Lavoisier, le parcours d'un scientifique révolutionnaire

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Le climat de la Terre




La révolution française, lors des pires heures de la Terreur, a envoyé de nombreux innocents à la mort. En guillotinant Lavoisier, scientifique et citoyen visionnaire, elle a privé la société d'un homme d'exception.

1 - Lavoisier, les années de formation

Antoine-Laurent de Lavoisier naît le 26 août 1743 à Paris dans une famille aisée et cultivée. Son père est alors procureur au Parlement de Paris. Sa mère décède trois ans après sa naissance.
Lavoisier entre en 1754 au collège des Quatre-Nations. C’est le seul collège parisien à enseigner les mathématiques et les sciences, à côté de l’histoire et de la littérature. Il y apprend la rigueur du raisonnement et le goût de la précision, en particulier avec son professeur de sciences, l’abbé de La Caille.
En 1761 il quitte le collège et, sur les conseils de son père, commence des études de droit. Il continue cependant, en parallèle, à étudier les sciences et en particulier la météorologie, discipline qui le passionnera toute sa vie. Il s’initie à la botanique avec Bernard de Jussieu au Jardin du Roi, acquiert quelques bases d’anatomie à l’Ecole de médecine et suit les expériences sur l’électricité menées par l’abbé Nollet.
Lavoisier découvre ensuite la géologie avec Jean-Etienne Guettard, un ami de son père. C’est le début de sa collection minéralogique et de son intérêt pour les théories sur la formation de la Terre. Il suit également les cours de chimie de Guillaume-François Rouelle, adepte de la méthode expérimentale.
En 1764, licencié en droit, Lavoisier est reçu avocat au Parlement de Paris. Mais il reste scientifique dans l’âme et se présente à l’Académie royale des sciences. Soutenu par Bernard de Jussieu, Macquer, Maraldi et Duhamel du Monceau, il y sera nommé adjoint-chimiste en 1768. La même année il entre comme actionnaire à la Ferme générale.
En 1771 il épouse Marie-Anne Pierrette Paulze, fille de son directeur à la Ferme générale. C’est le début d’une longue collaboration scientifique. Tout est en place pour que Lavoisier mette ses nombreux talents et sa force de travail au service des diverses fonctions qu’il va exercer : scientifique, bien sûr, mais aussi serviteur de l’état, économiste, financier, juriste, agronome, hygiéniste, réformateur des poids et mesures et de l’instruction publique.


L’Académie royale des sciences

Depuis 1766, Lavoisier figure sur la liste des candidats pour une place à l’Académie royale des sciences. Parmi les autres scientifiques, son adversaire le plus sérieux est Gabriel Jars, chimiste métallurgiste. En mai 1768 celui-ci est élu.
Lavoisier, de son côté, est nommé à titre provisoire « adjoint-chimiste » en attendant une vacance de poste. Mais il n’aura pas longtemps à attendre : Jars meurt en 1769…
L’entrée à l’Académie marque pour Lavoisier le début de sa carrière de chimiste. L’Académie des sciences a été fondée en 1666 par Colbert. En 1699, Louis XIV donne à l’Académie royale des sciences son premier règlement et la place sous sa protection. L’Académie siège alors au Louvre, où les réunions ont lieu les mercredis et samedis après midi.
Le 8 août 1793, la Convention supprime toutes les Académies. En 1795 est créé l’Institut national des Sciences et des Arts qui regroupe les anciennes Académies des sciences, des lettres et des arts. L’Institut s’installe dans l’ancien collège Mazarin, devenu collège des Quatre-Nations, là même où Lavoisier a suivi sa scolarité ! Cet ancien collège devient l’Institut de France.


Le mariage

Le 16 décembre 1771 est célébré le mariage de Lavoisier avec Marie-Anne Paulze, fille d’un fermier général, directeur de la Commission du tabac et supérieur hiérarchique direct du jeune homme. Lui a 28 ans, elle en a 13 et vient d’échapper de justesse à un mariage arrangé par son grand oncle, l’abbé Terray, contrôleur général des finances, avec un barbon de 50 ans.
Deux cents personnes du Tout-Paris assistent dans le froid à l’événement qui a lieu dans la chapelle de l’Hôtel des finances de la rue des Petits-Champs. Marie-Anne apporte 80 000 livres de dot, Lavoisier 470 000 livres de fortune personnelle et 780 000 livres de dette, prix de sa demi-part de Fermier général, le tout lui procurant un revenu annuel de 20 000 livres. Le jeune couple pourra vivre dans l’aisance.
A l’issue de la cérémonie, un repas est servi ne comportant pas moins de quinze plats : deux soupes, neuf entrées, quatre plats de rôtis, des légumes, salades, rissoles et beignets ; une pièce montée couronne le festin.
Les époux s’installent rue Neuve-des-Bons-Enfants dans une maison bourgeoise proche du jardin du Palais Royal.


