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Extrait de la Lettre
n°3 du Programme International Géosphère Biosphère-Programme
Mondial de Recherches sur le Climat (PIGB-PMRC)

1 - Schéma des moyens expérimentaux mis en uvre pendant
PYREX.

2 - Traînée de pression et différence de pression
durant PYREX.

3 - Bilan de quantité de mouvement pour une boîte de 400
par 300 kilomètres, en fonction de l'altitude du sommet de la boîte.

4 - Même légende qu'à la figure 3, mais il s'agit
ici du bilan différentiel de quantité de mouvement, entre
l'expérence de référence et une expérience
avec relief lissé. Ceci met en évidence les composantes
de l'erreur faite dans le deuxième cas, qui doivent être
compensées par la paramétrisation.
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On sait depuis le début des années 1980 que les résultats
des modèles de circulation générale de l'atmosphère
sont très sensibles aux paramètres introduits pour représenter
les chaînes de montagnes. Mais les observations pour quantifier
la rugosité des montagnes ou l'effet des ondes de relief étaient
peu nombreuses. Le Programme ATOM de l'INSU a initié il y a quelques
années l'expérience PYREX pour palier cette carence.
L'expérience PYREX s'est déroulée en octobre et novembre
1990. Elle poursuivait un triple but :
- déterminer précisément la manière dont l'écoulement
atmosphérique est affecté par une chaîne de montagne,
et en particulier faire la part entre la déviation latérale
et le déplacement vertical de l'air, qui engendre des ondes de
relief;
- réaliser une base de données intégrée documentant
ces phénomènes, bien adaptée pour valider des modèles
numériques de méso-échelle (extension : quelques
centaines de kilomètres, maille de calcul: environ 10 kilomètres);
- déterminer quantitativement les termes du bilan de quantité
de mouvement: de combien l'écoulement est il freiné? à
quel endroit? L'objectif était d'améliorer les paramétrisations
de ces effets dans les modèles de prévision numérique
et de climat.
La chaîne des Pyrénées a été retenue
pour cette expérience car elle offre deux avantages :
- la facilité d'accès d'une part;
- sa forme relativement simple d'autre part (une ellipse de 400 kilomètres
de long sur 80 kilomètres de large, relativement bien dégagée
des autres chaînes de la région).
Moyens
La phase de terrain, réalisée en octobre et novembre 1990,
a mis en jeu des moyens très importants. A côté des
radio-sondages français et espagnols et du réseau opérationnel
de mesures de surface, des stations automatiques d'altitude ont été
installées, ainsi que des radars ST (profileurs de vent) et des
sodars. Enfin, l'écoulement d'altitude a été mesuré
par quatre avions de recherche et des ballons plafonnants (figure 1).
Depuis la fin de la phase terrain, un très important travail a
été accompli par toutes les équipes participant au
programme pour dépouiller, critiquer, et mettre en forme ces observations.
A la fin de l'année 1992, la "Base de Données PYREX"
était prête, et a été rendue accessible à
tous les scientifiques intéressés. Les principaux résultats
expérimentaux ont été rassemblés dans un article,
cosigné par les 31 chercheurs qui ont travaillé sur ces
données.
Résultats: traînée de pression
et flux vertical
Sur le plan scientifique, les résultats essentiels portent sur
le bilan de quantité de mouvement atmosphérique.
La traînée de pression exprime la force globale exercée
par les Pyrénées sur l'atmosphère. On a pu établir
une très bonne corrélation entre la traînée
de pression, déterminée par les stations automatiques d'altitude,
et la différence de pression (ramenée au niveau de la mer)
entre Pau et Saragosse (figure 2). La traînée représente
environ le centième de la différence de pression. Ceci signifie
qu'il est maintenant possible d'évaluer la force globale exercée
par les Pyrénées sur l'atmosphère avec une bonne
précision uniquement à partir des deux mesures opérationnelles
à Pau et à Saragosse. On peut donc continuer l'étude
sans le réseau spécial de mesures. Cette traînée
de pression exercée par les Pyrénées varie en fonction
de la situation météorologique et peut atteindre la valeur
de 8 Pascals pour un vent de l'ordre de 15 m/s perpendiculaire à
la chaîne. Elle dépend beaucoup de la stabilité de
l'atmosphère. Ce résultat est supérieur à
celui qui était attendu.
Un autre terme important du bilan de quantité de mouvement est
le flux vertical transporté par les ondes de relief. Cette quantité
a pu être effectivement mesurée par les avions de recherche
dans un certain nombre de cas.
Cependant, ces deux résultats n'apportent une information que pour
