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Représentation
de lagencement des molécules plus proches voisines
autour dune molécule deau. Coordinence tétraédrique.
Dans le liquide, cette structure est locale. Dans le solide, elle
sétend à grande échelle.
Domaine
de stabilité de la glace Ih à pression atmosphérique.
Leau peut exister à létat liquide en dessous
de 0°C, cet état est appelé surfusion (la limite
de la surfusion est estimée à 39°C )

Les
six orientations possibles pour les molécules deau
dans la glace Ih.
Formation
de la glace amorphe basse densité (BD) et de la glace cubique
Ic à la pression atmosphérique.
Un
cristal de glace VI, de structure quadratique, en équilibre
avec leau liquide à 0.9 GPa et à température
ordinaire (295 K soit 22°Celsius). Cette glace est plus dense
que leau liquide dans les mêmes conditions.
Formation
de la glace amorphe haute densité (HD) à partir de
la compression à 1 GPa de la glace Ih.
Configuration
de la glace X obtenue par compression de la glace Ih (ou VI) vers
100 GPa. Structure cuprite Cu2O.
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Leau, formule chimique
H2O, sous forme vapeur, liquide
ou solide, joue un rôle essentiel dans léquilibre
de notre planète. Sa forme solide courante est la glace.
Cependant suivant les conditions de température et de pression
auxquelles leau est soumise, un grand nombre de formes solides,
cest à dire de glaces différentes, peuvent exister.
La structure de la molécule
deau est lune des plus simples de la chimie, mais les
caractéristiques physiques de leau liquide et des différentes
glaces sont complexes et singulières. Cette complexité
est due à linteraction entre les molécules deau
: la liaison
hydrogène.
Leau liquide

Dans leau liquide,
les molécules deau sont extrêmement mobiles et,
en particulier, elles sont libres de se réorienter de façon
presque indépendante. Cependant, à un instant donné,
une molécule deau est toujours entourée de quatre
molécules voisines, ordonnées comme ci-contre, suivant
une géométrie tétraédrique. Ainsi, malgré
laspect dynamique du système dû à la mobilité
des molécules, il existe toujours dans leau liquide
une structure locale (à courte distance) instantanée.
La glace ordinaire notée Ih
Si, à la pression atmosphérique, on abaisse la température
en dessous de 0° Celsius
(soit 273,15 K),
leau liquide se transforme en glace : la structure tétraédrique
présente dans leau liquide se fige alors et lordre
local devient un ordre à grande distance. Cette glace est
donc un solide cristallin. Cette nouvelle structure requérant
un volume spécifique plus élevé que celui de
leau liquide, à la solidification, on observe une augmentation
du volume spécifique, cest à dire une baisse
de la densité : ceci est à lorigine de la rupture
des canalisations en hiver et de la flottaison des icebergs ou des
glaçons. Cette glace, que nous connaissons tous, a été
notée Ih par G. Tammann de lUniversité de Liepzig,
un scientifique du début du siècle, la lettre h se
rapportant à la structure globale de ce solide qui est hexagonale.

Au cours de la solidification, il y a donc une mise en ordre des
positions atomiques. Mais cet ordre nest pas parfait car les
molécules deau peuvent encore tourner autour de l
atome
d oxygène,
celui-ci restant fixe. Elles peuvent ainsi prendre lune des
six orientations représentée ci-contre. Il existe
donc, dans cette glace cristalline, un certain désordre de
position pour les atomes d hydrogène.
Si lon continue par la suite à abaisser la température,
la glace Ih reste stable.
Dautres formes de glace à pression atmosphérique
Dautres formes
de glace peuvent être obtenues à pression atmosphérique.
Par exemple, si lon projette de la vapeur deau sur une
surface refroidie aux alentours de 77 K (soit 196°Celsius),
on obtient un solide qui ressemble à un liquide figé.
Un tel solide nest donc pas cristallin, puisquil ne
possède pas dordre à grande distance : il est
dit vitreux ou amorphe. Cet amorphe est noté BD pour basse
densité ; en effet, nous le verrons plus loin, il existe
un autre amorphe de plus haute densité. Si lon chauffe
ensuite cet amorphe BD jusquà 150 K, on obtient à
nouveau un cristal, mais celui-ci est de structure cubique, notée
Ic. Ce nest quà 200 K que lon retrouve
notre glace habituelle Ih.

