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Extrait de la Lettre
n°8 du Programme International Géosphère Biosphère-Programme
Mondial de Recherches sur le Climat (PIGB-PMRC)
1- Le satellite SeaStar
en vol. Cette illustration
provient du serveur du
Projet SeaWiFS sur Internet,
(http://seawifs.gsfc.
nasa.gov/SEAWIFS.html)
avec l'autorisation du Projet
SeaWIFS)

2- Image de la biosphère globale (concentration en chlorophylle
a pour les océans, indice de végétation normalisé
pour les terres émergées) vue par SeaWiFS (données
moyennées sur la période du 4 septembre au 31 décembre
1997).
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SeaWiFS est devenu opérationnel depuis septembre 1997, apportant
des informations très attendues entre autres sur la biosphère
marine. Cest sur ce thème que les équipes françaises
sont particulièrement impliquées.
L'instrument SeaWiFS
L'instrument SeaWiFS a été lancé sur le satellite
Seastar par Orbital Sciences Corporation (OSC) en août 1997,
et observe maintenant la Terre depuis une orbite héliosynchrone,
à une altitude de 705 km, et avec une résolution spatiale
de 1 km (figure 1). Le capteur "voit" chaque point de la planète
au minimum (c. à d. à l'Equateur) un jour sur deux; si l'on
prend en compte la perte de données due à la couverture
nuageuse, la couverture globale de la planète est assurée
en une semaine environ. L'instrument comporte six canaux dans le visible
(412, 443, 490, 510, 555, 670 nm) et deux dans l'infra-rouge (765, 865
nm).SeaWiFS, successeur du capteur CZCS
Le succès du capteur expérimental CZCS, qui a fonctionné
de 1978 à 1986, a largement contribué à faire connaître
les applications potentielles de la couleur de l'océan dans l'étude
de la biosphère marine et de l'atmosphère, des couplages
entre processus physiques et biologiques, dans la compréhension
du rôle de l'océan dans le cycle global du carbone etc...
Les données acquises par les capteurs POLDER (voir " POLDER
"), et OCTS de novembre 1996 à juin 1997 sur la plate-forme
ADEOS ont confirmé ce potentiel.
Par rapport à CZCS, l'instrument SeaWiFS (comme la plupart des
nouveaux capteurs de couleur de l'océan) bénéficie
de nombreuses améliorations : précision radiométrique
bien supérieure, suivi de la calibration, acquisition de données
en continu... De plus, la disponibilité de nouveaux canaux dans
le visible et l'infra-rouge a suscité de nombreuses études
afin d'exploiter au mieux l'information apportée par ces nouveaux
canaux, tant pour les corrections atmosphériques (développement
de procédures de correction utilisant les canaux infra-rouges)
que pour les algorithmes "bio-optiques" (par exemple, développement
d'algorithmes adaptés aux eaux côtières turbides,
dites "du Cas 2").
Disponibilité des données
L'équipe du projet SeaWiFS de la NASA reçoit de OSC (dans
le cadre d'un contrat de 5 ans) les données brutes, et a la responsabilité
du traitement, de la calibration / validation, de l'archivage et de la
distribution des données, cela uniquement à des fins de
recherche, OSC se réservant les droits pour l'exploitation opérationnelle
et commerciale. Les images de la biosphère globale fournies par
le capteur durant les premiers mois de fonctionnement ont été
mises à disposition de la communauté scientifique par la
NASA sur Internet. Depuis mars 1998, les données sont cryptées,
et fournies par la NASA (toujours uniquement à des fins de recherche)
à ceux qui ont soumis une "Dear Colleague Letter" et
sont devenus "utilisateurs autorisés" (il n'y a pas de
date limite pour la soumission de cette lettre).
En outre, le Projet SeaWiFS possède huit "licences flottantes"
pour des accords temporaires (de trois mois maximum). Ces accords permettent
la distribution de données en temps quasi-réel, à
partir de stations sol "HRPT" ("transmission d'images à
haute résolution"), données qui sont fournies aux utilisateurs
autorisés en support à des expériences sur le terrain
(par exemple, positionnement des stations durant les campagnes en mer),
des expériences de calibration / validation, et des démonstrations
d'utilisation des données. Les stations HRPT habilitées
par la NASA sont réparties sur toute la planète, assurant
une couverture haute résolution quasi - totale de l'Hémisphère
Nord, et d'une partie importante de l'Hémisphère Sud.
Les produits
Les produits opérationnels et les "catalogues d'images"
("browse products") sont disponibles à diiférents
niveaux de traitement :
- niveau 1A : comptes numériques
correspondant aux luminances brutes mesurées par le capteur dans
chaque canal, avec les données de télémétrie,
calibration et navigation associées. Ces données sont
fournies en mode LAC (pleine résolution, 1 km) ou en mode GAC
(résolution réduite : les données sont échantillonnées
à partir des données LAC, à raison d'un pixel sur
4 et d'une ligne sur 4).
- niveau 2 : paramètres
géophysiques, issus du niveau 1A par application des facteurs
de calibration, des corrections atmosphériques, et des algorithmes
bio-optiques. Douze paramètres (avec les "flags" associés)
sont disponibles pour chaque pixel : luminances marines dans les cinq
premiers canaux du domaine visible, luminances des aérosols à
670 et 865 nm, concentration en pigments "type CZCS", concentration
en chlorophylle a, coefficient d'atténuation diffuse à
490 nm, paramètre "epsilon" lié à la
dépendance spectrale de la diffusion par les aérosols,
épaisseur optique des aérosols à 865 nm. Ces valeurs
sont fournies en mode GAC.
