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Extrait de la Lettre
n°6 du Programme International Géosphère Biosphère-Programme
Mondial de Recherches sur le Climat (PIGB-PMRC)

1- Lembocarpus amoenus (Gesneriaceae), petite espèce à
faible vitesse de dispersion, vivant sur dalles granitiques, au pied de
l'Inselberg des Nouragues, Guyane.
Tableau
: Nombre d'espèces des plantes de sous-bois

2- Dispersion, spéciation, extinction.
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La diversité de la flore tropicale en milieu forestier révèle
de grandes différences quand on la compare sur les trois continents
(Amérique, Afrique, Asie). Ces différences trouvent en partie
leur origine dans un passé plus ou moins riche en crises climatiques.
Ainsi, comparée à la Guyane, la Malaisie héberge
une flore particulièrement riche en différentes espèces,
flore qui semble avoir été bien préservée
des grands accidents climatiques.
L'un des sujet abordé par le programme ECOFIT
(ECOsystème Forestier en zone InTertropicale) est l'étude de la dynamique
des différentes composantes de l'écosystème forestier et sa perturbation
par des facteurs externes telles les variations climatiques. Nous évoquons
ici une étude sur la biodiversité comparée entre les 3 grandes zones intertropicales
sur Terre en nous focalisant particulièrement sur la comparaison Guyane-Malaisie.
Quelques repères afin de se familiariser avec le sujet. Les plantes sur
Terre sont, en très grande majorité (à 90% des espèces), des plantes à
fleur (ou Angiospermes). Tout comme la faune, la richesse de la flore,
caractérisée par le nombre d'espèces, augmente en moyenne depuis les latitudes
polaires vers les tropiques. Les forêts tropicales sont particulièrement
riches en espèces appartenant aux différents types biologiques : arbres,
lianes, épiphytes, arbustes, herbes. Quel que soit le continent, les arbres
sont représentés en moyenne par deux fois plus d'espèces que les plantes
de sous-bois (arbustes et herbes), les forêts montagnardes de moyenne
altitude (800 à 1800 mètres) étant plus riches en plantes de sous-bois
et en épiphytes que les forêts de plaines.
Comparaison de la diversité (nombre d'espèces)
A latitude comparable (1 à 6°Nord) et superficie comparable, la Guyane
française (90 000 km2) renferme 4 300 espèces de plantes à fleurs
et la Malaisie péninsulaire (130 000 km2) 8 000 espèces ; pour
une superficie plus petite (20 000 km2) et une latitude comparable,
la flore du nord-est du Gabon, en Afrique, est estimée à 4 ou 5 000
espèces. Même si l'on admet que la flore de Guyane est actuellement moins
bien connue que celle de la Malaisie, et que le nombre d'espèces pourrait
atteindre 4 500 ou 5 000, les valeurs resteront près de deux
fois plus faibles comparées à celle de la Malaisie.
Comment fluctue cette diversité sur une échelle d'espace
beaucoup plus petite? A l'échelle stationnelle, les florules locales
et les listes d'espèces donnent une estimation de la diversité
sur des territoires souvent inférieurs à 20 km2. Les chiffres
sont alors étonnamment comparables pour diverses stations d'Amérique
tropicale : 1 265 espèces d'Angiospermes à Barro Colorado
(Panama), 1 033 espèces au Rio Palenque (Equateur) et environ
1 200 espèces aux Nouragues (Guyane française). Ces
chiffres sont d'ailleurs comparables à des données africaines
(1 140 espèces à Makokou, Gabon). A l'échelle
de la parcelle, les chiffres sont plus fluctuants, et varient de 50 à
350 pour des surfaces de 1 000 m2 de forêt tropicale humide.
L'ensemble de ces valeurs vérifient la loi empirique qui relie
nombre d'espèce (biodiversité) et surface du territoire
étudié: la multiplication par 10 de la superficie d'un habitat
peut permettre le doublement du nombre d'espèces qu'il peut héberger.
Ainsi la Malaisie héberge une flore deux fois plus diversifiée
que celle de la Guyane. Lorsqu'on les compare, ces deux flores présentent
des caractéristiques très différentes tant par leurs
modes de dispersion que par leur taux d'endémisme.
