Dario De Franceschi
UMR 8569
Muséum National d'Histoire Naturelle, Paris |
Fig. 1 - Lame mince dans une roche
sédimentaire du Dévonien de Rhynie (Ecosse), sur
laquelle la structure des tiges de Rhynia est visible en
coupe. |

Fig. 2 - Archaeopteris, empreinte
du feuillage d'un des premiers arbres ayant peuplé la terre
et constitutant des forêts importantes. |

Fig. 3 - Reconstitution de la forêt
houillère du Carbonifère. |

Fig. 4 - Portion de fronde de Neuropteris
du bassin houiller de Blanzy. |

Fig. 5 - Empreinte d'un rameau feuillé
d'un conifère du Permien. |

Fig. 6 - Cône ovulifère
(femelle) actuel d'un Cycas circinalis. |

Fig. 7 - Une Angiosperme (plantes à
fleurs et à fruits) à rapprocher de la famille actuelle
des Myrsinacées. |
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INTRODUCTION
Les formations
végétales actuelles et les cortèges floristiques
varient avec le climat et la région considérée.
La végétation est largement dominée, excepté
dans les régions froides, par un groupe très diversifié,
les Angiospermes, qui représentent environ 80 % des 250 000
espèces actuelles décrites. Toutefois, il n'en a pas toujours
été ainsi. Des premières plantes terrestres à
la flore actuelle, l'évolution végétale et la succession
des différents groupes à la surface du globe a contribué
à l'évolution des paysages, et la végétation,
soumise aux pressions sélectives des variations climatiques,
a été "façonnée" au cours des
temps géologiques.
DIFFÉRENCIATION VÉGÉTALE
EN MILIEU AQUATIQUE ET SORTIE
DES EAUX
Les Stromatolites sont les témoins de l'activité biologique
de Cyanobactéries photosynthétiques, premières
formes de vie à la surface du globe, vivant dans l'eau des marges
océaniques depuis près de 4 milliards d'années.
Depuis l'Ordovicien, des formes pluricellulaires d'algues vertes (Dasycladales,
Caulerpales) et rouges (Cryptonémiales) se sont diversifées
et occupent le milieu aquatique.
Au début du Silurien, une diversification des formes aquatiques
conduit aux premières Charophytes, considérées
comme des intermédiaires probables entre les algues vertes et
les plantes terrestres.
La sortie des eaux, premier événement majeur dans l'histoire
de la végétation, s'effectue durant le Silurien supérieur :
les restes fossilisés des premières plantes vasculaires
du genre Cooksonia (Lang 1937) (Rhyniophytes
Fig.1) ont été découverts dans de nombreuses régions
(Grande-Bretagne, Europe centrale, Libye, Amérique du Nord, Australie,
Chine). D'après les reconstitutions réalisées à
partir de ces gisements, ces plantes forment des tapis plus ou moins
exondés d'une trentaine de centimètres de haut, sur les
marges littorales des continents, déserts minéraux encore
dépourvus de végétation et de sol. Cette colonisation
du milieu aérien a été rendue possible grâce
à plusieurs innovations fondamentales :
- la capacité de ces plantes à résister à
la dessiccation par la formation d'une cuticule et d'ouvertures spécialisées
permettant les échanges gazeux, les stomates.
- la production et dispersion de spores également résistantes
à la dessiccation grâce à une enveloppe protectrice
formée de sporopollenine, substance proche de la chitine des
arthropodes.
- la vascularisation des axes qui permet la circulation de l'eau et
des éléments nutritifs dans toutes les parties de la plante.
Les "flores à Baragwanathia" du Silurien supérieur
(415 Ma) et du Dévonien inférieur d'Australie (Victoria)
annoncent les formations plus complexes qui leur succéderont.
Outre les Baragwanathia (Lycophytes),
elles comprennent des Rhyniophytes et Trimerophytes. Toutes ces plantes
se présentent sous la forme de petits axes plus ou moins ramifiés,
sans feuilles, plus ou moins couchés et dressés, et avec
une vascularisation rudimentaire.
