Energie nucléaire



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Aspects sociétaux de l'énergie nucléaire

Depuis ses débuts, le nucléaire civil a toujours été promu comme une "énergie propre" et pacifique. Fondé sur une technologie sûre et à la pointe du progrès, il permettait de s’assurer une indépendance énergétique face au pétrole, ressource inégalement répartie et existant en quantité finie. La France a ainsi fait le choix du nucléaire, comme bien d’autres pays industrialisés et de nombreuses centrales ont été installées dans le monde dès les années 1960-1970.
Puis, les premiers accidents ont commencé à semer le doute dans les esprits. En 1979, celui de Three Mile Island aux Etats-Unis a rappelé que les centrales étaient implantées au voisinage de zones très peuplées. En 1986, la catastrophe de Tchernobyl en Ukraine a révélé que la portée d’un accident dépassait les frontières d’un pays. En 2011, Fukushima a montré que des accidents pouvaient toujours survenir, y compris dans des pays à la technologie réputée très sérieuse comme le Japon.
Le risque d’accident nucléaire est certes décrit comme faible, mais les accidents, eux, sont bien réels et leurs conséquences énormes: contamination de l’environnement, évacuation des populations humaines pour des durées souvent encore indéterminées; ces conséquences font l’objet d’études approfondies, la radioactivité étant un phénomène dont la durée de vie dépasse très largement la durée de vie humaine. Se pose aussi la question des déchets nucléaires pour lesquels il faut trouver une solution durable acceptable. Leurs effets concernent au moins plusieurs centaines de générations futures, sans parler du risque d’accident toujours présent lors de leur transport.
Bien sûr, de nombreux chercheurs et ingénieurs travaillent sur la sûreté des centrales et la gestion des déchets. Des instances spécifiques, comme l’Autorité de sûreté nationale en France, veillent au respect des normes, aujourd’hui internationalement édictées ; l’idée est d’atteindre le risque d’accident le plus faible possible, une notion qui demeure surtout une question économique résultant d’une analyse coût avantage.
La catastrophe de Fukushima a replacé le nucléaire au cœur du débat public. L’accident japonais est non seulement l’occasion d’interroger la sûreté des installations nucléaires mais, plus généralement, de repenser les relations entre nucléaire et société. Longtemps imposé comme choix politique et décision d’Etat, le nucléaire est contesté par de multiples organisations non gouvernementales et de nombreux citoyens. A commencer par les Japonais, aujourd’hui fortement mobilisés, ou encore les Allemands. Le nucléaire n’est pas uniquement une question de technique ; c’est aussi une question de société qui ne se limite pas seulement à l’indépendance énergétique, aux perspectives économiques et aux impératifs du développement durable. L’existence et la connaissance du risque nucléaire ont un impact sur les populations, impact qui n’a jamais été vraiment pris en compte. La peur, justifiée ou non, a été systématiquement assimilée à de l’ignorance et les politiques et les industriels ont longtemps cherché à faire accepter le nucléaire coûte que coûte aux citoyens, considérés comme incompétents pour porter un jugement informé. Ce procédé a sans doute terni la qualité des débats publics menés jusqu’à présent sur le nucléaire. Là encore l’accident de Fukushima a fait changer les choses: en juillet 2011, l’Académie des sciences française a rendu un avis déclarant que la recherche sur le nucléaire ne devait pas être réservée aux organismes l’exploitant, mais se dérouler dans les universités et dans les organismes publics de recherche, comme le CNRS. Une sorte de blanc-seing pour la recherche académique dans son ensemble et notamment pour des programmes de Sciences Humaines et Sociales indépendants des exploitants, qui contribueront peut-être à mettre en place un vrai débat public sur la question du nucléaire.

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