2 - Lavoisier chimiste

Lavoisier qui a suivi les cours de chimie de Rouelle est avant tout un spécialiste de l’analyse chimique. Il a ainsi déterminé la méthode de travail qu’il appliquera toute sa vie : peser précisément les corps avant la réaction, peser les éléments qui en résultent et reconstituer le corps de départ avec les éléments issus de la réaction. Il pose ainsi les bases de protocoles expérimentaux reproductibles, socles de la chimie moderne.
« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme». Pour Lavoisier, cette loi de conservation de la matière, est applicable à toutes les sciences, et, bien entendu, à la chimie. Elle avait déjà été formulée par le grec Anaxagore de Clazomènes, en 450 avant Jésus Christ.
En 1770, Lavoisier travaille sur l’eau et publie son Mémoire sur la nature de l’eau. Plus tard, dans le cadre de recherches sur la production d’hydrogène, élément découvert par Cavendish en 1766, il réussira la synthèse de l’eau à partir d’hydrogène et d’oxygène. L’eau est donc bien un composé ! Des expériences menées avec Berthollet et Meusnier confirment cette conclusion.
Les années 1770 marquent l’essor de la chimie pneumatique dont les adeptes, l’anglais Priestley en tête, pensent que les gaz jouent un rôle actif dans les réactions chimiques. Priestley découvre l’air fixe, le CO2. Lavoisier traduit le livre du chimiste anglais et reproduit ses expériences. Commencent alors pour lui 20 années d’expériences sur la chimie de l’air. En 1774, Priestley découvre ce qu’il nomme l’air déphlogistiqué, l’oxygène, mais ne le nomme pas. Lavoisier déterminera la composition exacte de l’air atmosphérique en 1777. Il fait également des expériences sur les acides et en conclut qu’ils sont tous formés d’air, ou d’une substance contenue dans l’air, et d’un principe particulier à chaque acide.
Lavoisier conteste depuis longtemps l’idée, soutenue par les plus grands chimistes de l’époque, Macquer en tête, selon laquelle l’air, l’eau, la terre et le feu seraient les constituants élémentaires de la matière. Il combat également la théorie de la combustion de l’allemand Stahl. Cette théorie affirme que le feu est dû à la perte par un corps d’un principe inflammable et invisible, le phlogistique. Les nombreuses expériences de « calcination » qu’il mène dans son laboratoire de l’Arsenal, aboutissent en 1777 à la conclusion que la combustion est due à l’oxygène. Il travaille à cette époque avec Bucquet et rédige un Mémoire sur la combustion en général. Mais la bataille contre le phlogistique n’est pas encore gagnée : Kirwan publie en 1784 une violente attaque des travaux de Lavoisier. Celui-ci réplique avec une traduction critique de l’Essai sur le phlogistique où il rejette clairement cette théorie. La « conversion » de ses contemporains sera très progressive : ses collègues mathématiciens seront convaincus les premiers, les chimistes ensuite.
A la même époque il définit avec Laplace un troisième état de la matière : l’état gazeux. En 1786, sous l’impulsion de Guyton de Morveau qui veut doter la chimie d’un langage rationnel, Lavoisier, Berthollet et Fourcroy participent à la mise en place d’une nomenclature chimique. L’année suivante Lavoisier en fait une présentation à l’Académie des sciences.
En 1789 Lavoisier édite le Traité élémentaire de chimie qui connaît un grand succès. Il y décrit entre autres la fermentation alcoolique et donne le nom d’alkool, mot d’origine arabe, à la liqueur résultant de cette fermentation. Ces expériences marquent les débuts de la chimie organique. Il y aura 9 éditions françaises de cet ouvrage, 5 éditions anglaises, 3 américaines, 3 allemandes, 2 hollandaises, 1 mexicaine et 1 japonaise !



