Henri Poincaré
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L'académie des sciences et l'académie française
Poincaré fut présenté comme candidat à l'Académie des Sciences par la section de géométrie en cinquième ligne (1881), quatrième ligne (1884), troisième ligne (1885), deuxième ligne (1886), puis enfin en première ligne. Il y entra le 31 janvier 1887, sur le fauteuil laissé vacant par la mort d’Edmond Laguerre. Il avait alors 32 ans. Sa Notice sur les travaux scientifiques, imprimée en 1886, comportait déjà 75 pages. Il devait devenir vice-président de l'Académie des Sciences en 1905, puis président en 1906.
Sa réputation s’institutionnalisant il fut nommé membre étranger de très nombreuses Académies et sociétés savantes (Göttingen en 1884, Uppsala en 1885, Rome en 1888) et président de la Société mathématique de France en 1886. Il présida également le projet de Répertoire Bibliographique des Sciences Mathématiques, pour lequel, pendant environ 27 ans, une cinquantaine de mathématiciens disséminés dans 16 pays différents dépouillèrent plus de 180 revues.
Poincaré fut élu à l'Académie française le 5 mars 1908 sur le fauteuil du poète Armand Sully-Prudhomme. L'Académie a toujours eu le soin de s'attacher des représentants de la communauté scientifique et au départ Poincaré était candidat à la succession du chimiste Marcellin Berthelot, décédé en 1907. Son élection ne se fit pas sans difficultés et ses multiples péripéties illustrent de manière exemplaire le fonctionnement éminemment politique de cette institution.
Contre toute attente, eu égard à son implication dans l'affaire Dreyfus, Poincaré fut élu par la frange la plus conservatrice des Quarante. En effet, depuis des années, son cousin Raymond Poincaré préparait sa candidature. À la mort de Berthelot, il s'était fait remarquer dans la presse par un vibrant hommage à l'homme de science, hommage qui semblait annoncer une candidature prochaine sous la coupole. Dans les milieux conservateurs, Raymond Poincaré avait une image d'homme de gauche ; par conséquent, l'opposition de droite voyait d'un très mauvais œil sa candidature éventuelle à l'Académie. Elle fit le calcul qu'il ne pourrait y avoir deux membres de la même famille au sein de la même institution et s'attela à faire élire le mathématicien. Le résultat de ce calcul devait s'avérer décevant : si ce dernier fut effectivement élu en 1908, cela n'empêcha pas son cousin de se présenter en 1909 et de s'installer au fauteuil d'Émile Gebhart. De plus, le beau-frère d’Henri Poincaré, le philosophe Émile Boutroux, était également candidat en 1908. Sa candidature faisait beaucoup plus l'unanimité que celle de Raymond Poincaré car il était proche de la droite catholique. Boutroux visait initialement le fauteuil de Sully-Prudhomme mais, suite aux conseils stratégiques des académiciens conservateurs, il fut obligé de reporter sa candidature sur le siège de l'auteur dramatique Victorien Sardou, tandis que Poincaré reportait la sienne sur le fauteuil de Sully-Prudhomme. Boutroux ne fut pas élu cette année là, il parvint à se faire élire en 1914, mais cette stratégie profita au mathématicien.La lecture de la correspondance de Poincaré nous apprend qu’il préparait vraisemblablement sa candidature depuis quelque temps et que son élection fut également le fruit d’une alliance conjoncturelle avec certains membres de l’Académie des sciences concernant sa candidature avortée au poste de secrétaire perpétuel de la division des sciences physiques en 1907.
Laurent Rollet, laboratoire d'Histoire des sciences et de philosophie - Archives Henri Poincaré, Nancy.
Bibliographie
Poincaré Jules Henri [1886]. Notice sur les travaux scientifiques de M. Poincaré (rédigée par lui-même). Paris, Gauthier-Villars.
Rollet Laurent [1999]. « L'engagement public d'un homme de science : Henri Poincaré (1ère partie) ». Revue des questions scientifiques, 170, (4), p. 335-354. Seconde partie, Revue des questions scientifiques, 172, 3 (2000), 213-239.
Rollet Laurent [2000]. Henri Poincaré : Des mathématiques à la philosophie. Étude du parcours intellectuel social et politique d'un mathématicien au tournant du siècle. Lille, Éditions du Septentrion.