|
Extrait de la Lettre
n°3 du Programme International Géosphère Biosphère-Programme
Mondial de Recherches sur le Climat (PIGB-PMRC)

1 - Le phénomène El Niño.

2 - La répartition spatiale de la température moyenne de surface de l'océan
mondial (d'après Levitus, 1982) montre clairement l'existence du "réservoir
d'eaux chaudes" du Pacifique tropical ouest, siège d'interactions
océan-atmosphère très importantes.

3 - A la fin du programme TOGA, les principaux réseaux suivants sont opérationnels:
69 mouillages, une quarantaine de marégraphes, plusieurs centaines de
bouées dérivantes et une vingtaine de navires de commerce mesurant différents
paramètres océan-atmosphère. Le trajet de 23 campagnes océanographiques
effectuées par le groupe SURTROPAC est rapporté le long de 165°E et
156°E.

4 - évolution saisonnière de la température de surface de l'océan dans
le Pacifique équatorial entre novembre 1986 et janvier 1989 et évolution
saisonnière de l'écart du courant zonal à sa valeur moyenne (d'après TOGA).

5 - Evolution saisonnière de la température de l'océan pacifique équatorial
entre 0 et 250 m de profondeur, de 1979 à 1993, en deux zones caractéristiques.
|
|
Aux échelles de temps allant
de quelques mois à quelques années, il est maintenant admis que le dérèglement
du climat de notre planète est principalement dû aux interactions entre
les océans tropicaux et l'atmosphère globale, et tout particulièrement
au phénomène El Niño-Oscillation Australe (ENSO) du Pacifique tropical.
L'ENSO de 1982-83, considéré comme le plus important du siècle, a eu des
conséquences dramatiques pour une partie de la population du globe. C'est
pourquoi a été lancé le 1er janvier 1985 pour une durée de 10 ans, le
programme international TOGA (océans tropicaux et atmosphère globale),
visant à observer, étudier, comprendre, modéliser et si possible prévoir
ce type de variations climatiques. Ce programme, par suite d'une coopération
internationale exemplaire, a atteint une partie importante des objectifs
fixés.
TOGA est un programme
international lancé dans le cadre du PMRC (Programme Mondial sur la
Recherche du Climat). Il est conjointement patronné par l'Organisation
Météorologique Mondiale des Nations Unies (OMM), le Conseil International
des Unions Scientifiques (CIUS), la Commission Océanographique Intergouvernementale
(COI) de l'UNESCO et le Comité Scientifique de la Recherche Océanique
(SCOR) du CIUS.
Commencé en 1985, TOGA s'est officiellement terminé fin 1994. Une
quarantaine de pays s'y est impliquée dont les États Unis, le Japon,
la France, l'Australie et la Chine parmi les plus actifs au niveau
des observations in situ. Des modèles océan-atmosphère ont été développés
par ces mêmes pays ainsi que par le Royaume Uni et l'Allemagne.
En France, l'IRD a assuré l'effort essentiel de mesures en mer, à
partir de ses centres de Nouméa et de Brest. Le LODYC (laboratoire
Université de Paris VI-CNRS/INSU- IRD) a fait un effort très important
dans la modélisation océanique. L'expérience TOGA-COARE, étudiant
la réponse du système couplé océan-atmosphère dans le Pacifique Ouest,
a impliqué en France principalement les laboratoires du CNRM, le CETP
et le LMD.
Le financement a été assuré dans le cadre du Programme National d'Études
de la Dynamique du Climat (PNEDC), regroupant divers organismes Français
(CNRS, MRES, Météo-France, IFREMER, IRD
). |
Objectifs
Depuis une vingtaine d'années, on a réalisé qu'une inversion importante
de courant, se produisant tous les trois à sept ans le long des côtes
Pacifique d'Amérique du Sud et connu sous le nom d'El Niño (voir figure
1), correspondait en fait à un phénomène beaucoup plus étendu liant l'Océan
Pacifique tropical et l'atmosphère par le biais de l'Oscillation Australe
(d'où cette dénomination d'ENSO). A chaque passage d'ENSO, des sécheresses
se font sentir, en particulier sur une bonne partie de l'Asie du sud-est,
le nord de l'Australie, les îles du Pacifique Ouest et le nord-est du