Le laboratoire de l’Arsenal

A partir de 1776 Lavoisier, devenu régisseur des poudres et salpêtres, occupe de somptueux appartements dans l’hôtel des Régisseurs situé au Petit Arsenal, non loin de la Bastille. Il y aménage sous les combles un vaste laboratoire, l’un des mieux équipés d’Europe.
Sa fortune personnelle et ses traitements de fermier général et de régisseur lui procurent l’argent nécessaire à l’achat d’instruments très fiables qu’il fait construire sur mesure par les meilleurs artisans : gazomètres, balances de précision, séries de poids, baromètres. Ces instruments vont lui permettre de faire des mesures très fines, de peser les éléments mis en jeu avant et après chaque expérience, et d’arriver ainsi à la confirmation de la loi de la conservation de la matière.
Pendant les seize années passées à l’Arsenal, nombreuses sont les personnalités qui visitent son laboratoire : savants éminents, écrivains, artistes, économistes.
Quant à ses collaborateurs ou élèves, les plus célèbres sont Bucquet, Berthollet, Laplace, Guyton de Morveau, Fourcroy, Monge, Meusnier, Hassenfratz, Adet, Seguin et Eleuthère Dupont de Nemours.


La théorie du phlogistique

Développée principalement par l’allemand Georg Ernst Stahl au 18ème siècle, la théorie du phlogistique tente d’expliquer le phénomène de la combustion.
Selon elle, tous les corps renferment en eux un principe de combustibilité invisible appelé phlogistique qui, quand il s’échappe lors d’une combustion, devient visible : c’est le feu, accompagné de lumière et de chaleur.
Mais ce postulat soulève un problème : la calcination d’un métal par exemple devrait impliquer une perte de poids. En fait c’est l’inverse qui se produit. Pour expliquer cette augmentation, Stahl parle du poids négatif du phlogistique ! Dans la réalité, la combustion d’un corps impliquant sa combinaison avec l’oxygène de l’air, il est normal que son poids augmente après calcination.
Lavoisier n’est bien entendu pas d’accord avec la théorie du phlogistique qu’il juge erronée. Il la combattra sans relâche, elle s’éteindra dans les dernières années du 18ème siècle. Il pense que la chimie de son époque repose sur beaucoup d’idées incohérentes et peu de faits établis. Toute sa vie il s’efforcera de démontrer par l’expérience les théories qu’il avance.


La traduction de Kirwan par Marie-Anne Lavoisier

Marie-Anne Lavoisier a appris la chimie auprès de son mari. Elle a également suivi des cours d’anglais, de latin et de sciences. Elève du peintre David, elle maîtrise le dessin, ce qui lui permettra d’illustrer des ouvrages scientifiques et en particulier ceux de son mari.
En 1788, Marie-Anne traduit l’ouvrage de Richard Kirwan (1733 – 1812), un scientifique irlandais pour lequel la théorie du phlogistique est toujours exacte, malgré les travaux de Lavoisier et d’autres scientifiques sur le rôle de l’oxygène dans la combustion des corps.
La traduction de cet ouvrage, Essai sur le Phlogistique et la constitution des acides, sera complétée par des notes critiques rédigées par Lavoisier et certains de ses collaborateurs. Marie-Anne de son côté écrira une longue préface.
Kirwan finira par abandonner la théorie du phlogistique et se ralliera aux idées nouvelles de la chimie.

