En 1878, il écrit : "L'expérimentation,
si utile en géologie, quand il s'agit de l'étude
de phénomènes chimiques ou physiques,
n'a pas la même valeur quand il s'agit de certains
phénomènes mécaniques dont l'écorce
terrestre porte l'empreinte. Il est de ces phénomènes
que l'expérience, il est vrai, a déjà imité fidèlement,
comme la formation des galets, du sable et du limon
et la production de la schistosité. Mais les
grandes cassures et les plissements [...] sont d'un
accès plus difficile à l'expérimentation,
surtout en raison de leurs grandes dimensions [...]
Il est cependant des cas où, en reproduisant
[...] certains phénomènes mécaniques,
et lors même qu'on ne serait pas dans des conditions
d'une similitude exacte, on ferait un progrès
réel vers leur explication."
"Depuis cinquante ans, les inflexions de natures
variées, que les roches stratifiées présentent
de toute part [...] dans les Alpes, le Jura, les Pyrénées,
l'Apennin [...] ont fourni des documents précis
[...] ces dispositions éclairent sur la nature
des forces qui ont agi dans l'écorce terrestre
[...] Le procédé employé par Hall
pour expliquer les contournements des couches, bien
qu'il ait été fort utile et qu'il soit
devenu classique, ne répond que d'une manière
vague à plusieurs questions que l'on est conduit à se
poser en présence de la nature. Il m'a paru
intéressant de recourir à des dispositions
qui permissent de faire varier davantage les relations
des forces mises en jeu... Une grande distance, qu'il
pourrait paraître téméraire de
franchir, sépare nos faibles moyens d'exécution
de la gigantesque énergie mise en œuvre
dans la nature. Cependant [...] ces similitudes servent à établir
un trait d'union entre le phénomène naturel
et l'expérience [...] L'étude détaillée
des roches faites dans le cabinet [...] apporte un
complément très utile à l'exploration
des mêmes roches en grand et sur le terrain [...]
Cependant, la méthode d'observation, suffisante
pour conduire à des conclusions générales,
ne peut souvent fournir des notions certaines ou une
véritable démonstration... Elle ne peut
d'ailleurs faire bien comprendre et préciser
toutes les circonstances des phénomènes."
"Heureusement l'observation trouve un auxiliaire : c'est l'expérimentation, fondement général
des sciences physiques. Cette méthode qui n'a
pas encore pris en géologie le rôle qui
doit lui appartenir peut s'appliquer [...] à des
phénomènes très divers [...] (cependant)
les appareils et les forces que nous pouvons mettre
en jeu sont toujours bornés ; ils ne peuvent
imiter les phénomènes géologiques
qu'en les rapetissant à l'échelle de
nos moyens d'action. [...] lorsque l'observation s'arrête
totalement et reste impuissante, l'expérimentation
s'empare du phénomène, en dirige et en
fait varier à son gré la production;
elle discute ainsi les conditions du problème
et pénètre dans la question d'une manière
intime et profonde."
"Pour être utile et concluante, l'expérimentation
géologique doit être maniée par
celui même qui a observé sur le terrain
[...] car [...] l'expérimentation ne vient qu'à la
suite de l'observation directe, a posteriori, pour
servir de contrôle à l'induction."
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