LES PREMIÈRES FORÊTS
Plus riche que la flore du Silurien, la flore du Dévonien comprend
des Charophytes, en milieu aquatique, représentés par
les gyrogonites (oogones) calcifiés, des champignons souvent
associés aux Rhyniales, des
Hépatiques ("
Bryophytes s.l.") à thalles, Zoostérophyllales,
Trimérophytes et Aneurophytes.
On assiste durant cette période à une explosion des formes,
grâce à une vascularisation importante de l'appareil végétatif
et à la lignification des tissus. Les formes ligneuses se développent
dans divers phyllums d'Embryophytes : les
Sphénophytes, les Lycophytes (Lépidodendrales) et
les
Archaeoptéridales. Les premières plantes à
ovules (Spermatophytes)
apparaissent, encore représentées par des formes réduites
(
Hydraspermacées et groupes proches). Au voisinage des zones
humides, la flore se diversifie progressivement. A la fin du Dévonien,
des forêts à Archaeopteris (Fig. 2) de 10 à
30 m de haut, dont le bois fossilisé est appelé Callixylon,
couvrent déjà la surface des continents, au moins dans
les régions les plus humides.
LES FLORES HOUILLÈRES
Les bassins houillers du Carbonifère (Fig. 3) se trouvent principalement
sur la ceinture équatoriale, l'équateur passant au centre
de l'Europe et de l'Amérique du Nord durant cette période.
Les plantes fossiles, trouvées dans les couches du Carbonifère
inférieur, révèlent une grande homogénéité
floristique à la surface du globe jusqu'au Namurien (fin Carbonifère
inférieur). Les "Ptéridophytes" et "pré-Spermatophytes"
(Anisopteris, Sphenopteris, etc.) sont très abondantes :
des Lycophytes arborescentes et des
Filicophytes à pinnules foliarisées
témoignent d'un climat chaud et humide. Les Archaeopteris
disparaissent progressivement.
Au Carbonifère supérieur, on distingue trois provinces
floristiques : la province floristique angarienne (Sibérie actuelle),
la province laurasienne (l'essentiel des continents de l'hémisphère
nord) et gondwanienne (les continents du Sud). Les 3 provinces présentent
des flores de même composition générale mais avec
des espèces différentes :
Dans la Province Angarienne, les Lépidodendrales (Angarodendron
surtout) présentent du bois à zonation très marquée,
ce qui implique l'existence d'un climat à saisons très
contrastées. Les gisements comprennent également des fossiles
de Sphenophyllum (Sphénophytes), Pecopteris (Lyginoptéridacées),
Neuropteris (Médullosacées
Fig. 4), Cordaites, Rufloria (Cordaïtes),
Le même type de végétation, et pratiquement la même
flore prospèrent dans toute la province laurasienne avec toutefois
des variantes spécifiques qui ont conduit à la définition
de deux sous provinces : la sous province euramérienne (Europe
et Amérique du Nord) et la sous province cathaysienne (Chine).
Il s'agit de la "flore houillère" qui croît au
voisinage des zones marécageuses : c'est une flore de milieux
chauds et très humides comprenant des Bryophytes, différentes
Ptéridophytes et où dominent les Lycophytes avec notamment
les lépidodendrons et sigillaires, et de nombreuses Spermatophytes.
En marge de ces zones, des indices de flores plus sèches mésophiles
et mésoxérophiles sont rencontrés.
A la fin du Carbonifère, la végétation enregistre
une baisse progressive de l'humidité. Du point de vue palynologique,
on observe encore une prédominance des Lycophytes et autres Ptéridophytes
(80-90 % des palynomorphes) par rapport aux
Gymnospermes (10-20%).
Dans la province gondwanienne, les bois rencontrés présentent
aussi une zonation marquée qui révèle un climat
à alternance de saison. Les nombreuses formes présentant
un appareil foliaire bien développé constituent une biomasse
photosynthétique importante qui est à l'origine du charbon.
Cette végétation a contribué à la fixation
du CO2 atmosphérique, réduisant ainsi l'effet
de serre, et un enrichissement de l'atmosphère en oxygène.
