| Le déroulement de l'évolution, sa chronologie et l'histoire des milieux | |||
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| Le Trias et l'ébauche des grands groupes modernes | |||
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Jean-Claude GALL Laboratoire Paléobiodiversité : histoire et dynamique, UMR 8569 CNRS, Université Louis-Pasteur, Strasbourg
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La crise biologique de la fin du Permien a dramatiquement déciméles écosystèmes aquatiques et terrestres. On estime que dans les milieux marins, 90% des espèces vivantes se sont éteintes. Parmi les victimes figurent des foraminifères (les fusulines), des arthropodes (les trilobites), les coraux tabulés et tétracoralliaires, mais également de nombreuses familles de brachiopodes ou déchinodermes (les paléchinides, les blastoïdes). La reconquête des environnements dévastés et la reconstitution de leur biodiversité ont nécessité plusieurs millions dannées voire 10 millions dannées. Elles ne furent véritablement achevées quau Trias moyen. En effet, durant le Trias inférieur, une transgression marine amorçée dès la fin du Permien, submerge les plates-formes continentales avec des eaux pauvres en oxygène et chargées en gaz toxiques (dioxyde de carbone, méthane, hydrogène sulfuré). Le repeuplement des mers par une faune diversifiée en sera considérablement retardé. Sur les terres émergées, la persistance de climats arides dont témoignent les influences éoliennes enregistrées dans les Nouveaux Grès Rouges, en particulier dans le Buntsandstein, savère défavorable à lépanouissement de la végétation et de la vie animale. Aussi, certaines formes qui étaient bien représentées au Permien (gastéropodes, crinoïdes), mais qui nont pas été identifiées au Trias inférieur, et qui réapparaissent au Trias moyen, ont-elles été qualifiées despèces "Lazare" comme si leur manifestation tardive procédait dune résurrection. LES ECOSYSTEMES MARINS Le benthos Tandis que les peuplements néritiques des fonds meubles de lère primaire étaient dominés par des communautés de brachiopodes, les mêmes biotopes seront progressivement colonisés, après la crise du Permien, par les lamellibranches, une situation qui perdure dans les mers actuelles. Sur les fonds indurés, les crinoïdes développaient de véritables prairies sous-marines qui sont à lorigine des calcaires à entroques. Cest le cas des communautés à Encrinus liliiformis qui peuplaient la mer du Muschelkalk. De tels écosystèmes ont aujourdhui disparu en raison de la migration de ces échinodermes vers les eaux profondes. Le benthos vagile se recrute parmi les mollusques (lamellibranches, gastéropodes) et les crustacés supérieurs (les décapodes), ce qui est encore le cas de nos jours. Le necton Les invertébrés nageurs sont dominés par les céphalopodes. Au Trias, les goniatites de lère primaire sont relayées par les cératites et par les ammonites. Ce dernier groupe connaîtra une extraordinaire diversification durant toute lère secondaire. Les prédateurs se recrutent parmi les céphalopodes (nautiles, coléoïdes), les poissons et les reptiles marins. Ceux-ci sont représentés par de nombreux groupes. Les placodontes possédaient des dents aplaties en forme de casse-noix qui servaient à broyer les coquilles. Les ichtyosaures, de taille encore modeste, correspondent aux premiers représentants dune lignée de chasseurs redoutables qui écumeront les mers jusquà la fin de lère secondaire. Lessor des prédateurs marins au cours de lère secondaire suscitera progressivement chez leurs proies lacquisition de coquilles plus robustes (lamellibranches, gastéropodes). Cest là un bel exemple de co-évolution. Le même besoin de protection est sans doute responsable de limportance croissante des invertébrés endobiontes (échinides, gastéropodes, lamellibranches). Les récifs Les récifs coralliens qui ont entièrement disparus à la fin de lère primaire, seront remplacés au début du Trias par des stromatolites, constructions microbiennes adaptées aux environnements marins encore largement anoxiques. Ce nest quau Trias moyen que les récifs réapparaîtront. Désormais les constructeurs seront essentiellement des coelentérés hexacoralliaires associés à des éponges et à des algues calcaires. Les communautés récifales et larchitecture des récifs annoncent celles que nous connaissons dans la nature actuelle. La végétation La luxuriante végétation des marécages houillers du Carbonifère sest drastiquement appauvrie au cours du Permien. Au début du Trias, la restauration de la végétation terrestre a dabord été réalisée par des lycophytes (Pleuromeia) puis par des conifères. Parmi ces derniers figure le genre Voltzia qui caractérise le Buntsandstein supérieur. Les conifères cohabitaient avec des fougères (Anomopteris) et des équisétales (Schizoneura). Les plantes à graines vraies sont encore absentes. Les vertébrés Dès le début du Carbonifère, les vertebrés tétrapodes (vertébrés terrestres pourvus de membres) s'étaient différenciés en deux grands ensembles, les temnospondyles et les anthracosaures, respectivement apparentés aux amphibiens modernes et aux amniotes modernes (reptiles, oiseaux, mammifères). Les amphibiens primitifs, au mode de vie essentiellement aquatique, sont souvent désignés sour le nom de "Stégocéphales". Au Trias, ce monde des "Stégocéphales" est sur le déclin. Quelques derniers anthracosaures survivent. Les temnospondyles sont encore assez abondants et se sont souvent adaptés à des niches