3 - Lavoisier biologiste

Ses expériences sur la décomposition de l’air atmosphérique amènent Lavoisier, dès 1773, à étudier la respiration des animaux. Il constate que l’air fixe, le CO2, ne permet pas aux animaux de vivre et annonce en 1775 avoir identifié la partie de l’air propre à la respiration, c’est l’oxygène.
Quelques années plus tard, aidé du mathématicien Laplace, il reprend ses recherches sur la chaleur. Les deux scientifiques démontrent que la respiration est comparable à une combustion lente qui se produit dans les poumons, consomme de l’oxygène, émet du CO2, de l’eau et dégage de la chaleur qui se diffuse dans l’organisme.
Equipé de balances très précises et d’un calorimètre, instrument inventé avec Laplace en 1782, Lavoisier mesure la chaleur d’un individu au repos, en activité, à jeun, placé dans des environnements maintenus à différentes températures. Il analyse la transpiration et montre le rôle de ce phénomène dans la régulation de la chaleur du corps humain.
Lavoisier s’intéresse également à la digestion des animaux. Il pense, selon le principe du bilan équilibré qui existe dans les réactions chimiques, que les aliments compensent les pertes en carbone et en hydrogène engendrées par la respiration. Dès le début des années 1790, à la suite de travaux menés avec Seguin, Lavoisier identifie les trois régulateurs biologiques dont l’équilibre assure le bon état de santé du corps humain : la respiration qui apporte le carburant, l’oxygène ; la nutrition qui fournit les combustibles : hydrogène et carbone ; et enfin la thermogenèse et la transpiration qui maintiennent la température du corps constante.
En 1792 Lavoisier étudie les végétaux au Jardin des plantes, avec ses collègues Hassenfratz, Fourcroy, Desfontaines, Thouin, Berthollet, Antoine-Laurent de Jussieu et Seguin. A la suite de ces travaux, il présentera devant l’Académie des sciences une « photosynthèse simplifiée ». Parallèlement à ses études au laboratoire, Lavoisier pratique sur le terrain, et en particulier dans son domaine de Freschines, des expériences d’agronomie scientifique. Il y étudie entre autres le rôle des engrais dans le rendement agricole. En 1785 il propose à Calonne, contrôleur général des finances de Louis XVI, un plan pour améliorer l’agriculture, alors très déficiente. Le ministre en est satisfait. Le Comité d’administration de l’agriculture est alors créé et compte dans son équipe scientifique du Pont de Nemours et Lavoisier. Mais la forte rivalité qui existe entre ce comité et la Société d’agriculture de Paris l’empêchera de mener à bien tous ses projets.
Ces différents travaux permettent à Lavoisier d’établir un lien entre les trois règnes de la nature : les végétaux trouvent les éléments nécessaires à leur nutrition dans l’eau, l’air et le minéral et les animaux se nourrissent de végétaux et d’autres animaux. Les éléments sont, quant à eux, restitués à l’air et au minéral par les phénomènes de fermentation, de putréfaction et de combustion. Ces conclusions annoncent le développement d’une nouvelle discipline scientifique : la biologie.


Pierre Samuel Du Pont de Nemours (1739 – 1817)

Pierre Samuel Dupont, fils d’un horloger parisien, est un entrepreneur et un économiste. En 1774 Turgot, nouvellement nommé contrôleur général des finances, l’appelle auprès de lui. Pendant deux ans Dupont participera à la mise en place d’importantes mesures de réforme économique.
Dupont fait partie du cercle des amis de Lavoisier. En 1781 il devient l’amant de Marie-Anne Lavoisier. Cette liaison va durer dix ans et se poursuivra par une longue amitié. Lavoisier semble avoir été au courant de cette liaison, mais cela ne l’empêcha pas de rester son ami. Cela n’empêche pas non plus Marie-Anne de continuer à collaborer avec son mari.
Pierre Samuel Dupont est anobli en 1783 par le roi Louis XVI et sera autorisé également à accoler à son nom « de Nemours » : il devient alors du Pont de Nemours.
En 1799 il émigre avec sa famille aux Etats-Unis où il s’engage dans l’industrie et dans la diplomatie.
Son fils Eleuthère Irénée, élève chimiste de Lavoisier, y fonde une fabrique de poudres dans le Delaware. Cette poudrerie est à l’origine de l’entreprise « E I du Pont de Nemours and Company » devenue aujourd’hui DuPont, un des plus grands groupes de chimie au monde.

Le domaine de Freschines

En 1778, Lavoisier décide de se lancer dans une expérience d’agronomie scientifique pour tester ses thèses en économie agraire. Par achats successifs, il constitue dans la Beauce, à Freschines, entre Vendôme et Blois, un domaine de 1129 hectares de terres à blé, vignes, prés et bois.
Il y construit un nouveau château, clair et confortable, et s’y installe un vaste bureau avec une bibliothèque garnie d’ouvrages d’agronomie, des instruments scientifiques et six registres pour consigner les résultats de ses cultures expérimentales.
Malgré la bonne qualité des terres, la situation de l’agriculture locale est médiocre et la vie des paysans est difficile. Lavoisier est convaincu que les rendements peuvent être augmentés si l’on apporte une certaine rigueur dans le contrôle de la production. Il obtient des succès, cependant l’exploitation de Freschines reste difficile à rentabiliser.
Lavoisier conclura que ses travaux ont permis d’améliorer les techniques agricoles, mais surtout de fournir à l’économie politique des résultats certains sur le répartition de la richesse territoriale.


