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"C’est
une sorte de Lara Croft de la Langue des Signes Française
(LSF)", sourit Jean-Marc Toulotte, du laboratoire d’automatique
I3D (Interaction Image et Ingénierie de la Décision, FRE CNRS
2497) à l’Université des Sciences et Technologies de
Lille. Avec son équipe, il travaille en effet à la mise au
point d’un personnage virtuel capable de mimer tous les gestes du
langage visuel utilisé par les personnes sourdes. Cette "signeuse
virtuelle 3D" est ainsi capable de bouger bras, mains et doigts
exactement comme une personne de chair et d’os.
"Même
son regard est pilotable", précise le chercheur, "car
certains signes de la LSF impliquent des mouvements des yeux, tout
comme des
expressions du visage que nous allons bientôt ajouter".
Cette marionnette
virtuelle, au physique plus qu’avantageux, n’a
rien d’une coquetterie de chercheur. "Elle
nous est devenue indispensable pour développer nos logiciels à destination
des sourds", commente Jean-Marc Toulotte, "en
particulier GASPARD, programme d’aide à l’apprentissage de la lecture,
développé avec le CEJS à Arras (Centre
d’Enseignement
pour les Jeunes Sourds); et Corpus LAC, logiciel de vocabulaire en
LSF développé en collaboration avec une institution belge,
l’Université de
Liège et des associations britannique et grecque". Car beaucoup
de l’intérêt de ces logiciels tient dans leurs petits
films mettant en scène une signeuse. Qu’elle raconte une histoire
en LSF, ou qu’elle signe tel et tel mot, c’est bien elle qui
montre à l’utilisateur sourd l’exacte configuration des
mains à apprendre (ce qui n’a rien d’évident à partir
des dessins des dictionnaires papiers…).
"Pour
incorporer ces petits films dans nos logiciels, raconte Jean-Marc
Toulotte, nous
avons d’abord utilisé la vidéo. Mais
elle présente deux inconvénients de taille."
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Primo : en terme d’espace informatique, ces vidéos sont très
" lourdes".
Leur nombre serait donc très limité sur un CD-ROM. Pour preuve,
les logiciels de vocabulaire en LSF déjà en vente ne contiennent
en général pas plus de 800 mots.
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Secundo : la vidéo
une fois tournée, impossible de la modifier.
"Or
notre philosophie veut que les utilisateurs, personnes sourdes ou
enseignants, puissent
ajouter des mots, des phrases ou même des textes dans nos logiciels",
insiste Jean-Marc Toulotte. "Afin que ceux-ci
vivent avec leurs utilisateurs. C’est la seule façon de leur fournir un outil réellement
adapté".
D’où l’idée
d’incorporer à l’intérieur
même du logiciel une signeuse corvéable à merci : l’avatar
virtuel. "Grâce à lui, Corpus LAC pourra non seulement contenir
un nombre illimité de mots, mais aussi autant de phrases que l’on
souhaite afin d’illustrer les termes dans leur contexte", se réjouit
Jean-Marc Toulotte.
Et ce, dans n’importe quel domaine, du code de la route
au vocabulaire du menuisier, en passant par le champ lexical de la danse ou celui
de la mécanique automobile. Quant aux éducateurs utilisant GASPARD,
logiciel de lecture, ils pourront générer de nouveaux textes, comportant
les nouveaux mots qu’il leur semble intéressant d’enseigner à leurs élèves
en fonction de leurs difficultés. "Le logiciel
fonctionne aussi
comme une sorte de boîte noire", explique le chercheur.
"Une
fois les exercices terminés, il indique au professeur le nombre de bonnes
réponses données, le temps mis pour faire l’exercice, le
nombre d’essai avant de trouver la réponse, etc., et ce, pour chacun
des élèves."
Les premières versions de Corpus LAC et GASPARD ont été testées
et validées en collaboration avec différentes associations ou institutions,
notamment le CEJS d’Arras. Et bientôt, leur signeuse virtuelle deviendra
une virtuose de la LSF. L’idéal serait que ces logiciels connaissent
ensuite le même succès que GRAPH&BRAILLE, autre trouvaille du
laboratoire I3D, diffusé sur le web par une association de non-voyants. " Maintenant,
la balle est dans le camp des associations de sourds et des éducateurs
spécialisés ", fait savoir Jean-Marc Toulotte.
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