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Extrait de la Lettre
n°10 du Programme International Géosphère Biosphère-Programme
Mondial de Recherches sur le Climat (PIGB-PMRC)
1 - Evolution de la végétation en Europe lors du dernier
cycle climatique (sédiment du lac du Bouchet) reconstituée
à partir des spectres polliniques. Daprès les travaux
de M Reille, V. Andrieu, J-L. De Beaulieu, P. Guenet et C. Goeury.

2 - Evolution
de la végétation durant les différents interglaciaires
en Europe : une grande similitude.
Daprès les travaux de J-L. De Beaulieu, M Reille, J. Guiot,
V. Andrieu, R. Cheddadi.
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Comment a évolué la végétation sur lEurope
durant les plusieurs milliers dannées dun climat chaud
et humide tel que celui de lHolocène (interglaciaire actuel)?
quels peuvent être les moteurs de cette évolution? dans quelle
mesure cette dynamique de végétation a eu lieu de façons
semblable durant les précédents interglaciaires? où
étaient les refuges des plantes durant les glaciations? autant
de questions clé dont la réponse semble nécessaire
pour comprendre lévolution de la végétation
lorsque les conditions climatiques sont susceptibles dévoluer.
Létude des pollens permet de les aborder.
Létroite dépendance de lenvironnement végétal
vis à vis des paramètres climatiques fait que les variations
du premier ont été utilisée de longues dates comme
indicatrices des changements climatiques. Aujourdhui le réchauffement
sensible depuis un siècle se révèle bien corrélé
avec les perturbations de lère industrielle et devrait samplifier
dans les siècles à venir. Lexploration des changements
de végétations passées pour tenter dy trouver
des analogues de la situation qui sannonce devient un important
outil de prospective.
Les pollens outils de reconstitution
Les grains de pollen et les spores sont émis en très grande
quantité par les végétaux et la nature très
résistante de leur enveloppe externe leur vaut de bien se conserver
à labri de lair après enfouissement dans les
sédiments (lacs, tourbières, sédiments marins proches
des côtes). Même si la proportion de pollen ainsi préservée
est infime, leur très grande abondance permet détablir
une relation statistique entre la végétation environnante
et le stock de pollen provenant dune couche sédimentaire
(assemblages polliniques).
La reconstitution de la végétation et des conditions climatiques
correspondantes (température, humidité) se fait à
laide dune fonction de transfert établie sur la végétation
actuelle. Cette reconstruction ne peut être parfaite car il existe
certains biais ( les plantes némettent que très peu
de pollens, en remontant dans le passer on peut se trouver dans des situations
sans analogues actuels); elle doit naturellement faire appel à
la pluridisciplinarité pour être enrichie, cependant les
essences forestières européennes étant surtout constituées
de gros producteurs de pollen, il est facile de reconstituer les successions
d'écosystèmes forestiers.
Cohérence de lévolution des
biomes européens durant le présent interglaciaire
Durant l'actuel interglaciaire (lHolocène) on constate en
reconstituant la végétation une évolution permanente
du couvert végétal. Ces changements n'ont pas été
synchrones à travers l'Europe moyenne. Cependant, on retrouve pratiquement
la même dynamique, à savoir des ordres de succession d'écosystèmes
très proches, surtout dans les phases initiales. Les différences
que l'on observe concernent le "timing" de l'apparition d'une
espèce à un endroit donné, l'importance qu'elle représente
à l'intérieure de l'écosystème ainsi que la
durée de sa présence dans ce même écosystème.
Les premiers arbres à se répandre en Europe à la
transition entre le dernier glaciaire et lholocène (Tardiglaciaire)
sont le genévrier (Juniperus) et le bouleau (Betula)
suivi des pins (Pinus). Ces trois espèces se propagent durant
une phases chaudes (Bölling et Alleröd) et se rétractent
durant la dernière période froide de la deglaciation (Dryas
Récent), ou les arbres ont reculé au profit de la steppe.
