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Jacques Chirac a promis que la réforme - amorcée
l’an dernier - de la loi de 1975 sur le handicap serait
achevée avant la fin de l’année 2003, année
européenne des personnes handicapées. L’occasion
de revoir la notion de handicap sous un angle social dans un
pays où si peu d’aménagements ont été pensés à l’usage
de tous. D’autant qu’avec le vieillissement de la
population, le nombre de personnes en situation de handicap va
subir d’ici quelques dizaines d’années une
hausse vertigineuse…
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| VIVRE LE HANDICAP AU QUOTIDIEN
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Dominique, tétraplégique, accède à son
appartement grâce à l’ascenseur spécialement
adapté de son immeuble. Magalie, de retour des sports
d’hiver, les deux jambes dans le plâtre, est
incapable de rentrer chez elle, un petit deux-pièces
au cinquième sans ascenseur. Qui est le plus handicapé des
deux? " Cet exemple illustre une idée qui fait peu à peu
son chemin ", commente Johan Priou, conseiller technique
de l’Uniopss (Union Nationale Interfédérale
des Oeuvres et Organismes Privés Sanitaires et Sociaux). "Les
réflexions récentes au niveau international
nous conduisent en effet aujourd’hui à considérer
qu’il n’y a pas de personnes handicapées,
mais uniquement des "situations de handicap". En d’autres
termes, le handicap n’est pas une déficience
individuelle; il résulte des difficultés rencontrées
par un individu en butte à un environnement mal adapté.
Cette nouvelle vision n’a donc rien d’une hypocrite pirouette linguistique
destinée à adoucir l’appellation des personnes handicapées
aux oreilles d’une société mal à l’aise. Elle
exprime une réelle prise de conscience. Celle d’avoir construit
des métros, bus, trains, mairies, bibliothèques, logements et autres
bâtiments publics, sans ascenseurs, parsemés d’escaliers,
de plots ou piquets en tout genre, sans indication en braille ou sans signaux
sonores, partout dans la Cité, sans se soucier d’une partie des
citoyens, personnes en fauteuils roulants, personnes malvoyantes, malentendantes,
personnes âgées à la démarche incertaine, etc. Si
tout avait été conçu pour tous dès le départ,
la notion même de personne handicapée aurait-elle encore un sens?
"En comparaison avec d’autre pays, notamment ceux d’Europe du Nord,
la France est en effet particulièrement en retard", commente Johan Priou. "L’accessibilité à la
Cité pour les personnes handicapées est déplorable,
comme l’a pointé l’accablant
rapport (1) de Michel Fardeau, Professeur au CNAM (Conservatoire
National
des Arts et Métiers). Heureusement, la loi de modernisation sociale du
17 janvier 2002, rénovant le texte fondateur de 1975, a déjà permis
une avancée", poursuit le conseiller de l’Uniopss. "Cette loi
reconnaît le droit à la compensation des conséquences du
handicap, dans l’esprit donc d’un handicap de situation, lié à l’environnement.
C’est un concept très important politiquement qu’il faudra
ensuite faire passer dans la société…"
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| LA
LOI |
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Surtout, maintenant que ce droit à la compensation a été reconnu,
les associations de personnes handicapées attendent de pied ferme sa
mise en œuvre concrète. C’est donc la seconde loi de 1975, la
loi d’orientation (2) , qu’il convient de rénover au
plus vite; ce qui devrait être fait avant la fin 2003 selon la promesse
du gouvernement. En ligne de mire : les surcoûts liés au handicap
d’une personne. Compensations de sa situation, ils devront à l’avenir être
pris en charge par la solidarité nationale, non dans une démarche
d’assistance, mais afin de donner une égalité de chance
aux citoyens handicapés (une vieille idée, déjà à l’origine
de l’étymologie même du mot "handicap" ,
et enfin remise au goût du jour…)
"Le nouveau texte de loi devra donc offrir la possibilité de développer
une vie autonome à domicile (grâce des logements adaptés)
et favoriser l’amélioration de l’accessibilité à la
cité pour tous", commente Johan Priou. Sans oublier la prise en charge
des aides humaines et des aides techniques (fauteuil roulant, télécommande,
etc.) dont la mise et point et l’industrialisation restent hélas
douloureusement freinées par la politique
actuelle . Alors
que ces recherches occasionnent souvent des retombées technologiques
utiles à tous, personnes
dites "valides " y compris . Comme ce fut par exemple le cas de la télécommande
TV, conçue à l’origine à destination des personnes à mobilité réduite,
et aujourd’hui indispensable accessoire de tout téléviseur.
