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PREMIERE POSTFACE A L'ATTENTION DES ENSEIGNANTS


Les lycéens et les universitaires travaillent de plus en plus à partir d’internet. Tout étudiant qui cherche des informations sur la théorie de l’évolution, s’il oublie l’accent aigu, trouvera les sites du mouvement du dessein intelligent. Lors d’une rencontre avec des lycéens, ils m’ont eux-mêmes interpellé sur ce que qu’affirment ces sites. Les enseignants doivent savoir que ce mouvement appelle les élèves à poser dix questions à leurs enseignants, questions destinées à mettre les enseignants de biologie dans l’embarras.

De quoi s’agit-il ? Nous avons là une nouvelle stratégie d’attaque anti-évolutionniste, illustrée de manière exemplaire par le livre de J. Wells intitulé « Les icônes de l’évolution », abondamment présenté et commenté sur la toile, et dont le style arrogant est typique des mouvements religieux anti-évolutionnistes américains. Wells est instruit, et va dénicher les petites incohérences dans la communication scientifique, les débats contradictoires internes normaux dans une théorie qui évolue, les accidents de l’histoire et les erreurs dans les données. Il les déconnecte du corpus général qui permettrait de réinterpréter les erreurs en question. En les isolant, il les monte à la hauteur de falsifications majeures de la théorie de l’évolution. Il évite de mentionner que les scientifiques eux-mêmes ont souvent déjà réglé l’affaire, omet les articles importants de clarification. Il y a donc abus de fonction critique.

Une fonction critique légitime s’en prendrait au corps théorique dans son ensemble. Mais J. Wells abuse de critiques d’anecdotes, d’accidents de l’histoire (l’homme de Piltdown, les embryons de Haeckel), de retards dans les manuels d’enseignement. Il fonde la légitimité de sa critique en clamant que les livres pour étudiants ont trop souvent plusieurs décennies de retard et montrent des versions trop simplifiées du champ scientifique. Ce que l’on peut reconnaître effectivement dans nombre de cas. Wells fonde sa stratégie de ce qu’il connaît du monde des chercheurs. Peu d’entre eux s’investissent vraiment dans la diffusion des connaissances. Le retard des livres scolaires en est un signe. Son intrusion dans cette brèche ouverte entre science et société devrait au moins nous servir de leçon. La transmission des connaissances, le partage élargi des méthodes et des savoirs ne devrait souffrir qu’un délai minimal correspondant au temps de stabilisation d’un résultat scientifique. Le prix à payer de toute négligence à cet égard est la désinformation au bénéfice d’idéologies, comme l’illustre très bien Wells. Il utilise cette faiblesse du système de diffusion des connaissances comme autant de faiblesses de la théorie elle-même, comme si le caractère désuet ou incomplet des livres scolaires confortait sa vision d’un dessein intelligent. Il utilise donc ce qu’il appelle les “icônes de l’évolution”, petites histoires tronquées repêchées dans les manuels pas toujours bien écrits, pas toujours à jour, comme levier critique contre la théorie darwinienne de l’évolution.
Voici les dix questions que Wells encourage les élèves et étudiants à poser à leurs enseignant :

1. Les origines de la vie : « Pourquoi les manuels affirment-ils que l’expérience de 1953 d’Urey-Miller montre comment les constituants de la vie avaient pu apparaître sur Terre, lorsque les conditions de la Terre primitive sont connues aujourd’hui pour avoir été différentes de celles de l’expérience, et que l’origine de la vie reste un mystère ? »
C’est un problème de mise à jour des manuels. Les origines des constituants chimiques du vivant ne sont pas plus un mystère aujourd’hui qu’hier. D’autres modèles d’évolution pré-biotique sont aujourd’hui disponibles. Marie-Christine Maurel (« Les origines de la vie », Syros, 1994) parle même de « profusion expérimentale » de ces dernières années (voir aussi « L’évolution chimique et les origines de la vie » d’André Brack et François Raulin, Masson, 1991)

