.
Reconstitution de la végétation en Europe il
y a 6 000 ans
Depuis 25 000 ans le climat a évolué entre une époque glaciaire (extension
maximale des calottes glaciaires sur l'hémisphère nord vers 21 000 ans)
et interglaciaire. Nous sommes depuis cette époque dans un "interglaciaire"
caractérisé par la disparition des grandes calottes glaciaires qui occupaient
l'Amérique du nord et le nord de l'Eurasie. Bien qu'en moyenne chaud,
ce climat a évolué durant ces 12 000 dernières années et est passé
il y a 11 000 ans par une phase où l'insolation en été dans l'hémisphère
nord était plus forte comparée à l'actuel, entraînant une évolution de
la végétation. Deux périodes clé ont ainsi été choisies (21 000 ans
et 6 000 ans) pour comprendre l'impact des fluctuations de l'insolation
et de l'extension des calottes de glace sur les déplacements de la végétation.
Nous présentons ici les procédures permettant de reconstituer ces variations
:
Climat passé
--------------------------> Végétation passée
Simulation du climat passé par GCMA ------> Modèle
de Prentice et al. (1992) ----> Simulation de la végétation
passée
Reconstitution de la végétation passée<------
Banque de Pollens
Reconstitution du climat passé<-----------------Technique
des "analogues actuels"+Niveaux lacustres <------------
Banque de Pollens
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Prentice et al. (1992)
ont publié un modèle capable de simuler, à l'échelle planétaire, la distribution
des grands biomes à partir de cinq paramètres bioclimatiques majeurs (quatre
variables thermiques et une variable d'évapotranspiration réelle). Utilisant
les simulations du climat passé par les Modèles de Circulation Générale
Atmosphérique (MCGA), ce modèle de biomes simule les déplacements de végétation
suite aux fluctuations de l'insolation et de l'extension des calottes
glaciaires (voir schéma). Il permet donc de comparer les différents MCGA
en intégrant l'ensemble des paramètres climatiques qui influencent les
déplacement des zones de végétation. Le programme Paleoclimate Modelling
Intercomparison Project (PMIP), coordonné par S. Joussaume et K. Taylor
a pour objectif de comparer les performances et particularités des MGCA
pour des périodes extrêmes du passé, (voir article "La
modélisation des climats passés : le projet PMIP" ). La démarche
sera complète s'il est possible d'adopter une démarche similaire aboutissant
à la reconstruction de la végétation à partir des données polliniques
(voir schéma).
Une méthode a été mise au point pour attribuer un biome à chaque spectre
pollinique (Prentice et al., 1996). Cette méthode, testée sur les
données actuelles, a été appliquée aux données polliniques disponibles
pour la période de 6.000 ans BP (figure 1a ). Cette figure illustre l'extension
il y a 6 000 ans des forêts vers le nord et le sud, le premier étant
induit par un réchauffement des hautes latitudes et le second par une
augmentation des précipitations sur le bassin méditerranéen. A cette époque
la forêt décidue s'étendait vers l'est au détriment de la forêt de conifères,
indiquant vraisemblablement des hivers plus doux sur la région concernée.
Un modèle climatique devra donc montrer de semblables fluctuations climatiques
pour être validé par les données.
L'objectif est d'étendre ce type de méthodologie au globe pour deux périodes
clé (6 000 et 21 000 ans). Ce travail est en cours sous la direction
de T.Webb et I.C. Prentice dans le cadre du projet Biome 6000 soutenu
par plusieurs " core-projects " du PIGB (PAGES, GAIM et DIS).
Ainsi, les cartes de biomes simulés à partir des MCGA pourront être comparées
aux biomes reconstitués à partir des spectres polliniques et cela, dans
toutes les régions sensibles au niveau climatique (régions à mousson,
régions circumpolaires, Méditerranée...). La figure 1b montre la reconstitution
des biomes à cette époque obtenue par des simulations faites par le LMCE
à l'aide du modèle de climat du LMD.
Le climat en Europe il y a 6 000 ans
Parallèlement à la reconstitution des biomes à partir des pollens, celle
du climat pourrait permettre également d'évaluer les performances des
modèles climatiques. Cependant, remonter à la fois à la température et
aux pluies à partir de la végétation est souvent difficile. L'approche
utilisée se base sur plusieurs indicateurs complémentaires.
En région tempérée, le facteur primordial pour la végétation est la température.
La reconstruction des précipitations n'est possible que dans des régions
à stress hydrique, qui s'exerce surtout en été. Des informations complémentaires
à celles de la végétation sont disponibles si l'on considère les niveaux
lacustres qui reflètent, si les lacs sont bien choisis, le bilan "précipitation
moins évaporation". De telles données sont disponibles dans la banque
mondiale de données lacustres coordonnée par S.P. Harrison (Yu and
Harrison, 1995 pour l'Europe). Elles se présentent sous la forme de
valeurs simples (très hauts niveaux par rapport à l'actuel, hauts niveaux,
sans changements, bas et très bas niveaux). La représentation graphique
de ces données montre une grande cohérence et donc un signal essentiellement
climatique.
