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Depuis plus de 20 ans,
les rencontres internationales sur l’eau se succèdent,
signe d’une inquiétude des États participants,
qui tous souhaitent réfléchir à la manière
de gérer de façon durable les ressources en eau. La
dégradation des réserves, les difficultés d’accès
à l’eau potable que connaissent nombre de pays et le
risque de pénurie qu’encoure une part croissante de
l’humanité ébranlent en effet de plus en plus
les consciences internationales. Mais si la nécessité
de penser la gestion de l’eau à l’échelle
planétaire gagne progressivement du terrain, jusqu’à
présent toutes ces rencontres n’ont guère été
suivies de décisions ni de mesures concrètes, les
états ne parvenant pas à définir une stratégie
d’action commune.
La perception de la valeur de l’eau a progressivement évolué
au cours des deux dernières décennies. Lors de la
première conférence internationale sur l’eau,
qui se déroulait à Mar del Plata en Argentine en 1977,
l’eau fut définie comme « bien commun »,
un bien donc auquel chacun devait pouvoir accéder pour ses
besoins primordiaux. Mais à cette conception idéale
et proprement publique de l’eau s’est progressivement
substituée, au fur et à mesure de sa raréfaction,
une vision beaucoup plus marchande : en 1992 à la conférence
de Dublin, l’eau fut cette fois clairement déclarée
« bien économique ».
Par la suite, lors du premier Forum
mondial de l'eau, en mars 1997 à Marrakech (Maroc), les
experts exprimèrent leur crainte que l'eau ne devienne, comme
le pétrole, une denrée monnayable et chère
à courte échéance, et l'enjeu de nouvelles
guerres. Quant aux deux grands Sommets mondiaux de la Terre (juin
1992 à Rio et juin 1997 à New York), ils n’ont
rien apporté : peu présente au cours du premier, l’eau
fut promue « question prioritaire » lors du second,
sans cependant faire l'objet d'aucune décision.
Aujourd’hui, le constat est unanime parmi les experts qui
diagnostiquent une crise grave si les gouvernements n'améliorent
pas leur gestion des ressources en eau. Sur les remèdes pour
enrayer cette crise, en revanche, les avis divergent. C’est
ce qui est clairement apparu au cours du deuxième Forum mondial
de l'eau, qui se tenait en mars 2000 à La Haye (Pays-Bas).
Entre les 4 500 représentants d’une centaine de pays,
la discussion a en effet essentiellement porté sur la question
de la privatisation de l'eau. Tandis que la Commission mondiale
de l’eau, une émanation du Conseil mondial de l’eau,
plaidait pour une large privatisation de ce secteur à l'échelle
mondiale, de nombreuses Organisations non gouvernementales (ONG)
condamnaient cette vision « technico-économique et
marchande » et prônaient l’accès à
l'eau comme un « droit fondamental de l'homme », gratuit
ou tarifé à prix coûtant.
À l’issue de ce Forum, dans une déclaration
commune, les divers ministres de l’environnement ou des ressources
hydriques se sont finalement contentés de qualifier l'eau
d'élément « indispensable à la vie et
à la santé des hommes et des écosystèmes
et une condition fondamentale au développement des pays ».

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