Un cycle glaciaire commence à la fin du Carbonifère inférieur
et la province gondwanienne est alors en zone périglaciaire (Afrique
du Sud et Australie). Les Filicophytes (Anisopteris),
Ginkgophytes,
Cordaïtes et
Sphénophytes sont les principales composantes
de cette flore gondwanienne. En zone périglaciaire, poussent
les
Glossoptéridacées, Gangamopteris et Glossopteris
(pollen).
Au Permien, les 4 unités floristiques demeurent distinctes et
subissent quelques modifications.
Dans la province angarienne, la flore est constituée des éléments
anciens les plus adaptés aux climats tempérés et
froids. Les Lycophytes et Cordaïtes disparaissent. Les Filicophytes
sont nombreuses avec l'apparition de deux familles, les Osmundacées
et les Matoniaceae. Les nombreux restes de Sphaignes témoignent
de la fraîcheur et de l'humidité du climat.
Dans la province Laurasienne les végétations des deux
sous provinces euramérienne et cathésienne sont de plus
en plus différenciées :
En effet, dans la sous province euramérienne, le climat reste
chaud mais devient de plus en plus sec : la disparition progressive
des Calamites (Sphénophytes), des Lépidodendrales (Lycophytes),
des Cordaïtes est accompagnée d'une importante diversification
et extension des
Coniférophytes (Lebachia, Walchia
Fig . 5 etc). C'est une flore méso- à mésoxérophile
dominée par les Gymnospermes.
Dans la sous province cathésienne en revanche, le climat chaud
et humide se maintient pendant tout le Permien. On observe des éléments
de la flore carbonifère et le développement de nouvelles
formes caractéristiques à la fin du Permien, les Gigantoptéridales,
qui dérivent probablement de
Ptéridospermes.
Une flore typique à Glossoptéridacées, comprenant
également une abondance de Pecopteris et Sphenopteris
s'installe progressivement dans la province gondwanienne et correspond
au réchauffement du climat à la fin du cycle glaciaire.
Le climat sub-tropical à la fin du Permien permet la mise en
place d'une végétation à l'origine de nouvelles
formations houillères.
À partir de la fin du Permien, les continents se regroupent en
une seule masse continentale, la Pangée.
LA FLORE DE LA PANGÉE
Durant le Trias, la flore est dominée, à l'échelle
de la planète, par les Spermatophytes "pré-Spermaphytes",
dans un climat chaud et plus ou moins sec selon les régions.
Au Trias inférieur, on constate la disparition de formes anciennes.
La flore comporte des représentants des "Bryophytes s.l.",
Sphénophytes (Equisétales), Lycophyte, Filicophytes, des
Spermatophytes "pré-Spermaphytes" (Glossoptéridales,
Corytospermes (Dicroïdium),
Peltaspermales,
Pentoxylales,
Ginkgoales, Cycadales (Fig.6), Bennettitales) et des Coniférales.
Parmi les genres typiques à larges distributions, on note les
Voltzia (Coniférales) et Pleuromeia (Lycophytes).
Le Gondwana conserve une flore individualisée. Les Glossoptéridales
(sauf Glossopteris), les Lépidophytales (Lycophytes) et
les Astérothécacées (Filicophytes) disparaissent
progressivement. Les Cycadales, Ginkgoales et les Bennettitales demeurent
en revanche assez nombreuses. Les Pentoxylales et Corytospermes (feuilles
du genre Dicroïdium dont les tiges sont appelées
Rhexoxylon) sont des formes nouvelles en pleine expansion. La
végétation est probablement plus clairsemée mais
composée essentiellement de végétaux ligneux arborescents
ou buissonnants avec un feuillage coriace.
Dans la province euramérienne, on rencontre des formations forestières
dites "flore à Voltzia" à l'Ouest (Vosges),
et "flore à Pleuromeia" à l'Est avec
des transitions entre les deux. Dans la "flore à Voltzia",
les Sphénophytes (Equisetites) sont bien représentées,
mais on trouve peu de fougères, de Ptéridospermes, de
Cycadales et Ginkgoales. La végétation est xéromorphe,
dans un climat probablement chaud avec une alternance de saisons sèches
et humides.
Dans la province angarienne, les fougères d'origine cathaysienne
occupent une place importante. Les Equisétales et Coniférales
présentes sont différentes de celles de l'Eurasie. Le
climat s'est réchauffé.
