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Extrait de la Lettre
n°10 du Programme International Géosphère Biosphère-Programme
Mondial de Recherches sur le Climat (PIGB-PMRC)
Evolution de la morphologie fluviatile des cours deau du bassin
de la Somme depuis la fin du dernier maximum glaciaire jusque vers 5000 ans
BP (daprès Antoine, 1997).
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Les études des séquences tardiglaciaire et holocène
du bassin de la Somme région de la Normandie, (Nord -Ouest de la
France) sont basées sur des transects de vallée complétés
par de nombreux profils archéologiques. La confrontation des données
sédimentologiques, stratigraphiques, 14C , palynologique,
malacologique débouche sur un schéma global dévolution
dont les principales étapes sont les suivantes (voir figure)
Le Dernier Maximum Glaciaire
Durant le dernier maximum glaciaire, le climat est aride et le réseau
fluviatile est engorgé par suite dun apport de sédiment
très important : ceci résulte dune forte érosion
des bassins versants due principalement à des phénomènes
de gélifluction (résultat des alternances gel-dégel).
Le réseau est alors caractérisé par des chenaux en
tresses, peu profonds et très instables : le rapport débit/apport
latéraux nest pas assez élevé pour déblayer
lapport sédimentaire et les chenaux migrent rapidement (bilan
sédimentaire positif entraînant un exhaussement de la plaine
alluviale).
La déglaciation
La première modification majeure se situe à la limite Pléniglaciaire
supérieur / Tardiglaciaire (13 000 BP âge 14C
). La réponse des cours deau à lamélioration
climatique se traduit par une incision importante des dépôts
et le passage dun système de chenaux en tresses, à
un système à multiples chenaux stables (système de
transition). Ce phénomène peut résulter à
priori soit dune augmentation de lapport des pluies soit dune
diminution des apports sédimentaires (par suite du développement
de la végétation qui fixe les sols et larrêt
de la sédimentation loessique). En fait on constate un retard entre
le déclenchement de lincision et le développement
de la végétation, privilégiant ainsi lhypothèse
dune augmentation de lalimentation en eau. Par ailleurs cette
interprétation est renforcée par les données macologiques
qui indiquent une forte augmentation de lhumidité ambiante
au début du Bølling Lévénement apparaît
court, de lordre de quelques siècles, car le début
du comblement qui marque la phase suivante se situe vers 12 400-12 300
BP( âge 14C).
Puis, au cours de lAllerød, la couverture végétale
se développe, entraînant la stabilisation des versants et
une diminution des apports latéraux (apport des versants): on observe
le dépôt de limons organiques en relation avec un système
à large chenal unique à méandres. La dynamique devient
celle dune plaine alluviale classique où des limono-organiques
se mettent en place lors des crues en position latérale par rapport
au chenal et provoquent un rehaussement progressif du plancher de la vallée.
Lépisode du Dryas Récent
La fin du Tardiglaciaire se manifeste ensuite par la mise en place dans
lensemble de la vallée dun remplissage de limons calcaires
très pauvres en matière organique (limons blanc) attribués
au Dryas Récent. La péjoration climatique du Dryas Récent
(estimée par ailleurs de 13 800 à 12 500 BP âge calender,
ou de 11 000 à 10 000 âge 14C) débute
par une phase dérosion du sol organique qui sétait
déposé lors de lAllerød . Pollens et assemblages
de coquilles montrent alors un climat froid et très humide puis
de plus en plus froid et sec. Les fonds de vallée sont le siège
dune importante sédimentation alimentée par lérosion
des bassins versants (boues crayeuses issues de la gelifraction) dont
lépaisseur moyenne est denviron dun mètre
dans l ensemble de la plaine fluviale.
Le début de lHolocène
Une seconde phase dincision majeure marque la fin du Dryas Récent
et le début de lHolocène (ca 10 000 BP âge
14C). Cette phase dincision représente un phénomène
généralisé observé dans la plupart des réseaux
hydrographiques de lEurope du Nord en relation avec le début
de lamélioration climatique rapide. Les datations dans les
premiers dépôts de tourbes qui ont suivi cette phase dincision
suggèrent que cette phase a été très brève,
de lordre du siècle.
Durant la première moitié de lHolocène lensemble
de la vallée se colmate progressivement. Le développement
rapide de la couverture végétale se traduit par laugmentation
de limportance relative de la fraction organique dans les sédiments
et par une fixation des sols qui limite de plus en plus les apports détritiques
de versant.
Cette période se caractérise par le développement
de tourbières bordées par de petits chenaux latéraux
où se déposent des silts organiques et une réduction
généralisée des écoulements. La vallée
tourbeuse qui fonctionne comme une éponge et le développement
de la végétation entraîne une forte augmentation de
lévapotranspiration, diminuant ainsi la quantité deau
qui circule dans les chenaux.
Le Changement du milieu de lHolocène
Un changement climatique se dessine vers le milieu de lHolocène
: une dernière phase dincision, plus faible que les précédentes,
est observée. Elle est suivie par le dépôt de limons
organiques lités dans un large chenal unique à méandres.
Laugmentation du bilan hydrique responsable de cette phase dincision
ne peut être attribué à un effet danthropisation
qui aurait fragilisé le bassin versant : cest le début
du néolithique et limpact de lhomme, quand il existe,
reste très limité; elle ne peut être que le résultat
dune modification climatique.
Perspectives
Durant les derniers millénaires, impact de lactivité
humaine et modification climatique contribuent toutes deux à faire
évoluer lenvironnement. Des études détaillées
sappuyant à la fois sur les données archéologiques,
stratigraphiques et bioclimatiques et paléoclimatiques, sont en
cours sur ce sujet, notamment dans le cadre du programme CNRS "Paléoenvironnement
et Hominidés".
Contact :
Pierre Antoine
Préhistoire et Quaternaire
Université des Sciences et technologies de Lille
Avenue Paul Langevin
59655 Villeneuve d'Ascq Cedex
Pierre.Antoine@univ-lille1.fr
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