- niveau 3 dit "binned"
: données GAC de niveau 2, moyennées sur 1 jour, 8 jours,
un mois ou une année, et projetées sur une grille (avec
des pixels d'égale surface, 81 km2 environ).
D'autres produits, comme les
données météorologiques (quasi-simultanées,
ou climatologiques) utilisées pour le traitement des données
de niveau 2 (vent, pression atmosphérique, concentration en ozone,
humidité relative) sont également disponibles.
La qualité des données
La qualité des données et produits SeaWiFS est continuellement
contrôlée par la mise en uvre de procédures
de calibration très précises, et par un programme de calibration
/ validation. Le système de calibration à bord comprend
un diffuseur solaire visant le soleil, ce qui permet de calibrer le capteur
relativement à l'éclairement solaire, et de contrôler
(en supposant le diffuseur parfaitement stable) une dérive possible
du capteur. En réalité, ce diffuseur étant exposé
en permanence aux rayonnements visibles et UV, sa dégradation doit
également être contrôlée; ce suivi est effectué
par des visées régulières vers la surface de la lune,
utilisée comme un diffuseur secondaire et temporellement stable.
En parallèle, un vaste programme de calibration/validation a progressivement
été mis sur pied par l'équipe du Projet SeaWiFS;
il consiste essentiellement en un soutien apporté à des
opérations sur le terrain, dans plusieurs régions de l'océan
mondial, par différents groupes qui se conforment aux protocoles
définis pour SeaWiFS pour les mesures in situ. Parmi les projets
en cours actuellement, il faut mentionner en particulier la bouée
MOBY au large de Hawaii, la bouée PlyMBoDy au large de Plymouth,
les campagnes AMT dans l'Atlantique, la plateforme au large de Venise...
Par ailleurs, des études concernant le développement, l'intercomparaison
et la validation des algorithmes ont été effectuées
au cours d'ateliers de travail (Atelier sur les algorithmes de Production
Primaire en janvier 1995, Atelier SEABAM pour l'intercomparaison des algorithmes
bio-optiques en décembre 1996 ...), ainsi que des exercices de
"round-robin"; enfin, une base de données bio-optiques
(SeaBASS, "SeaWiFS Bio-Optical Archive and Storage System")
a été développée par la NASA.
L'étude de la biosphère marine
et terrestre
La qualité des images acquises par SeaWiFS confirme l'énorme
potentiel de ce capteur (figure 2, noter que sa dynamique élevée
permet également l'analyse de la réflectance de la végétation
terrestre). Des projets variés ont été soumis à
la NASA par la communauté internationale pour l'interprétation
et l'exploitation des données SeaWiFS à diverses échelles
d'observation (de l'échelle régionale jusqu'à celle
des bassins océaniques et de l'océan mondial).
Le projet français
"Utilisation des données SeaWiFS pour cartographier et
modéliser les flux de carbone globaux", approuvé
par la NASA et réactualisé en avril 1997, est un projet
conjoint, coordonné par André Morel , et impliquant
trois laboratoires :
- le LODYC à Paris,
- le LEGOS à Toulouse,
- le LPCM à Paris et Villefranche.
L'objectif général de ce projet est d'utiliser les concentrations
en pigments, évaluées à partir des données
SeaWiFS, pour estimer :
- le taux de fixation de carbone dans l'océan (via des modèles
de lumière - photosynthèse),
- l'échange de CO2 à l'interface océan - atmosphère,
- le flux de carbone organique quittant la couche océanique
superficielle,
cela à l'aide de différentes techniques (mise en oeuvre
de modèles de circulation globaux contraints par les vents
et les concentrations en chlorophylle, assimilation dans des modèles
couplés physiques- biogéochimiques..).
Dans le cadre de ce projet, ces techniques seront mises en uvre,
et les données SeaWiFS seront exploitées, pour différentes
zones de l'océan mondial (océans Indien et Austral,
Pacifique tropical, Atlantique Nord, Méditerranée).
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Avec le lancement prochain de plusieurs capteurs de couleur de l'océan
(dont MODIS durant l'été 1998, MERIS fin 1999, GLI et POLDER-2
en 2000), SeaWiFS ouvre également la voie aux futures missions.
Plusieurs capteurs de couleur de l'océan seront simultanément
en orbite, ainsi que d'autres capteurs (altimètres, diffusiomètres,
radiomètres infra-rouges) qui fourniront des informations sur les
forçages physiques. L'un des objectifs majeurs de ces missions
futures, soutenu par le projet américain SIMBIOS ("Sensor
Intercomparison and Merger for Biological and Interdisciplinary Oceanic
Studies"), sera d'utiliser l'ensemble de ces données de façon
conjointe et synergique, afin d'acquérir une vision la plus complète
possible de l'océan mondial.
Contact :
Annick Bricaud
Laboratoire de Physique et Chimie Marines,
Université Pierre et Marie Curie and CNRS
BP 8, 06238 Villefranche-sur-Mer Cedex
annick@ccrv.obs-vlfr.fr
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