Brésil. En contre partie, d'autres régions du globe se trouvent inondées,
comme les régions côtières du Pérou et de l'Équateur. Parallèlement les
centres d'action des cyclones se trouvent déplacés, épargnant ou au contraire
dévastant certaines régions. Ce phénomène a aussi des conséquences sur
le climat des pays tempérés.
La prise de conscience de l'importance fondamentale des océans tropicaux
dans ces dérèglements climatiques globaux, et la nécessité de comprendre,
et si possible de prévoir, de tels dérèglements ont conduit à la mise
en place du Programme TOGA, avec les principaux objectifs suivants :
- obtenir une description des océans tropicaux et de l'atmosphère du globe
comme un système dépendant du temps;
- étudier la possibilité d'élaborer des modèles mathématiques du système
couplé océan-atmosphère pour prévoir ses variations à cette échelle de
temps;
- acquérir les informations scientifiques nécessaires pour concevoir un
système d'observations et de transmission des données efficace, dans un
but d'une prévision opérationnelle.
Le Programme TOGA a donc été caractérisé par la mise en place progressive
de réseaux d'observations systématiques, le développement des mesures
traditionnelles par navire de recherche, et par l'analyse intensive et
rapide des données correspondantes. Parallèlement, la modélisation a été
développée.
Le Pacifique tropical Ouest est au centre de ce que l'on appelle le réservoir
d'eaux chaudes du globe (voir figure 2 ), siège d'interactions entre l'océan
et l'atmosphère très actives (probablement à l'origine d'ENSO) et difficilement
modélisables. Il a donc été proposé de réaliser une expérience particulière
dans cette région étudiant le couplage océan-atmosphère (programme TOGA-COARE).
Le développement de cette expérience au niveau international a été rendu
possible par une importante réunion de travail au Centre IRD de Nouméa
en mai 1989. Grâce à l'adjonction de plusieurs équipes d'atmosphériciens
du CNRS et de Météo-France aux équipes d'océanographes de l'IRD, la participation
Française à cette expérience a été importante.
Réseaux
de mesures et campagnes systématiques
Afin d'étudier l'ENSO la communauté internationale a centré son effort
de mesures in situ et de modélisation sur le Pacifique tropical, mettant
progressivement en place de nombreux réseaux (voir figure 3 ) :
o le réseau XBT sur navires marchands, qui mesure le profil de température
de la mer sur 700 m, avec transmission des données en temps quasi-réel
par ARGOS. Ce réseau a été lancé en 1979 par une collaboration entre la
Scripps Institution of Oceanography et le Centre IRD-Nouméa. Parallèlement,
ce dernier a développé son propre réseau de mesures de température et
de salinité de surface par navires marchands, avec en particulier le passage
progressif à des mesures automatiques par thermosalinographes.
o les mesures marégraphiques, qui ont été développées avec transmission
des données par ARGOS sur les nombreuses îles du Pacifique. De plus, sur
certaines îles, des instruments mesurant les profils atmosphériques ont
été installés.
o le réseau multinational de bouées dérivantes SVP (Surface Velocity
Programme) qui a été mis en place dans le cadre des programmes TOGA
et WOCE. Une collaboration entre le Centre IRD de Nouméa et l'IFREMER
a fourni pour ce réseau des bouées dérivantes munies de courtes chaînes
à thermistance mesurant la température des 20 premiers mètres.
o le réseau de mouillages TAO (Tropical Atmosphere Ocean) qui permet
de détecter en temps quasi réel, tout le long du Pacifique équatorial,
les modifications du vent, des courants et de la structure thermique associées
au déclenchement des anomalies climatiques. Commencé par une collaboration
entre le Pacific Marine Environmental Laboratory de la NOAA et le Centre
IRD-Nouméa, ce réseau est passé de 6 mouillages en 1985 à 69 en 1994.
Le Japon, Taiwan et la Corée du Sud y ont progressivement participé.
Parallèlement à ces réseaux, de nombreuses campagnes océanographiques