Mécanismes de dispersion et modes de recolonisation
forestière
La dissémination des espèces s'effectue par le transport
des graines. Différents agents, de nature vivante ou non, sont
responsables de ce transport. Dans la problématique des transgressions
et régressions forestières liées aux fluctuations
climatiques, la notion de vitesse de dissémination des graines
est essentielle. Malgré l'extrême variabilité et le
caractère aléatoire des vitesses de dispersion, on peut
distinguer deux catégories :
- les espèces à vitesse de dispersion rapide, susceptibles
de se déplacer de plusieurs mètres à centaines de
mètres par an. Les agents de dispersion sont principalement le
vent et les animaux vertébrés (mammifères et oiseaux)
; ces derniers ingèrent des fruits pulpeux et éliminent
les graines intactes (zoochorie).
- les espèces à vitesse de dispersion lente susceptibles de se déplacer
de quelques mètres ou dizaines de mètres par siècle. Les graines sont
dispersées autour de la plante-mère juste en périphérie sans intervention
des animaux, les fruits étant souvent des capsules sèches sans pulpe (figure
1). Parmi ces espèces, on peut distinguer un ensemble d'herbacées à dispersion
particulièrement lente, dans la mesure où les fruits capsulaires contiennent
de très petites graines (inférieures au millimètre) dispersées par les
gouttes de pluie.
Les arbres
En Guyane comme dans les autres zones forestières d'Amérique
tropicale, environ 80 % des espèces d'arbres sont dispersées
par les mammifères et les oiseaux; les chiffres sont comparables
en Afrique de l'ouest. En Asie tropicale, par contre, en dehors des espèces
dispersées par les vertébrés, de nombreux groupes
possèdent des fruits secs dont les graines tombent au sol et restent
à faible distance de l'arbre porteur, même s'ils sont secondairement
transportés par des rongeurs. Il est remarquable de constater que
les familles d'arbres les plus importantes en nombre d'espèces
en Asie tropicale sont celles dont la majorité des espèces
n'ont précisément pas de système de dispersion rapide.
Ainsi, en Malaisie péninsulaire, la plus importante famille d'arbres
moyens et petits est constituée par les Euphorbiacées, avec
286 espèces, alors que les Diptérocarpacées représentent,
de loin, la plus importante famille de grands arbres constituant la canopée,
avec 155 espèces. Ces deux familles possèdent des fruits
secs dispersés à faible distance par les sépales
en forme d'ailes (Dipterocarpacées) ou des fruits secs souvent
explosifs et expulsant les graines à quelques mètres au
maximum de l'arbre porteur (nombreuses Euphorbiacées).
Les plantes de sous-bois
La comparaison Guyane/Malaisie a pu être effectuée de façon
globale: 75 % des herbes et arbustes des sous-bois guyanais possèdent
des fruits "bacciformes" attractifs pour les oiseaux ou les
chauves-souris qui sont les principaux agents disperseurs des graines;
ce sont donc des espèces à dispersion rapide. En Malaisie,
ce pourcentage tombe à 57 %. Parmi les autres espèces, qui
sont donc à dispersion lente (25 % des espèces guyanaises
et 43 % des espèces malaises), des différences remarquables
entre les deux zones concernent les espèces à dispersion
particulièrement lente (espèces dont les fruits secs capsulaires
contiennent de très petites graines dispersées par les éclaboussures
des gouttes de pluies et dont les minuscules plantules fragiles ne peuvent
s'établir avec succès que sur les rochers et les pentes)
: alors que 22% des espèces malaises sont concernées par
ce mode de dispersion, seulement 4% le sont en Guyane.