Dans la province cathaysienne, l'assèchement du climat appauvrit
la flore et les Filicophytes sont remplacées par des Conifères
et Lycophytes, la flore est comparable à la "flore à
Voltzia".
La flore devient homogène à la fin du Trias, c'est une
conséquence du mélange des flores des différentes
provinces où règne un climat tropical. La mise en place
de flores à Scytophyllum et Lepidopteris (Peltaspermacées)
s'effectue sur les trois provinces du Nord au cours du Trias supérieur.
Les formations végétales sont composées de nombreuses
Filicophytes (Diptéridacées), de "Préspermaphytes",
Cycadales, Bennettitales, Ginkgoales (mieux représentées
vers l'Est) et de quelques Sphénophytes (Equisetites, Neocalmites).
Cela constitue le fond de la flore du Jurassique et du Crétacé
inférieur.
DISLOCATION DE LA PANGÉE
ET APPARITION
DES ANGIOSPERMES
Le Gondwana se sépare de la Laurasie et la Pangée se disloque
dans un premier temps en 3 blocs, avec l'ouverture de l'océan
appelé Thétys. L'élargissement de la Thétys
s'accentue progressivement vers l'Ouest. A la fin du Jurassique et au
début du Crétacé, l'ouverture de l'Atlantique accentuera
encore le morcellement des masses continentales (séparation Amérique
du Sud - Afrique). C'est le déchirement de la Pangée qui
va modifier le climat et la dissémination des plantes continentales.
Durant le Jurassique le climat demeure globalement chaud et uniforme
du fait de la disparition des glaciers. Les zones humides sont dans
la région équatoriale (Gondwana) et sur les côtes
et îles.
Dans la région septentrionale, on rencontre de nombreux restes
de Fougères (Thaumatopteris) , des Cycadales, Bennettitales,
Ginkgoales et Conifères. Le climat est moyennement humide et
chaud.
Dans la région intermédiaire, Bennettitales, Cycadales,
Ginkgoales, Filicales (Matoniacées) constituent l'essentiel de
la flore avec quelques Conifères. Le climat est tropical et aride,
et les formes végétales pachycaules sont abondantes dans
des formations végétales plus ouvertes que dans la région
septentrionale.
La région plus méridionale, en grande partie gondwanienne,
porte une végétation composée surtout de Filicophytes
et Equisétales. Les fougères de différentes familles
(Diptéridacées, Matoniacées, Osmondacées,
Gleicheniacées, Schyzéacées) et les Spermatophytes,
tels que les Cycadales, Bennettitales, Corytospermes (Inde), Caytoniales,
Pentoxylales, Ginkgoales et Coniférales, sont les éléments
majeurs d'un flore comparable à la flore laurasienne. Le climat
est chaud et humide.
La flore rencontrée dans les gisements du Crétacé
inférieur est très proche de celle du Jurassique. On retrouve
de nombreux représentants communs dans les deux flores parmi
les Filicophytes, Bennettitales, Cycadales, Ginkgoales, et Coniférales.
Quelques variations locales apparaissent toutefois en fonction de la
latitude, avec également la différenciation de nouveaux
genres. Les études palynologiques révèlent la présence
abondante de Conifères (Araucariacées et Cheirolépidacées),
de Bennettitales, ainsi que des Gnétophytes (Ephédrales,
Welwitschiales) , aux basses latitudes (Afrique et Amérique),
dans un climat tropical aride. En revanche, sur la majeure partie de
l'Europe, qui subit alors un climat tropical à sub-tropical humide,
les spores de Ptéridophytes sont abondantes dans les sédiments.
Elles sont accompagnées de pollen de Coniférales avec
notamment Classopollis (Cheirolépidacées).
A partir du Barrémien et plus nettement à partir de l'Aptien
et l'Albien (fin du Crétacé inférieur 100
Ma), l'apparition, puis la rapide extension des Angiospermes changent
radicalement la composition de la flore et la structure des formations
végétales.
Même si on peut distinguer 4 provinces en fonction de la composition
palynologique, notamment par la composition en spores (Filicophytes)
et pollen (Coniférophytes), les différences sont peu marquées
dans la composition en Angiospermes.