Puis, vers 10.000 BP (âge 14C) a commencé une propagation
continue des arbres tempérés à travers toute l'Europe.
Les premiers arbres tempérés à se propager et à
occuper de grands espaces durant les 2 à 3 premiers millénaires,
dont témoignent les grandes quantités de pollens retrouvées
dans les sédiments, sont le noisetier (Corylus), le chêne
(Quercus) et accessoirement lorme (Ulmus) D'autres
arbres tempérés tels que le frêne (Fraxinus),
le tilleul (Tilia), apparaissent plus tardivement à l'intérieure
d'une forêt mixte encore dominée par le chêne et le
noisetier. Laulne (Alnus) envahit les dépressions
humides. Le timing de l'apparition des espèces tempérées
en Europe dépend de leur lieu de refuge glaciaire, de leur vitesse
de propagation ainsi que de leur compétitivité à
l'intérieur de chaque écosystème. La base européenne
de données polliniques (ayant quelque 900 enregistrements polliniques
répartis sur toute l'Europe) nous permet de situer les zones refuges
ainsi que de retracer les routes de recolonisation empruntées par
les différentes espèces.
Par exemple, le chêne ayant plusieurs refuges dans plusieurs sites
méditerranéens et étant un arbre qui supporte la
concurrence des autres espèces, a colonisé l'Europe plus
rapidement et de façon extensive. La reconstitution de la propagation
du hêtre (Fagus) montre une histoire différente de
celle du chêne. Les refuge du hêtre étant prés
de la mer Noire et en Italie du sud, Ces arbre étant d'une compétitivité
moyenne, sa propagation s'est faite de façon plus tardive de l'Est
vers l'Ouest. Dans les Balkans, dans certains sites il précède
tous les arbres tempérés décidus grâce à
l'amélioration du climat mais comme il est moins compétitif
que le chêne il régresse. Sa propagation réelle est
ainsi retardée. En Italie, bien que des refuges aient été
décelé dès le Tardiglaciaire dans les Apennins méridionaux,
le hêtre, dabord supplanté par les chênes, ne
commence à sétendre que vers 6 ka - 6.5 ka (flexure
climatique ou début de perturbations par lhomme). Ce n'est
que vers 3.5 ka qu'il apparaît en Espagne et au NW de l'Europe,
ce qui montre bien sa route de recolonisation. Les conifères de
montagnes ou de hautes latitudes (sapin, épicéa) ne voient
leur aire sétendre que dans la deuxième moitié
de lHolocène. Comme pour le hêtre, les refuges de lépicéa
sont orientaux. Cette essence très répandue durant le Tardiglaciaire
dans les Alpes orientales mettra plus de 6000 ans pour atteindre les Alpes
françaises et le Jura et ne colonisera le Massif Central quau
XIX° siècle grâce aux reboisements !
Le schéma de ces successions forestières, à savoir
les forêts de conifères suivies des tempérées
décidues et finalement des conifères, de la fin de la dernière
deglaciation au cours du présent interglaciaire, se retrouve ainsi
dans l'ensemble des enregistrements polliniques européen. Dans
ce schéma, il y a des différences qui concernent la composition
spécifiques des écosystèmes qui se succèdent
mais à grande échelle ou en termes de biomes il y a une
grande cohérence à travers toute l'Europe.
Pourquoi cette évolution
Durant cette période différents facteurs peuvent être
à lorigine de cette évolution
- un facteur purement climatique . Bien que durant lHolocène
le climat reste dans fourchette de température stable (a 1°
près), linsolation saisonnière, elle, varie par suite
de la précession de laxe de rotation de la terre (ce dernier
a effectué une demi rotation durant ces derniers dix mille ans).
De 11 000 ans a lactuel, linsolation a baissé de 6%
en été et augmenté de 6% en hiver par suite de lévolution
des paramètres orbitaux (précession et excentricité
de lorbite terrestre).
- mais surtout, évolution liée à d'autres facteurs
que le climat : lévolution des sols, la compétition
entre espèces; les barrières orographiques et écologiques
peuvent également jouer un rôle de toute première
importance.