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Guyane
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Malaisie
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Malaisie/Guyane
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Espèces
totales
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NG=
640
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NM=1739
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2,7
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Espèces
à dispersion
rapide
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486
soit 76%NG
|
986
soit 57% NM
|
2
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Espèces
à dispersion
lente
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129
soit 20%NG
|
368
soit 21%NM
|
2,9
|
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Espèces
à dispersion
très lente
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25 soit
4%NG
|
385
soit 22% NM
|
15
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Ainsi se dessine une grande différence entre la flore de Guyane
et celle de Malaisie. Parmi les plantes de sous bois, en dehors des espèces
dispersées par les animaux (dont le nombre est déjà
double en Malaisie), il existe tout le cortège d'espèces
non zoochores dispersées autour du pied-mère,(dont le nombre
est cinq fois supérieur en Malaisie); et, parmi ces dernières,
il existe les espèces à dispersion extrêmement lente,
qui sont 15 fois plus nombreuses en Malaisie. On retrouve une tendance
comparable chez les arbres: les espèces d'arbres essentiellement
dispersées autour du pied-mère sont nombreuses en Malaisie
et rares en Guyane, où la zoochorie prédomine largement.
Rôle des variations climatiques et du relief
Les différences de richesse en espèce doivent être
reliées à l'histoire des flores et à la topographie.
Si la Malaisie péninsulaire est riche en espèces, il est
difficile de ne pas établir un lien tout d'abord entre cette diversité
des espèces et la diversité topographique. Cette région
montagneuse s'étale entre le bord de la mer et 2.200 m d'altitude.
Ces variations de relief permettent la présence d'espèces
de basse altitude et d'espèces de montagne, ce qui n'est pas le
cas en Guyane où le relief dépasse à peine 800 m.
En ce qui concerne les plantes de sous-bois dont les petites graines ne
peuvent germer avec succès que sur les supports inclinés
tels que les pentes de terre plus ou moins stabilisées ou des rochers,
il est difficile de dissocier l'effet "montagne", avec les diminutions
de température et l'augmentation d'humidité, de l'effet
"support", en raison de l'abondance des supports inclinés
en montagne. Cependant d'autres espèces des mêmes genres
se retrouvent dans les sites rocheux de basses altitude, en particulier
sur les collines calcaires. Pendant les phases climatiques humides, ces
espèces prospèrent aussi bien en basse altitude qu'en montagne;
mais, pendant les phases plus sèches, les espèces de basse
altitude sont plus vulnérables et peuvent essentiellement persister
dans les reliques forestières de vallées encaissées,
sur les rochers situés à proximité des ruisseaux.
En moyenne montagne, les refuges forestiers étant plus nombreux,
ces espèces de pentes à faible vitesse de dispersion persistent
en de nombreux sites. Ainsi, même si les espèces de basse
altitude disparaissent en partie lors des phases sèches, un réservoir
subsiste sur les reliefs avoisinants.
Le faible relief de la Guyane entraîne d'une part une rareté
relative des milieux pentus et rocheux, et d'autre part une réduction
des zones de refuges lors des phases climatiques sèches. Ces caractéristiques
ne sont pas favorables aux espèces à faible vitesse de dispersion
qui, même si elles ont pu s'installer par conquête du terrain
de proche en proche au cours d'une longue phase climatique humide, sont
en grande partie éliminées lors de phases sèches.
Les zones refuges pour ces espèces ne sont plus distantes de quelques
kilomètres ou dizaines de kilomètres d'un site d'implantation
en plaine, comme dans le cas de la Malaisie, mais de plusieurs centaines,
voire plusieurs milliers de kilomètres.
Une confirmation de ce mécanisme est apportée par la constatation
suivante : les grands genres caractérisés par des espèces
à faible vitesse de dispersion pullulent en espèces et en
individus dans les forêts de moyenne altitude en périphérie
du bassin amazonien (contreforts des Andes, Mata Atlantica au Sud-Est
du Brésil, Amérique centrale). La rareté actuelle
de ces groupes en Guyane, comme dans le reste du bassin amazonien, résulte
vraisemblablement de l'existence de fortes sécheresses ayant très
globalement affecté l'Amazonie sensu lato (incluant la Guyane).
A cette échelle, ce ne sont vraisemblablement pas les événements
secs, relativement peu marqués, de l'Holocène qui ont entraîné
ces disparitions, mais plutôt d'autres grands événements
climatiques antérieurs.