4 - Lavoisier au service des arts

A partir de 1791, en pleine Révolution , Lavoisier est progressivement écarté de ses responsabilités politiques et financières. En tant qu’académicien, il consacre beaucoup de son temps à des missions scientifiques et techniques à la demande de l’Assemblée nationale. Les savants doivent en effet guider les travaux des « artistes », praticiens des arts et techniques, dans des domaines variés qui vont du fonctionnement des hôpitaux, à la conservation de l’eau sur les bateaux, du système monétaire au calendrier républicain en passant par les machines à vapeur et la confection de tissus imperméables pour les manteaux des soldats.
Dès le début de l’année 1792 sont ainsi créés le Bureau de consultation pour les arts et métiers, le lycée des Arts et la Commission des poids et mesures.
Le Bureau de consultation compte trente membres bénévoles, quinze de l’Académie des sciences et quinze issus de sociétés savantes. Il dispose d’un budget de 300 000 livres pour encourager les artistes dans leurs travaux et recherches et récompenser leurs découvertes. Lavoisier y est très actif et participe avec assiduité aux séances de sélection des lauréats ainsi qu’au comité des assignats et monnaies afin de perfectionner leur fabrication ; mais ce dévouement zélé au bien public ne le mettra pas à l’abri d’une arrestation.
Quant au Lycée , fondé par Pilâtre de Rozier en 1781, c'est un collège privé où sont dispensés des cours de mathématiques, de physique et de chimie. Lavoisier ainsi que d’autres académiciens y enseignent. Sous la Révolution, le Lycée est remis en question, certains professeurs ayant manifesté des idées contraires à l’esprit public. Lavoisier comprend qu’il est temps de s’en éloigner et, à l’automne 1792, il rejoint la Société philomatique lancée en 1788 par Augustin Silvestre. La plupart des académiciens l’y suivent ; ensemble et sous l’impulsion de Silvestre, ils vont créer une nouvelle société d’inspiration républicaine : le Lycée des Arts. Les cours, répartis en huit sections, doivent veiller, hors de tout académisme, à placer les sciences dans un contexte d’utilité pour les arts et l’industrie.
L’instruction publique générale,quant à elle, sera organisée en 1795 par la loi Daunou du 3 brumaire An IV.
Sous l’égide de la Commission des poids et mesures, l’unification des unités est l’une des plus vastes opérations entreprises par l’Académie des sciences. Depuis 1790 Lavoisier en est l’initiateur et le maître d’œuvre. Il s’agit de créer un système international fondé sur une unité universellement acceptée. Les Français ne veulent plus « deux poids et deux mesures ». La Commission formée de Lavoisier, Condorcet, Borda, Lagrange, Tillet, Laplace et Monge a un triple objectif : utiliser un phénomène physique universel pour définir l’unité de base, adopter la division décimale et réunir toutes les unités de mesure dans un système cohérent. En 1793, les unités sont définies avec un degré d’exactitude suffisant pour les besoins du commerce : le mètre, l’are, la pinte ou décimètre cubique et le grave, futur kilogramme, sont nés.

Les aérostats

Les ballons connaissent un grand engouement sous le règne de Louis XVI, puis sous la Révolution. Comme pour toutes les innovations, Lavoisier s’y intéresse de près.
Le 5 juin 1783 a lieu à Annonay le premier vol réussi de la machine aérostatique des frères Montgolfier, gonflée à l’air chaud. L’Académie des sciences, y voyant la possibilité d’applications militaires, décide de prendre à sa charge les vols suivants et nomme une commission des aérostats dans laquelle figurent Lavoisier, Desmarets, Bossut, Le Roy et Monge.
En même temps, le physicien Jacques Charles et les frères Robert font voler un ballon gonflé à l’hydrogène, la charlière.
S’engage alors une course entre les partisans des montgolfières et les partisans des charlières.
Le vendredi 19 septembre 1783 a lieu à Versailles devant le roi, la reine et toute la cour le vol du « Réveillon », premier vol habité emportant dans la nacelle de sa montgolfière un coq, un mouton et un canard.
Deux mois plus tard, Pilâtre de Rozier et le marquis d’Arlandes réaliseront le premier vol humain, ralliant le château de la Muette à la Butte aux Cailles.