ont été réalisées. Le Centre IRD-Nouméa a été particulièrement actif dans
le Pacifique Ouest avec 17 campagnes le long du méridien 165°E et
quatre le long du méridien 156°E sur un total d'une cinquantaine de
campagnes au niveau international. Bien que de façon moins intensive,
les deux autres océans tropicaux ont également été étudiés par les équipe
de l'IRD-Brest et du LODYC. D'autres données ont été particulièrement
utiles au Programme TOGA. Citons les mesures de vent par navires marchands,
les températures de surface par satellite et les mesures de niveau de
la mer par les satellites GEOSAT et TOPEX/POSEIDON.
Les données des réseaux et des campagnes TOGA ont été transmises à des
centres internationaux, tel que le Centre TOGA de Brest et ont été échangées
entre les nombreux groupes de recherche de TOGA pour une exploitation
rapide.
Principaux résultats
Parmi les travaux ayant conduit à un progrès notable dans la compréhension
du phénomène ENSO, il faut mentionner les études sur les ondes équatoriales
effectuées par une équipe conjointe IRD-NASA-NOAA. La comparaison des
données altimétriques des satellites GEOSAT et TOPEX/POSEIDON et des données
in situ du réseau TOGA-TAO a permis de démontrer que l'on pouvait déduire,
à partir des données altimétriques, les courants géostrophiques de surface
dans toute la bande équatoriale avec une assez bonne précision. Des ondes
équatoriales de Kelvin et de Rossby ont été mises en évidence et leurs
réflexions sur les bords est et ouest du Pacifique ont été analysées.
Ces études mettent en doute la théorie récente de "l'oscillateur
retardé" et montrent l'importance de ces ondes dans le mécanisme
d'ENSO (voir "Les Ondes équatoriales et
El Niño").
Citons également les avancées importantes réalisées par le groupe de modélisation
du LODYC. Le passage en mode couplé océan-atmosphère est en plein développement,
en utilisant les modèles atmosphériques du LMD et de Météo-France . L'ensemble
de ces modèles, comparés aux observations in situ, a conduit à une meilleure
compréhension du phénomène ENSO et à des essais de prédiction encourageants
pour les ENSO marqués de 1986-87 et 1991-92.
Enfin, la période d'observations intensives de TOGA-COARE a eu lieu durant
la seconde phase de développement d'ENSO de 1991-93 (voir "l'expérience
TOGA-COARE"). Les nombreuses données ainsi collectées représentent
un potentiel particulièrement important pour les océanographes et les
atmosphériciens. La réunion de travail à Météo-France (Toulouse, août
1994), accompagnée de moyens informatiques importants, a permis le développement
des collaborations scientifiques.
Conclusions , perspective
Ainsi, dix ans après son lancement, TOGA a atteint une large part de ses
objectifs initiaux. Grâce à un ensemble de campagnes à la mer et à la
mise en place de réseaux d'observations, il a été possible de décrire
les variations temporelles des océans tropicaux (voir figures 4 et 5 ),
et d'appréhender leurs interactions avec l'atmosphère globale. Sans pouvoir
prétendre être arrivé à la connaissance précise des mécanismes d'ENSO,
des progrès ont été réalisés dans ce sens, avec en particulier l'étude
des ondes équatoriales. De nombreux modèles océaniques et atmosphériques
ont été développés, et certains modèles couplés arrivent à prévoir la
plupart des événements ENSO six mois à un an à l'avance. Ce succès a été
rendu possible par une coopération remarquable entre l'ensemble des scientifiques
impliqués (plus d'un millier), et en particulier par l'échange rapide
de toutes les données obtenues.
L'important potentiel mis en uvre au cours de TOGA devrait continué
d'être utilisé dans le cadre du programme CLIVAR. Parallèlement, la collecte
des données en continu devrait être reprise et développée dans le cadre
des programmes opérationnel d'observations systématiques GOOS (Global
Ocean Observing System) et GCOS (Global Climate Observing System).
Contact:
Joël Picaut
Laboratoire d'Océanographie Physique - IRD
Centre IRD de Nouméa
BP A5, Nouméa, Nouvelle Calédonie
|