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Les eaux souterraines
proviennent de linfiltration des eaux de pluie dans le sol.
Celles-ci sinsinuent par gravité dans les pores, les
microfissures et les fissures des roches, humidifiant des couches
de plus en plus profondes, jusquà rencontrer une couche
imperméable. Là, elles saccumulent, remplissant
le moindre vide, saturant dhumidité le sous-sol, formant
ainsi un réservoir deau souterraine appelé
aquifère.
La nappe
chemine en sous-sol sur la couche imperméable, en suivant
les pentes, parfois pendant des dizaines voire des centaines de
kilomètres, avant de ressortir à lair libre,
alimentant une source ou un cours deau. Les nappes souterraines
fournissent ainsi presque le tiers du débit total de tous
les cours deau de la planète, soit environ 12 000 kilomètres
cubes deau par an.
Les nappes deaux souterraines peuvent être de deux types
selon quelles circulent sous une couche perméable ou
non.
Les nappes situées sous un sol perméable sont dites
libres. Au-dessus de la nappe en effet, les pores du terrain perméable
ne sont que partiellement remplis deau, le sol nest
pas saturé, et les eaux de pluie peuvent toujours limprégner
davantage. Aussi, le niveau de la nappe peut-il monter ou baisser
à son aise. De telles nappes peuvent donc contenir des volumes
deau variables. Cest le cas notamment des nappes
daccompagnement des rivières.
En revanche, les nappes situées entre deux couches imperméables
sont dites captives car leur niveau ne peut monter, leau ne
pouvant sinsinuer dans un sol imperméable. Ces nappes
nont quun lien ténu avec la surface par où
elles sont alimentées et qui correspond à la zone
où la couche perméable affleure. De telles nappes
se renouvellent donc plus lentement que les nappes libres. Elles
sont en général profondes, quelques centaines de mètres
et plus, et si leur pente est forte, leau y est sous pression.
La pression est même parfois suffisante pour que le creusement
dun puits permette à leau de jaillir en surface
: une telle nappe est alors dite artésienne. Un exemple typique
en France est celui de la nappe captive des Sables-Verts de lAlbien,
qui se situe à environ six cents mètres de profondeur
sous Paris mais sinfiltre aux environs dAuxerre dans
lYonne. Au siècle dernier, cette nappe était
artésienne et jaillissait à environ 10 mètres
de la surface du sol. Mais elle a été intensément
exploitée et aujourdhui leau doit être
pompée en profondeur.
Les eaux souterraines cheminent à des vitesses très
différentes qui dépendent de la nature des sols :
plus la taille des porosités du sol est grande, plus la vitesse
est rapide.
Dans les régions karstiques,
les eaux de pluie sengouffrent rapidement par les fissures
et les avens et circulent à grande vitesse dans les galeries
souterraines (jusquà quelques centaines de mètres
par heure). Les eaux souterraines forment alors de véritables
lacs et rivières souterrains, les lacs pouvant avoir jusquà
100 mètres de long et les rivières parcourir jusquà
10 kilomètres en souterrain.
Mais le plus souvent, le périple souterrain des eaux de pluie
prend du temps : dans les régions constituées de calcaire
ou de granite peu fissuré, de craie, de sable ou dalluvions,
leur infiltration est lente (quelques mètres par an dans
les sables fins). Leau remplit progressivement les moindres
interstices, les pores de la craie, les petites fissures des granites
ou des calcaires durs, ou encore les vides laissés entre
les grains de sable ou de graviers. Les nappes ainsi formées
ne sont jamais des étendues deau libre, mais des couches
de terrain saturées deau. Leur écoulement est
paresseux et les distances parcourues peuvent être très
longues. Ce lent voyage permet au flux de leau de se régulariser,
et aux nappes dalimenter de manière régulière
les cours deau, malgré le caractère erratique
des pluies. Même en période de sécheresse, elles
peuvent parfois continuer à ravitailler les cours deau
pendant des années. Les eaux souterraines ont donc un rôle
de régulation extrêmement important. Ce sont elles
qui alimentent ce que lon appelle le " débit de
base " des cours deau ou débit détiage.
Mais toutes les nappes ne sont pas daussi bonnes régulatrices
du débit deau : les nappes libres en sont dexcellentes,
contrairement aux nappes captives.
Sous nos latitudes, les aquifères sont alimentés principalement
en hiver car durant cette période le phénomène
d'évaporation est faible, l'humidité des sols favorise
l'infiltration, et les plantes, qui vivent au ralenti, consomment
peu d'eau. Les eaux souterraines reconstituent donc leurs réserves
à cette époque de l'année. En été
en revanche, elles naccumulent plus deaux nouvelles
et leur niveau baisse. Mais elles continuent à alimenter
les cours deau sauf lorsque lhiver a été
trop sec, auquel cas elles peuvent se tarir. De même, dans
les pays tropicaux secs, les nappes reconstituent leur réserve
durant la saison des pluies. Mais elles sépuisent au
cours de la saison sèche qui dure longtemps et les cours
deau finissent le plus souvent par tarir. Dans les régions
au climat aride, les pluies sont trop exceptionnelles même
en hiver pour pouvoir humidifier les sols en profondeur. Leurs eaux
sévaporent, ou servent à alimenter la très
rare végétation, ou encore ruissellent sur les sols
secs pour aller rejoindre quelques cours deau occasionnels
appelés des oueds. Leau peut sinfiltrer en revanche
au fond de ces oueds lors de leurs crues passagères et aller
alimenter des nappes libres. Celles-ci sont donc toujours situées
en profondeur dans les sédiments du lit des oueds. En été
cependant, ceux-ci se tarissent et les eaux des nappes, qui débouchent
à lair libre, sévaporent au soleil.
Il est bien sûr possible dexploiter cette ressource
en puisant leau directement dans les nappes. Mais si lon
veut conserver laptitude de ces eaux à réguler
les flux, il faut prêter attention à ne pas prélever
plus deau que lécoulement naturel ne peut en
offrir. Il nest donc pas recommandé de puiser dans
une nappe sans en connaître au préalable le comportement,
si lon ne veut pas risquer un épuisement irréversible.
Certaines nappes, notamment, ne sont plus du tout approvisionnées
en eau aujourd'hui : leur exploitation, comme celle de n'importe
quel gisement fossile (pétrole, charbon, gaz,
), ne
peut donc que conduire à leur assèchement progressif.
C'est le cas par exemple des nappes profondes et captives de certains
bassins sédimentaires qui ne sont quasiment plus en relation
avec le réseau hydrologique superficiel et que les eaux de
pluie ne peuvent atteindre. C'est aussi le cas de certaines nappes
libres des régions désertiques, comme celles des grès
nubiens du nord de l'Afrique ou celle de l'Alti Plano en Bolivie :
ces nappes se sont formées alors que ces régions bénéficiaient
d'un climat plus clément mais aujourd'hui les pluies sont
trop rares pour pouvoir les alimenter.
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