2. L’arbre de la vie de Darwin (sic !) : « Pourquoi les manuels ne discutent-ils pas de l’explosion cambrienne, dans laquelle tous les groupes majeurs animaux apparaissent ensemble dans le registre fossile, pleinement formés, au lieu de se brancher sur un ancêtre commun, et donc contredisant l’arbre de la vie ? »
Il s’agit typiquement d’une objection fausse. Il y a incompréhension totale du sens des arbres phylogénétiques. Ce n’est pas parce que les groupes apparaissent subitement, simultanément et « pleinement formés » que cela récuse la notion d’ancêtre commun. Ce foisonnement soudain se traduit dans les arbres phylogénétiques par un cas de résolution difficile où toutes les branches se réunissent en un même point. Il y a bien des ancêtres communs hypothétiques, mais si rapprochés entre eux qu’il est difficile aux investigateurs de résoudre l’ordre des relations de parenté. De tels points de multifurcation ne nient pas l’ancêtre commun, mais signifient juste que pour l’instant on ne sait pas « qui est plus proche de qui ». La phylogénétique moderne offre une image du déroulement de l’arbre de la vie où certaines zones de l’arbre offrent des apparentements bien résolus, suivis de zones irrésolues, puis suivies à nouveau de zones résolues. Il n’y a pas de raison particulière de se focaliser sur l’explosion cambrienne, une époque de diversification majeure des lignées animales. Il y avait de la vie avant, avec des relations de parenté résolues en amont de cette « explosion », et d’autres résolues en aval. Il n’y a pas de contradiction.

3. L’homologie : « Pourquoi les manuels définissent-ils l’homologie comme une similarité due à une ascendance commune, puis déclarent que les homologies sont les preuves de l’ascendance commune, un argument circulaire déguisé comme une preuve scientifique ? »
Chez J. Wells comme chez M. Denton il y a incompréhension (ou travestissement) de la façon dont les scientifiques utilisent la notion d’homologie (voir plus haut, voir aussi « L’arbre à remonter le temps » de Pascal Tassy, Christian Bourgois, 1991 ; « Classification phylogénétique du Vivant », de Guillaume Lecointre et Hervé Le Guyader, Belin, 2001. Une hypothèse d’homologie est un pari. Initialement, à partir de structures qui se ressemblent, on fait le pari qu’elles sont héritées d’un ancêtre commun (homologie primaire), mais on peut perdre ce pari comme on peut le gagner. On fait ce pari sur des dizaines, voire des centaines de caractères. L’exercice décisif, c’est la construction de l’arbre qui va maximiser la cohérence entre ces multiples caractères. L’arbre le plus cohérent va montrer que pour certains caractères, on a gagné le pari ; tandis que pour d’autres, on l’a perdu.
Dans le premier cas, l’homologie sera dite confirmée (homologie secondaire). Ces homologies deviennent alors des arguments en faveur de l’apparentement exclusif des espèces qui les portent. Par exemple, dans tel arbre qui comporte un échantillon de quatre oiseaux, le bréchet est acquis une seule fois sur la branche réunissant le canard, le poulet, le colibri et l’autruche : il est un argument en faveur de leur apparentement exclusif.
Dans le second cas, l’homologie est dite infirmée, on parle alors d’homoplasie (ressemblance non acquise par ascendance commune). Dans ce même arbre, il y avait aussi deux espèces de chauve-souris. Elles sont placées avec les mammifères sur la base d’autres homologies présentes dans nos données (pavillon de l’oreille, poils, mamelles, mandibule constituée du seul os dentaire…). On constate que le membre antérieur réalisant une aile n’est pas acquis une seule fois mais deux fois indépendamment : une fois sur la branche propre aux quatre oiseaux, une autre fois sur la branche propre aux chauve-souris. Le pari sur l’homologie des ailes est perdu. En confondant l’homologie comme pari et l’homologie comme résultat ; et donc en occultant le pari, Wells fait de ce concept un usage circulaire. Mais comme on peut perdre le pari, il n’y a pas circularité.

