 |
 |
|
 |



Le géologue
ne boude pas son plaisir devant ces grenats géants
de la nappe de Dora-Maira. Ils contiennent des
cristaux d'une forme de haute pression du quartz,
la coésite, témoins d'un enfouissement à 100 km de profondeur avant un retour en surface.
© C. Brunet
De nos jours, des subductions sont actives sous
le regard et l’instrumentation des chercheurs… Comment
traquer celles qui depuis des centaines de millions d’années
ont fonctionné peu ou prou de la même façon,
disparaissant à tout jamais dans le manteau après
avoir donné naissance à des montagnes considérables… peut-être
déjà érodées ?
Une fois de plus l’enquête se mène
sur le terrain…
|
|
 |
 |


|

Température de la
plaque plongeante
|
 |
|
Les chaînes de montagnes comme les
Alpes et
l’Himalaya ont été arcs insulaires puis
arc continentaux - donc chaînes de subduction-
avant de rentrer en collision et de devenir chaînes
de collision.
Un des marqueurs essentiels de cette « préhistoire » est la
présence d'anciens arcs volcaniques comparables à ceux des zones
de subductions actuelles, mais déformés et métamorphisés.
Un autre marqueur est un métamorphisme spécifique qui se produit
lors de l'enfouissement des plaques plongeantes.
Le métamorphisme se produisant à grande
profondeur, il est difficile à observer de
nos jours. Cependant il arrive, aux Mariannes, que
des volcans de boues remontent des échantillons
de roches métamorphisées (schistes
bleus) dans la plaque sous-jacente s’enfonçant
actuellement à 10 cm/an.
Une zone de subduction, ou marge active, porte des
roches froides de la lithosphère océanique
vers le manteau chaud. Les zones de subduction se
traduisent donc par de profondes invaginations des
isothermes.
|
|
|
|
 |
|
Cette invagination se traduit par l’établissement
d’un gradient de température dans un contexte
de déformation pénétrative intense
et donc à de très fortes pressions.
En conséquence, des profondeurs relativement
importantes peuvent être atteintes
pendant que la température reste relativement
basse. Il se crée un domaine de basses températures
-BT- ( relativement basses car il s'agit quand même
de centaines de degrés !) et de hautes pressions
-HP- où se produira un métamorphisme
dit HP-BT sur des roches telles que calcaires, grès,
argilites, roches volcaniques ou granites.
|
|
| |
 |


|
 
Faciès métamorphiques
en situation

Diagramme des faciès métamorphiques
|
 |
|
Un des outils fondamentaux pour caractériser
le métamorphisme est la détermination
des «faciès métamorphiques et
gradients métamorphiques», c'est-à-dire
l'intensité du métamorphisme qu'une roche
a subi.
La notion de faciès métamorphique était
proposée par Pentii
Eskola au début du
siècle (1915).
C’est une notion pratique qui permet de regrouper
des roches soumises à des intervalles de pression
et température, indépendamment de leur
composition chimique. Les noms des faciès
correspondent aux noms des roches de composition basaltique
métamorphisées ; ils sont définis
par des assemblages de minéraux. Ainsi, dans
le cadre d’une subduction, des faciès
sont nommés « Schistes bleus, Eclogite,
Schistes verts, Amphibolite, Granulite… ».
Chacun des faciès correspond à un intervalle
de pression et de température.
La répartition des faciès dans une zone
de subduction présente une polarité :
il y a une augmentation de l'intensité le
long de la plaque plongeante. Ernst (1971) a reconnu
que cette polarité était déterminante
pour comprendre le sens de plongement dans les anciennes
zones de subduction. Sauf si le complexe de subduction
a été complètement inversé,
l'augmentation de l'intensité du métamorphisme
indique la direction du pendage de l'ancienne zone
de subduction.
Sur le terrain et en laboratoire (pétrologie,
géochimie, expérimentation, géochronologie),
l’étude des roches métamorphiques
révèlera toutes les histoires de transports
de matériaux vers les profondeurs puis vers
la surface, c’est-à-dire l’histoire
de la croûte terrestre depuis des milliards d’années.
|

|
|
| |
 |


|
| |
 |
|
Encore très récemment, les scientifiques
considéraient que la croûte continentale,
trop légère, ne pouvait pas être
subduite. Ces «radeaux continentaux» seraient
insubmersibles contrairement à la croûte
océanique.
Depuis une vingtaine d'années, des découvertes
minéralogiques ont étonné dans
les Alpes, en Himalaya, en Norvège.
|
|

