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Bruno DAVID, Biogéosciences,
Dijon
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Fig. 1 - Enchaînement des stades
ontogénétiques de l'ammonite Epideroceras
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L'observation de la morphogenèse
d'un embryon de mammifère, une souris par exemple, montre comment
les arcs branchiaux qui se forment initialement évoluent ensuite
pour donner des structures comme la mandibule, le plancher buccal, l'oreille
et des éléments de la partie ventrale du cou. Par ailleurs,
les grands jalons de l'évolution des vertébrés
au Paléozoïque témoignent comment les arcs branchiaux
des agnathes primitifs ont évolués en une mâchoire
complexe qui a elle même été à l'origine
de la mâchoire simple et des osselets de l'oreille moyenne des
mammifères. La succession des événements qui jalonnent
la transformation des arcs embryonnaires en organes adultes se retrouve
donc assez fidèlement dans les étapes successives de l'évolution
phylétique des vertébrés.
Si l'on démonte une ammonite de l'espèce Epideroceras
ponticum, on constate que les tours internes qui correspondent aux
stades juvéniles ont une ornementation complexe avec des tubercules
latéraux et des côtes secondaires ventrales. A l'opposé
de la spire, les tours externes qui correspondent au stade adulte ont
des côtes simples. Entre les deux, les autres tours ont une ornementation
intermédiaire. Les membres suivants de la lignée montrent
une expansion de la morphologie complexe initialement restreinte aux
stades juvéniles, d'abord dans les tours intermédiaires
(chez E. planarmatum), puis dans les tours adultes (chez E.
biruga). L'enchaînement des stades ontogénétiques
observés chez l'espèce ancestrale se retrouve donc inversé
dans la séquence phylétique des adultes (Figure 1).
Ces deux exemples témoignent de l'étroite relation qui
peut exister entre évolution et développement, que ce
soit dans un sens récapitulatif (premier cas) ou inverse (second
cas). Ce type de constatation n'est d'ailleurs pas nouveau et, dès
l'antiquité, Aristote classait les animaux en cinq groupes de
perfection croissante dont l'ordre reproduisait celui des étapes
du développement humain. Mais c'est à la suite de l'avènement
de la théorie darwinienne de l'évolution au XIXème
siècle, notamment avec Ernst Haeckel et sa loi de la récapitulation,
que le lien entre le développement des organismes et leur évolution
a vraiment été fait. Les études concrètes
couplant ontogenèse et phylogenèse, comme les réflexions
plus théoriques, se sont multipliées et il est aujourd'hui
clair que même si les choses sont complexes dans leurs détails,
on peut affirmer que le développement
documente l'évolution.
Malgré cette relation, avérée par de multiples
exemples, entre développement et évolution, l'ontogenèse
a été largement ignorée par la Théorie
Synthétique élaborée
au tournant des années 1940-1950 par des généticiens,
des écologistes et des paléontologistes, avec comme chefs
de file respectifs T. Dobzhansky, E. Mayr et G.G. Simpson. La Théorie
Synthétique a marqué, comme son nom l'indique, un immense
progrès de synthèse entre disciplines intéressées
par l'évolution, mais elle a surtout mis l'accent sur les causes
externes, adaptatives, de variation et d'évolution des formes :
la sélection naturelle, omnipotente ou presque, pilote le changement.
Néanmoins, depuis quelques années, se manifeste un retour
remarquable et remarqué de l'ontogenèse dans le domaine
des sciences de l'évolution. Ce retour emprunte deux voies de
recherche complémentaires : la première est née
sous l'impulsion du paléontologiste américain S.J. Gould
et concerne surtout la morphologie;
la seconde coïncide avec l'essor de la génétique
du développement.
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