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"Il
existe au Louvre, à Paris, des visites guidées durant
lesquelles le conférencier décrit les œuvres
du musée ", explique Nadine Vigouroux, de l’IRIT
(UMR 5505), à Toulouse, un laboratoire très au fait
des aides techniques aux personnes handicapés (1). Mais
ces séances, destinées à un public de non-voyants,
n’ont lieu que deux fois par mois… Pourquoi ne pas
leur offrir des visites virtuelles pour qu’ils admirent les œuvres
des musées quand ça leur chante?
"Dans cet
esprit, Philippe Cros, conservateur du musée de la fondation
Bemberg (Toulouse) a décidé de rendre son site Internet
accessible aux non-voyants. Et il nous a demandé de l’aide",
reprend la chercheuse de l’IRIT.
Toute
la difficulté consistait bien sûr à leur donner
accès
aux photos des tableaux affichés sur le site. Le texte, quant à lui,
pouvant toujours être lu par un dispositif de synthèse vocal branché sur
l’ordinateur. Ou bien encore traduit en braille sur les fameuses plages
tactiles que les non-voyants internautes branchent généralement à leur
machine.
"Sur les recommandations d’Antonio Serpa et de Bernard
Oriola, ingénieurs à l’IRIT, le site a donc d’abord été enrichi
de fiches relatives aux tableaux qui apparaissent à l’écran",
raconte Nadine Vigouroux. Des fiches décrivant la pièce où se
trouve l’œuvre ainsi que son histoire, mais aussi le nombre de personnages
ou d’objets peints, s’ils figurent au premier plan, au second, etc.
, de profil ou de face, et ainsi de suite.
Restait à vérifier que l’amateur d’art non-voyant parviendrait à se
faire une représentation mentale de la scène ainsi décrite.
"Pour
tester cela, nous leur avons donné une version tactile, évidemment
simplifiée, du tableau", explique la chercheuse. Une feuille sur
laquelle apparaissent en relief, car légèrement gonflés,
les lignes et contours principaux du dessin. Après avoir lu l’une
des fiches, les utilisateurs-testeurs devaient confronter ce qu’il avait
perçu du tableau à ces représentations en relief à parcourir
des mains. Résultat?
"
Comme nous le craignions, les fiches ne
semblent pas suffire… ", conclut Nadine Vigouroux qui planche déjà sur
une autre méthode.
A présent,
pense-t-on à l’IRIT, la solution tient peut-être
dans l’utilisation d’un périphérique à retour
d’effort. Une sorte de bras articulé, pilotant un curseur sur la
toile, et qui, en rencontrant une ligne ou un contour, montre une résistance,
une opposition, sur le joystick.
"Cela permet à l’utilisateur
de " sentir " la forme et de décrire les contours manuellement
",
commente Nadine Vigouroux.
"Bien sûr, nous ajouterons un système à synthèse
vocale qui annoncera à quoi correspondent les formes balayées ".
Par exemple, un " rond " ainsi découvert sera associé à sa
signification dans la toile : " le Soleil ".
"Si les prochains
tests s’avèrent concluants, les non-voyants pourraient à l’avenir " admirer
les tableaux des mains ", virtuellement, sur Internet ", espère
la chercheuse. " Il s’agit d’une première étape,
prévient-elle. Cela devrait ensuite déboucher sur la création
d’ateliers spécialisés dans la découverte des arts
plastiques pour les déficients visuels au sein même du musée. " Un
pas de plus vers l’accessibilité des arts pour les non-voyants.
(1) Note :
Les chercheurs de l’IRIT s’intéressent notamment à la
communication palliative. Par exemple ils ont mis au point un système
d'aide à l’écriture (VITIPI) et un clavier
phonétique d’aide à la communication orale
(CLAPOTI).
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