Vue en lame mince d’une
coésite
|
 |
La découverte de coésite
(forme de haute pression du quartz) dans les Alpes
indique que des morceaux de la croûte ont été
soumis à des pressions d’au moins 2,5
à 3 GPa. Ils avaient donc été
enfouis à plus de 90 km de profondeur.
La présence dans certains cas de diamants (forme
de haute pression du graphite) suggère des
pressions de plus de 4 GPa correspondant à
une profondeur de plus de 120 km. Il s’agit
pour l’essentiel de roches sédimentaires
ou granodioritiques provenant de la croûte continentale
supérieure. On les a trouvées, entre
autres, dans les Alpes
et l’Himalaya.
Ces minéraux formés à très grandes profondeurs indiquent
clairement qu’une croûte continentale très étirée
peut avoir atteint des profondeurs allant jusqu’à 140 km et qu’elle
peut donc entrer en subduction. Cette subduction continentale est un thème
d’actualité de la recherche
|
|
| |
 |


|
|
|
 |
| Le géologue peut repérer une ancienne
subduction car des morceaux de plaque subduite ont
remonté en surface. Ce moment de leur histoire
est énigmatique surtout quand les morceaux de
plaque ont atteint de grandes profondeurs (100 km).
Ce phénomène, nommé exhumation,
est un thème de recherche très actuel
car chaque affleurement est un cas particulier et complexe.
|
|

Exhumation par le principe
d’Archimède
|
 |
|
Exhumation par le principe d’Archimède
Premiers modèles proposés
pour l’exhumation des roches de HP, basés
sur l’idée que l’ensemble
métamorphisé, moins dense que
le manteau, remonte de façon passive,
grâce à la rééquilibration
isostatique. Cette rééquilibration
produit des reliefs que l’érosion
détruit.
|
|

Exhumation par éduction
|
 |
|
Exhumation par éduction
Dans ce cas, la partie de la croûte métamorphisée en faciès éclogite
acquiert une densité comparable à celle du manteau, se détache
et tombe (slab break-off en anglais). Cette croûte éclogitisée
est entraînée dans le manteau et provoque une remontée isostatique
de la plaque plongeante restante : c'est l'éduction. Les reliefs
créés en surface sont alors érodés.
Exhumation par les forces d’Archimède,
avec une géométrie de subduction.
Cette proposition a fait l’objet de modélisation
analogique et a été appliquée à diverses
chaînes de montagne. Dans ce cas, toute la lithosphère
continentale est entraînée dans la subduction.
La croûte continentale de faible masse volumique
résiste à l’enfoncement dans l’asthénosphère
et une lame se détache du manteau supérieur
lithosphérique et remonte vers la surface avec
des roches ayant atteint des grandes profondeurs (faciès
schistes bleus et éclogitiques).
|
|

Exhumation par flux de retour
|
 |
Exhumation par des processus de flux de
retour
Les roches profondes remontent dans un chenal ou
dans un prisme sédimentaire.
Dans ce cas le matériel profondément
enfoui revient à la surface par un chemin
très proche de celui par lequel il est descendu.
L’idée première pour expliquer
ce flux de retour reposait sur les forces d’Archimède,
appliquées aux matériaux légers
constituant le chenal. Les blocs de roches HP denses
sont remontées et entourées de matériaux
légers dans le chenal.
|
|
|