4. Les embryons des vertébrés: « Pourquoi les manuels utilisent-ils des dessins montrant la ressemblance des embryons de vertébrés comme une preuve de leur ascendance commune, même si les biologistes savent depuis un siècle qu’ils ne se ressemblent pas plus à ces stades embryonnaires qu’au stade adulte, et que les dessins ont été truqués ? »
Ici Wells utilise un accident de l’histoire des sciences. Haeckel a produit des dessins d’embryons pas tout à fait conformes à la réalité. Les livres scolaires pourraient simplement montrer d’autres exemples de plus grande similitude embryonnaire à des étapes précoces qu’à des stades adultes, car il est un fait que ces embryons se ressemblent plus que ne se ressemblent les adultes. Mais les livres pourraient également exploiter le fait que certaines structures de notre propre embryogenèse sont des traits généraux montrant notre rattachement phylogénétique, comme par exemple l’apparition transitoire de fentes branchiales, ou la présence transitoire d’une queue. Pour illustrer le rapport entre embryogenèse et déroulement évolutif, on pourrait encore se borner à montrer une colinéarité relative du temps embryologique et du temps phylogénétique. Nous avons une cavité buccale avant d’avoir les ébauches du crâne, les ébauches du crâne avant d’avoir des doigts, et nous avons des doigts avant le pouce opposable. On doit notre bouche à celle des deutérostomiens apparus voici 580 millions d’années, notre crâne aux premiers craniates d’il y a 500 millions d’années, nos doigts aux premiers tétrapodes d’il y a 370 millions d’années, et notre pouce opposable aux premiers primates d’il y a 65 millions d’années. Enfin, on peut se contenter d’illustrer les gènes maîtres communs. Le gène initiateur de la cascade ontogénétique de la formation de l’œil chez la souris, s’il est exprimé expérimentalement chez une mouche drosophile en des segments atypiques, peut provoquer chez cette mouche drosophile la formation d’yeux de mouche surnuméraires. Il y a donc une sorte de langue commune des gènes reconnue à des stades précoces que l’on soit souris ou bien mouche drosophile. Cette architecture de l’expression génétique précoce commune est suivie dans le développement par des différenciations accrues jusqu’au stade adulte (l’ordre donné est un ordre de souris mais les yeux surnuméraire sont bien des yeux de mouche). Ces faits expérimentaux illustrent bien l’idée qu’il y avait dans les embryons de Haeckel : les embryons ont en commun (ici des modalités d’expression génétique) des traits anciens qui les font se ressembler plus que les adultes entre eux, qui sont plus différenciés.

5. Archaeopteryx : « Pourquoi les manuels présentent-ils ce fossile comme le chaînon manquant entre les dinosaures et les oiseaux modernes, même si les oiseaux modernes ne descendent pas de lui, et que leurs ancêtres supposés n’apparaîtront pas avant des millions d’années après lui ? »
Cette objection est fondée sur un schéma totalement erroné des relations de parenté, d’abord par confusion entre généalogie (qui descend de qui) et phylogénie (qui est plus proche de qui). Wells cherche l’ancêtre dans le cadre d’une philosophie essentialiste. Archaeopteryx est groupe-frère des oiseaux modernes ; il n’en est pas l’ancêtre pour des raisons méthodologiques : la phylogénie n’identifie pas des ancêtres, mais seulement des degrés d’apparentement. La phylogénie ne dit pas qu’Archaeopteryx est l’ancêtre des oiseaux modernes, elle dit qu’il est plus proche des oiseaux modernes qu’il ne l’est de dinosaures tel Velociraptor ou bien Tyrannosaurus. Le fait qu’il ne soit pas un ancêtre n’est donc pas une objection valide. Et le fait qu’il soit groupe-frère des oiseaux modernes n’empêche pas au premier de ceux-ci d’apparaître beaucoup plus tard.