La province nord-laurasienne (latitude > 60°N) est riche en pollen
disaccate (à 2 ballonnets) de Pinacées (Coniférales),
avec également Classopollis (Cheirolépidacées
; Coniférales), du pollen d'Ephédracées et des
spores de Schizéacées et Gleichéniacées
(Filicophytes), plus des représentants de Sphagnum (Bryophytes
s.s).
Dans la province sud-laurasienne, à climat tempéré
chaud à subtropical humide, le pollen disaccate des Pinacées
constitue le plus fort pourcentage du spectre pollinique, il est accompagné
notamment de spores de Gleichéniacées.
La province nord-gondwanienne présente un climat tropical semi-aride
(zone tropicale actuelle). On observe une composition palynologique
équivalente à celle de la province laurasienne pour les
Filicophytes, une absence de disaccates et de Sphagnum, mais
le pollen de type Classopollis est présent. On note la
présence du pollen de Cycadophytes, d'Ephédrales et des
premières formes angiospermiennes. Les Angiospermes ont également
laissé des traces sous forme de macrorestes attribués
à différentes familles.
La province sud-gondwanienne à climat tempéré chaud
présente une palynologie semblable à celle du sud laurasienne
pour les Filicophytes et nord gondwanienne pour les Coniférophytes.
Les Angiospermes sont nombreuses, notamment en Australie avec les Fagacées,
Protéacées, Myrtacées et Légumineuses, qui
constituent le fond de la flore de cette île à l'heure
actuelle.
Dès le début du Crétacé supérieur,
les Angiospermes sont très diversifiées et abondantes.
L'occupation rapide de toutes les niches écologiques par ces
plantes modifie profondément les paysages végétaux,
et, la fin du Crétacé, les Angiospermes constituent déjà
le groupe végétal dominant et le plus diversifié.
Cette apparition et extension brusque des Angiospermes constitue un
changement majeur dans l'histoire de la végétation du
globe.
LES FLORES MODERNES ET LES
CHANGEMENTS CLIMATIQUES
Les Angiospermes se sont très rapidement diversifiées
et les principales familles actuelles ont laissé des traces dans
les sédiments avant la fin du Crétacé. La plasticité
dans ce groupe a produit très rapidement des formes biologiques
variées. En effet, dans de nombreuses familles, il existe à
la fois des formes herbacées, arbustives et arborescentes, même
si pour d'autres, les formes biologiques sont plus stéréotypées.
D'autre part, les Angiospermes sont affranchies du milieu aquatique
du fait de leur appareil reproducteur à fécondation siphonogame,
c'est-à-dire assuré par l'intermédiaire d'un tube
pollinique. De plus, elles sont pour partie assistées par les
animaux lors de la pollinisation des fleurs, et lors de la dispersion
de leurs semences. Elles peuvent ainsi coloniser rapidement des milieux
géographiquement éloignés et aux contraintes physiques
contrastées.
Les Angiospermes ont rapidement présenté des formes adaptées
à tous les climats. Les facteurs limitants dans la nature actuelle
sont les mêmes quels que soient les continents et les lignées
angiospermiennes qui s'y trouvent : ce sont la température et
la disponibilité en eau. Les contraintes résultent donc
principalement des caractéristiques du climat et du sol. Les
formes végétatives les plus adaptées sont sélectionnées
de manière convergente dans des milieux comparables.
L'analyse des très nombreux assemblages floristiques découverts
dans les gisements du Crétacé supérieur au Quaternaire,
dans les différentes régions du globe, permet de reconstituer
l'évolution locale du climat de chacune de ces régions.
On peut ainsi assister aux modifications de la végétation
et de la flore en fonction des variations climatiques, depuis le Crétacé
supérieur jusqu'à l'actuel.
Différentes méthodes sont utilisées pour restituer
les principaux facteurs climatiques durant ces périodes récentes.