"Il est vraiment important de rénover la loi d’orientation en faveur
des personnes handicapées du 30 juin 1975, reprend Johan Priou. Elle a
près de trente ans, elle ignore donc la classification
de
l’OMS (1980) et surtout sa nouvelle version (2002) dans laquelle apparaît
clairement la notion de "situation de handicap" face à l’environnement.
D’ailleurs, le "handicap" n’y est même pas défini
! " En effet, on n’est pas handicapé, on demande à être
reconnu comme tel. Ce sont des commissions, la CDES et la COTOREP, qui déterminent,
en fonction du taux de déficience et de barèmes très précis,
si telle personne est handicapée ou non. Mais ces commissions ne s’intéressent
qu’aux jeunes de moins de 20 ans d’une part, et aux adultes de moins
de 60 ans, d’autre part. Bref, à 60 ans révolus, une personne
perdant la vue n’est pas handicapée. C’est seulement une personne âgée… Voilà qui
explique les étonnantes disparités de chiffres entre différents
pays. "Si l’on regarde les chiffres européens, où les méthodes
d’évaluation et de comptage sont totalement différentes,
nous passons du simple au double, expliquait ainsi Patrick Segal (1), délégué interministériel
aux personnes handicapées. La France est à 5 %, le reste de l’Europe
est à peu près à 10 %. Comment, par quel miracle de la médecine,
de la prise en charge, n’aurions-nous que la moitié de personnes
handicapées dans notre pays?"
"Nous demandons que, dans la nouvelle loi, le droit à compensation puisse
bénéficier à toutes les personnes quels que soient l’origine
de leur handicap, leur degré de handicap, et l’âge auquel
il est survenu", affirme clairement Johan Priou. "Comment admettre qu’une
personne soit plus ou moins bien prise en charge au seul motif qu’elle
ait été "handicapée trop tôt ou trop tard"?" Or,
en comptant les plus de 60 ans, le nombre de personnes handicapées risque
d’enfler sensiblement. Et de manière de plus en plus sévère
avec le temps. Car la classe des personnes âgées, polyhandicapés
en puissance, ne cesse de croître avec la continuelle hausse de l’espérance
de vie. Sans parler des embûches dernier cri que les nouvelles technologies
sèment sur la route des personnes déjà handicapées.
Comme par exemple les difficultés liées à l’avènement
des systèmes d’exploitation à "fenêtres" sur les
ordinateurs dans les années 90.
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LES CHIFFRES |
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Aujourd’hui par exemple, déjà un million
deux cent mille personnes (NDLR : dont une bonne partie
n’est pas considérée comme handicapée")
sont confrontées en Ile-de-France à des problèmes
d’accessibilité, montant avec peine les escaliers,
ou considérant la montée et la descente des
escaliers mécaniques difficiles. Puisque "le réseau
de transport de la RATP, rapporte le sénateur
Paul Blanc (3), reste peu praticable pour environ 20%
de la population, et impraticable pour 5 à 7% des
Franciliens". D’ici 2050, la population des plus
de 85 ans va quintupler selon les statisticiens. Avec une
espérance de vie de plus en plus longue, nous sommes
tous condamnés à devenir, un jour, handicapé.
Est-il besoin d’aligner d’autres chiffres pour
que le handicap devienne l’affaire de tous?
Les chiffres
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(1) Rapport au Ministre de l’Emploi et de la Solidarité et
au Secrétaire d’État à la Santé, à l’Action
Sociale et aux Handicaps (Michel Fardeau, septembre 2000)
: " Sur une analyse comparative et prospective du système
français de prise en charge des personnes handicapées
; Comme vous, Comme nous, Tout simplement "
Rapport disponible sur : www.sante.gouv.fr/htm/actu/handicapes/index.htm
(2) Toutes les informations au sujet
de la politique en direction des personnes handicapées en France, son évolution
historique, ses textes de lois, les réflexions actuelles
du gouvernement, etc., sont disponibles sur : www.social.gouv.fr/htm/pointsur/handicape/
(3) Rapport d’information fait au nom
de la commission des affaires sociales sur la politique de compensation
du handicap, par le sénateur Paul Blanc, juillet 2002.
Rapport disponible sur : www.senat.fr/rap/r01-369/r01-369.html
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