Lactualité dune telle question
Ces questions sont à lordre du jour (voir congrès
de lINQUA, août 99), quels sont les mécanismes de base
qui gouvernent lévolution du couvert végétal
durant linterglaciaire présent? La compréhension dune
telle question est lun des aspects nécessaires pour mieux
prévoir ce quune augmentation éventuelle de quelques
degrés sur le siècle prochain pourrait entraîner en
labsence dune variation dinsolation. pour mieux comprendre
cette dynamique il convient d'approfondir à la fois les modèles
climatiques et les modèles écologiques (dispersion, compétition)
et de développer les stratégies de couplage.
Différence entre un glaciaire et un interglaciaire
en Europe
Lensemble de différents proxies climatiques montrent quen
moyenne annuelle la température pouvaient descendre durant les
époques glaciaires jusquà 10° au dessous des moyennes
actuelles.
Dans la longue séquence du lac du Bouchet (figure 1) l'intervalle
enregistré couvre le dernier cycle climatique :
- l'Holocène et le Tardiglaciaire (de 0 à 1,90m : entre
le présent et 13.000 BP),
- le dernier pléniglaciaire (de 1,90m à 15,85m : entre
13.000 BP et 75.000 BP)
- un ensemble complexe, entre 15,85m et 21,80m, correspondant successivement
au dernier interglaciaire (entre 130.000 et 110.000 BP, bas de la séquence)
et plusieurs oscillations climatiques marquant la transition au pléniglaciaire
(entre 110.000 et 75 000 BP).
Les spectres polliniques (variations des pourcentages polliniques) des
principales plantes ou groupes de plantes rencontrées sont portés
sur la figure. On constate la quasi disparition des pollens d'arbres à
l'exception du pin au profit de plantes de steppes ou de prairies (toundra-steppe)
indiquant le plus souvent les conditions climatiques qui règnent
actuellement dans le grand nord ou au dessus de 2300 M d'altitude dans
les Alpes. Les variations des pourcentages de Pins, la moins grande rareté
de pollens de bouleau, ou d'épicéa signalement des périodes
de légère amélioration climatique. Cette relative
homogénéité du signal donné par la végétation
contraste avec les très nombreuses oscillations identifiées
dans les carottes marines de l'Atlantique nord ou les glaces du Groenland.
Il est probable que la végétation est trop appauvrie pour
répondre rapidement à de très brefs épisodes
de réchauffement au cours du glaciaire.
Comme cela a été indiqué plus haut, durant le dernier
maximum glaciaire les arbres se sont réfugiés au sud de
l'Europe ou ils ont pu survivre grâce au climat favorable et isolé
de certaines régions autour de la Méditerranée. A
partir de ces refuges se situant principalement en Grèce, en Italie,
en Espagne et autour de la Mer Noire les essences tempérées
se sont propagée à travers l'Europe au cours de lHolocène.
Lévolution aux précédents
interglaciaires
Pour comprendre l'évolution du présent interglaciaire, il
est utile de la comparer avec celle des grands interglaciaires qui, depuis
environ un million d'année, scandent tous les 100.000 ans les grands
cycles de Milhankovich. C'est encore grâce aux sédiments
piégés dans les cratères du Velay que lévolution
du couvert végétal en Europe a pu être reconstitué
sur les quatre précédents interglaciaires allant du stade
isotopique marin 5e ( ~130 ka) ; 7 (~245 ka),..9 (~340 ka), et 11 (~430
ka).
La figure 2 montre les variations de fréquences polliniques des
principaux taxons forestiers au cours des interglaciaires débutant
chacun des 4 cycles. Dans tous les cas, après une phase de colonisation
pionnière par les pins (Pinus) et secondairement les bouleaux
(Betula), a lieu une phase plus ou moins longue dexpansion
du cortège du chêne (Quercus) et du noisetier (Corylus)
qui correspond à loptimum thermique.
