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| Prédire pour vite écrire |
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"Pour
les personnes paralysées, souffrant de difficultés
de communication, une assistance électronique est indispensable",
observe Philippe Blache, du Laboratoire
Parole et Langage (CNRS
UMR 6057), de l’Université de Provence, à Aix.
"Dans la mesure où le handicap entraîne
une impossibilité d’utiliser un ordinateur depuis clavier
et souris ordinaires, il faut recourir à des systèmes
utilisant les mouvements, aussi faibles soient-ils, encore sous le
contrôle de l’utilisateur". Un clignement
de paupière, la mobilité d’un seul
doigt, etc., détecté à l’aide d’un
capteur adapté,
faisant office de clic de souris. Lequel suffit, par exemple, à choisir
une lettre sur un clavier virtuel, affiché à l’écran,
et dont les différentes touches défilent.
"Mais
ces outils restent peu nombreux et d’une efficacité encore
limitée", reprend le chercheur. Pour remédier à la
situation, le "Groupe Handicap", sous sa direction,
a mis au point un assistant de communication amélioré,
PCA (Plate-forme de Communication alternative).
"Nous
proposons un système de prédiction des mots, en
fonction des règles de grammaire, de syntaxe, mais aussi
de la probabilité de trouver tel terme après tel
autre, de la fréquence d’apparition de tel mot dans
tel contexte, etc.", explique Philippe Blache. Pour définir
ces règles, l’équipe du LPL a étudié près
de 150 millions de mots au sein de milliers de textes ! Résultat : au
bout de quelques lettres tapées par l’utilisateur, une liste de
mots, satisfaisant ces règles de prédiction, apparaît et
il n’y a plus qu’à choisir parmi eux. Bien sûr, la pertinence
de la prédiction est capitale.
"Justement, nos tests ont montré qu’il
suffisait de taper, en moyenne, deux lettres pour obtenir le mot auquel pensait
l’utilisateur. Et ce, quelle que soit la longueur des termes", précise
avec fierté le chercheur dont le projet a bénéficié de
différentes aides financières.
Bien sûr,
rien n’empêche d’ajouter un synthétiseur
vocal afin de prononcer les phrases ainsi composées, notamment pour
les utilisateurs privés de parole. Au total, l’écriture
se révèle bien sûr moins fastidieuse et le gain de temps
est évident. La première version de PCA a été testée
pendant un an dans un centre de personnes handicapées. La seconde version,
qui comprend aussi une base de communication "non
verbale", devrait
bientôt prendre le même chemin, notamment dans une école
pour enfants handicapés. Comble de réussite, une start-up, assurant
la distribution de l’assistant de communication, va même voir le
jour en septembre 2003.