Rôle des zones refuges
L'absence quasi totale de ces petites espèces fragiles à
faible vitesse de dispersion en Amazonie plaide pour un caractère
drastique de ces événements secs. En effet, si l'on compare
la situation actuelle de l'Amazonie avec celle de l'Afrique de l'Est,
aux latitudes équatoriales, on constate qu'en Afrique les forêts
denses n'occupent actuellement que quelques îlots collinaires ou
de faibles montagnes comme les monts Usambara et Uluguru en Tanzanie ainsi
que des petites forêts relictuelles de quelques kilomètres
carrés le long de la côte. Dans une de ces minuscules forêts,
entourée d'un paysage de savanes, et couvrant les parois d'un relief
calcaire (Amboni Caves), on rencontre sur les pentes rocheuses plusieurs
espèces de sous-bois à petits fruits capsulaires. Ces petites
espèces, fragiles, à faible vitesse de dispersion, témoignent
du caractère ancien et stable de ces forêts relictuelles.
Leur haut taux d'endémisme plaide aussi pour leur ancienneté,
leur stabilité et leur isolement relictuel pendant les phases sèches.
La situation de ces Amboni Caves est très comparable, dans sa topographie
et ses dimensions, à l'inselberg granitique des Nouragues en Guyane
au pied duquel est situé une station d'observation du CNRS. Celui-ci
s'élève à 300 m dans un paysage de forêt dense
ne dépassant pas 30 m d'altitude.
L'inselberg des Nouragues
Dans les forêts couvrant les pentes de l'inselberg des Nouragues
on rencontre sur les rochers de sous-bois, des petites espèces
à fruits capsulaires dans les genres Episcia, Macrocentrum, Lembocarpus.
Ces espèces ne se rencontrent qu'exceptionnellement dans la forêt
haute située en périphérie. Il est très probable
que les pentes de l'inselberg des Nouragues constituent un refuge forestier
pendant les phases sèches qui éliminent ou réduisent
la forêt environnante.
Ainsi, l'état actuel des Amboni Caves au Nord Est de la Tanzanie (5°
de latitude Sud), minuscule relique forestière humide dans un vaste paysage
de savane boisée souvent fortement anthropisée, pourrait évoquer l'état
d'une forêt relictuelle sur les basses pentes de l'inselberg des Nouragues
pendant une phase climatique sèche. Cela amène à émettre l'hypothèse que
les phases de sécheresse et d'humidité ne seraient pas synchronisées,
à ces basses latitudes, entre le Nord-Est de l'Amérique du Sud et de l'Est
de l'Afrique, au moins en ce qui concerne les derniers siècles.
Spéciation et endémisme en sous-bois
de forêt tropicale
Rappelons que la spéciation est le mécanisme aboutissant
par évolution à la création de nouvelles espèces,
le pourcentage d'endémisme représentant la proportion d'espèces
propres à la région.
Si la richesse globale en Angiospermes varie du simple au double entre
la Guyane et la Malaisie, la richesse en plantes de sous-bois varie du
simple au triple et celles des espèces à vitesse de dispersion
très lente, d'un facteur 15 . C'est parmi ces dernières
espèces que l'on rencontre le plus grand nombre d'espèces
endémiques. Parmi les grands genres de sous-bois renfermant plus
de 40 espèces en Malaisie (Argostemma, Begonia, Sonerila, Didymocarpus)
le taux d'endémisme est compris entre 87% et 96%. Les autres groupes,
qui renferment surtout des espèces de sous-bois dont les fruits
bacciformes sont dispersés par les vertébrés, sont
moins riches en endémiques. En Guyane, seulement 148 espèces
d'Angiospermes sont considérées comme endémiques,
ce qui ne représente que 3.5% des espèces, tous groupes
biologiques confondus.
Chez les petites espèces de sous-bois, il existe donc un lien direct entre
haut taux d'endémisme et faible vitesse de dispersion (figure 2). Dans
ce cas les interprétations classiques de spéciation par dérive génétique
semblent alors satisfaisantes.
Espèces à faible vitesse de dispersion: la fragmentation
forestière source d'extinctions
Lorsqu'on étudie la distribution de ces petites espèces
vivant sur supports inclinés, on observe un endémisme local
très marqué mais cette aire de distribution couvre néanmoins
le plus souvent quelques dizaines à quelques milliers de kilomètres
carrés. Ceci signifie qu'en dehors de la dispersion des graines
par éclaboussures autour du pied-mère, responsable de la
colonisation d'un support favorable, l'espèce doit obligatoirement
être aussi dispersée à plus grande distance pour qu'une
graine arrive au moins une fois sur chacun des supports favorables, séparés
par des distances de quelques mètres ou centaines de mètres.
