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En cas d’incident, une centrale nucléaire est sans conteste un des lieux les plus hostiles qui
soient pour l’être humain. Les radiations dégagées, même lorsqu’elles sont faibles, sont en effet
très dangereuses pour les personnes chargées d’intervenir. Pour remplacer celles-ci, des chercheurs
ont mis au point un robot mobile capable de se déplacer à l’intérieur d’une centrale nucléaire et
d’y effectuer des tâches certes simples mais pouvant s’avérer salvatrices.
Envoyer un robot dans une centrale n’est pas une idée neuve : le premier prototype date en effet du
début des années 80, avant même la tragédie de Tchernobyl. Développé par le CEA*, ce robot est entièrement
téléopéré, c’est-à-dire commandé depuis l’extérieur.
Monter et descendre les escaliers, franchir des obstacles et se saisir d’objets, tout en résistant
aux radiations destructrices
Le robot se compose de deux corps articulés l’un avec l’autre. Cette caractéristique lui permet,
par un procédé fort judicieux, de monter et descendre des escaliers et même de franchir des obstacles
hauts de 40 cm ! "Pour cela, le robot soulève sa partie avant ou arrière, explique Jean-Marc Alexandre,
chercheur au CEA. Ce mouvement se fait grâce au déplacement du bras manipulateur du robot qui peut se
mouvoir d’une partie à l’autre, modifiant ainsi le centre de gravité des deux corps."
Résultat ? Une partie se lève, puis l’autre, et le robot franchit allègrement les obstacles.
Ce bras si utile sert également à effectuer certaines tâches au cœur de la
centrale(1) : "en effet, la pince située en son extrémité lui permet par exemple d’actionner des
vannes, d’ouvrir ou de fermer une porte, détaille Jean-Marc Alexandre. D’autre part, le robot est
également capable de se saisir d’un objet pouvant peser jusqu’à cinq kilos et de le ramener sur son
dos à l’extérieur de la centrale." Pour résister aux radiations destructrices, le robot est équipé
d’une électronique durcie qui résiste à des taux 100 fois supérieurs à l’électronique classique.
La seule solution pour communiquer avec des robots autonomes est la transmission hertzienne mais cela ne va pas sans difficultés
Le problème le plus épineux que les chercheurs du CEA ont eu à résoudre concerne la transmission
et la communication avec l’extérieur de la centrale. Habituellement, les robots sont reliés à leurs
opérateurs à l’aide d’un cordon ombilical assurant la communication (vidéo, son, données) entre le
robot et le poste de commande. Dans ce cas, ce procédé est inenvisageable puisque le robot se doit
de refermer certaines portes hermétiques derrière lui.
La seule solution autorisée est donc la transmission hertzienne mais, là encore, un obstacle
s’éleva devant les chercheurs : "De même que les passagers doivent éteindre leur téléphone
portable dans un avion, nous ne pouvions doter notre robot d’une puissance d’émission suffisante
pour la portée que nous souhaitions, précise Jean-Marc Alexandre. Pour émettre de loin, l’énergie
dégagée par la transmission aurait en effet dépassé le seuil autorisé par EDF au sein de ses
centrales nucléaires."
Des images captées par le robot à l’aide de ses deux caméras et transmises de relais en relais
via des bornes émettrices / réceptrices
Loin de se décourager, les chercheurs ont imaginé une solution qui n’est pas sans nous rappeler un
certain conte de Charles Perrault : le robot disposera de nombreuses petites bornes émettrices et
réceptrices. Dès qu’il sentira la transmission s’affaiblir, il reviendra quelques pas en arrière et
déposera une de ces bornes. La transmission s’effectuera donc de relais en relais, sans perturber
le fonctionnement de la centrale.
Les opérateurs recevront ainsi les images captées par le robot à l’aide de ses deux caméras situées
sur la pince et à l’arrière de l’engin, et pourront ainsi lui dicter les actions à effectuer. Encore
au stade de R&D, le mode «Petit Poucet» pourrait bien marquer une grande avancée dans le domaine de
la téléopération de robot en milieu hostile.
Aujourd’hui, ce robot, dont le développement doit également beaucoup à certains partenaires
industriels comme Cybernétix, séjourne près de Chinon dans le premier parc mondial de robots
d’intervention, celui du GIE Intra, le groupe créé par les trois acteurs principaux du nucléaire
en France : EDF, CEA et Cogema. Prêt à intervenir en cas d’incident dans une centrale nucléaire
du réseau français, il se prête avec dévouement aux exercices d’entraînement des pilotes ainsi qu’à
la réalisation de simulations.
(1) La commande de ce bras a fait l'objet de travaux communs entre le CEA et le Lasmea, basé à Clermont-Ferrand.
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