Les transformations
de la glace sous haute pression
Ce schéma simplifié que nous venons de présenter
se complique très fortement sous haute pression. Actuellement
on dénombre plus de 11 formes cristallines de glace haute
pression. Ces formes ont été progressivement découvertes
par G. Tammann à partir de 1900 (solides quil a noté
II et III) puis par P.W. Bridgman, de lUniversité dHarvard,
en 1912 dabord (glaces V et VI), puis en 1937 (glace VII).
Contrairement aux deux glaces précédentes, tous ces
cristaux sont plus denses que leau liquide correspondante
: à léquilibre eau-glace, ils chutent au fond
des enceintes haute pression ! Dans la plupart de ces glaces, le
désordre des atomes dhydrogène est semblable
à celui décrit pour la glace ordinaire Ih. Par contre,
en abaissant leur température, on peut obtenir des solides
haute pression complètement ordonnés, avec des sites
fixes pour les atomes dhydrogène.
On peut noter trois faits remarquables obtenues sous haute pression.
1- En comprimant la glace Ih à basse température (77
K), on observe vers 1 GPa
une transformation vers un solide amorphe. A cette température,
on peut ensuite à linverse détendre ce solide
amorphe et le récupérer à la pression atmosphérique.
Ce solide, de densité élevée par rapport à
celle du solide BD précédent, est noté HD,
pour haute densité. En chauffant ensuite cet amorphe HD,
on retrouve lamorphe BD précédent, puis la glace
Ic puis la glace Ih.

2- Dautres glaces formées sous haute pression peuvent
aussi être détendues à pression atmosphérique,
mais ceci doit toujours être fait à basse température.
Elles sont alors stables, ce qui permet de les étudier de
manière approfondie à laide de diverses méthodes
comme la diffraction X et la diffraction de neutrons.
3- Enfin, en comprimant très fortement la glace Ih (ou VI),
on peut atteindre la situation où la distance oxygène-oxygène
entre deux molécules deau voisines est approximativement
égale à deux fois la longueur de la liaison
de valence oxygène-hydrogène au sein dune
molécule deau. Lhydrogène
est alors également partagé entre les oxygènes
de deux molécules voisines. Cette situation commence à
apparaître vers 60 GPa et est bien caractérisée
vers 100 GPa. Dans ce cas, on na plus de molécules
H2O. Le solide est devenu un oxyde
dhydrogène au même titre que Cu2O
est un oxyde de cuivre. On a atteint la glace notée X dite
symétrique, dont la structure, dite cuprite, est identique
à celle de Cu2O.
Ces études sous haute pression ont un intérêt
dans les sciences fondamentales que sont la Physique du Solide et
les Sciences des Matériaux : en physico-chimie, lévolution
de la liaison hydrogène avec la distance oxygène-oxygène
est un point crucial ; un autre sujet est létude du
changement des potentiels interatomiques et intermoléculaires
avec la densité et la modification de la nature des matériaux
sous pression. Ces expériences sont aussi nécessaires
dans dautres domaines comme par exemple pour la modélisation
des planètes géantes du système solaire et
de leurs satellites. Uranus et Neptune, par exemple, sont essentiellement
constituées dun mélange deau, d
ammoniac
et de méthane
dont la pression et la température augmentent respectivement
de 10 à 800 GPa et de 2000 à 8000 K de leur périphérie
vers leur centre. Il serait vraiment intéressant de pouvoir
simuler, en laboratoire et sous pression statique, de telles conditions
de température et de pression. Malheureusement cela nest
pas encore possible aujourdhui. On a donc recours pour linstant
à des ondes de choc pour reproduire de tels états,
des expériences qui ne permettent cependant que des analyses
grossières. En revanche, il est possible de simuler sous
pression statique les conditions régnant au sein des satellites
de ces planètes dont les températures sont beaucoup
plus basses puisquelles avoisinent les 300 K.
Philippe PRUZAN
Laboratoire de physique des milieux condensés, Université
Paris VI

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