Exhumation par prisme d’accrétion
|
 |
|
Exhumation liée à la dynamique du
prisme d’accrétion
La dynamique du prisme est contrôlée
par le maintien d’une géométrie
de prisme à l’équilibre. La géométrie
de prisme résulte des forces qui s’appliquent à l’intérieur.
En réponse à l’accrétion,
par sous-plaquage de matériaux provenant de
la plaque subduite, le prisme va se déformer
jusqu’à atteindre une nouvelle géométrie
d’équilibre et ainsi engendrer une dynamique
interne, responsable de l’exhumation des roches
de HP. La déformation se fait de manière
continue et se traduit par une compression à l’intérieur
du prisme, et une extension à l’arrière.
Chaque modèle permet d'expliquer la présence de roches
de hautes pressions dans
certains massifs, mais aucun des modèles n'est satisfaisant pour
tous les massifs de roches de HP. Rappelons qu'un modèle ne peut
pas représenter toute la réalité, mais être
un outil pour mieux la comprendre.
|
|

Remontée des roches
métamorphisées
|
 |
|
L’enfouissement de la roche se traduit sur un
diagramme P-T par un trajet correspondant à une
augmentation du métamorphisme, ce trajet est
désigné comme prograde. Les conditions
de pression étant croissantes dans la plupart
des cas, ce gradient prograde correspond donc à un
enfouissement en profondeur de l’unité.
|
|
| |
 |


|

Modèle numérique
de terrain (MNT) de l’Himalaya

Carte interactive des grandes
unités de l’Himalaya

Carte interactive : zoom
sur le Tso Morari
|
 |
|
Une visite de la plus grande chaîne de montagnes
du monde, l’Himalaya (séjour
des neiges, en sanscrit) montre que, comme dans les Alpes,
la subduction peut mener à la collision de deux
continents.
A l’affleurement, les géologues découvrent,
entre autres, des roches qui ont été enfouies
dans les conditions particulières d’une
zone de subduction, avant retour à la surface :
- De nombreux schistes bleus ont maintenant été reconnus
par différents
chercheurs dans la partie NW de la chaîne. Ces schistes bleus soulignent
l’ancienne zone de subduction dans l’Himalaya.
- Des éclogites,
affleurant au sein d’unités cristallines
de la marge continentale indienne, ont été découvertes
dans la virgation nord-ouest himalayenne. Elles témoignent de roches
descendues très profondément dans la subduction (50 km environ).
|
|

Reconstruction des océans
Mésotéthys et Néothéthys
|
 |
|
Reconstitution des faits :
- Une chaîne d’âge crétacé est
née de la subduction (commencée au
Crétacé, vers 110 Ma) de l’océan
Téthys, séparant l’Inde de l’Asie,
sous l’Eurasie. Cette chaîne était
du type de la Cordillère des Andes actuelle
( plutons granitiques, laves andésitiques
et roches sédimentaires).
- La collision entre la plaque indienne et l’Eurasie
commence à l'Éocène (55 ma).
Au nord de la série
ophiolitique du Tibet, marquant la suture de
la Téthys, on observe un prisme
d'accrétion.
- Après la collision entre l’Asie et
l’Inde, toute la croûte indienne se déforme.
Cette croûte est cisaillée en grandes
nappes (ou lames d’épaisseur décakilométriques).
Le contact majeur est appelé le " Main
Central Thrust " (MCT). C'est l'empilement de
trois grandes nappes de charriage déformées
de manière ductile qui provoque l'épaississement
crustal de la chaîne Himalayenne.
L'étirement des roches métamorphiques, comme les alignements
de minéraux,
permettent de reconstituer le sens de déplacement des nappes
(le déplacement
vers le sud de la partie superficielle traduit un enfoncement vers
le nord de la
partie inférieure).
Le manteau lithosphérique qui supporte cette
croûte indienne a disparu dans l'asthénosphère,
avec pour conséquence un allègement
de la plaque. La plaque indienne remonte, expliquant
ainsi les hauts-reliefs observés dans la chaîne
de l’Himalaya.
|

|
|
| |
 |


|
| |
 |
|
La diversité, l'importance et la complexité des phénomènes géodynamiques liés à la
subduction nécessitent une bonne connaissance
de l'évolution des plaques plongeantes.
On dispose d'images instantanées (tomographie),
on dispose de traces fossiles
exhumées des différentes zones, mais
on ne peut pas suivre le comportement d'une
plaque en cours de subduction dans le manteau. Les études
expérimentales sont un appoint précieux.
|
|