une composante de l'écoulement (la composante transverse à
la chaîne) et pour une région bien précise (la région
centrale). Pour pouvoir généraliser et obtenir une vision
cohérente de l'ensemble de l'effet, il faut avoir recours à
la modélisation numérique. C'est là que se rejoignent
les objectifs appliqués (valider et améliorer les modèles
numériques de méso-échelle) et théoriques
(comprendre l'effet de freinage pour mieux le représenter dans
les modèles de climat). En effet, ce sont les modèles de
méso-échelle qui, validés par les mesures, répondront
aux questions théoriques que nous nous posons sur ces écoulements.
Modélisation
On a utilisé notamment les modèles PERIDOT de Météo-France
et SALSA du Laboratoire d'Aérologie pour simuler numériquement,
avec une grande résolution, l'écoulement observé
pendant PYREX. La résolution horizontale de ces calculs est de
10 km, avec 30 niveaux répartis régulièrement sur
la verticale entre le sol et 15 km d'altitude.
Validation
Dans un premier temps, il faut valider les résultats des modèles
à l'aide de l'ensemble des observations disponibles. Cette étude
montre que les simulation sont assez bonnes: elles reproduisent correctement
les grands traits de l'onde de relief principale sur le massif Pyrénéen,
et la distribution des vents tout autour.
Rugosité
Dans un deuxième temps, il faut optimiser les résultats.
On a alors pu montrer de manière indiscutable, et sur plusieurs
cas différents, que les résultats sont améliorés
par l'utilisation d'une rugosité élevée sur les Pyrénées
(de l'ordre de 16 m). A titre de comparaison, on considère
que la rugosité d'une forêt est d'environ 1 m; auparavant,
on utilisait une valeur de l'ordre de 5 m pour les Pyrénées.
Les résultats sont également améliorés par
une orographie représentant les sommets principaux plutôt
que la moyenne de l'altitude pour chaque point de grille. On a donc obtenu
une première réponse aux interrogations des modélisateurs
du climat.
Quantité de mouvement
Enfin, la qualité des simulations optimisées a permis de
déduire les différents termes du bilan de quantité
de mouvement (figure 3). Pour représenter correctement les effets
dynamiques des montagnes dans des modèles de circulation générale,
il faut alors reproduire un bilan comparable, alors même que le
modèle ne voit pas le détail du relief. On a donc développé
une méthodologie originale pour étudier ce point.
Paramétrisation
On a réalisé une expérience numérique avec
le même modèle, mais en utilisant un relief extrêmement
lisse, similaire à celui que verrait un modèle de grande
échelle. On a calculé de la même manière que
précédemment les différents termes du bilan de quantité
de mouvement, et on a calculé la différence terme à
terme entre le bilan de l'expérience de référence,
et celui de l'expérience avec relief lissé. Ce "bilan
différentiel" (figure 4) montre que seulement trois des termes
ne sont pas nuls, ce qui simplifie beaucoup le problème de paramétrisation,
puisque l'erreur dûe à la représentation "lissée"
de la montagne dans les modèles climatiques est entièrement
contenue dans ces termes. Ces trois termes non nuls sont :
- la traînée au sol,
- le flux vertical de quantité de mouvement par les ondes,
- le terme agéostrophique.
Les paramétrisations "classiques" de l'effet des ondes
de gravité permettent de calculer ces différents termes
en fonction de l'écoulement de plus grande échelle, et d'imposer
les corrections adéquates à cet écoulement pour qu'il
tienne compte de la présence de la montagne. Mais le résultat
dépend d'un certain nombre de coefficients empiriques. Grâce
à la figure 4, on a donc pu calibrer au mieux ces coefficients,
ce qui a conduit à les augmenter significativement. Des expériences
incluant ces paramétrisations optimisées ont confirmé
l'amélioration dans la représentation du bilan. Il reste
maintenant à persuader les modélisateurs du climat d'essayer
cela dans leurs modèles!
PYREX regroupe
plusieurs laboratoires français :
- le Centre national de recherches météorologiques,
- le laboratoire d'Aérologie,
- le Service d'Aéronomie,
- le Laboratoire de météorologie dynamique,
- le Laboratoire de météorologie physique,
- le Laboratoire des sondages électromagnétiques de
l'environnement terrestre,
- le Centre d'étude des environnements terrestre et planétaire,
ainsi que des laboratoires allemands et espagnols.
PYREX a été soutenue financièrement par Météo-France,
l'Institut National de Météorologie espagnol, le CNRS
(INSU), le CNES, et EDF. |
Contact :
Philippe Bougeault
Centre National de Recherche Météo
URA 1357 - CNRS - Météo-France
42 av. G. Coriolis
31057 Toulouse Cedex
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