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Mme
X, non-voyante, apprend le braille, la dactylographie, et l’utilisation
de différents logiciels de bureautique, près de chez
elle, au Service d’Education et de Rééducation à Domicile
pour Aveugles et Amblyopes (SERDAA) à Laval (Mayenne). Comme
il se doit dans ce type d’enseignement spécialisé,
son professeur, Mr Y, suit à l’écran les exercices
de l’élève, sa frappe au clavier, et observe
avec attention les gestes de Mme X sur sa plage tactile de lecture
du braille, afin de corriger d’éventuelles mauvaises
positions des mains. Bref, une interaction ordinaire entre un professeur
et son élève. A ceci près que…Mr Y se
trouve à 150 km de Mme X ! Puisqu’il enseigne au Centre
Educatif Rural pour Aveugles et Déficients Visuels (CERADV)
de Plénée-Jugon (Côtes d’Armor).
"Ils
utilisent TéDéVi, une plate-forme de Télé-enseignement
pour les personnes Déficientes Visuelles", explique
André Thépaut, de l’ENST Bretagne (Ecole
Nationale Supérieure des Télécommunications de Bretagne), à Brest,
et responsable du projet.
"Il nous a semblé important
d’apporter une solution d’apprentissage à distance
pour les adultes perdant leurs capacités visuelles. Car,
en France, très peu de centres proposent ce type d’enseignement
pluridisciplinaire, ce qui oblige les utilisateurs à parcourir
de nombreux kilomètres."
Du
côté du "poste professeur", on trouve
un enseignant, attablé devant un ordinateur équipé des
logiciels d’apprentissage à l’usage de l’élève
non-voyant. Tandis que l’élève dispose d’un
ordinateur (équipé des mêmes logiciels), d’une
plage braille, et surtout d’une caméra. C’est
elle que le professeur pilote, depuis son propre poste, afin de
suivre les gestes de l’élève. Il commande aussi
un système d’éclairage latéral de la
plage tactile de l’élève, astuce technologique
mise au point par l’équipe de l’ENST Bretagne.
Car sans lui, impossible de suivre les gestes si minutieux de la
lecture braille. Surtout, afin de suivre l’élève
en temps réel, TéDéVi exige une image vidéo
de haute définition au codage informatique conséquent. "Il
faut donc transporter, entre les deux postes, une grande quantité d’information
par seconde"", commente André Thépaut.
"Heureusement,
les Conseils Régionaux de Bretagne et des Pays de la Loire
ont décidé, il y a deux ans, de mettre en place le
réseau à très haut débit " Mégalis " (France
Télécom) dans toutes les grandes villes de ces deux
régions." Pour ce " super câble téléphonique ",
acheminer les 2 Mégabit d’information par seconde
nécessaire à TéDéVi est un jeu d’enfant.
Depuis un an, le prototype fonctionne donc à merveille entre
Plénée-Jugon et Laval. Tandis que les concepteurs
planchent sur le contenu pédagogique, avec des professeurs
et ergonomes de ces deux centres.
A terme,
il s’agit de déployer le réseau dans
toute la France afin de permettre à tout non-voyant de se
connecter au réseau TéDéVi. Depuis chez lui,
ou depuis un centre d’apprentissage de proximité,
du moment que le lieu est équipé d’une liaison à haut
débit.
"Actuellement l’ADSL fourni déjà un
peu partout dans l’hexagone des connexions à 512 kilobit
par seconde", commente André Thépaut.
"D’ici
quelques années, on peut donc espérer qu’ils
atteignent les 2 Mégabit par seconde nécessaire à TéDéVi".
Une fois que le réseau aura correctement tissé sa
toile, reliant un maximum de villes, TéDévi pourrait
aussi s’adapter à de nouveaux " élèves ",
comme les enfants hospitalisés ou les personnes en rééducation
motrice.
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