6. La phalène du bouleau. « Pourquoi les manuels scolaires utilisent-ils les photographies de phalènes du bouleau camouflées sur des troncs d’arbres comme preuve de la sélection naturelle lorsque les biologistes savent depuis les années 1980 que normalement les phalènes ne résident pas sur les troncs, et que toutes les photographies ont été truquées ? »
Les photographies ne constituent pas les données scientifiques de base relatives à cette question. Les travaux décisifs de l’équipe de B. Kettlewell ont été réalisés bien après qu’on ait remarqué que les formes noires de ce papillon avaient déjà une fréquence de 98% dans les régions industrielles de l’Angleterre (et ceci dès 1898), tandis que les formes blanches typiques demeuraient à une fréquence de 100% en zone rurale non polluée. Dans les années 1950, l’équipe de B. Kettlewell travailla sur de nombreux marquages et re-captures de formes claires et foncées de phalènes du bouleau, relâchées tantôt dans des bois sombres, tantôt dans des bois clairs. Les statistiques faites sur les re-captures montrèrent une très nette survie en faveur des formes foncées dans les bois pollués, et une nette survie des formes claires dans les bois non pollués. Les résultats de l’expérience ne sont pas à remettre en cause, à moins d’accuser l’équipe de B. Kettlewell de fraude. L’interprétation qui a été faite de ces résultats était à l’époque la seule possible : seule la prédation accrue sur les formes mal camouflées pouvait rendre compte des chiffres, compte tenu des données disponibles et des observations directes de prédation par les oiseaux. Les chercheurs purent constater que les formes claires étaient bien camouflées sur les troncs clairs pourvus de lichens, et les formes foncées indiscernables sur les troncs devenus foncés par disparition du lichen. Quel que soit le moment de la journée ou de la nuit, l’endroit de l’arbre où la phalène se cache le jour, et quel que soit le mécanisme par lequel les formes mal camouflées sont repérées par les prédateurs, l’interprétation reste logiquement valide.
En fait, les auteurs qui ont réétudié la question (telle l’équipe de T. Sargent en 1998) pensent qu’il s’agit toujours d’un problème de sélection, mais plus compliqué que ce que l’équipe de Kettlewell était en mesure d’interpréter, d’autres facteurs sélectifs étant à l’œuvre (par exemple, les larves des formes mélaniques montrent une plus grande tolérance aux polluants et aux parasites). Le « mélanisme industriel » a touché également entre 80 et 100 autres espèces d’arthropodes. Mais si cet exemple de sélection naturelle devient aujourd’hui d’interprétation plus complexe, et si des photographes pressés ont « collé » des phalènes là où elles ne préféraient pas résider, l’exemple peut être aisément remplacé par d’autres. John Endler, de l’Université de Santa Barbara, recensait déjà au milieu des années 1980 plus de cent études décrivant des mécanismes de sélection naturelle dans des conditions et sur des organismes très variés. J. Wells devrait donc élargir ses recherches bibliographiques ailleurs que dans les livres scolaires.

7. Les pinsons de Darwin : « Pourquoi les manuels clament-ils que le changement des becs des pinsons des Galapagos durant les sécheresses peut expliquer l’origine des espèces par la sélection naturelle, même si ces changements sont réversibles après la sécheresse, et qu’aucune évolution n’a eu lieu ? »
L’objection est ici de mauvaise foi : le modèle « pinson » illustre l’initiation du changement dans des populations. Les études montrent que l’aspect physique des espèces change avec les modifications de l’environnement, et changent du même coup la survie et le succès reproducteur des espèces, et ceci dans une période de temps plus courte que ce que l’on pensait. La forme du bec n’est pas le seul caractère étudié. L’affirmation selon laquelle aucune évolution n’a eu lieu est fausse et gratuite. Les travaux de Peter Grant (voir par exemple dans « La sélection naturelle et les pinsons de Darwin », dans le dossier Pour La Science intitulé « L’évolution », Hors Série n°14, janvier 1997) sur les pinsons montrent une sélection oscillante, très réactive et très liée aux aléas climatiques. Par ailleurs, de multiples autres exemples de sélection sont disponibles (notamment dans des livres tels « Speciation and its Consequences », de D. Otte et J.A. Endler, Sinauer Associates, 1989).
Dans plusieurs textes, Wells dénonce l’utilisation qui est faite des pinsons de Darwin comme exemple de diversification des espèces alors que, dit-il, on n’a jamais vu une espèce se créer. Cette affirmation est, une fois de plus, fausse. L’apparition de nouvelles espèces en période historique a été de nombreuses fois documentée, c’est-à-dire, pour reprendre les termes de l’objection, l’évolution d’une espèce en une autre. Par exemple, on a pu observer que des remaniements chromosomiques chez des souris tunisiennes provoquaient des isolements reproducteurs et donc la naissance de nouvelles espèces, l’espèce descendante vivant au même endroit que la parente. L’hybridation naturelle entre deux types de tournesols identifiés comme espèces distinctes produisit une descendance qui ne pouvait plus se croiser avec les tournesols ancestraux, réalisant ainsi une nouvelle espèce. Cette expérience a même pu être reproduite en laboratoire. A partir d’une souche des années 1950, des mouches du vinaigre (drosophiles) ont été reproduites dans des laboratoires durant cinquante ans dans des conditions stables et pures. Pendant ce temps, les descendants restés dans la nature continuèrent à évoluer de leur côté. Lorsqu’il s’est agit de croiser, cinquante ans plus tard, les descendants domestiques restés « purs » et les descendants naturels, ce croisement fut rendu impossible par l’invasion génétique d’éléments génétiques dits « P » dans les populations naturelles. Les populations naturelles avaient tellement changé qu’elles étaient devenues, en quelque sorte, une autre espèce au regard de la souche originelle restée, elle, préservée de ces événements au laboratoire.