La reconstruction du climat à partir des données polliniques (voir schéma)
est basée sur la technique des "analogues actuels". Pour chaque
spectre pollinique ancien, on cherche les spectres actuels qui lui ressemble
le plus. Si ces spectres actuels sont réellement des analogues des spectres
anciens, il n'y a pas lieu de penser qu'ils sont associés à un climat
différent et donc la moyenne de leurs climats est une bonne estimation
du climat passé correspondant. Dans le cas contraire, plusieurs analogues
sont envisageables et les données lacustres vont servir à trier ces analogues.
La figure 2 représente les reconstructions de précipitations annuelles
et des sommes de températures journalières au-dessus du seuil de 5°C reconstruites
pour 6 000 ans BP à partir de 403 sites polliniques et 110 sites
lacustres. Les écarts à l'actuel des reconstitutions sont interpolés sur
un maillage de 0.5° de résolution. Cette figure nous montre que le nord-est
de l'Europe était plus chaud il y a 6 000 ans que maintenant, la
marge atlantique plus sèche et le sud plus froid et humide, ce qui est
en accord avec les déplacements de végétation mis en évidence sur la figure 1.
Reconstitution du stock de carbone
La prévision de l'évolution du CO2, gaz à effet de serre, au cours du
siècle prochain, nécessite une bonne compréhension du cycle du carbone
et donc une bonne connaissance des différents réservoirs et de leurs flux
d'échange. Une grande incertitude existe en ce qui concerne la quantité
de carbone stockée par les écosystèmes terrestres. Les estimations relatives
à la végétation et aux sols tournent autour de 2.000 Gt (gigatonnes ou
1012 kg) de carbone organique avec une imprécision de plusieurs centaines
de Gt. En comparaison on constate que, sous l'impact de l'activité humaine,
l'atmosphère s'enrichit chaque année d'environ 3 Gt de carbone sous forme
de CO2. La végétation et le sol peuvent se comporter soit en puits, dans
le cas d'une accélération de la photosynthèse (comme celle qui s'est produite
lors de la déglaciation) soit en source par augmentation à la fois de
la respiration et de la décomposition du carbone du sol (ce qui pourrait
être le fait d'un réchauffement global).
Des modèles de la biosphère terrestre ont été mis au point pour mieux
comprendre ces phénomènes. Parallèlement différentes tentatives ont été
faites pour estimer l'augmentation du stock de carbone de cette biosphère
lors de la dernière déglaciation. Adams et al. (1990) l'ont estimée
à 1.350 Gt, Van Campo et al. (1993) à 430-930 Gt et Crowley
(1995) à 750-1.050 Gt. D'autres estimations existent mais elles sont basées
sur des modèles climatiques et donc leur fiabilité est conditionnée par
celle de ces modèles. Une grande partie de ces incertitudes est due au
manque de données et sans doute au manque d'"analogues actuels"
des écosystèmes glaciaires. La banque pollinique globale permettra d'améliorer
ces estimations.
Une méthodologie basée à la fois sur des modèles simples de biosphère
et sur les données polliniques a été mise au point et testée sur l'Europe
en ce qui concerne les derniers 13 000 ans. Les données polliniques
nous permettent de reconstruire la distribution des biomes passés et les
fluctuations climatiques, tandis que le modèle de biosphère permet d'estimer
la productivité primaire ainsi que le stock de carbone dans les sols et
la végétation.
Durant les derniers 13 000 ans, le fait majeur est la diminution de la
calotte polaire accompagné d'une augmentation des forêts au début de l'Holocène
avec une extension des forêts décidues entre 9 000 et 3 000
ans BP. Ces dernières ont régressé progressivement il y a deux mille ans
au profit des forêts de conifères. Au niveau du stock de carbone (figures
3 et 4), il n'y a pas eu de variations significatives durant les derniers
8.000 ans. Entre la fin du dernier glaciaire (13 000 ans BP.) et
9.000 ans BP, les surfaces recouvertes de glace et les zones périphériques
dominées par les steppes et la toundra font place peu à peu à une forêt
boréale, ce qui induit une augmentation du stock de carbone de l'ordre
de 60 Gt.
Perspectives
La reconstitution des cartes de la végétation à partir des données polliniques,
pour différentes périodes du passé et étendues à tout le globe, constitue
tout d'abord un outil d'évaluation incontournable des modèles climatiques.
C'est l'objet du programme PMIP.
D'autres applications de la banque de donnée sont également envisagées
ou en cours de développement. Par exemple, les agronomes qui étudient
la diversité génétique des essences forestières commencent à établir à
l'échelle de l'europe des cartes de peuplements. Ils souhaitent valider
leurs hypothèses historiques sur la mise en place de ces peuplements en
les comparant à l'évolution des forêts retracées à partir de la banque
de pollen. D'autre part, les archéologues qui s'intéressent à l'histoire
de l'homme trouvent dans les diagrammes polliniques les empreintes humaines:
l'effet de l'homme sur le paysage et sur la diversité biologique peut
être étudiée à l'échelle du globe grâce à cette banque de données.
Enfin la reconstitution passée de la végétation à partir de la banque
de pollen permet également l'évaluation des modèles dynamiques de la végétation:
ces modèles peuvent ainsi être testés dans des conditions assez différentes
des conditions actuelles avant d'être appliqués au futur dans le cadre
d'un changement climatique.
Contact :
Joël Guiot
Laboratoire Botanique Historique et Palynologie
Faculté des Sciences de St Jérôme, Case 451
13397 Marseille Cedex 20
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