Réflexions sur l’instruction publique

Depuis les premiers jours de la Révolution, un débat sur l’instruction publique s’est instauré auquel Lavoisier contribue. Il a déjà eu l’occasion de mettre en pratique ses idées pédagogiques lors de la formation des salpêtriers et poudriers ou pendant ses cours au Lycée des arts. Talleyrand et Condorcet ont déjà présenté chacun un rapport sur l’organisation de l’instruction publique générale.
Lavoisier s’intéresse plus particulièrement à un enseignement technique répondant aux besoins des agriculteurs, des artisans et des manufacturiers permettant de donner un nouvel essor à l’industrie et au commerce. Le 7 juillet 1793 une ‘Pétition sur l’Instruction publique’ est proposée par Lavoisier et Desaudray, puis un ‘Mémoire sur l’Instruction publique convenable aux artistes’. Au final, la portée du texte est élargie à toute l’éducation nationale et prend le titre de ‘Réflexions sur l’Instruction publique’.
Le 17 septembre 1793, la loi des suspects est votée et le projet est ajourné. La France ne disposera d’une loi générale sur l’instruction publique que deux ans plus tard, le 3 octobre 1795 : c’est la loi Daunou du 3 brumaire An IV.


L’unification des poids et mesures

Lavoisier participe activement au bureau de consultation des Arts et Métiers et est l’initiateur et l’animateur de l’unification du système des poids et mesures.
Dès le 30 mars 1791, l’Assemblée nationale avait adopté la définition d'une unité de base présentée par l’Académie des sciences : l’unité de longueur serait égale à la dix-millionième partie du quart du méridien terrestre.
Le temps de fabriquer tous les instruments nécessaires à cette mission, c’est seulement en mai 1792 que Méchain et Delambre se mettent en route, l’un vers Dunkerque, l’autre vers Barcelone, pour mesurer la longueur de l’arc du méridien reliant ces deux villes.
Chacun dispose de quatre assistants et de deux voitures attelées de quatre chevaux de poste, dont une réservée aux instruments. Pour les calculs géodésiques, Ils utilisent le fameux cercle répétiteur de Borda et pour les mesures au sol, de longues règles de 4 mètres.
Méchain et Delambre rencontrent certaines difficultés à mener à bien leur mission; leurs manœuvres étranges les faisant prendre pour des espions, ils se retrouvent souvent en prison. Deux années leur seront nécessaires pour accomplir leur travail.
Une fois l’unité de longueur déterminée, il sera facile d’en déduire l’unité de volume en la portant au cube, puis l’unité de poids.