Puis des développement des feuillus et des conifères moins
thermophiles et/ou à dispersion plus lente et enfin la forêt
boréale. Sauf pour cette dernière étape qui nest
pas encore atteinte, on retrouve la même dynamique générale
quau cours de lHolocène, mais bien des différences
existent dans le détail. Au début de lHolocène,
lexpansion de Quercus est précédée par
celle de Corylus, ce qui a pu être expliqué par laptitude
de ce dernier taxon à jouer un rôle pionnier. Cette interprétation
est invalidée puisque dans tous les interglaciaires précédents
la forêt de chêne est établie avant loptimum
du noisetier.
- Dans 3 cas lif (Taxus) connaît une phase de prospérité
marquant le début de la régression de la chênaie mixte.
Il naura localement aucun succès durant lHolocène,
mais il existe des régions très localisées où
un optimum Holocène a été enregistré après
le maximum des chênaies mixtes (nord du Dauphiné et Jura :
Clerc,1988, Ruffaldi,1991, Corse : Reille, 1976).
- Dans trois cas cette régression profite au charme (Carpinus)
qui cependant ne joue aucun rôle pendant linterglaciaire de
Praclaux (et lHolocène).
Les taxons montagnards, sapin (Abies), hêtre (Fagus)
et épicéa (Picea) connaissent des succès divers:
linterglaciaire de Praclaux est caractérisé par lextension
précoce et le long succès dAbies, associé
à Picea puis à Fagus (cest aussi la
seule fois que lon rencontre un taxon disparu dEurope de louest,
Pterocarya); durant linterglaciaire de Landos, Abies
et Fagus prennent simultanément le relais de Carpinus;
durant Bouchet 1, aucun des taxons montagnards ne connaît dexpansion,
la dynamique de la fin de linterglaciaire semblant être interrompue
par un coup de froid directement favorable aux pinèdes boréales.
Durant le dernier interglaciaire Abies et surtout Picea
connaissent des phases de forte expansion alors que Fagus est absent
comme dans la plupart des séquences européennes de même
âge. Ce trait loppose à lHolocène durant
lequel le hêtre joue un rôle majeur alors que lépicéa
est absent.
Les différences entre les successions forestières des ces
interglaciaires sont à lévidence dues à des
causes internes : les refuges au cours des précédents glaciaires
navaient pas les mêmes localisations et ont déterminé
à chaque reconquête des routes migratoires différentes,
avec des conditions de concurrence différentes, elles sont aussi
contrôlées, comme cela été dit pour lHolocène
par des facteurs orbitaux variables dun interglaciaire à
lautre. Si chaque début dinterglaciaire coïncide
bien avec un maximum densoleillement aux latitudes nord, lamplitude
de cette ensoleillement, ses variations au cours de linterglaciaire,
les paramètres de saisonnalité nont pas été
identiques et ont favorisé telle dynamique plutôt que telle
autre. La encore écologues et climatologues doivent conjuguer leurs
expériences pour conjuguer leurs modèles.
Où en sommes nous dans lévolution
climatique de notre présent interglaciaire?
Pratiquement tous les interglaciaires décrits ici présentent
un optimum climatique précoce suivi dune lente dégradation,
saccélérant brutalement en fin dinterglaciaire.
Il nest pas facile de comparer les dynamiques de végétation
de sorties dinterglaciaires avec celles de la deuxième moitié
de lHolocène, dans la mesure où, depuis le Néolithique,
lhomme a perturbé les successions naturelles et le paysage.
Les conditions actuelles semblent cependant encore loin de celles qui
prévalaient à la fin des interglaciaires et rien ne laisse
attendre limminence dune prochaine glaciation. Cest
la raison pour laquelle le choc dun réchauffement artificiel
du à leffet de serre peut entraîner des bouleversements
considérables dans léquilibre biologique planétaire.
Contact :
Jacques-Louis De Beaulieu
Laboratoire botanique historique et palynologie
Faculté des sciences de St Jérôme, case 451
13397 Marseille Cedex 20
jacques-louis.de-beaulieu@lbhp.u-3mrs.fr
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