écologiques particulières. Certains sont adaptés à la nage rapide, même en milieu marin, d'autres ont acquis une taille considérable, tel le genre Mastodontosaurus qui dépassait 2 m de longueur. D'autres, au contraire, se sont "miniaturisés" dès le Permien et ont donné naissance, au Trias, aux premiers amphibiens de type moderne. Ainsi, dès le Trias, apparaissent les anoures (grenouilles), les apodes et, probablement, les urodèles (salamandres et tritons). Dans le monde des amniotes, le passage du Permien au Trias est marqué par une inversion des rapports entre les différents groupes. Au Permien, les faunes terrestres étaient dominées par deux grands groupes d'amniotes: les synapsides (précurseurs des mammifères) et les parareptiles (animaux généralement herbivores et massifs, dont les tortues actuelles seraient peut-être des survivants). Au Trias, les parareptiles ont pratiquement disparu et les synapsides soit réduisent leur taille (thérapsides et premiers mammifères) soit deviennent exclusivement herbivores (Lystrosaurus). Les thérapsides, acquièrent progressivement au cours du Trias des transformations anatomiques et physiologiques qui annoncent les mammifères. Les premiers mammifères qui se manifestent au Trias supérieur sont des animaux de très petite taille. Cest seulement au cours de lère tertiaire, après lextinction des grands reptiles à la fin du Crétacé, quune radiation adaptative les élèvera au rang danimaux dominants parmi la grande faune terrestre. En revanche, les eureptiles (lézards, crocodiles, dinosaures et oiseaux) connaissent une diversification rapide. Au Trias supérieur apparaissent les premiers dinosaures. Leur taille est déjà impressionnante. Cest le cas du genre Plateosaurus du Keuper du Wurtemberg, un dinosaure herbivore qui pouvait atteindre 8 m de longueur. Ces grands vertébrés préludent à la fabuleuse radiation reptilienne (puis avienne) de lère secondaire. Les insectes Au Trias, le renouvellement du monde des insectes est moins spectaculaire que chez les autres invertébrés car la plupart des ordres étaient déjà présents à lère primaire : les odonates, les éphémères, les blattes, les hémiptères, les coléoptères... Lentomofaune triasique révèle une biodiversité comparable à celle quelle arbore de nos jours, à lexception des insectes sociaux, hyménoptères et termites, et des lépidoptères qui feront leur apparition plus tardivement. LE GRÈS A VOLTZIA : UNE FENÊTRE SUR LA BIOSPHÈRE TRIASIQUE Les gisements fossilifères témoignant de la reconquête triasique sont rares. Le Grès à Voltzia du nord-est de la France qui est daté du Buntsandstein supérieur, constitue à cet égard une exception. En effet, les intercalations argileuses de cette formation gréseuse ont livré des fossiles admirablement conservés danimaux aquatiques ainsi quune faune et flore terrestres peuplant un ancien delta. La faune aquatique Des étendues deau temporaires abritaient des méduses, des annélides, des lingules, des lamellibranches, des limules, des crustacés, des larves dinsectes et des poissons. Les méduses (Progonionemus) qui appartiennent à lordre des limnoméduses et les annélides rapportées aux polychètes (eunicites, homaphrodite, spirorbis) ont encore aujourdhui des représentants dans les eaux saumâtres. Il en est de même du brachiopode Lingula, inféodé aux milieux littoraux à salinité fluctuante. Les crustacés qui constituent le groupe dominant, affichent un aspect délibérément moderne avec des branchiopodes (triops, esthéries), des ostracodes (Triassinella), des mysidacés (Schimperella), des isopodes de petite taille (Palaega), des décapodes (Antrimpos, Clytiopsis). Cependant, certains genres (Euthycarcinus, Halicyne) appartiennent à des groupes archaïques qui furent florissants durant le Paléozoïque et qui séteindront au cours du Trias. Les poissons appartiennent à divers groupes de poissons osseux (Saurichthys, Dipteronotus, coelacanthes...). La présence de poissons cartilagineux est signalée par leurs ufs très caractéristiques (Palaeoxyris). La faune terrestre Les reptiles sont uniquement connus par leurs pistes de locomotion (Chirotherium). Un monde darthropodes proliférait sur les terres émergées : des scorpions, des petites araignées mygalomorphes (Rosamygale), des myriapodes diplopodes et une foule dinsectes. Une évaluation provisoire de lentomofaune a recensé pas moins de 200 espèces réparties entre une quinzaine dordres. Les blattes constituent le groupe dominant. La diversité des coléoptères qui accuse une quarantaine despèces, est en accord avec la situation rencontrée dans la nature actuelle. Les hémiptères sont presque aussi nombreux. Dautres insectes appartiennent aux odonates, aux éphémères, aux trichoptères, aux orthoptères, aux diptères... Pontes, larves aquatiques et formes adultes illustrent les étapes des cycles biologiques. La végétation Une vingtaine despèces de plantes ont été décrites. Elles appartiennent aux lycophytes, aux équisétales, aux fougères et aux gymnospermes. Les équisétales (Equisetites, Schizoneura) édifiaient des peuplements denses en bordure des chenaux et des collections deau. Parmi les fougères, le genre Anomopteris exhibait des frondes atteignant 2 m de longueur. La végétation dominante était cependant constituée par les conifères (Voltzia, Aethophyllum, Yuccites, Albertia). Voltzia ne dépassait guère la taille dun arbuste. Aethophyllum a la remarquable particularité dêtre le seul conifère herbacé connu.
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