5 - Lavoisier économiste

En 1768, à l’âge de 25 ans, Lavoisier achète une charge de Fermier général grâce à sa fortune personnelle. La Ferme générale est un établissement privé chargé de collecter les impôts pour l’Etat. En plus des gabelles, traites et autres tailles, la Ferme surveille le commerce du tabac, de l’alcool et les taxes d’entrée dans Paris.
Au sein de la Ferme, Lavoisier est l’un des responsables de commission du tabac. Son rôle consiste essentiellement à lutter contre les fraudes et la contrebande. Mais il travaille également à la modernisation des manufactures, à la recherche d’une plus grande productivité et à l’importation de tabac de Virginie. Il se heurte cependant aux abus des détaillants qui continuent à vendre du tabac mouillé de mauvaise qualité. Cela contribuera plus tard à son impopularité.
Une réforme de la Ferme menée par Necker en 1780 aboutit à une diminution importante de ses prérogatives. Lavoisier reste Fermier général chargé de la comptabilité des salines et des entrées de Paris.
Toujours dans son rôle de fermier général Lavoisier propose à Calonne, successeur de Necker, la construction d’un mur d’enceinte autour de Paris, afin de mieux contrôler les droits d’entrée et la fraude sur les alcools. Le projet architectural est confié à Ledoux. Ce mur, très impopulaire au moment de la Révolution, et dont quelques barrières seront brûlées en 1789, sera définitivement supprimé par Hausmann en 1860.
Turgot, contrôleur général des finances et grand réformateur, décide en 1774 de créer la Régie des poudres et salpêtres, organisme public qui succède à la Ferme des poudres, société privée. Le but est que l’Etat soit enfin maître de la production de ce produit stratégique qu’est la poudre à canon. En 1775, Turgot nomme quatre régisseurs, parmi lesquels Lavoisier. Réagissant en scientifique, il fait de nombreuses expériences pour améliorer la fabrication des poudres et la récolte de salpêtre, son constituant principal. Nommé directeur de la Régie en 1776, l’année de son arrivée à l’Arsenal, Lavoisier continue de proposer des améliorations, pour la production industrielle du salpêtre par exemple, production qui ne cessera d’augmenter dans les années suivantes. Ses efforts sont récompensés : l’Etat réalise d’énormes économies; la poudre française est la meilleure d’Europe et les stocks sont enfin suffisants pour envisager l’avenir militaire avec sérénité.
A la veille de la Révolution Lavoisier est nommé membre du conseil d’administration de la Caisse d’escompte, puis très vite en devient président. Cette Caisse est une banque privée créancière de l’Etat. Les années révolutionnaires vont être catastrophiques d’un point de vue financier pour le pays : l’Etat s’endette toujours plus.
En 1791 Lavoisier, qui s’était prudemment retiré de la sphère politique, est rappelé pour participer à l’établissement d’une nouvelle fiscalité. Suivant un raisonnement scientifique, il préconise de faire un état des lieux des richesses du royaume et d’établir un budget national ainsi qu’un suivi des recettes et des dépenses, documents inexistants jusque là. L’état des finances s’aggrave de mois en mois. Lavoisier propose alors une augmentation des impôts afin d’assainir la situation. Celle-ci est refusée par l’Assemblée législative nouvellement élue. Membre influent de la nouvelle Trésorerie nationale, Lavoisier met en place un système de contrôles des dépenses et des recettes et réorganise l’administration.
En 1793, pris dans la tourmente de la Terreur, Lavoisier est arrêté. Emprisonné à la Conciergerie, puis à Port Libre et enfin à l’hôtel des Fermes, Lavoisier travaille à l’édition des 8 volumes de ses mémoires scientifiques, tout en préparant sa défense.
Le 8 mai 1794, après un procès expéditif, il monte sur l’échafaud avec 30 autres Fermiers généraux.


L’accident de la poudrerie d’Essonnes

Lavoisier, nommé régisseur des Poudres et Salpêtres en 1775, cherche à améliorer la production du salpêtre qui est l’un des trois composants de la poudre à canon. Grâce à la politique globale qu’il met en place à la Régie, les volumes de salpêtre produits doublent en 10 ans.
En 1788, Claude Berthollet, l’un de ses collègues chimistes, démontre que le chlorate de potassium a des propriétés oxydantes et Lavoisier songe à l’utiliser à la place du salpêtre pour augmenter la puissance de la poudre. Il propose alors de réaliser une fabrication expérimentale.
Le 27 octobre 1788, Lavoisier, sa femme Marie-Anne et Berthollet sont présents à Essonnes pour l’essai, ainsi que Le Tors de Chessimont, directeur de la poudrerie, Pierre de Chevraud, commissaire aux poudres, accompagné de sa sœur, Aledin le maître poudrier et l’apprenti Mallet.
Malgré les recommandations de prudence de Lavoisier et les précautions prises pour protéger les participants à l’expérience, une énorme explosion survient qui coûtera la vie au directeur de la poudrerie et à mademoiselle de Chevraud.


Un emploi du temps très strict

A partir de 1776, Lavoisier qui vient d’être nommé régisseur des Poudres et Salpêtres s’installe au Petit Arsenal, dans l’hôtel des Régisseurs. Il va y installer dans les combles un laboratoire de recherche ultra moderne, l’un des mieux équipés d’Europe.
Depuis 1768, il est également administrateur à la Ferme générale et académicien.
Sa triple carrière lui impose un travail intense et donc un emploi du temps très strict.
Levé dès 5h, il travaille à son laboratoire de 6h à 9h, puis se rend à la Ferme générale jusqu’à la mi-journée. Il sera ensuite jusqu’à 17h à la Régie des Poudres ou à l’Académie, selon les priorités du moment.
De retour chez lui, il soupe puis retourne à ses recherches de 19 à 22h. Toute la journée du samedi est consacrée aux expériences.
Mais Lavoisier n’est pas « seulement » un scientifique et un grand commis de l’Etat. Le couple mène aussi une intense vie mondaine. Marie-Anne tient salon tous les lundis et attire chez elle les plus grands savants de l’époque. Les anglais Watt, Hall et Priestley y croisent le suisse de Saussure, les américains Franklin et Morris, le suédois Lexell…


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