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Extrait de la Lettre
n°10 du Programme International Géosphère Biosphère-Programme
Mondial de Recherches sur le Climat (PIGB-PMRC)
1 - Extension des formations carbonatées, daprès D.
Ford et P. Williams (Karst Geomorphology and Hydrology).
2 - Section longitudinale
dune stalagmite prélevée dans une grotte des Monts
de Bihor (Carpates roumaines), située à 1254 m daltitude.
Contact : tudort@hera.ubbcluj.ro
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Létude des spéléothèmes (concrétions
calcaires dans les grottes) occupe depuis ces dernières années
une place unique dans létude des paléoclimats : la
précision atteinte par les mesures U/Th (par spectrométrie
de masse) permet détablir une chronologie absolue dans les
séquences climatiques reconstituées. Cet atout en fait un
outil de choix en particulier en ce qui concerne létude de
la relation climat- insolation.
Létude de lévolution du climat dans le passé
est lunique moyen de comprendre les mécanismes qui régissent
à long terme les interactions entre ses diverses composantes :
atmosphère, océans, glaces et continents. Elle est donc
essentielle pour lévaluation de limpact anthropique
et pour la modélisation et la prévision climatiques. En
milieu continental, les hautes résolutions des enregistrements
sont propices à des reconstitutions fines. La validité du
cadre chronologique en est la clé majeure en raison de la discontinuité
des enregistrements.
Les outils danalyse
La chronologie par le déséquilibre
U/Th
Au-delà du domaine chronologique couvert par le radiocarbone, le
déséquilibre thorium-uranium (Th/U) autorise lestimation
dâges depuis quelques dizaines dannées jusquà
500 000 ans. Le principe est simple : luranium est soluble dans
les eaux naturelles, tandis que son descendant le thorium est insoluble
; un carbonate cristallisant par voie chimique (concrétion de grottes
ou spéléothèmes) ou biologique (coraux, coquilles)
présente à cet instant zéro un rapport Th/U égal
à zéro dont la croissance au cours du temps constitue un
chronomètre fiable si luranium (soluble) nest pas ultérieurement
soustrait ou ajouté au solide cristallisé. Depuis une dizaine
dannées, ce déséquilibre peut être mesuré
par spectrométrie de masse par ionisation thermique (SMIT ou TIMS
en anglais), progrès considérable en terme de précision
et de taille des échantillons. Quelques centaines de milligrammes
de carbonates pauvres en uranium (teneurs inférieures au ppm) suffisent
pour livrer un âge de 200 000 ans avec une erreur inférieure
à 1% (<2% pour un âge de 400 000 ans) pour un intervalle
de confiance de 95%.
13C
et 18O
Les stalagmites cristallisent généralement en constituant
des systèmes clos, non affectés par les phénomènes
dérosion aérienne ni par la bioturbation. Elles constituent
des supports de datations valides et dont la résolution peut être
élevée : 0,1 à 1 mm par an ne sont pas des vitesses
de croissance exceptionnelles. Ces carbonates néoformés
à partir des précipitations ayant percolé dans les
carbonates et les sols sus-jacents enregistrent et conservent plusieurs
paramètres climatiques, dont la quantité et la température
des précipitations. Quelques publications récentes indiquent
une piste de reconstitution fine des paléoclimats par les analyses
isotopiques du carbone et de loxygène.
Distribution sur le globe
Les spéléothèmes sont présents sous toutes
les latitudes et longitudes (figure 1), autorisent des reconstitutions
permettant de passer de léchelle locale (la concrétion)
à celle de la région (le système karstique dans son
environnement), puis à celle du globe.
Une stalagmite des monts de Bihor
Un exemple de cadre chronologique est présenté sur la figure
1 où lon voit la section longitudinale dune stalagmite
prélevée dans une grotte des monts de Bihor (Carpates roumaines).
Différents taux de croissance (figure 2) caractérisent les
étapes successives entre 128 ka et 5,5 ka. Larrêt de
croissance entre 46 et 14 ka apparaît en relation avec laridité
qui caractérise lextension des conditions glaciaires en Europe.
La reprise des dépôts il y a 14 ka est en phase, dans cette
région de lest de lEurope, avec les indicateurs du
réchauffement climatique brutal enregistré dans louest.
Les mesures 13C
et 18O
ont montré que les conditions déquilibre ont été
satisfaites lors de la cristallisation de plusieurs lamines. Les variations
au long de laxe de croissance sont en cours danalyse (thèse
de T. Tamas).
Trois grandes phases de fonctionnement?
Par leur contenu sédimentaire, les réseaux karstiques montrent
de façon systématique un fonctionnement polyphasique : les
conditions favorables à la genèse de conduits karstiques
(dissolution et transport) sont différentes de celles qui président
à la phase, secondaire, de concrétionnement au cours de
laquelle lécoulement se produit à une cote inférieure.
Les jeux tectoniques et les facteurs climatiques déterminent des
modifications du régime dérosion. Lintensité
de lérosion est déterminée par des facteurs
climatiques majeurs, tels la quantité des précipitations,
leur saisonnalité, ou la densité du couvert végétal.
Or un réseau de galeries karstiques se met en place très
rapidement (quelques milliers dannées) répondant à
des variations abruptes des conditions environnementales qui sont éventuellement
des variations du climat. En particulier, plusieurs réseaux du
continent européen (notamment ceux des Pyrénées centrales,
du sud des Causses et des Cévennes, de Slovénie et des Carpates)
montrent trois grandes phases de fonctionnement, se traduisant par trois
niveaux distincts (géométriquement et chronologiquement)
ou par trois ensembles sédimentaires (planchers stalagmitiques)
signant vraisemblablement des variations majeures et abruptes du climat.
Perspectives
Les spéléothèmes ont pendant longtemps été
étudiés de façon marginale par des chercheurs isolés
disposant de moyens analytiques limités. De véritables équipes
sont en train de naître autour de moyens plus importants et plus
performants (Grande-Bretagne, Norvège, Belgique, Chine, Canada).
En France, il existe un intéressant potentiel de chercheurs dispersés
(LSCE Gif/Yvette, LHGI Orsay, Hydrosciences Montpellier, Programme PVC
Bondy, laboratoires universitaires ou relevant des organismes nationaux
de recherche scientifique : CNRS, CEA, IRD), mais très complémentaires
et attachés à des sites bien connus. Un tel projet ne peut
quêtre structurant et doit permettre leur rapprochement.
Létude des spéléothèmes est partie intégrante
de programmes internationaux : on notera que laxe PEP III (Pôle-Equateur-Pôle
Europe-Afrique) des programmes IGBP-PAGES comporte un volet spéléothèmes
(SPEP).
Contact :
Christiane Causse
LSCE (CNRS-CEA)
Domaine du CNRS
91198 Gif-sur-Yvette Cedex
causse@lsce.cnrs-gif.fr
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