8. Les mouches mutantes : « Pourquoi les manuels utilisent-ils les drosophiles avec une paire d’ailes supplémentaires comme la preuve que les mutations dans l’ADN peut fournir le carburant de l’évolution, même si ces ailes supplémentaires n’ont pas de muscles et que ces mutants sont incapables de vivre en dehors du laboratoire ? »
Le modèle montre juste que de petits changements génétiques peuvent engendrer des modifications spectaculaires du corps. On pourrait changer d’exemple : un seul gène, lorsqu’il est muté, change le sens de l’enroulement des coquilles des escargots, et ces mutants naturels sont parfaitement viables dans leur milieu. Les manuels devraient juste diversifier leurs mutants.

9. Les origines humaines : « Pourquoi utilise-t-on les dessins des artistes représentant des humains simiesques pour justifier les déclarations matérialistes selon lesquelles nous ne sommes que des animaux et que notre existence n’est qu’un accident, lorsque les experts de ces fossiles ne s’accordent même pas sur qui sont nos ancêtres et à quoi il ressemblaient ? »
Les débats en paléontologie humaine sont des débats sur les relations de parenté des fossiles, entre spécialistes n’utilisant pas les mêmes méthodes d’analyse. Ces débats font partie de la marche normale d’une science. Si l’on désire entrer dans ce débat, il faut être très vigilants à la nomenclature. Le terme « nos ancêtres » est trop flou. Jusqu’où remonte-t-on ? La question telle qu’elle est posée par Wells est trop vague, et permet de présenter la paléontologie humaine comme un vaste désordre. Il y a des accords à certains niveaux de l’arbre phylogénétique des hominidés. Nous l’avons vu, les ancêtres sont des puzzles incomplets dont la structure dépend de la structure de l’arbre reconstruit. Les chercheurs s’accordent sur certaines combinaisons minimales pour certains de ces puzzles, c’est-à-dire pour certains de nos ancêtres. Ces représentations s’en inspirent.

10. L’évolution, un fait ? : « Pourquoi nous dit-on que la théorie darwinienne de l’évolution est un fait scientifique, même si beaucoup de ses affirmations sont fondées sur des représentations erronées des faits ? »
Ici il y a un flou sous le mot « évolution » et une confusion dans les rapports entre faits et théorie (voir plus haut). Wells joue sur les deux confusions. Certes, l’évolution biologique est un fait, les industries agronomique et pharmaceutique feraient faillite si les êtres vivants dans la Nature étaient immuables. Mais les mécanismes par lesquels la vie évolue sont conçus par nous dans la théorie darwinienne de l’évolution. Dans la seconde partie de la phrase, c’est la théorie qui est visée (« les faits » sont ceux de la théorie). Une théorie n’est pas moins noble que les faits, cette opposition est inepte, nous avons déjà développé cela plus haut. En présentant une théorie élevée au rang de fait, Wells établit une hiérarchie qualitative entre les deux en même temps qu’il suggère l’abus. L’accusation de représentation erronée des faits fait référence aux icônes de l’évolution.




 
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