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Texte extrait de :
INSU, 30 ans de recherches en sciences de l'Univers,
1967 - 1997
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... Le contexte est celui de l'augmentation, en cours depuis le début
de l'ère industrielle, de la concentration atmosphérique de CO2
et de ses effets possibles sur le climat (réchauffement par intensification
de l'effet de serre). Cette augmentation devrait en principe être très
supérieure à celle constatée. Au lieu de s'accumuler dans l'atmosphère,
la moitié environ du CO2 rejeté jusqu'ici suite
à la consommation de combustibles fossiles a disparu dans un " puits
" que l'on situe essentiellement dans l'océan. Deux types de "
pompes à carbone " peuvent contribuer au fonctionnement de ce puits.
L'une est purement physico-chimique : dans certaines zones polaires et
sub-polaires, le refroidissement des eaux de surface augmente leur capacité
à dissoudre du CO2 atmosphérique tout en augmentant
leur densité. Emportant leur charge en CO2, ces
eaux plongent alors en profondeur, où, du fait des échelles de temps de
la circulation générale, elles seront soustraites à tout contact atmosphérique
pour des durées de l'ordre du millier d'années. L'autre pompe est biologique
: la production de matière vivante par les algues microscopiques (phytoplancton)
en suspension dans les eaux de surface (éclairées, donc favorables à la
photosynthèse) consomme du CO2 dissous (qui se renouvelle
aux dépens de l'atmosphère). Le carbone ainsi fixé est susceptible d'alimenter
plusieurs voies de transformation. Le phytoplancton peut être consommé
par des animaux planctoniques (zooplancton), consommés à leur tour par
des organismes plus grands et ainsi de suite, le carbone photosynthétisé
alimentant ainsi le stock de la biomasse marine, y compris les ressources
halieutiques. Une part de ce carbone alimente aussi un stock de détritus
plus ou moins durables (cadavres, particules fécales), une part est reminéralisée
plus ou moins vite par respiration aux différents échelons de la chaîne
alimentaire. Si cette reminéralisation se produit dans les eaux de surface,
le CO2 rejeté est remis à disposition des échanges
océan-atmosphère. Mais une part de la matière issue de l'activité biologique
(matière biogène) est exportée de la couche de surface vers les eaux profondes,
sous forme d'organismes effectuant des migrations verticales ou sous forme
de particules détritiques plus denses que l'eau (cellules phytoplanctoniques
mortes ou senescentes, cadavres d'animaux de toutes tailles, particules
fécales, débris organiques divers) et même sous forme de matière organique
dissoute en cas de plongée des eaux superficielles. Il en résulte un flux
de carbone de la surface vers les profondeurs. Ce flux décroit progressivement,
mais une faible fraction de la matière biogène produite en surface finira
incorporée (éventuellement pour des millions d'années) dans les sédiments
; c'est ainsi d'ailleurs que s'est lentement constituée une part du stock
des combustibles fossiles.
L'approche dite biogéochimique
des écosystèmes marins, qui est celle du programme Joint Global Oceanic
Flux Study sur le plan mondial, consiste à tenter de quantifier, y
compris par modélisation mathématique, les différents flux de carbone
dûs aux organismes vivants (et prioritairement ceux qui sont à l'origine
d'exportation et de séquestration en profondeur), et de comprendre les
mécanismes et les processus qui en sont responsables. La biogéochimie
complète l'étude du cycle du carbone par la prise en compte d'autres éléments
associés au fonctionnement des écosystèmes marins (et dont la disponibilité
peut limiter le flux de carbone), tels que l'azote, le phosphore, le silicium,
voire le fer.
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