Ces transports restent accidentels car tous les milieux favorables d'une
zone donnée ne sont pas occupés. Ces petites espèces
de pentes seraient donc en permanence soumises à la spéciation,
leurs biotopes étant par principe fragmentés. Les événements
secs sont très traumatisants pour ces espèces et les phases
sèches du Quaternaire et de l'Holocène ont vraisemblablement
entraîné des disparitions massives de ces espèces
qui sont incapables de recoloniser rapidement les substrats favorables
lors du retour de la forêt. Pour elles, la fragmentation forestière
serait donc source d'appauvrissement, la fragmentation favorable à
leur spéciation étant celle inhérente à leur
biotope.
Espèces de sous-bois à grande vitesse de dispersion:
la fragmentation forestiêre source de spéciation
Les modalités de spéciation apparaissent différentes
chez les espèces à grande vitesse de dispersion. Le brassage
génétique serait a priori élevé chez ces espèces
largement dispersées à des distances variables, et dont
le support d'établissement (le sol forestier) est globalement continu.
Les phases de régression forestière, entrainant la fragmentation,
pourraient alors être le moteur de la spéciation chez ces
espèces, à condition toutefois d'être suffisament
longues. Les retours de la forêt, lors de phases humides, entraîneraient
alors la coexistence de ces espèces. Les phases sèches avec
fragmentation n'entraîneraient donc pas d'extinction pour ces espèces
du fait de la continuité de leurs biotopes et de leurs grandes
vitesses de dispersion.Impact des changements climatiques
Ainsi, pour les plantes de sous-bois, on serait face à deux mécanismes
d'augmentation de la richesse spécifique qui s'opposent suivant
les phases d'extension ou fragmentation forestière consécutives
de phases humides ou sèches :
- les phases sèches, par fragmentation forestière entraîneraient
une forte spéciation chez les espèces terrestres à
graines dispersées par les vertébrés (dispersion
rapide);
- ces mêmes phases sèches entraîneraient la disparition
de nombreuses espèces à dispersion lente qui se diversifient
surtout pendant les phases humides grâce à la micro-fragmentation
de leurs biotopes.
Conclusion
La comparaison détaillée de la flore entre Malaisie et Guyane
montre que la flore de Malaisie a des caractéristiques très
différentes de celle de la Guyane: plus riche en nombre d'espèces
elle est aussi beaucoup plus riche en espèces endémiques
et en espèces à dispersion lente. Ces caractéristiques
s'expliquent en partie par des phases de sécheresse vraisemblablement
plus atténuées en Malaisie, ce qui paraît plausible
à cause du caractère insulaire de ce pays. De plus, sa topographie
montagneuse, en offrant beaucoup de possibilité de zones refuges,
atténuerait l'impact des perturbations climatiques.
En Guyane la situation est toute autre. Durant l'Holocène les recherches
menées dans le cadre d'ECOFIT ont montré l'existence d'incendies
passés, antérieurs à l'occupation humaine, dans une
région où l'humidité actuelle interdit leur existence.
Le climat a donc pu être beaucoup plus sec sur une période
de temps, l'Holocène, considérée comme climatiquement
stable à l'échelle globale. Sur une plus longue échelle
de temps, le climat a vraisemblablement été fortement modifié
et parfois plus aride. La pauvreté de la Guyane comparée
à la Malaisie serait alors le résultat de fortes régressions
forestières lors de phases climatiques sèches ainsi que
de l'existence de refuges forestiers plus réduits en surface et
en nombre. Les reliefs isolés de type "Inselberg" atténueraient
néanmoins cette pauvreté en constituant des refuges pour
les flores humides en bas de pente et des refuges pour les flores sèches
à leur sommet.
Contact :
Patrick Blanc
Laboratoire de Biologie Végétale Tropicale
Université P. et M. Curie Paris 6
12, rue Cuvier
75252 Paris Cedex
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