Elles font toutes référence aux flores et végétations
actuelles :
- La méthode dite du NLR (pour "Nearest living relative"),
ou plus proche parent vivant, prend en compte l'écologie du taxon
actuel le plus proche (NLR) d'un fossile considéré pour
déterminer l'amplitude probable des facteurs du milieu dans lequel
vivait ce fossile. Dans le cas d'un assemblage de fossiles, l'intersection
des amplitudes des différents NLRs donne l'amplitude potentielle
des conditions de vie en commun des espèces. Cette méthode
est largement utilisée par les palynologues, et également
par les paléobotanistes lorsque les gisements sont peu diversifiés.
C'est la méthode la plus généralement utilisée
en paléontologie.
- Les méthodes morphologiques utilisent les statistiques de morphologie
comparative dans les végétations actuelles. Les caractéristiques
foliaires des Angiospermes dicotylédones (Fig.7) sont particulièrement
étudiées en liaison avec les facteurs du climat (méthode
CLAMP = Climate leaf analysis morphological program de Wolfe
1993, LA= leaf area voir Wilf 1998). Les différents paramètres
foliaires des assemblages floristiques actuels sont mesurés et
traités en lien avec les facteurs climatiques d'un site donné.
L'analyse statistique d'un ensemble de sites actuels et fossiles permet
de déterminer les facteurs climatiques pour un gisement donné,
à partir des caractéristiques morphologiques des feuilles
fossiles de ce gisement. Des études de plus en plus nombreuses
sont réalisées à l'aide de ces méthodes.
- D'autres méthodes sont en cours de validation pour l'étude
statistique des caractéristiques anatomiques du bois (Wieman
et al. 1998).
Ces méthodes, fondées sur l'étude d'assemblages
de restes angiospermiens, permettent de définir plus précisément
les facteurs climatiques locaux et les types de végétation
au cours du temps. Le climat était globalement plus chaud qu'à
l'heure actuelle sur l'ensemble de la planète jusqu'à
la fin du Pliocène. La végétation, en Europe par
exemple, présentait des caractéristiques tropicales à
sub-tropicales jusqu'à la fin de l'Eocène, puis les refroidissements
successifs ont modifié la composition de la flore et le type
de végétation. Progressivement, les forêts tropicales
ont laissé la place à des formations tempérées.
La période Quaternaire est également riche en événements
climatiques. Glaciations et réchauffements successifs ont conduit
à une érosion importante de la diversité végétale
en Europe. Celleci est en effet coupée des zones plus chaudes
par la mer Méditerranée, empêchant ainsi toute migration
des flores lors de ces changements. En Asie, la configuration différente
des masses continentales a permis le maintien d'une diversité
plus importante dans les régions à climat actuel tempéré.
En Amérique du Sud, les analyses palynologiques ont révélé
le phénomène de migrations latitudinales et en altitude
des flores le long de la Cordillère des Andes, au cours des modifications
climatiques.
La végétation actuelle du globe est constituée
de plusieurs ensembles physionomiques et floristiques.
Les ensembles physionomiques constituent les formations végétales
comme par exemple les forêts tropicales humides, les savanes,
les forêts tempérées, les steppes, etc.
Les ensembles floristiques résultent de la mise en place des
flores sur chaque unité continentale depuis le Crétacé
supérieur, de l'enregistrement des modifications dues aux modifications
climatiques jusqu'à nos jours (disparitions suite aux refroidissements
au Pliocène et au Quaternaire notamment) et de la dispersion
par les animaux et les éléments atmosphériques
de certains taxons. Ainsi, sont définis 7 empires floristiques
correspondant à des zones géographiques peuplées
par des cortèges floristiques sensiblement différents.
Ces empires recoupent globalement les grandes masses continentales avec
comme limites les principales barrières géographiques
que sont les océans et les chaînes de montagnes : empire
holarctique (= boréal; Europe et Asie), empire africano-malgache
(continent africain et ses dépendances), empire néotropical
(Amérique centrale et du Sud), empire indo-malais (Inde, Asie
du Sud), empire australo-papou (Australie et îles voisines de
l'hémisphère sud), empire polynésien, empire antarctique.
Des sous ensembles sont définis au sein de ces empires. D'autre
part, des zones de contact avec interpénétration des cortèges
floristiques sont remarquables par exemple en Indonésie, entre
l'empire indo-malais et l'empire australo-papou.
BIBLIOGRAPHIE
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